Dire au revoir, ce n’est jamais facile. Mais quand on le fait entouré de milliers de fans venus du monde entier, la traversée est plus aisée. Samedi soir, on a vu Black Sabbath. On a vu Ozzy Osbourne. Et samedi, on s’est dit adieu. Celle qui rédige ces lignes n’était même pas censée y être. Bien sûr, quand l’annonce de la mise en vente est tombée en février, j’ai exploré toutes les options pour décrocher une place, mais en déplacement à l’étranger, j’ai raté le coche. Les mois ont passé, l’envie est restée, sourde et persistante. Comme un battement dans ma poitrine, au rythme du rire d’Ozzy. J’ai consulté Ticketmaster des dizaines de fois. Toujours complet. J’espérais qu’il y aurait des places remises en vente. M-1 rien, J-15 rien.
Une semaine avant le concert, en pleine insomnie, les notes de « N.I.B. » me hantent. Par réflexe, j’ouvre Ticketmaster. Une place apparaît ! Le temps de comprendre, elle avait disparu. Une chose est sûre : la revente a commencé. L’espoir renaît. Deux jours plus tard, je retourne sur le site pendant ma pause déjeuner. Sans y croire. Le site n’avait pas d’actualisation automatique et n’envoyait pas de mail d’alerte. Et là : une place ! Cette fois, mes expériences d’achat de place de concert vont servir. Trois clics au bon moment. Panier. CB. Validation. Mail de confirmation. Putain, j’y vais !
Artiste : Black Sabbath
Date : 5 juillet 2025
Salle : Villa Park
Ville : Birmingham, UK
Les jours filent à toute vitesse. Mardi : un mail « VIP PACKAGE ». Quoi ? Je ne savais même pas que j’avais pris une place VIP. Je réalise à peine. Evidemment, rien ne se passe comme prévu. Grève. Mon avion est annulé. Panique. Je prends la voiture de Montpellier à Bordeaux pour un vol de secours… avec trois heures de retard. Je vois les autres vols s’annuler. C’est le stress, mais on finit par décoller ! Enfin, l’atterrissage à Birmingham jeudi soir. Le vendredi matin, impossible de dormir. À 7h, je saute du lit pour changer d’hôtel, et à 9h, je pars explorer la ville. L’ambiance est folle. On dirait Clisson un mardi… dans une grande ville. Des metalleux partout, sourires complices entre inconnus. La ville a même organisé un circuit, avec une carte des lieux emblématiques. On est en pèlerinage, sur les terres où le métal est né.
Photo obligatoire sur le banc Black Sabbath. À 11h, la foule grossit devant le Birmingham Museum & Art Gallery pour une expo dédiée à Ozzy (ouverte jusqu’au 28 septembre). Récompenses, vidéos, photos… On en voudrait plus, mais cette petite salle suffit à faire monter l’excitation. On est plusieurs à se poser devant les vidéos de live d’Ozzy et à chantonner. Puis direction la gare, pour le Ozzy Bull, le taureau géant symbole de la ville et renommé au nom du héros local. The Crown, le bar où tout a commencé, la fresque Black Sabbath près de la gare, les boutiques dans le centre… Toujours plus de monde, toujours la même joie. Partage, rires, gratitude d’être là. Fin de journée. Un message : le tatoueur à qui j’avais écrit la veille a de la place. Il organise une nuit spéciale Black Sabbath. J’ai rendez-vous à 19h. Sur place, je rencontre quatre Canadiens, heureux d’avoir décollé deux heures avant que l’aéroport de Montréal ne soit bloqué. On a tous réservé un tatouage du logo Henry. Quoi de mieux comme souvenir que de l’avoir fait ici, à Birmingham ?
Le lendemain, c’est le grand jour. Impossible de dormir une fois encore. Je file prendre mon bus. J’avais un changement, le second bus ne s’est pas arrêté – complet. Tant pis, j’irai à pied. Une fois sur place, c’est un chaos total. Le stade est dans une zone résidentielle et la queue pour l’entrée jaune s’étend sur près d’un kilomètre. Personne ne sait vraiment où aller. Une bénévole en gilet rose me guide : ma zone est à l’opposé. Je trouve enfin mon entrée, mais malgré mon VIP Package, on me fait pénétrer dans le stade sans me donner le pack. Une fois à l’intérieur, je signale le problème. Une mère et sa fille sont dans la même situation. Un employé nous propose de ressortir… mais sans garantie de pouvoir rentrer à nouveau. Grosse panique. Heureusement, Stewart, un autre membre du staff, prend les choses en main. Il nous escorte jusqu’à un ascenseur, descend avec nous au rez-de-chaussée, traverse une marée de metalleux et demande à son chef s’il peut nous faire revenir. Feu vert. Ouf. On récupère enfin nos packages dans une tente sans fléchage, guidés seulement par la voix d’un employé. Puis retour vers Stewart, qui nous attend comme promis. On remonte. Je file au bar. Quarante minutes de queue. Je stocke des paquets de chips – ça me sauvera plus tard.
Je loupe l’ouverture et la prestation de Mastodon, je n’atteindrai mon siège qu’au début du set de Rival Sons. Les groupes s’enchaînent. Les hommages aussi. Des reprises de Black Sabbath et Ozzy. Une des plus marquantes : « Children Of The Grave » par Lamb Of God. Le feu ! Côté femmes, peu de représentantes, mais la chanteuse d’Halestorm, Lzze Hale, assure. Leur set a été captivant, puissant et passionné. Un vrai régal, tout comme la prestation en différé de Jack Black et de la relève du metal ! On a hâte de les voir grandir ces quatre-là ! Le ciel reste couvert – bénédiction anglaise – jusqu’à ce que le soleil perce pour Guns N’ Roses. Plusieurs interludes diffusent des vidéos parodiques d’Ozzy dans Le Magicien d’Oz, Pulp Fiction, Forrest Gump… Et des messages vidéo d’autres groupes ou célébrités : Marilyn Manson, Jonathan Davis, Dolly Parton, Cyndi Lauper… jusqu’à Sir Elton John.
Vers 16h, petit coup de mou. Je suis heureuse d’avoir une place assise, je n’aurais pas pu tenir autant de temps dans la fosse. Certains commencent à s’asseoir. Tool reprend « Hand Of Doom » avec beaucoup de profondeur. Il faudra attendre Slayer pour que la foule retrouve toute son énergie. « Raining Blood » fait l’effet d’un électrochoc. Classique, brutal, imparable. À 17h30, retour au bar pour faire les provisions : plus rien à manger, nous avons dévalisé le stock de nourriture. J’avale mon dernier paquet de chips. Ça fera l’affaire. Passons sur la prestation d’Axl Rose et GNR. Musicalement, rien à dire. Vocalement… on a tous souffert. Metallica entre enfin en scène. Et là, c’est l’euphorie. L’énergie monte d’un cran. On sait que Ozzy arrive juste après.
Un hommage bouleversant à Randy Rhoads, avec un message de sa sœur, précède l’arrivée du Prince des Ténèbres. « O Fortuna » retentit. Frissons. On sait bien qu’Ozzy n’a pas choisi l’hymne de Carmina Burana au hasard. La roue qui va bientôt tourner. La fin d’un cycle. C’est maintenant, on va le vivre. Ensemble. Il entre, visiblement diminué. On sent qu’il voudrait se lever, être avec nous, mais son corps ne suit plus. Alors, on chante avec lui, pour lui. Il lève les bras, on répond. Il sourit. On pleure. Entre chaque chanson, une gorgée d’eau et un coup de spray pour sa voix. Il y a des oublis, des failles – comme cette phrase qu’il ne peut chanter sur « Mr. Crowley ». Peu importe. On chante pour lui. « Crazy Train » démarre. Dernier arrêt avant Black Sabbath. « Thank you from the bottom of my heart. » Merci à toi, Ozzy.
Trente minutes pour se remettre. Trente minutes avant d’entendre l’intro du morceau Black Sabbath sous le logo en flamme du groupe légendaire. Back to the beginning. « Black Sabbath » par Black Sabbath de l’album Black Sabbath, premier morceau du groupe, naissance du heavy metal, ouvre leur dernier set. Les cloches funéraires ne peuvent nous tromper : on est réunis pour l’enterrement du groupe. Pas le temps de pleurer, on enchaîne sur les sirènes d’alarme de « War Pigs » ! « Let me see those fucking hands ! » Ozzy a encore de l’énergie. Nous aussi ! Quel plaisir de les voir tous les quatre ! La foule chante en chœur, Ozzy fait une phrase sur deux. On communie une dernière fois. On est dans une sorte de transe festive et en même temps il y a énormément de tristesse. Leur sourire complice montrant qu’ils prennent leur pied et nous encore plus ! Geezer Butler entame l’intro très attendue de « N.I.B. ». La batterie d’« Iron Man » puis le riff sont scandés par la foule. « Get fucking crazy for last song » lance Ozzy en même temps que les notes de « Paranoid » retentissent. Chanson à l’unisson. Définitivement, le public est le chœur de cette dernière messe.
Le morceau se termine sous les confettis, Tony Iommi va saluer ses comparses, serre longuement la main d’Ozzy. Il y a tellement de gratitude dans les yeux du Prince des Ténèbres. Geezer va dans les coulisses et lui ramène un gâteau. La lumière s’éteint. Feu d’artifice qui finira par trois tirs, comme trois coups de canon, dernier hommage au groupe avant de refermer la porte du Black Sabbath. On aurait aimé qu’ils reviennent saluer, qu’on puisse les applaudir pendant plusieurs longues minutes. Mais peut-être cela aurait été difficile pour eux ?
Les lumières se rallument, on a les yeux rouges. On vient de vivre un moment exceptionnel, qui restera à jamais gravé en nous. On est les participants de la dernière messe de Black Sabbath. Le lendemain, on se croise entre fans, sous nos casquettes et t-shirts à l’effigie de la soirée. Une dame m’aborde dans une librairie. « Have you been to the show? It was so great and so emotional. » Les larmes nous remontent aux yeux, pas la peine d’en dire plus, on s’est comprises. Merci à vous quatre pour ce que vous avez créé et les inspirations que vous avez engendrées !
Photos : Emilie Bardalou.



































Ozzy est parti. Le monde du Metal est en deuil.
RIP OZZY 🤘🏻🤘🏻🤘🏻😥
J’irai en pèlerinage à Birmingham en aout. Décalage horaire complet.
Mais je pense que la vibration de cette célébration hors norme résonnera encore.
Bien sur qu’il s’agit de l’évènement metal de l’année, et surement de la décennie.
Les Adieux de Black Sabbath, le père fondateur, ce n’est pas anodin. Et tous cardinaux de la planète étaient là pour rendre hommage.
Je n’ai vu que Tool en vidéo, en excellente qualité. L’impression que tout ce show fut la crème de la crème, la secret sauce de beurre noire ultime, le fin du fin, la fin des fins.
This is the End.
The end of The beginning.
A la prochaine sur les scènes du monde entier.
J’y étais aussi. C’était la folie ! Les larmes coulaient ! Une semaine après, je ne suis toujours pas redescendu. Pouf moi le Hellfest est enterré 6 pieds sous terre par cet événement ! Mama I’m coming Home on pleurait et on se serrait dans les bras avec des inconnus. C’était beau. La version de Changes par Yungblud était très forte aussi. Metallica a repris Johnny Blade de Never Say Die. Ok Axl était à côté mais GNR a eu les couilles de reprendre
Never Say Die et Junior’s Eyes de Never Say Die. Slayer a tout tué aussi. Je les avais vus l’avant veille à Cardiff avec un set complet. La folie !
J’ai l’impression d’avoir assisté à un événement historique. Et encore aujourd’hui je suis sur un nuage!
N’y avait-il pas plus à dire sur un des événements les plus majeurs dans le métal depuis longtemps et sur les 10 heures de concerts…?
Pourquoi passer sous silence la prestation 5 étoiles de Yungblud (l’un des moments les plus magiques de cette soirée)?
Pourquoi ne pas évoquer Steven Tyler et sa voix incroyable pour un Mr de 77 ans ?
Pourquoi ne pas parler des super groupes présents sur scène?
Et aucun mot sur Mama i’m coming home?
Bref un goût de trop peu pour ce compte rendu… heureusement que j’ai regardé le stream pour me faire ma propre idée 😉
Merci pour ce vibrant témoignage vécu de l’intérieur – the place to be – de cet évènement historique.
Je l’ai visionné le lendemain une fois les images accessibles.
Mes meilleurs moments de téléspectateur frustré : L’excellent Junior’s Eyes par les Guns malgré la petite forme d’Axl, l’apparition de Jake E Lee si ce n’est le fait que le gars qui a préparé sa guitare mérite d’être pendu, la présence de Rudy Sarzo, le boulot incroyable de Nuno Bettencourt, Johnny Blade par les Mets (oui, je suis un fan de Never Say Die !), La présence de l’immense Bill Ward malgré ses approximations techniques mais on s’en fout, Wicked World par Slayer. Bravo
Mes regrets : je ne parlerai pas de quelques présences dispensables mais des absents à commencer par Bob Daisley : on connait les différents irréconciliables mais tout de même, merde, il a lancé Ozzy et bossé sur ses 5 premiers albums solo et ainsi que sur The Eternal Idol sous la houlette de Tony Iommi, mais bon la période est injustement maudite. Quasiment aucun musicien de la génération des années 70 : Ian Gillan, Glenn Hughes, Neil Murray, le cogneur Tommy Aldridge (!!!!!), Don Airey, Jimmy Page et Robert Plant (des potes, paraît-il), Brian May, Judas Priest, Alex Van Halen : ils étaient où ? Candlemass aurait aussi mérité une petite place, me semble-t’il. LE grand frisson étant bien sûr Yungblud interprétant Changes, un titre qui lui colle parfaitement à la peau. Très beau moment.
Ozzy méritait cet hommage, il en était bouleversé jusqu’aux larmes et son état ne le rendait que plus poignant.
Une page très lourde vient d’être tournée.