Peut-être que certains vont apprendre quelque chose, mais il n’y a pas que le metal dans la vie. Si, si, on vous assure ! Il existe tout un monde là-dehors rempli d’œuvres émouvantes, enrichissantes ou tout simplement divertissantes, dans la musique au sens large, mais aussi dans le monde du cinéma, de la littérature ou du jeu vidéo. Voilà pourquoi, histoire de s’aérer l’esprit, nous demandons aux artistes de partager avec nous leurs recommandations hors metal. L’occasion de découvrir des œuvres qui les ont inspirés, fascinés, accompagnés, ou qui les ont aidés à se construire, à construire leur vision du monde ou de leur art ou, tout simplement, qu’ils aiment et souhaitent partager. Car finalement, au-delà de la découverte pour soi, savoir ce que nos artistes préférés écoutent, lisent, regardent ou jouent en dehors de leur domaine de prédilection, c’est aussi les comprendre un peu mieux eux-mêmes.
Michael Weikath (Helloween – guitare) : Il existe un enregistrement des Symphonies parisiennes de Franz Joseph Haydn dirigé par Herbert von Karajan en 1981. Pour donner une idée, il a réuni un orchestre deux fois plus important qu’un orchestre symphonique classique : quarante-trois musiciens, je crois. Tous portaient un uniforme bleu et jouaient du violon, des cuivres, etc. Il a enregistré les six Symphonies parisiennes, un enregistrement absolument magique, tout simplement incroyable. C’est comme si un ovni atterrissait. Ces symphonies sont le fruit d’un compositeur autrichien venu à Paris après avoir été engagé pour les écrire. Elles furent ensuite jouées dans une salle de la capitale française. Si jamais vous souhaitez écouter de la musique classique, c’est l’œuvre que je vous recommande vivement. Elle représente la richesse française, puisque c’est la France [via le comte d’Ogny] qui l’a commandé et a fait le choix de Haydn, compositeur de l’hymne national allemand. Ça a donné ces six symphonies et, peut-être qu’à la deuxième partie, on pourrait se dire : « Oh, c’est tellement ennuyeux. On a sans doute choisi le mauvais gars, il ne sait peut-être pas du tout écrire des symphonies », mais finalement, c’est très intéressant et il y a beaucoup de changements.
Je suis un grand admirateur de Haydn. Je ne le savais pas au début, mais Beethoven était son élève, et pas son meilleur selon Haydn. Il y a tellement de choses intéressantes, car à la même époque, quand Haydn avait environ trente-sept ans, Mozart est apparu. Mozart était aussi ami avec le frère de Haydn, Michael Haydn qui a également composé des œuvres classiques et écrit de nombreuses chansons à boire pour les Viennois, des sortes de tubes pour les fêtards. Il était ami avec Mozart, ils passaient beaucoup de temps ensemble. Les fragments de symphonies que Mozart n’a pu achever étaient en réalité des morceaux de Franz Joseph Haydn. Il a aussi probablement sollicité l’aide de Michael Haydn pour terminer des symphonies qu’il n’avait pas eu le temps de concevoir pleinement lui-même. C’est d’autant plus intéressant que Mozart est décédé, tandis que Haydn a vécu encore quelques décennies après. Haydn fut le premier à composer des symphonies en quatre parties ; auparavant, on n’en comptait généralement que trois. Mozart fut le second à adopter cette structure, ayant vu Haydn procéder ainsi et souhaitant lui aussi composer des symphonies en quatre parties. Depuis lors, la structure standard des symphonies est de quatre parties. J’aimerais en savoir plus ; tant d’autres personnes sont bien plus expertes que moi en musique classique, mais voilà au moins les quelques trucs que je connais et apprécie.
Certaines chansons d’Helloween ont été influencées par Haydn, comme « Kings Will Be Kings », « Midnight Sun », « Salvation » ou « All Over The Nations ». Pour « All Over The Nations », j’ai voulu faire une petite expérience sur le couplet. J’ai pris l’hymne national hongrois, je l’ai importé dans le logiciel Logic, et j’ai modifié toutes les notes. Le couplet ressemble à l’hymne national, sauf que toutes les notes sont changées à l’exception du un, deux, trois, quatre, cinq à la fin, qui reste la même mélodie que dans l’original. Mais nous ne sommes que des novices comparés à ces génies de la musique !
Javi Perera (Obsidious – chant) : Je ne le répèterai jamais assez et je le dis constamment à mes amis : écoutez de la musique Motown ! La Motown, c’est un bon moyen de s’amuser et de profiter d’ondes positives. J’adore ce que cette époque a engendré, comme James Brown, Earth Wind And Fire, les Jackson Five, et même Michael Jackson. D’ailleurs, si je devais choisir un album, j’opterais sans hésiter pour Off The Wall ! En raison de l’histoire de sa production, sa conception, le fait que c’est le premier album qu’il a sorti en solo et toutes les histoires qu’il y a derrière. Par exemple, la chanson « Billie Jean », l’une des histoires les plus remarquables à son sujet est que la prise de chant qu’on entend a été la première de l’enregistrement. Ils ont fait quatre-vingt-douze mix différents de cette chanson. Lequel retrouve-t-on sur l’album ? Le second. Après quatre-vingt-douze révisions, ils ont choisi la seconde pour l’album [rires]. Ça montre qu’il faut savoir quand s’arrêter, quand c’est suffisant. Off The Wall est en fait mon deuxième album de Michael Jackson. Le premier que j’ai écouté était Dangerous, avec « Black Or White ». C’est après que j’ai écouté Off The Wall sur un vinyle qu’avait mon père – la majorité de mon background musical vient de mon père. Ça a même été une influence vocale, sur certaines parties : par exemple, quand je rends ma voix rauque à la manière de Michael Jackson, avec le voile du palais et la voie nasale, au lieu d’utiliser ma gorge et de bousiller mon instrument. Quand tu imites le son d’une moto, ça vient du nez et c’est le genre de distorsion vocale que faisait Michael Jackson la plupart du temps. Après avoir joué avec ma voix et essayé de chanter comme lui, j’ai découvert que ça ne faisait pas de mal de faire des vocaux rauques de cette façon.
Nick DiSalvo (Elder – chant & guitare) : C’est un album collaboratif entre un guitariste danois qui s’appelle Jonas Munk et qui joue dans le groupe Causa Sui et un producteur né en Allemagne mais qui vit à Londres et qui s’appelle Ulrich Schnauss. Ça fait des années que ces deux gars collaborent et je crois qu’ils ont fait trois ou quatre albums ensemble. Celui-ci s’intitule Eight Fragments Of An Illusion, il est sorti en 2021. Je l’ai adoré et j’ai été jusqu’à payer pour le commander au Royaume-Uni, avec les taxes d’importation et toutes ces absurdités. C’est un album qui combine tout ce que j’adore dans la musique atmosphérique utilisant de la guitare dans un autre contexte que le rock et la musique électronique, qui n’est pas de la grosse techno. C’est donc fait avec des instruments électroniques et de la guitare électrique. C’est un peu atmosphérique. Il n’y a pas toujours de gros rythmes. C’est juste de la belle musique. Il faut l’écouter, c’est assez unique. Parfois, ça ressemble presque à du post-rock, mais il n’y a pas le moindre instrument rock. C’est dur à décrire. Je l’ai écouté des tas de fois, probablement plus que n’importe quel autre album l’année de sa sortie. J’ai écrit quelques chansons, pas pour Elder mais pour un autre projet sur lequel je travaille, et c’est très inspiré par ce mélange d’instruments électroniques et de guitare électrique réalisé avec beaucoup de goût, alors que, selon moi, habituellement, c’est un désastre.
Mark Zonder (A-Z – batterie) : Beaucoup de musiciens et de batteurs ne s’intéressent pas à d’autres genres musicaux. Il n’est pas nécessaire d’en faire sa passion première, mais c’est une excellente source d’apprentissage. Explorez différents styles musicaux : le funk, le R’n’B, les musiques bien groovy, qui, à mon avis, font cruellement défaut. Beaucoup de groupes n’exploitent même plus le rôle originel d’un batteur. Alors, je vous conseille d’écouter d’autres styles pour enrichir votre vocabulaire musical ; cela vous valorisera et vous rendra plus intéressant à écouter en tant que musicien. Plus précisément, écoutez le troisième album de Tower Of Power ; il y a un morceau intitulé « What Is Hip? ». Quand j’ai écouté Tower Of Power pour la première fois, c’était comme entendre quelque chose d’inédit, un style totalement nouveau. C’est très percussif et groovy, sans pour autant se limiter à un simple « boum, tap, boum, tap, boum, tap ». J’étais bluffé. Je ne comprenais pas ce qu’il faisait, je n’arrivais pas à saisir. C’était tout simplement incroyable, tellement nouveau et original. Écoutez aussi le premier album de Journey. Je pense qu’il est important de réécouter ce premier album et de se rendre compte que Journey, ce n’est pas que Steve Perry. On adore tous Steve Perry, je comprends, il est génial. Mais écoutez ce premier album de Journey. Si vous voulez parler de musiciens exceptionnels qui ont révolutionné la fusion jazz-rock, c’est ça qu’il faut écouter.
Trey Spruance (Mr. Bungle – guitare) : Ce n’est pas parce que je parle à un Français, mais vous comprendrez en voyant mon parcours que Henry Corbin, un phénoménal érudit en sciences des religions, voire un philosophe à part entière, a été quelqu’un de très important pour moi, surtout dans les années 90 et au début des années 2000. J’ai lu tout ce qu’il a écrit en anglais. Si je devais n’en retenir qu’un, ce serait un recueil de conférences données dans le cadre du cercle d’Eranos, intitulé Temple et Contemplation. Je le considère comme une œuvre capitale. Je le relis encore régulièrement. Je suis toujours impressionné par la clarté et la limpidité de sa pensée et de son exposé. Rares sont les choses ou les personnes qui m’ont ouvert les yeux. J’étais alors profondément antireligieux, voire anarchiste, et il y a un problème à adopter une position aussi radicale ; aussi justifiée que soit ton aversion pour les autorités religieuses locales ou les esprits étroits, il te manque toujours quelque chose. Tu te mets vraiment en colère et tu diriges toute ta colère vers quelque chose qui n’est pas vraiment la bonne cible. Je crois que Corbin a balayé tout ça pour moi, pas tellement les sentiments, mais il a ouvert un monde de conscience, si on peut dire, où l’on commence à réaliser à quel point on est limité et qu’on n’a pas une vision d’ensemble. Voilà un homme qui a pris le temps de m’expliquer, de me faire découvrir ce monde tellement plus vaste, en étant attentif à tous mes préjugés. Je pense que c’est peut-être une sensibilité particulière liée à ses origines françaises. Si on pense à la mentalité purement laïque et à toutes ces réactions instinctives, comme quoi tout ce qui est religieux est merdique… J’étais complètement de ceux-là, et c’est un sentiment très répandu en France. Il écrit pour ce genre de personnes et leur offre de véritables pépites de sagesse. Il était tellement doué, c’est vraiment incroyable. Il m’a énormément inspiré. Ça a eu un impact énorme sur moi, sur ma vie et surtout en tant qu’artiste.
Florent « Rorschach » Charlet (6:33 – chant) : Ça n’a pas avoir avec le metal mais en même temps ça plaira forcément aux metalleux, et c’est pour moi l’un des plus grands chefs-d’œuvre du roman graphique : Sandman de Neil Gaiman. Neil Gaiman commence à faire parler de lui depuis quelques années, parce qu’on commence à reconnaître que c’est un putain de génie et ce sont ses histoires qui ont été mises en image dans Good Omens, par exemple, ou dans American Gods – ce sont des livres à lui. Sandman est un roman graphique qui raconte l’histoire de Dream, le dieu des rêves, qui a quelques frères et sœurs – la Destruction, la Mort, etc. La façon dont c’est écrit, les graphismes, etc. c’est monstrueux. Pour moi, c’est toujours la référence des romans graphiques, avec Alan Moore – je suis un grand fan des Watchmen et de From Hell, dont le dessin est agressif et très pesant. Ça m’a inspiré dans mon processus créatif quand j’étais sur Fearytales. Souvent, chez Neil Gaiman, il y a cette relation à la religion qui ressort. Enfin, ce n’est pas vraiment la religion. Je suis antireligieux. Par contre, je crois en Dieu – on l’appelle comme on veut, Dieu ce n’est qu’un nom à la con, tu peux l’appeler ta bonne étoile ou comme ça te chante. C’est ce qui te dépasse ; c’est évident qu’il y a un des choses qui nous dépassent et qu’on n’explique pas. Il y a aussi un côté onirique qui fait voyager dans des univers qui me plaisent. C’est comme kiffer le Seigneur Des Anneaux : ça t’emmène dans un univers avec des elfes et des monstres. Tu as envie d’y être, même si tu n’as pas envie de te bastonner. C’est aussi comme quand je lisais Thorgal quand j’étais gamin.
J’aime bien les coutumes, les pratiques tribales, je m’intéresse aux anciennes cultures, et tout le monde a des croyances sur l’au-delà et ainsi de suite, quelles qu’elles soient, ce n’est pas forcément de la religion. Je trouve ça super intéressant, déjà d’accepter qu’il y ait quelque chose, même si je n’en sais rien. J’ai eu ou entendu parler d’expériences de la part d’amis qui font que je suis très ouvert à tout ça. Dès que ça m’y emmène, j’ai envie d’y aller ! Je vais voir un peu, et si c’est fait d’une manière qui me plaît… Et dans Sandman, c’est génial, c’est très bien écrit. Tu es happé par le truc, même si c’est pour le côté plus féérique et surnaturel que croyance et religion. C’est le rapport à ce qui te dépasse, le fait de se dire qu’il y a peut-être des monstres sous terre, des choses qu’on ne voit pas, qui apparaissent, qui disparaissent. Quand mon ascenseur qui se rouvre au moment où il doit se fermer, je dis à mon gamin que nous accueillons un fantôme avec nous et nous lui laissons de la place, ça nous fait rire. Ça lui permet d’accepter l’au-delà. Ça nous permet de nous dépeindre ça d’une manière un peu plus simple, et ça rend peut-être le truc moins effrayant.
Patrick Mameli (Pestilence – chant & guitare) : Quand je lisais, il y avait un livre intitulé Seth Parle (Seth Speaks). C’est un livre tellement profond ! La connaissance du monde spirituel est transmise à un être humain, et, en état de transe, la personne exprime ce que dit cet esprit. Il parle de choses extraordinaires, à la fois fantastiques et d’une intelligence telle qu’elles paraissent tout à fait pertinentes. Ce livre m’a vraiment ouvert les yeux. Il m’a offert une perspective différente sur la nature de l’existence humaine, nos origines, notre façon de penser et ce qui fait de nous des individus, que ce soit l’éducation reçue de nos parents ou notre environnement. C’est un aspect plus psychologique : le lien entre ce que l’on est aujourd’hui et ce que l’on était, les influences qui nous ont façonnés. C’est fascinant. Je trouve la nature humaine parfois très drôle et parfois très fragile. L’homme le plus fort, le plus musclé, peut être un tout petit enfant prisonnier de son corps. L’humanité est un sujet passionnant. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Nous trouvons-nous juste dans une dimension particulière ? J’ai beaucoup appris sur moi-même grâce à ce livre, car il explique en profondeur le fonctionnement des choses. Il aborde le principe d’action et de réaction, et montre que chaque action engendre de multiples réactions qu’il faut anticiper. Il faut bien réfléchir avant d’agir, car chaque action implique des situations différentes avec des personnes à des moments donnés. Comprendre le principe d’action et de réaction signifie qu’il faut être plus attentif à ses paroles, que ce soit envers sa petite amie ou ses parents. Les mots peuvent détruire, blesser, mais aussi faire du bien. Un compliment, par exemple, se traduit par un changement dans le langage corporel, un regard plus lumineux. Ces petits détails sont fascinants, et le livre Seth Parle va loin là-dedans. J’ai dû le lire trois ou quatre fois rien que pour comprendre une seule phrase. C’est un ouvrage intelligent, profond et sophistiqué. J’apprécie ce côté philosophique.
Tommy Karevik (Kamelot – chant) : Je recommanderais un livre intitulé Cette Douleur N’est Pas La Mienne (It Didn’t Start With You). Il traite des traumatismes transgénérationnels et de leur impact sur les générations futures. C’est lié à l’épigénétique et à la façon dont les traumatismes modifient l’expression de nos gènes, ce qui fait qu’on peut ressentir des traumatismes ou certaines choses même si on n’est plus en contact avec la source même du traumatisme. C’est un processus très curatif que de lire ce livre et de comprendre que l’on vit certaines choses, alors que ça ne vient pas de soi. On peut s’en détacher, vivre une vie meilleure et transmettre moins de traumatismes à ses enfants, ce qui est vraiment formidable. De nombreuses recherches sont menées actuellement sur le sujet. Ça pourrait apaiser les tensions familiales et soulager la souffrance des générations futures. Personnellement, je m’y suis reconnu et je pense que beaucoup de gens s’y reconnaîtront en lisant ce livre, car on porte tous en soi des choses qui ne nous appartiennent pas. C’est très intéressant. Je l’ai découvert en cherchant des ouvrages de ce genre et, lorsque je l’ai trouvé et lu, j’ai réalisé qu’il avait eu un impact positif sur moi. C’est pourquoi je le recommande à d’autres personnes.
Aaron Stainthorpe (High Parasite, ex-My Dying Bride – chant) : Un de mes films préférés s’appelle Into the Wild, et c’est inspiré d’une histoire vraie. Il raconte l’histoire d’un jeune Américain issu d’une famille aisée, qui a fait d’excellentes études universitaires. Sa famille s’attendait à ce qu’il devienne médecin, mais il ressentait un besoin impérieux de quitter la civilisation occidentale et de vivre sa vie comme il l’entendait. Il a acheté une voiture d’occasion et est parti à l’aventure dans le désert. Il a retiré la plaque d’immatriculation et l’a enterrée pour que personne ne sache à qui appartenait le véhicule. Il a littéralement parcouru le monde à pied, enchaînant les petits boulots, jusqu’à finir par arriver en Alaska. Si l’on connaît tous les détails de sa vie, c’est grâce à son journal intime. On est tombé dessus lorsqu’on l’a finalement retrouvé. Je ne veux pas trop en dire, mais le film est réalisé par Sean Penn. C’est une histoire incroyable, celle d’un homme qui ne comprenait pas la vie telle qu’on la connaît. Il ne comprenait pas les règles : « Pourquoi doit-on faire ceci ? Pourquoi doit-on faire cela ? » Il a décidé de s’affranchir de toutes ces conventions et de vivre sa vie comme il l’entendait. Il n’allait faire de mal à personne, mais il était déterminé à faire ce qu’il voulait. Il cherchait une vocation, peut-être religieuse ou spirituelle, alors il a entrepris un voyage autour du monde et s’est retrouvé en Alaska. C’est une histoire tragique, mais magnifiquement racontée. Le film est superbement réalisé, la photographie est époustouflante, le jeu des acteurs est superbe. Sean Penn a fait un travail formidable. La toute dernière scène est absolument fascinante et vous tirera des larmes. C’est étrange, car j’apprécie la solitude, mais je ne pourrais pas vivre trop loin des gens. Je ne pourrais pas m’isoler au point de vivre complètement seul, à mille kilomètres de toute civilisation. Ça ne me dérangerait pas pendant un certain temps, mais j’imagine qu’au bout d’un moment, on finirait par se parler à soi-même et par créer d’étranges sculptures, des objets avec lesquels on pourrait dialoguer, se tenir compagnie. Je serais incapable de faire ce que le personnage du film a fait.
Michael Romeo (Symphony X – guitare) : Si je devais choisir une série télé, je dirais probablement Game Of Thrones, une grande aventure épique, avec des conflits, etc. C’est généralement le genre de chose que j’adore, un film ou une série hors du commun et un peu surnaturels. En fait, au départ, je pensais que Game Of Thrones n’allait jamais m’intéresser. J’aime l’horreur, le drame, le fantastique, la science-fiction, mais je pensais que ce serait trop… Je ne sais pas, quand j’en ai entendu parler pour la première fois, j’entendais différentes choses qui n’étaient peut-être pas exactes. De ce que j’en savais, c’était un peu dramatique, il y avait une reine, des goblins, des dragons, ci et ça. Je me disais : « Oh bon sang, encore des dragons ? Ils vont refaire le coup combien de fois ? » Puis quelqu’un m’a dit que c’était un genre de soap opera, donc je me suis dit : « Je n’aime pas trop les soap operas… » Je ne savais pas quoi en faire. Mais ensuite, en parlant à un tas d’amis qui s’intéressent un peu plus au cinéma et sont un peu plus attentifs à ce genre de chose, ils m’ont dit : « Oh non, ce n’est pas un truc débile avec des goblins et des dragons. Enfin, il y a des dragons, mais pas comme tu l’imagines. Il y a des monstres et tout. » Donc je me suis dit : « Oh super, un putain de film de zombies, comme si on en avait besoin d’un autre… » « Non mec, ce n’est pas ce que tu crois. » Puis j’ai regardé la série et j’étais là : « Ouah, c’est super bien fait ! » Et bien sûr, la musique est parfaite, avec des progressions familières, un motif rythmique, on peut la fredonner. Tout est génial dedans. Oui, il y a des dragons et des zombies – les marcheurs blancs ou peu importe – mais ce n’est pas le truc kitsch qu’on voit habituellement – loin de là !
J’ai trouvé que c’était bien fait et très divertissant. Ça m’a complètement parlé. Il y a un côté hybride. Est-ce du fantastique avec des dragons et de la magie ? Oui, un peu. C’est ce que j’ai pensé au début : « Est-ce comme Harry Potter » ? C’est super Harry Potter, mais… C’est plus sombre. Est-ce un film de zombies ? Non, pas vraiment, mais peut-être un peu. Je trouve que tout ça réuni crée quelque chose de différent et cool. Et les personnages, le scénario, tout est super. Je me souviens de certaines scènes, quand je regardais, j’étais là : « Bordel de merde ! Les images de synthèse, c’est un putain de blockbuster ! » Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit comme ça et une fois que je m’y suis mis, je me disais : « C’est du brutal ! Je suis embarqué, vous m’avez eu, je suis là. » Il va sans dire que j’ai pris deux semaines et j’ai regardé toute la satanée série. J’ai converti toute la famille, tout le monde à Game Of Thrones. Je n’aurais probablement pas cru que ma femme s’y intéresserait. Elle aime les comédies, les trucs qui se passent dans un avion et des trucs idiots, mais je lui ai dit : « Il faut que tu essayes ça. » Donc tout le monde s’est mis à adorer la série.
Swan Hellion (Blackrain – chant & guitare) : Il y a une série sur Netflix qui est un documentaire avec Graham Hancock et qui s’appelle Ancient Apocalypse. Il écrit des livres depuis longtemps, j’en ai lu quelques-uns. En gros, il pense qu’il y a eu des civilisations perdues dans l’histoire de l’humanité et qu’il y en a eu une qui était avancée et a disparu lors de la dernière ère glaciaire. Il pense qu’il y a douze mille ans, il y a eu un cataclysme sur terre qui a déclenché une énorme montée des eaux, et c’est à ce moment-là que plein de choses dont on n’a aucune idée se sont retrouvées immergées, et le sont encore aujourd’hui. Ça fait des années qu’il pense qu’il y a beaucoup de monuments dans le monde qui ont été en réalité créés ou bâtis bien plus tôt que ce que l’on pense et que ce que l’on nous apprend dans les livres. Plus le temps avance et plus les scientifiques qui sont vraiment réticents à toutes ces théories commencent à s’accorder à dire que ce n’est peut-être pas si con que ça et que c’est de plus en plus possible. Il a toujours été énormément critiqué et rabaissé, mais ça m’a toujours intéressé. Parallèlement, il parle aussi beaucoup de drogues psychédéliques. C’est aussi assez intéressant, et c’est aussi pour ça qu’il est beaucoup dénigré. Il est souvent rabaissé à l’état de fumeur de joints. Après, c’est possible qu’il y ait un lien. Tout est lié, mais il faut s’y intéresser un peu plus en profondeur. Même avec les drogues psychédéliques, c’est extrêmement intéressant. D’ailleurs, il parle aussi beaucoup d’ayahuasca, qui est une substance à laquelle beaucoup de gens, notamment importants, s’essayent. Donc je conseille quelques lectures ou le documentaire. Ce dernier passe vite, donc il n’y a pas beaucoup de détails, mais c’est sympa quand même. Après, il a fait un certain nombre d’interviews avec Joe Rogan, qui a un podcast assez connu. Ça vaut le coup d’écouter.
Jens Johansson (Stratovarius – claviers) : Un film étrange que j’ai bien aimé s’appelle Upstream Color. C’est très difficile à expliquer. Je pense que beaucoup de gens ne comprendraient même pas de quoi ça parle, mais pour moi, c’est un bon film car il aborde beaucoup de sujets liés à la biologie, tout en se présentant comme un petit thriller. C’est très difficile à expliquer : il y a un trafic d’organes, des fleurs… Il faut le voir ! C’est bizarre et plutôt intelligent. Il faut avoir un certain état d’esprit et une certaine compréhension du monde pour l’apprécier. Beaucoup de gens se diraient probablement : « C’est quoi ce truc ? C’est la chose la plus stupide que j’aie jamais vue !» Mais si vous voulez que je vous recommande un film, alors ce serait celui-ci.
George Lynch (Lynch Mob, KXM, The End Machine, ex-Dokken – guitare) : Je recommanderais Incident À Oglala, un film documentaire très important qui traite des problématiques amérindiennes et de l’incident de Jumping Bull. Leonard Peltier et l’American Indian Movement se sont unis contre la puissance militaire et gouvernementale américaine dans les années 1970. Cet événement a eu pour conséquence que Leonard Peltier est, encore aujourd’hui, un prisonnier de guerre. Il a passé le reste de sa vie en prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Sa cause est devenue un enjeu mondial, et de nombreuses personnalités engagées, comme Tom Morello et Serj Tankian, se mobilisent pour obtenir sa libération, même si cela semble peu probable. C’est un film d’enquête fascinant. Il est difficile à regarder, mais essentiel.
Richie Faulkner (Judas Priest, Elegant Weapons – guitare) : Je vais peut-être me faire incendier pour ça, mais j’adore l’univers de Warhammer 40,000. La richesse et la profondeur de l’histoire, les codex et les différentes tribus, c’est immense. Quand j’étais gamin, je peignais des figurines, et pendant la pandémie, j’ai recommencé, parce que j’avais envie de m’y remettre. Et puis on se plonge dans les histoires, le lore, les chapitres et les langues de cet univers. C’est incroyable et ça ne cesse de s’étendre. C’est un peu un truc de geek, et alors ? C’est vraiment génial et je vous recommande vivement de vous y intéresser. Je devais être adolescent quand j’ai commencé. Et puis, comme je l’ai dit, j’y suis retourné pendant la pandémie de Covid, parce qu’on avait du temps libre – il n’y avait rien d’intéressant, il y avait les confinements et tout ça. Je rassemblais des informations et je me suis remis à peindre des Space Marines et des Orques de Warhammer 40,000 et tout ça. L’univers entier a toute une histoire. C’est vraiment incroyable. Et des artistes peignent ces œuvres d’art et créent les figurines. C’est vraiment impressionnant. L’histoire est immense. C’est un travail colossal. Certaines machines, par exemple, sont vraiment impressionnantes. En fait, Warhammer 40,000 et le metal, ça ferait un bon mélange. Je ne sais pas si ça a déjà été fait. Probablement. Mais les deux se marient bien. Je me souviens avoir envoyé des idées à l’artiste qui a fait l’album Firepower, et certaines venaient de Warhammer 40K. C’est heavy metal. Je crois qu’ils ont même un département qui s’appelle Heavy Metal – ou du moins, ils en avaient un, je ne sais pas s’ils l’ont encore. Mais ces machines, c’est du heavy metal pur et dur. C’est du feu, des haches, des épées, des fusils, des gros trucs de Space Marines, des monstres, etc.
Mariusz Duda (Riverside, Lunatic Soul – chant & basse) : Je suis un joueur de jeux vidéo. J’adore ça et ils m’inspirent, comme Silent Hill qui a inspiré la chanson « Panic Room » ou Demon’s Souls et Dark Souls qui ont inspiré Lunatic Soul. Il y a un jeu vidéo français auquel j’ai joué et que j’ai vraiment adoré : A Plague Tale: Innocence. Ce n’est pas un blockbuster comme Assassin’s Creed, Uncharted ou d’autres jeux très connus, mais la qualité est la même. C’est une aventure formidable avec une histoire magnifique. On y parle d’une invasion de rats et il faut leur échapper. Le personnage principal a un petit frère dont il doit s’occuper, et il est atteint d’une maladie pour laquelle il faut trouver un remède. Tout au long des chapitres, on essaie de le sauver. La fin est vraiment réussie. Ça me fait penser à la série HBO The Last of Us. C’est très similaire, sauf qu’au lieu de zombies, on a des rats et que l’histoire se déroule au Moyen Âge. C’est un excellent jeu d’aventure français que tout le monde devrait essayer, à condition de ne pas avoir peur des rats, bien sûr ; c’est la seule condition. Il existe aussi une suite, A Plague Tale: Requiem. La bande originale d’Olivier Derivière est vraiment géniale. Je ne connais pas ce compositeur, mais il est français et il a composé de nombreuses bandes originales de jeux vidéo, comme celle de Dying Light. Je suis un grand fan de bandes originales de jeux vidéo. Il y avait un petit jeu indépendant appelé The Journey, qui est excellent lui aussi. Je n’écoute plus de musique électronique comme Tangerine Dream des années 70, mais plutôt de la musique électronique d’artistes modernes, dont beaucoup sont utilisées dans des bandes originales de jeux vidéo ; j’adore ça.
Toni Hatakka (Hanging Garden – chant) : Bien sûr, j’ai une tonne de jeux à recommander, mais s’il fallait absolument que j’en choisisse un, ce serait peut-être Deus Ex: Human Revolution. C’est un jeu vraiment sympa, avec une écriture soignée et des idées très intéressantes sur un futur proche. C’est un jeu cyberpunk sombre et réaliste. C’est un RPG, donc pas très éloigné de The Witcher, mais plutôt une dystopie cyberpunk de science-fiction se déroulant dans un futur proche, un de ces univers de méga-corporations et de haute technologie. Je crois que tu essaies de te disculper ou… Ça fait un moment que je n’y ai pas joué, mais il est excellent, très cinématographique et captivant. Vraiment bien écrit.














































