Jonas Renkse est le dernier des Mohicans, le seul des membres fondateurs de Katatonia à subsister depuis qu’Anders Nyström n’en fait plus partie. Si ce dernier a été un membre fondamental, qui a largement contribué à façonner et orienter le son de la formation suédoise pendant plus de trente ans, les fans savent que le groupe est entre de bonnes mains et n’ont pas de raison de s’inquiéter : les trois derniers disques, dont le nouveau Nightmares As Extensions Of The Waking State, ont été composés par Renkse seul.
C’est d’ailleurs de ce dernier disque que nous avons largement discuté avec le chanteur qui veut profiter autant que possible de l’élan de créativité dans lequel il se trouve depuis quelques années. Il est évidemment question de l’apport des nouveaux membres, d’esthétique, d’enregistrement et des particularités de certains titres, mais aussi de sujets plus personnels, depuis le rapport à la figure de Satan jusqu’à un cauchemar inspirant, en passant par son rapport au chant et la question que tout le monde se pose : Jonas Renkse aurait-il fait un bon membre de Kiss ?
« Le nom du groupe est la marque de quelque chose, il faut que les choses soient faites d’une certaine manière, mais Katatonia a toujours été un groupe très créatif, à repousser les limites et à être curieux sur ce que sera la prochaine étape. C’est quelque chose que je veux continuer à faire tant que j’en ai la possibilité. »
Radio Metal : Vous avez annoncé le départ d’Anders Nyström en mars. Son implication dans le groupe a régulièrement diminué ces dernières années, mais malgré tout, la dernière fois, tu disais que tout allait bien et que, malgré les hauts et les bas, « le fait de partager une vision fait des merveilles dans une relation ». De son côté, il disait que vous avez « tellement investi de [v]otre vie pour construire ce groupe que ce n’est pas quelque chose qu’on quitte ou qu’on bazarde comme ça ». Alors quel a été le déclencheur de ce départ ?
Jonas Renkse (chant) : Je n’en suis pas sûr, parce que nous n’en avons pas tellement discuté. Je pense qu’il a ses raisons personnelles. Il a souffert pendant longtemps du syndrome de la page blanche, ce pour quoi on ne peut pas lui en vouloir – j’imagine que c’est quelque chose qui finit par arriver à tous ceux qui composent de la musique. Mais je ne sais pas exactement quel a été le principal déclencheur. Evidemment, ça a été une coopération très productive pendant de nombreuses années, mais parfois la vie t’emmène sur d’autres chemins. Comme tu l’as dit, il n’a pas été très impliqué durant ces dernières années, donc ça n’a pas été une surprise. Et puis, je me dis que ces choses arrivent. Ce n’est certainement pas marrant, mais la réalité est ce qu’elle est. Le bon vieux temps me manque, mais d’une certaine façon, j’estime que la musique est ce qui importe dans ce contexte. Je veux juste continuer à en faire, à en sortir, à tourner. C’est une situation à laquelle il faut s’adapter, tout simplement.
Tu nous avais dit par le passé qu’il n’était pas très intéressé par les trucs de groupe : les réunions, les répétitions, etc. Après toutes ces années, n’en as-tu toi-même pas marre de certaines choses ?
Bien sûr. Parfois, les rouages du groupe deviennent fastidieux, parce que c’est très chronophage et c’est beaucoup de choses en coulisse qui ne sont pas toujours créatives et amusantes, mais il faut les faire. Personnellement, je considère ça comme mon boulot et il y a très peu d’emplois dans le monde qui sont tout le temps amusants, et ceci n’en fait pas partie. Néanmoins, c’est mon activité professionnelle et c’est là que j’ai l’impression d’être bon, donc j’ai clairement envie de la poursuivre, car c’est tout ce que je sais faire !
La dernière fois, tu disais que vous aviez « un lien qui ne peut pas vraiment disparaître ». Quelle est la nature de ce lien maintenant qu’il ne fait plus partie du groupe ?
Là maintenant, je n’en suis pas sûr car nous n’avons pas parlé depuis un moment. Mais le lien que nous avons créé en faisant la musique et en fondant le groupe, c’est quelque chose qui ne disparaîtra jamais, parce que la preuve est là dans la forme de nombreux albums que nous avons créés ensemble. Tout le monde peut voir l’héritage du groupe, nous y compris, si nous voulons repenser à ce qui a créé ce lien entre nous au départ.
Tu es désormais le dernier membre fondateur de Katatonia. Ressens-tu un poids plus lourd sur tes épaules à cet égard ?
Je ne le vois pas comme un poids. Bien sûr, il y a cet héritage, mais je reste curieux envers l’avenir. Je me sens encore très créatif. Il reste encore beaucoup de musique à écrire et que j’ai moi-même envie d’entendre. Si elle est suffisamment bonne, je veux la sortir pour que le public l’entende. Le nom du groupe est la marque de quelque chose, il faut que les choses soient faites d’une certaine manière, mais Katatonia a toujours été un groupe très créatif, à repousser les limites et à être – comme je l’ai dit – curieux sur ce que sera la prochaine étape. C’est quelque chose que je veux continuer à faire tant que j’en ai la possibilité, parce que ça m’amuse toujours et que ça reste gratifiant d’écrire de la musique et de voir où ça m’emmène.
En parallèle, on a découvert que Roger Öjersson ne faisait également plus partie du groupe. Que s’est-il passé de ce côté-ci ?
Nous avons eu quelques discussions et nous avons réalisé qu’il n’était plus vraiment fait pour être dans le groupe. A chaque fois que ce genre de chose se produit, c’est comme une bosse dans la structure du groupe, mais je crois que nous avons trouvé de bons remplaçants pour Roger et Anders. The show must go on, le groupe doit continuer, donc peu importe si quelqu’un… Enfin, Roger est un merveilleux musicien, l’un des meilleurs avec qui j’ai eu la chance de jouer, mais parfois ça ne fonctionne pas sur le plan personnel. C’est malheureux, mais ça fait aussi partie de la vie d’un groupe. Ça arrive. Il faut juste trouver le moyen d’avancer.
« J’aime la musique heavy, évidemment, mais j’aime également des trucs électroniques et ambiants que j’ai envie d’incorporer. Nous l’avons fait au fil des années avec pas mal de succès et c’est quelque chose que j’ai envie de développer, car ça crée une belle dynamique. »
Les deux guitaristes live, Sebastian Svalland et Nico Elgstrand, ont officiellement rejoint le groupe. J’imagine que c’était une décision logique ?
Oui, absolument. Les deux apportent des choses. Nous avons réalisé que leur qualité en tant que musiciens était quelque chose que nous voulions avoir à plein temps dans le groupe. Ils ont été d’accord. Ils ont tous les deux pensé que Katatonia était un bon groupe pour eux. Nous avons notre lot de concerts et de bons moments, nous enregistrons des albums, etc. Ils se sont dit que c’était intéressant pour eux d’en faire partie.
Comment leur intégration a-t-elle changé la dynamique du groupe, musicalement et personnellement ? Sebastian n’a que trente-quatre ans, soit quinze ans de moins que toi, c’est une autre génération… Il est né l’année où tu as formé Katatonia !
Oui, je sais, c’est drôle ! Ce n’est pas quelque chose à quoi je pense beaucoup, parce qu’il a déjà beaucoup d’expérience. Il joue de la musique depuis longtemps dans différents groupes. Il a fait de gros concerts avec Till Lindemann de Rammstein, il a joué dans son groupe solo. Il a tout fait, des petits clubs rock aux grandes scènes. Je trouve qu’il est arrivé avec beaucoup d’énergie parce qu’il est plus jeune que le reste du groupe. C’est assurément quelque chose dont nous bénéficions. Concernant Nico, il a lui-même beaucoup d’expérience, c’est un musicien chevronné, il a fait beaucoup de concerts au fil des années. C’est bien d’avoir ce genre de personnes qui intègrent le groupe, avec lesquelles on n’est pas obligé de dire : « Maintenant, on va faire ça. Voilà comment ça fonctionne. » Ils savent déjà comment ça se passe. Le fait d’avoir de nouvelles personnes, c’est toujours une bouffée d’air frais, ce qui est bien pour que nous autres restions sur le qui-vive et essayions de faire de notre mieux pour qu’ils soient contents et se sentent les bienvenus et à l’aise dans leur nouveau rôle.
D’un côté, le nouvel album est plutôt riche en riffs. La présence de ce sang neuf aux guitares a-t-elle influencé, consciemment ou inconsciemment, la direction de l’album et ton état d’esprit lors de la composition ?
Dans une certaine mesure, oui. Je ne suis pas à fait sûr pour la première moitié de l’album qui a été composée il y a déjà deux ans, mais peut-être qu’inconsciemment, j’ai écrit des parties un peu plus orientées guitare quand j’ai su que Nico et Sebastian allaient faire partie du groupe. Mais je n’en suis pas certain ; c’est très dur de remonter le fil du processus de composition et des décisions qui ont été prises, car c’est très intense pour moi. Je suis comme dans une bulle. Mais oui, je me suis peut-être un peu plus focalisé sur les guitares parce que je savais que de très bons guitaristes arrivaient et qu’ils voulaient jouer de la guitare [petits rires]. Ce serait logique.
D’un autre côté, cet album ne se résume pas à des riffs ; on y trouve aussi des morceaux plus axés sur les synthés, plus calmes, avec moins d’emphase sur la guitare. Il y a presque une ambivalence : est-ce l’essence même de Katatonia d’avoir des chansons ou des passages qui se répondent, voire se contredisent, d’une certaine manière ?
Oui, je crois. C’est ainsi que j’aime composer car je veux que les albums aient une certaine dynamique. Il y a aussi qu’en tant que fan de musique moi-même, j’aime la musique heavy, évidemment, mais j’aime également des trucs électroniques et ambiants que j’ai envie d’incorporer. Nous l’avons fait au fil des années avec pas mal de succès et c’est quelque chose que j’ai envie de développer, car ça crée une belle dynamique, surtout en tant que groupe de metal. Enfin, de nos jours, je pense que c’est un peu plus commun, mais dans le temps, quand nous avons commencé à incorporer ces éléments, ce n’était pas aussi courant. Nous avons appris non seulement à aimer ce son mais aussi à nous ajuster à ce type de dynamique quand nous faisons des albums. C’est un choix personnel. J’aime les passages calmes autant que les passages heavy. Ça crée généralement un bon mélange.
« Quand j’avais quinze ans, c’était tellement excitant d’écouter des groupes chanter à propos de Satan. Ça me correspondait vraiment bien à l’époque. Ça représentait quelque chose de dangereux. Être fan de ce genre de musique et de cet aspect obscur nous mettait en marge de la société. J’adorait ça. »
Tu as déclaré : « Les tournées, c’est bien, mais ça devient lassant de jouer toujours le même style. On a envie de changer, et on pense que c’est pareil pour les disques. » Penses-tu un album comme un concert ?
Un petit peu ! Les deux sont constitués d’une setlist. La grande différence est que lorsque tu fais un concert, tu connais déjà les chansons que tu mettras sur cette setlist, alors que lorsque tu fais un album, tu dois la créer de zéro, ce qui est un… Je n’appellerais pas ça un problème, mais il faut penser au format album et, en effet, j’aborde ça pratiquement de la même manière que nous réfléchissons aux setlists de concert. Tu veux qu’il y ait un peu de dynamique là-dedans. L’album doit aussi avoir plusieurs strates. En tout cas, c’est ainsi que je vois les choses.
Vous avez enregistré tous les instruments dans votre propre studio, à l’exception de la batterie, qui a été enregistrée dans une église reconvertie en Suède rurale. Peux-tu nous en dire plus sur ce lieu unique et cette expérience ?
C’est un studio que le gars qui allait enregistrer la batterie, Lawrence [Mackrory], nous a recommandé. Il a son propre studio mais il n’est pas assez grand pour enregistrer une batterie et il a dit qu’il voulait aller ailleurs où il y aurait une belle salle dédiée. Il a dit qu’il y avait un gars, Tore [Stjerna], qui avait un studio à Stockholm mais a déménagé dans une zone rurale. Il a acheté une église et y a construit un studio. Lawrence y avait été et a entendu l’acoustique. Il a vraiment voulu que nous allions là-bas. J’ai dit que ça avait l’air super. Nous y sommes donc allés. Le studio est très sympa parce que, déjà, c’est au milieu de nulle part, il y a moins distractions, on peut se focaliser sur la musique et faire de belles prises. Comme Lawrence l’a fait remarquer, le son de batterie est génial grâce à l’énorme pièce dans laquelle elle a été enregistrée. C’est un son très dynamique. Nous y avons passé cinq ou six jours pour mettre les pistes de batterie en boîte. Nous avons passé un bon moment, détendus, à essayer d’établir un standard pour l’album, car on commence avec la batterie et ça donne le ton pour le reste des enregistrements. Je trouve que ça a vraiment bien marché.
Penses-tu que c’est au niveau du son de la batterie qu’un groupe peut faire la différence en termes de production ?
Je pense que c’est assurément l’une des bases. C’est aussi l’une des choses qu’on changera en premier si on veut changer le son et l’atmosphère d’un album. Si tu trouves que ton album sonne trop clinique après le mix, alors c’est probablement la batterie que tu essaieras de changer pour avoir un côté plus naturel. C’est clairement l’un des piliers.
Tu as mentionné Lawrence Mackrory qui s’est occupé des enregistrements de guitare et de basse, tout comme sur Sky Void Of Stars, mais aussi de batterie cette fois. Il est aussi connu comme chanteur, mais qu’est-ce qui le rend si intéressant en tant que producteur pour Katatonia ?
Il est super professionnel et c’est un bon ami. Nous nous connaissons. Il sait quand il peut arriver et dire : « Je ne crois pas que tu joues au meilleur de tes capacités. » Il est très bon quand il s’agit de tirer le meilleur résultat de tout le monde dans le groupe. C’est une question de personnalité qui fonctionne très bien chez lui. C’est aussi un ingénieur du son de talent, mais sa personnalité est ce qui me plaît vraiment quand je travaille avec lui. Nous sommes en phase. Nous nous rejoignons dans notre façon de parler et ce qui nous fait rire. C’est très confortable de travailler avec lui, sachant qu’il te dira toujours quand ce que tu fais est médiocre [rires] et que tu ne seras pas offensé. Tu te diras : « D’accord, il a raison. Je dois me ressaisir. » C’est quelque chose que je recherche chez un ingénieur du son lorsque nous enregistrons un album.
« Si je n’avais pas perdu la technique du growl, peut-être que je ne ferais encore que ça et je n’aurais pas vu ce que c’était de chanter comme je le fais maintenant et tous les avantages que ça offre. »
Il se trouve qu’il chante sur « Wind Of No Change », avec ta femme Nina, pour les chœurs. Comment c’est arrivé ?
Quand j’ai écrit cette chanson et que je m’imaginais le résultat final, j’ai pensé que nous aurions besoin d’un chœur. J’ai d’ailleurs été en contact avec des gens pour obtenir un véritable chœur, mais à la fin de la session d’enregistrement, il a fallu que nous allions en Amérique du Sud pour une tournée, ce qui n’était peut-être le meilleur moment, mais ça avait déjà été décidé, donc nous devions l’honorer et y aller. Ça a fait que cette idée de chœur d’église est tombée à l’eau. Quand je suis revenu de la tournée, j’ai demandé à Lawrence : « D’après toi, que faudrait-il faire à la place ? Devrait-on l’enregistrer nous-mêmes et faire en sorte que ça sonne comme un chœur ? » Comme tu l’as dit, il est lui-même chanteur. C’est aussi un acteur de doublage, il fait plein de doublages pour des dessins animés entre autres. Il a un contrôle total de sa voix. Il peut la changer pour que ça sonne comme des personnes différentes. J’ai donc enregistré trois ou quatre pistes avec mon propre chant pour cette partie de chœur. Ma femme est une bonne chanteuse, donc je lui ai aussi demandé d’en faire quelques-unes. Puis j’ai envoyé ça à Lawrence et j’ai dit : « Fais en sorte que ça sonne plus gros et mieux. » Il m’a renvoyé la partie de chœur et ça sonnait tellement bien ! Je lui ai demandé combien d’overdubs il avait faits. Il a dit : « Peut-être vingt ou trente voix et textures différentes. » Voilà comment ça s’est fait. Je trouve le résultat super. Ça sonne comme un vrai chœur mais c’est juste trois personnes.
Dans quelle mesure « Wind Of No Change » est-il une réaction à la ballade à succès de Scorpions « Wind Of Change » ?
La référence est clairement là pour le côté ironique, car leur chanson est très positive et je l’aime bien. C’est un super tube. Mais je voulais écrire quelque chose qui en soit l’opposé. Je réfléchissais à des mélodies de chant et j’ai commencé à chanter le premier couplet du morceau. Pour une raison ou une autre, j’ai chanté « wind of no change » et je me suis dit : « Ouah, ça sonne super cool. » Puis il a fallu que j’adapte la chanson à ce titre, à cette phrase. J’ai voulu créer quelque chose de beaucoup plus menaçant que la chanson de Scorpions. C’est une référence amusante, mais ce n’est pas juste pour s’amuser, c’est aussi une pièce musicale dont je suis très content. C’est un morceau cool et un peu différent.
On y retrouve un retour aux racines extrêmes de Katatonia dedans, au moment où tu chantes « Hail Satan ». Que représentait Satan quand tu étais jeune et que représente-t-il aujourd’hui ?
Ça remonte à lorsque j’écoutais du heavy metal et que je me suis mis au thrash et aux musiques plus extrêmes où on retrouvait ces thèmes. C’est évidemment un sujet sur lequel les groupes de metal ont toujours chanté. Ça a parfaitement atterri dans ma tête quand j’avais peut-être quinze ans, lorsque j’ai commencé à écouter du death metal. J’étais probablement dans un état d’esprit tel que j’absorbais facilement ça. C’était tellement excitant d’écouter des groupes chanter à propos de Satan. Ça me correspondait vraiment bien à l’époque. Ça représentait quelque chose de dangereux. Être fan de ce genre de musique et de cet aspect obscur nous mettait en marge de la société. J’adorais ça. Avec le temps, j’ai conservé cet état d’esprit mais à un niveau différent. Pour moi, écrire une chanson comme celle-ci, c’est faire un clin d’œil au bon vieux temps. Mais ça reste excitant ; je suis toujours excité quand j’écoute Altars Of Madness de Morbid Angel. C’est difficile à expliquer ce que ça provoque en moi. C’est peut-être dur à comprendre [petits rires], mais le sujet en tant que tel est assez vague, en suspens.
C’est intéressant la façon dont tu chantes « Hail Satan » avec ta voix douce et délicate. Penses-tu que le contraste rend le texte encore plus percutant et inquiétant ?
Oui, je crois ! J’y ai réfléchi lorsque j’étais en train de terminer les paroles de la chanson. J’étais en train de débattre avec moi-même : est-ce qu’il fallait mettre l’accent sur ce « Hail Satan » avec une voix particulière ? Au final, j’ai décidé de le chanter comme je chante le reste. C’est ma voix et c’est ainsi qu’elle sonne, et oui, peut-être que ça lui confère un côté plus inquiétant.
« Ecouter de la musique et des textes, ça m’a toujours permis de comprendre des choses et ça permet de penser plus facilement à des souvenirs auxquels on n’aime pas penser. Idem pour l’écriture : parfois c’est un processus purificateur. »
La dernière fois, tu disais avoir « toujours voulu explorer plus loin avec [v]otre musique, mais peut-être que [t]on incapacité à chanter les growls a accéléré le processus ». Est-ce quelque chose que tu as parfois regretté, de pouvoir faire les deux, comme Mikael Åkerfeldt, par exemple ?
Pas vraiment. Je me suis adapté à ce que je fais maintenant et j’ai l’impression que même si je ne fais plus vraiment les trucs extrêmes, j’ai appris à utiliser ma voix chantée de différentes manières pour faire des changements plus subtils. C’est de l’ordre du détail, mais ça fonctionne et c’est suffisamment bien pour moi pour le faire. Je ne ressens pas le besoin de me remettre au growl ; ma voix n’en bénéficierait pas non plus, car je n’ai jamais trouvé le moyen de revenir à la technique permettant de le faire, je l’ai perdue. Et j’aime croire aussi que c’était le point de départ de mon exploration de mon chant normal et ça a été une bonne chose pour moi. Si je n’avais pas perdu la technique du growl, peut-être que je ne ferais encore que ça et je n’aurais pas vu ce que c’était de chanter comme je le fais maintenant et tous les avantages que ça offre.
Tu parles d’exploration du chant : est-ce quelque chose que tu as travaillé ou bien est-ce venu de façon organique en fonction des chansons ?
Je pense que c’est un mélange de tout ça. Dès le début, c’est quelque chose qu’il a fallu que j’apprenne mécaniquement, y compris en jouant live. C’est aussi quelque chose sur quoi j’ai beaucoup travaillé en essayant de créer des chansons et de trouver des mélodies vocales. Toute cette partie, c’est là que je veux apprendre de nouvelles choses et essayer de me pousser à devenir un meilleur chanteur.
Le communiqué de presse explique que tu t’es retrouvé d’humeur pensive et tu as toi-même ajouté qu’avoir cinquante ans est « un grand nombre »… Es-tu dans une sorte de crise de la cinquantaine ?
Non, pas du tout. Je suis très content d’être là où j’en suis. Humeur pensive… En fait, je suis toujours d’humeur pensive, mais pas à cause de mon âge. Quand je repense aux cinquante années passées, elles ont été belles, surtout les trente dernières, en ayant le groupe. C’est génial d’avoir un exutoire créatif. Ça m’a aussi amené partout dans le monde pour voir différents endroits et rencontrer toutes sortes de personnes différentes qui étaient connectées à la musique que nous faisons. Je me sens donc super bien ! Quant à mes réflexions actuelles… Evidemment, la musique est importante, c’est mon job, c’est ce que j’aime, mais le monde est dans un sale état, donc ça me fait forcément réfléchir. Ayant une famille, des enfants, je me demande ce que leur vie sera quand ils auront cinquante ans voire avant. Est-ce que ce sera pire ou est-ce que ça va s’améliorer ? Je me pose naturellement ce genre de questions.
Tu as écrit la dernière chanson, « In The Even Of », après avoir trouvé le titre de l’album. Elle raconte un cauchemar que tu as vécu il y a plus de dix ans, et la pochette de l’album illustre ces paroles. Peux-tu nous parler de ce cauchemar ? Qu’est-ce qui t’a marqué dedans ?
Je ne m’en souviens pas complètement, donc il a fallu que je trouve des idées qui iraient bien avec dans les paroles, mais il y a des fragments qui me sont restés en tête après mon réveil. Généralement, je ne me souviens pas trop de mes rêves et ils ne sont souvent pas aussi sombres que celui-ci, mais je me souviens m’être réveillé en me demandant : « Bordel, qu’est-ce qui s’est passé dans ce rêve ? » [Rires] La première partie, qui est un peu décrite dans le premier couplet, se déroulait durant la journée, mais tout d’un coup, le ciel est devenu noir, c’était la nuit, sans raison – c’est ce que je me suis dit au départ. Puis je me suis rendu compte que, comme moi, plein de gens sortaient de chez eux pour voir ce qui se passait. Il y avait des chaînes qui tombaient du ciel un peu partout, on pouvait voir aux infos que le phénomène se produisait dans le monde entier. On voyait aussi des flashs de lumière rouge derrière les nuages noirs. Personne n’avait la moindre idée de ce qui était en train de se passer, mais on comprenait que ce n’était pas bon du tout. C’était le début du rêve, puis c’est plus fragmentaire après.
« La carrière de Kiss est beaucoup basée sur leur look, les poses, et ainsi de suite. Pour eux, ça a merveilleusement marché, mais personnellement, je n’aurais pas été à l’aise, ça m’aurait probablement paru bizarre. Je ne serais pas un bon membre de Kiss ! »
Je n’y ai pas trop pensé pendant longtemps, mais il est resté quelque part dans un coin de ma tête. Quand j’étais sur le point d’écrire ce texte, j’ai essayé de trouver un sujet et ce rêve m’est revenu. Je n’avais jamais écrit de paroles sur la base d’un rêve, donc je me suis dit que j’allais essayer. Plus j’écrivais, plus il me revenait de détails. Comme tu l’as dit, ça a aussi inspiré le titre de l’album et l’artwork, donc c’est devenu un morceau très important – pas seulement la musique mais aussi les paroles qui ont formé un peu une sorte de concept pour l’album, auquel je songe encore. C’est sympa d’avoir un truc comme ça qui te vient à la dernière minute et déclenche l’inspiration. De nos jours, l’écriture des paroles devient de plus en plus difficile pour moi, car, déjà, je me mets beaucoup la pression, je veux constamment surpasser ce que j’ai fait auparavant, mais il y a aussi que je ne veux pas refaire tout le temps la même chose. C’était donc un soulagement de trouver un sujet que je n’avais jamais essayé avant. Ça m’a emmené dans la bonne direction.
L’album s’intitule Nightmares As Extensions Of The Waking State. Que veux-tu dire par ce titre ? Les cauchemars ont-ils tendance à te hanter même après le réveil ou y a-t-il aussi un commentaire sur le monde dans lequel on vit, qui a parfois des allures de cauchemar ?
Oui, quand j’essayais de trouver le titre de l’album, que j’avais ce que j’ai écrit pour la chanson « In The Event Of » et que je regardais les paroles des autres chansons… Car elles sont toutes basées sur l’obscurité du quotidien qui nous touche tous à un moment donné, que ce soit avec un cœur brisé, la perte, la peur, etc. J’ai réalisé que même si ce sont des choses qu’on doit tous vivre, ça peut aussi être considéré comme des cauchemars, car c’est un scénario dont on se passerait bien mais qu’on est obligés endurer, même si ce sont des choses basiques. C’est comme ça qu’on peut comprendre le titre de l’album : ces chansons représentent toutes une forme de cauchemar qui se poursuit dans notre vie quand on est éveillés, ils nous hantent.
La chanson « Lilac » exprime le désir d’oublier les souvenirs douloureux. Dans quelle mesure écrire des chansons sur ces souvenirs peut-il aider, peut-être non pas à les oublier, mais à les accepter, à les gérer et, finalement, à apaiser la douleur ? La musique a-t-elle parfois un effet anesthésiant sur toi ?
Oui, je crois. Ecouter de la musique et des textes, ça m’a toujours permis de comprendre des choses et, comme tu l’as dit, ça permet de penser plus facilement à des souvenirs auxquels on n’aime pas penser. Idem pour l’écriture : parfois – je ne dirais pas tout le temps – c’est un processus purificateur. Ça peut être juste une phrase ou deux dans une chanson qui m’aident à réaliser : « D’accord, ça c’est quelque chose que j’ai essayé d’éviter, mais maintenant je l’expose et ça m’aide. »
Tu chantes dans ta langue maternelle pour la deuxième fois seulement sur le morceau ambiant « Efter Solen ». De nombreux groupes scandinaves chantent dans leur langue maternelle. Pourquoi l’as-tu si peu fait ?
J’ai grandi en écoutant beaucoup de musique chantée en anglais. C’est donc une approche standard pour moi de penser en anglais quand j’écris des textes et que je chante ; c’est un mode par défaut – et pas seulement pour moi, mais aussi probablement pour beaucoup de gens. C’est très difficile de chanter dans sa propre langue – ou, en tout cas, pour moi avec le suédois. Comme tu l’as mentionné, je ne l’ai fait que deux fois et ça implique un usage très différent des mélodies. En tout cas, pour moi qui suis habitué à chanter en anglais, il faut s’adapter à une langue qui sonne très différente vocalement, avec syllabes, etc. J’ai eu beaucoup de mal à écouter la chanson au début parce que je me sentais un peu exposé. L’accent que j’ai lorsque je parle suédois, je n’y pense pas, mais lorsque je l’ai entendu dans la chanson, je me suis dit : « Je sonne comme ça quand je parle aussi ? » [Petits rires]. Il y a toutes sortes de choses qui commencent à te venir à l’esprit. C’est un challenge mais ça en valait la peine car maintenant, je trouve le résultat très beau.
« Quand je compose une chanson, je pense déjà à la suivante, donc quand je termine l’écriture d’un album, je suis déjà super curieux pour le prochain. Je veux tirer profit de la phase créative dans laquelle je suis, car un jour viendra le syndrome de la page blanche. »
La chanson a été coécrite avec Joakim Karlsson de Korda. Peux-tu nous parler de cette collaboration ? Car c’est intéressant et même surprenant de voir comment elle commence comme une ballade au piano avant d’aller vers un univers plus synthwave…
Je connais Joakim depuis de nombreuses années et nous nous sommes mis à faire de la musique ensemble il y a longtemps, simplement parce que nous nous sommes rendu compte que nous avions beaucoup de choses en commun concernant la musique. Il est surtout connu pour être un black metalleux avec son groupe Craft, mais il est aussi très doué pour manier les éléments électroniques et les synthés. C’est ce qu’il fait principalement lorsqu’il se pose pour essayer de composer de la musique, bien plus que du black metal. Nous avons donc réalisé que nous avions ça en commun. Nous avons commencé à échanger des idées. Ce n’est que lorsque nous avons fait le projet Korda que nous avons sorti quelques morceaux. Il parlait de cette idée de chanson que nous avions, c’est d’ailleurs la toute première sur laquelle nous nous sommes mis à travailler. Je crois qu’elle était a moitié terminée et j’avais fait quelques parties de chant dessus en suédois, peut-être parce que je trouvais que l’atmosphère avait un côté plus suédois avec le piano et tout le début. Puis il a suggéré que nous essayions de la finir parce qu’elle avait beaucoup de potentiel. Seulement, j’étais en plein processus de composition pour Katatonia, donc je lui ai dit que je ne pouvais pas me mettre dessus tout de suite. Finalement, plus je l’écoutais, plus je me disais qu’elle devait peut-être être dans l’album, car ça apporterait une couleur différente et, comme je l’ai dit, j’aime qu’un album soit dynamique. Je me suis dit : « Tentons le coup ! » Nous avons terminé la musique, puis je me suis mis sur la finalisation des paroles. Ainsi, ce morceau s’est retrouvé sur l’album. Je suis très content que nous ayons pris cette décision, car je trouve que ça rend la « setlist » plus complète, ça lui apporte une richesse, de l’avoir vers la fin.
« Efter Solen » est une référence au recueil de nouvelles de Jonas Eika de 2018…
La maison de disques a pris l’initiative seule de dire ça dans le communiqué de presse, mais le fait est que je n’ai pas lu ce livre et je ne savais même pas qu’il existait jusqu’à ce que j’aie commencé à recevoir des questions à son sujet, il a donc fallu que je me renseigne dessus [rires]. Il n’y a donc pas de lien autre que le titre. C’est drôle, il va maintenant falloir que je me procure ce livre et que je le lise. Peut-être que j’y trouverai un lien avec ma chanson ! Quand j’ai essayé de trouver des mélodies et idées vocales, j’ai essayé de chanter des choses qui me semblaient faciles à chanter, qui fonctionnaient bien dans un contexte mélodique, etc. J’ai chanté la seconde ou troisième phrase de la chanson avant même de commencer à travailler sur les vraies paroles. Comme avec « Wind Of No Change », ça a posé les bases de la chanson, donc je l’ai gardé et j’ai tout de suite pensé : « Si un jour on la termine, ce sera aussi le titre de la chanson. » Cette phrase et ce titre m’ont permis de terminer les paroles de manière assez confortable. Je trouve que c’est une jolie expression : « Après le soleil ». On ne sait pas si c’est le soir ou la fin du monde [rires].
En bonus, vous avez la reprise de « A World Without Heroes » de Kiss. C’est intéressant que vous ayez choisi une chanson de « Music From The Elder », un album assez négligé et oublié de la discographie de Kiss car très différent, mais qui a ses fans. A-t-il une signification particulière pour toi ?
Pas l’album en tant que tel, car c’était l’un de ceux que je n’ai pas écoutés quand j’étais plus jeune. J’écoutais beaucoup Kiss à l’époque, mais pour une raison ou une autre, j’ai pensé que cet album n’était pas… Enfin, ce n’est pas un album de heavy metal, donc ça ne m’intéressait pas tellement à ce moment-là [rires]. Cet album n’était donc pas un de mes classiques, mais cette chanson en particulier, nous nous sommes mis à l’écouter il y a quelques années quand nous étions en train de tourner. Elle est apparue sur l’une des playlists que nous écoutions en backstage et nous étions tous là à nous dire : « Cette chanson est pas mal ! Elle est même carrément bien. » Depuis, nous la mettions et l’écoutions de temps en temps. Puis nous nous sommes dit que si un jour nous refaisions une reprise, peut-être que nous devrions faire celle-ci. J’étais en train de parler avec la maison de disques et ils ont demandé si nous pouvions faire des trucs bonus, j’ai répondu : « Oui, on peut enregistrer une reprise » et ça, c’était le premier choix. Il y a quelque chose dans sa tonalité qui me plaît et qui plaît au reste du groupe, car nous aimons ce genre de musique et on peut retrouver ça dans Katatonia. Il y a une musicalité un peu similaire à ce que nous faisons – j’imagine que c’est pour cette raison que nous l’aimons, car ça sonne comme si ça pouvait être l’une de nos chansons [petits rires].
« Peut-être que l’inspiration vient d’un ailleurs, je ne sais pas. Je ne crois pas vraiment à ce genre de chose, mais j’ai envie d’y croire. C’est comme avec Satan ou même le paradis, l’Eden, etc. Si ça existait, ce serait vraiment excitant. »
Est-ce que Kiss a joué un rôle dans ton éducation musicale ?
J’aimerais le croire, car quand j’étais jeune, surtout au début, je les aimais pour leur look, le côté shock rock. Quand on est gamins, c’est ce qui nous attire, puis on se procure les albums et on se met à les écouter. Pour moi, si je mets leur look de côté, les membres de Kiss ont toujours été de très bons compositeurs. Je crois qu’ils ont aussi reçu l’aide d’excellents compositeurs extérieurs quand ils ont écrit certaines de leurs chansons. Le côté arrangement et tout, c’est quelque chose qui s’est immiscé en moi avec l’âge, quand j’ai commencé à vraiment m’intéresser à la composition, et j’ai toujours trouvé que Kiss avait de très bonnes chansons, de très bons arrangements, etc. Evidemment, ils ont de très bonnes accroches, des tubes, etc. Mon album préféré est d’ailleurs Lick It Up, qui n’était pas non plus, je crois, l’un de leurs albums les plus populaires quand il est sorti, mais la qualité de composition dessus est superbe.
On te perçoit comme quelqu’un de plutôt introverti, tandis que Kiss est le groupe extraverti par excellence. Te serais-tu imaginé dans ce genre de groupe ?
Pas vraiment, non. Leur carrière est beaucoup basée sur leur look, les poses, et ainsi de suite. C’est aussi ce qui a construit leur marque. Mais pour moi, ce serait peut-être une trop grande exposition. J’aime faire juste un tout petit peu de ça et me concentrer sur la musique. Le fait de poser n’est pas trop mon truc. Enfin, si tu fondes un groupe dans cet esprit, ça signifie que tu dois le faire et pour eux, ça a merveilleusement marché, mais personnellement, je n’aurais pas été à l’aise, ça m’aurait probablement paru bizarre. Donc non, je ne serais pas un bon membre de Kiss !
On dirait que depuis City Burials, les albums se succèdent plus rapidement, et ces trois albums ont été composés par toi-même : penses-tu qu’ils appartiennent au même cycle ? Les vois-tu comme liés d’une manière ou d’une autre ?
Oui, je crois. Je ne vois pas un grand fil rouge qui les relie, mais comme tu l’as mentionné, il y a moins d’écart entre leurs sorties, ce qui montre probablement que j’ai été dans une grosse phase créative ces dix dernières années. J’aime penser à l’avenir et j’aime écrire des chansons, j’ai toujours une longueur d’avance. Quand je compose une chanson, je pense déjà à la suivante, donc quand je termine l’écriture d’un album, je suis déjà super curieux pour le prochain. Pour moi, maintenant, étant dans cette phase créative, je veux en tirer profit, car un jour viendra le syndrome de la page blanche. D’ici là, je veux faire plein de bonne musique ! [Rires]
Aimes-tu travailler sous forme de cycles ? Car c’est un peu l’impression que donne la discographie du groupe, qu’il y a des cycles de plusieurs albums.
Je comprends ce que tu veux dire. Je ne crois pas que ce soit intentionnel, ça se fait tout seul. C’est probablement un truc naturel qu’on ne peut pas contrôler ou commander. Peut-être est-ce juste la vie qui fonctionne par cycles. On dirait que tout est fait de cycles, y compris les albums qu’on crée, notre carrière musicale, etc. C’est intéressant de voir qu’effectivement, c’est très cyclique ; d’un autre côté, je ne saurais pas dire quel sera le prochain cycle, ce que les trois prochains albums auront en commun, ou pas. C’est toujours quelque chose à l’horizon que j’essaye de voir et qui me maintient en haleine, c’est tellement intéressant. J’adore ça. Peut-être que ce seront trois albums de merde, mais il faudra l’accepter car on ne peut pas le contrôler, même si je n’espère pas que ce sera le cas !
Tu écris constamment de la musique : d’après toi, d’où vient tout ce flux d’inspiration ?
Je ne sais pas ! Je me suis souvent posé la question. Parfois, les gens, en particulier les gars dans le groupe se demandent : « Comment a-t-il trouvé cette partie ? » Et quand j’essaye d’y réfléchir, je n’en sais rien ! Je n’arrive pas à me souvenir exactement de ce qui s’est passé dans ma tête quand j’ai voulu que tel morceau sonne comme ça. Parfois, c’est aussi un mystère pour moi. Comment peux-tu aller de tel accord à tel autre accord ? Je n’en sais rien ! Ça arrive tout seul. C’est dur de faire machine arrière et de se dire : « Oh, j’ai voulu faire passer tel ou tel sentiment. » Je me contente de faire, puis c’est fait et je passe à la partie suivante. Peut-être que ça vient d’un ailleurs, je ne sais pas. Je ne crois pas vraiment à ce genre de chose, mais j’ai envie d’y croire car c’est excitant, c’est comme avec Satan ou même le paradis, l’Eden, etc. Si ça existait, ce serait vraiment excitant. Donc peut-être qu’il y a un petit truc quelque part qui fait que quelque chose intervient et prend le contrôle sans que j’en aie conscience [rires].
Pour finir, peux-tu nous parler de ton départ de Bloodbath ?
Ce n’est rien de dramatique. J’ai juste eu envie de me focaliser sur Katatonia et je n’étais pas super heureux de faire partie du groupe à ce moment-là, donc j’ai dit que j’arrêtais. Katatonia a été mon activité principale pendant si longtemps et nous avons beaucoup de tournées à venir, donc ça a été un choix facile pour moi de mettre toute ma concentration sur ce groupe.
Interview réalisée en visio le 27 juin 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Terhi Ylimäinen.
Site officiel de Katatonia : www.katatonia.com
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