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Interview   

Interceptor Fest : l’éducation de l’extrême


Les 5, 6 et 7 octobre prochain se tiendra en plein centre de Bordeaux la première édition de l’Interceptor Festival, événement indoor consacré aux musiques extrêmes et organisé par deux structures culturelles qui ont mis en commun leurs compétences et leur état d’esprit. Et c’est surtout d’état d’esprit qu’il est question dans cette interview, tant le parti pris de l’Interceptor Fest est assumé pleinement.

Car tout dans l’organisation de l’événement répond à un objectif d’éducation populaire visant à faciliter l’accès à la culture au plus grand nombre. L’exemple le plus évident est le petit prix du billet, qui implique notamment que les artistes participants, qu’ils soient célèbres ou non, soient en phase avec le projet. Il y a aussi le choix d’une programmation éclectique et mettant en lumière des genres musicaux peu représentés. Cette volonté s’exprime également dans les détails tels que la manière dont les artistes sont répartis sur le programme, sans qu’aucun ne soit considéré comme tête d’affiche.

Découvrez-en plus dans cet entretien sur ce parti pris et sur la mise en place qu’il implique.

« Ce que je trouve bien comme source d’inspiration chez les autres festivals, français ou même européens, dans ce genre de musique, c’est toujours l’opiniâtreté dont font preuve les gens. »

Radio Metal : Pourrais-tu nous faire l’historique de ce festival, même si ce n’est que la première édition, et nous décrire le partenariat qu’il y a entre la Rock School et Void, parce que c’est vraiment de l’association de ces deux structures qu’est né le festival ?

Matt (programmation) : L’historique du festival est super short car ça ne fait que six à huit mois que l’on bosse dessus, en partant de zéro, nous nous sommes juste dit : « Allez les gars, on fait un festival ! » Là, nous sommes à environ un mois du festival et nous avons déjà tout de prêt. Après, l’historique de la collaboration entre les deux salles, c’est que le Void, avant, c’était un autre club, que j’avais monté avec des amis, qui s’appelait l’Heretic Club, on a arrêté, et les jeunes de l’Heretic ont dit : « Merde, arrêtez pas, nous on continuee. » Entre temps, j’ai bossé à la Rock School Barbey, et quand j’en ai parlé avec mes collaborateurs et mon boss, j’ai dit : « Voilà, j’en ai parlé avec les copains, on pourrait se mettre ensemble pour organiser ce type d’événement, de festival. » Et puis ils ont dit : « Ouais, nickel, on le fait. On mélange deux salles de concert un peu différentes, un peu opposées, de la même ville, avec des gens en commun, et on part dans une aventure comme ça. »

Ce qui ressort lorsqu’on regarde les deux historiques, c’est qu’il y a vraiment une envie commune de promouvoir l’éclectisme et l’underground. Penses-tu que ce soit ça qui ait en fait rapproché les deux assos au départ ?

Non. Vu que je suis un gros mégalo, je te dirais que c’est moi [rires]. Non, je déconne ! Enfin, qu’à moitié. Mais oui, c’est ça, c’est le délire de promouvoir des esthétiques, des arts ou des groupes différents et pas forcément représenter là d’où l’on vient, même si on pense dans le milieu du metal ou des musiques extrêmes, aujourd’hui, qu’on est surreprésentés avec pléthore de fests, de concerts et de groupes. Quand tu colles des affiches dans la rue, comme ça peut nous arriver, et qu’on te dit : « Ah ben c’est pas très vendeur votre affiche, on comprend pas le nom des groupes ! », et qu’on pense que tu fais des messes noires, et que nous sommes tous satanistes à manger des saucisses, tu te dis qu’en fin de compte, ce n’est pas tant représenté que ça et qu’il y a beaucoup de préjugés. Donc nous sommes partis de ce postulat-là, et nous avons décidé de nous défoncer pour créer un événement. Mais vu que nous bossons tous déjà dans le milieu depuis longtemps et que ce n’est pas le premier événement que nous organisons, nous étions assez confiants. Nous savons plus ou moins ce que nous avons à faire. Moi, je fais vraiment le lien entre les deux salles, ça ne fait pas très longtemps que je bosse à Barbey, mais quand j’étais gamin, mes premiers concerts à Bordeaux, c’était dans une petite salle qui s’appelait le Jimmy, qui a fermé depuis belle lurette, et Barbey. Quand j’étais kid et que c’était la grosse mode de l’arteno, que ce soit les Garçons Bouchers, les Happy Drivers, et tout ce genre de trucs, j’allais dans la salle dans laquelle je bosse maintenant. Quand ils m’ont embauché et qu’ils m’ont laissé la possibilité de faire ça, je me suis dit : « Ah merde, si ça se trouve, il y a peut-être des kids qui vont venir et qui plus tard viendront bosser à ma place ! » C’est une sorte de délire de processus d’éducation populaire qui se passe de génération en génération. C’est surtout que l’on peut bosser ensemble, ce n’est pas impossible.

Comme tu le disais, c’est la première édition du festival, mais ce n’est effectivement pas la première fois que vous organisez des concerts. En quoi le travail sur ce festival te paraît différent ? Est-ce qu’il y a des choses que tu as l’impression de découvrir ?

Disons que ce que je découvre, c’est vraiment d’avoir une grosse équipe pour travailler. Ce que je découvre, c’est que pour moi, ce groupe que nous avons programmé, était, avant, lorsque nous organisions des concerts, potentiellement une tête d’affiche. Donc de là où je viens, c’est comme si je faisais un concert avec uniquement des têtes d’affiche, en fait. Pour moi, chaque groupe défouraille, dans son style, même scéniquement, ce sont de super bons groupes, sur un disque, ils sont super bons, que t’aimes ou pas tel ou tel album, mais c’est quelque chose de nouveau. Autrement, non, c’est toujours pareil, il faut qu’ils mangent, il faut qu’ils dorment, qu’ils se déplacent, qu’ils soient dans de bonnes dispositions pour bien jouer, et puis voilà.

On pose souvent aux artistes la question des influences. Du coup, quelles sont vos influences en termes d’organisation d’événements ? Par exemple, vous sentez-vous un peu plus proches de festivals associatifs comme le Hellfest ou le Motocultor ?

Je sais qu’en 2003 ou 2004, quand j’habitais à Copenhague, j’avais participé à l’organisation du Kill-Town Fest, un truc super crust, DIY, mais hyper bien organisé. Après, je sais que nous, nous n’allions même pas au Hellfest, nous allions au Furyfest avant. Et encore, nous, nous sommes indoor ! Donc l’exemple des festivals en extérieur est totalement différent du point de vue de l’organisation. Nous, nous avons déjà la structure, le son, les équipes, tout est déjà là. Tandis qu’en festival en plein air, ils ont un champ et ils doivent tout créer. Après, ce que je trouve bien comme source d’inspiration chez les autres festivals, français ou même européens, dans ce genre de musique, c’est toujours l’opiniâtreté dont font preuve les gens. Tu ne sais jamais vraiment si d’une année à l’autre ça va le faire, mais tu continues, c’est toujours un peu la bataille, mais c’est vraiment des trucs de passionnés, surtout dans ces musiques-là. Mais si tu peux avoir un aspect business à un moment ou à un autre, si t’aimes pas ça, tu ne le fais pas.

En décrivant le projet, tu as parlé d' »éducation populaire ». On n’entend pas forcément toujours beaucoup parler de ce terme lorsqu’on fait des interviews d’artistes ou d’organisateurs de festivals à grosse échelle, parce que cette dimension-là n’est pas forcément présente. Que représente pour toi l’éducation populaire ? Comment essayes-tu de l’inclure dans ce festival ?

Alors, je ne suis pas théoricien, je ne suis pas Michel Onfray ou n’importe quoi, mais pour moi, ce que ça représente, c’est de donner accès à la population à une certaine forme de culture, sans que ça te coûte une blinde, et sans que ça soit réservé à une élite. Pour moi, c’est là-dedans qu’elle réside, et aussi dans le taf, c’est de faire mélanger des équipes de pros, salariés, avec des équipes de bénévoles, en ne considérant pas forcément les bénévoles comme de la main-d’œuvre gratos mais aussi comme des gens avides de connaissances et qui ont envie de participer à un événement, et d’apprendre des choses. Les communautés et les scènes ne se font que si nous-mêmes les créons, et pas forcément que par les thunes ou la musique. C’est une sorte de transmission de connaissances et d’expérience.

« L’éducation populaire, c’est de donner accès à la population à une certaine forme de culture, sans que ça te coûte une blinde, et sans que ça soit réservé à une élite. »

Penses-tu que cette dimension d’éducation populaire soit un peu trop absente en ce moment de la manière dont la culture est diffusée en France ?

Là, je ne me permettrais pas de juger les autres personnes qui se bougent. Je me demande si elle n’est juste pas verbalisée, pas formalisée, mais je pense qu’elle doit y être aussi. Après, je ne suis pas dans les petits papiers de l’orga des autres événements, je pense que chacun fait comme il peut. Mais je pense que quand tu as des gens qui ont décidé d’être bénévoles, ou stagiaires, et qui ensuite peuvent vivre de leur passion, elle est un peu là aussi, l’éducation populaire. Pour moi, en tout cas. Après, tu auras peut-être des théoriciens qui diront que je ne dis que des conneries, mais je ne suis pas là pour polémiquer. C’est juste un échange.

Du coup, y a-t-il des choses que tu ne te permettrais pas de faire vu l’objectif d’éducation populaire que tu as ? Est-ce que tu te refuserais d’avoir une grosse tête d’affiche si tu pouvais y avoir accès parce que ça rendrait le coût du billet beaucoup trop élevé ?

Ouais, carrément. Même sur des questions d’idées, de philosophie. Il y a des trucs, sans citer de noms, que je ne ferais jamais. Mais ce n’est pas grave. On est plein d’organisateurs de concerts, si untel ou untel veut jouer et que nous lui disons non, il ira jouer ailleurs. Ça arrive à tous les groupes, ce n’est pas grave ! Mais ouais, il y a certaines limites que nous ne voulons pas dépasser.

Dans le descriptif du festival, vous parlez d' »hommage aux musiques extrêmes ». Aujourd’hui, le terme « musiques extrêmes » peut revêtir plein de formes différentes. Qu’est-ce que, toi, tu mets derrière « musiques extrêmes » ?

Je ne pourrais pas te dire d’où ça sort, « musiques extrêmes », mais si je ne me plante pas trop – et puis, si je me plante, j’espère que quelqu’un me corrigera comme ça je pourrai briller en société ou en after de concert – mais ça arrive avec le Hellfest, les « musiques extrêmes ». Avant, tu parlais de « musiques amplifiées », « musiques actuelles », des termes super chiants parce qu’il faut absolument donner un nom. Après, pour moi, les musiques extrêmes, c’est vraiment dans l’imagerie et dans le son. Tous les styles musicaux de rock ou de metal sont d’une telle richesse – parce qu’on ne peut pas dire « que » le metal. Il y a des gens, quand tu parles de metal, ils vont penser heavy, ou hard rock, alors que t’as le grind, le death, le black, le sludge, le doom, le drone, le black-sludge, tout ce merdier qui fait que toutes ces scènes-là sont super riches. C’est juste que pour que ce soit un peu axé au quidam, tu trouves un terme générique qui fasse un peu bad.

Pourrais-tu donc envisager de mettre des groupes extérieurs à la scène metal, voire à la scène rock ? Car tu peux avoir des groupes d’électro extrêmement violents, ou autres…

Ouais ! Quand tu prends la première partie de Swans, Baby Dee, c’est quand même un méga ovni ! Mais ça rentre dans le délire. Après, d’un point de vue esthétique, je préfère les musiques dont je t’ai cité les styles tout à l’heure. Si un jour, dans la programmation, il y a un truc encore plus original, ou une version acoustique d’un des mecs d’un groupe extrême, ouais, pourquoi pas, mais c’est aussi des arrangements humains; un échange que t’as eu avec un gars, t’as bien kiffé, t’as eu un bon feeling, tu le fais jouer. Il n’y a pas de problème. Mais je ne ferai pas forcément de la pop ou des trucs comme ça, parce que ce n’est pas mon délire, je ne connais pas, je n’aime pas forcément. Mais quand on a fait la programmation avec François et les gars du Void, et avec mon collègue Manu de la Rock School Barbey, il y a quand même des échanges et de la curiosité. Et puis il y a des groupes où on s’est dit : « Non, ça ne peut pas marcher ». Il n’y a pas de définition de la musique extrême, c’est un peu un terme fourre-tout. C’est comme quand on dit : « Je suis dans un groupe de rock ! » Ouais, mais bon, ça veut rien dire, c’est quoi ton rock ? Ce n’est pas juste un terme qui va définir si tu peux jouer au festival ou pas.

Il y a une phrase dans le descriptif du festival qui parle de la programmation, et l’adjectif qui est utilisé est « une programmation exigeante ». Peux-tu nous dire comment la programmation est réalisée, et comment cette exigence-là se matérialise, par rapport aux groupes que vous prenez ou pas ?

« Une programmation exigeante », ça veut dire que nous avons quand même pas mal réfléchi à ce que nous avons fait, l’air de rien, et que nous avons beaucoup discuté avec François sur des trucs que nous n’avons pas voulu, mais aussi sur tel ou tel groupe que nous voulions. Même ce qu’on considère comme les têtes d’affiche, pour moi, ce sont des groupes qui, eux-mêmes, se considèrent comme des têtes d’affiche, parce que moi, je m’en fous qu’il y ait tel ou tel groupe qui joue avant l’autre. Mais par respect pour eux, ils veulent jouer là, ce sont des têtes d’affiche, eh bien ils vont jouer là en tête d’affiche. Mais si je les voyais en première partie d’un autre groupe, je serais content de les voir quand même. Donc être exigeant, ici, c’est essayer de ne pas forcément répondre à telle ou telle proposition d’un groupe qui marche en ce moment. Tous les groupes que nous avons bookés pour le festival sont des groupes que nous écoutons, dont nous sommes fans, ou dont nous avons les albums, des trucs comme ça.

Un autre aspect à aborder est la date. Le festival a lieu début octobre, ce qui est une date peu commune, même si cela arrive quand même. Qu’est-ce qui a motivé le choix de cette date-là ?

Si tous les autres ont pris toutes les meilleures dates, comment on fait nous après ?! Fait chier quoi ! [Rires] Je rigole mais c’est un peu vrai aussi. Nous n’allons pas faire ça en même temps que certains collègues ou confrères du bordel, et puis en même temps, à Bordeaux, début octobre, généralement, c’est cool. T’as quand même encore un bon climat, tu peux sortir ton nouveau blouson de mi-saison, certains peuvent être encore en short… C’est un peu bizarre, je te l’accorde, comme date mais, mis à part les tenues vestimentaires, il n’y avait rien à cette période-là. Quand nous avons décidé de la date, parce que comme je te le disais, ce sont deux salles de concert qui se sont mises ensemble pour bosser là-dessus, et après, nous avons toute une programmation où nous avons plein de dates qui sont prises. Donc après le festival, nous ne partons pas en vacances, nous rempilons sur d’autres concerts, d’autres dates. Donc ce n’était pas évident de caler entre le calendrier du Void, le calendrier de la Rock School Barbey, le calendrier des autres festivals en France et en Europe, et c’est donc tombé sur ces dates-là. Et en fin de compte, nous prenons le pari de le faire là car c’est quand même sympa après les vacances, après la rentrée de pouvoir se dire : « Ah tiens ! Il y a un autre festival à ce moment-là ! » C’est comme si ça ne s’arrêtait jamais, comme si on pouvait faire des festivals toute l’année ! Ce serait pas mal !

« Il y a des gens, quand tu parles de metal, ils vont penser heavy, ou hard rock, alors que t’as le grind, le death, le black, le sludge, le doom, le drone, le black-sludge, tout ce merdier qui fait que toutes ces scènes-là sont super riches. »

Le festival a lieu en plein centre-ville de Bordeaux. Est-ce que c’est également un choix qui s’est imposé à vous, ou il y avait quand même une envie de rester dans le centre de la ville pour faire vivre la ville et pouvoir faire découvrir Bordeaux aux gens qui viennent ?

Nous n’allons pas avoir l’outrecuidance de dire que nous allons faire vivre la ville, parce que notre ville vit toute l’année; quand t’y habites, t’as vraiment plein de trucs à faire. Nous sommes quand même des citadins, nous sommes toujours en centre-ville, et les deux salles étant situées en plein centre-ville, ça s’imposait un peu à nous-mêmes, et en même temps, c’est notre ville, c’est Bordeaux, donc nous faisons ce que nous avons envie de faire dans notre ville ! En centre-ville, c’est un style de musique qui va avec ça, et en centre-ville, il y a du bruit, des gens différents, c’est le centre-ville, quoi ! Ça va très bien avec ça. Et comme je te le disais, vu que c’est deux salles de concert, c’est un format de festival un peu bâtard, dans le sens où ça va être en format club et gros club; Barbey est un ancien théâtre, la jauge étant de six cent places, ça va vite se remplir, et quand t’as des concerts avec des groupes qui se défoncent et que la salle est pleine, ça met une ambiance de taré, plus que quand t’es à cinq cents mètres des groupes.

Peux-tu nous en dire plus sur le visuel du festival, notamment sur ce personnage que l’on voit de dos ? Déjà, qui a réalisé ce visuel ?

Ce visuel, c’est Ammo, un pote à nous, qui l’a réalisé. C’est un pote à nous qui était avant à Bordeaux et est parti vivre à Bruxelles. Le visuel va un peu avec le nom, parce que l’Interceptor, c’est la voiture de Mad Max, alors que pour moi, le personnage principal, ce n’est pas Mel Gibson, c’est la voiture. Bon, après, c’est mon côté beauf qui aime bien les voitures, mais c’est parti comme ça ! La voiture est black, elle est crado, personne ne peut l’arrêter sauf si lui actionne son petit détonateur sous son réservoir. Donc le visuel est fait comme ça, et après, Ammo nous a proposé un dessin, et nous avons tout de suite accepté. Toutes les décisions ont été prises sans trop réfléchir, en fait ! [Rires] Vu que nous n’avions pas le temps, nous n’étions pas là à tergiverser pendant dix ans, genre : « Ok, c’est bon, ça plaît à tout le monde ? Ouais, moi aussi, c’est cool ! » Notre pote nous disait que ça lui parlait, donc on a dit : « On y va ! ».

En juillet, vous avez fait un aperoboat à l’occasion du concert d’Agnostic Front, pour faire la promo du festival et pour aussi faire gagner des pass. Peux-tu nous parler de l’importance de genre d’événement pour booster le festival, et nous dire si cela vous a permis de sentir les attentes des gens ?

C’était surtout parce que nous avons un pote qui bossait dans cette salle-là et qui faisait ce concert-là. Je pense avoir des amis qui bossent dans chaque salle de Bordeaux, donc même si toutes les salles sont plus ou moins en concurrence, l’état d’esprit n’en est plus à se tirer dans les pattes, et ce sont des trucs de scène. Donc si tel concert ou tel événement peut aider l’autre, dans la mesure du possible, ils le feront. Après, d’avoir fait cette journée de promo pour le concert d’Agnostic, c’était sympa, nous nous sommes bien marrés, mais ce n’était pas du tout le même public. C’était plus du public de darons, plus hardcore et ce genre de truc, alors que nous n’en avons pas du tout dans la programmation. Mais ça s’est fait, tout le monde était content que nous soyons là, que nous passions des skeuds, payions des coups, c’était super convivial !

Nous parlions tout à l’heure d’éducation populaire, et c’est vrai que l' »éducation populaire » est une expression que l’on associe, de manière traditionnelle, plutôt à la gauche. Le fait est que Bordeaux est une ville avec un maire de droite. Est-ce que c’est donc quelque chose que tu ressens ? Sens-tu qu’il y a peut-être un peu plus de « freins » à ça, ou est-ce que c’est juste un gros cliché ?

Tu es en train de me demander si Juppé est vraiment de droite ? Je ne suis pas sûr mais je pense ! [Rires] Non, Bordeaux est une ville de droite, certes, mais tu as tout une frange de la population qui est quand même bien à gauche, tous ceux qui font vivre la culture underground, dans des petites caves, etc., d’où sortent les artistes, faut bien commencer à un moment ou à un autre, donc si tu fais une ville complètement lissée et polie, il n’en sortira rien. Les élus que j’ai rencontrés à la mairie ont été hyper cools avec nous, mais vraiment, et ils ont dit oui, donc je pense qu’ils ont commencé à accepter qu’une ville comme la nôtre puisse avoir un côté sombre. On est resté pendant des décennies avec les murs tout noirs, il en reste quelque chose, donc ils ne peuvent pas avoir une ville complètement classieuse uniquement. T’as toujours un côté sombre, et c’est normal qu’il soit représenté. On en fait partie, nous, de cette ville. On y vit, on la fait vivre, on y consomme, on y baise, on y meurt, tu ne peux pas éradiquer tout une partie de la population, même d’un point de vue culturel. Mais encore une fois, quand on leur a dit, ils ont un peu tiqué au début, certes, mais ça s’est vite bien passé en discutant, et puis c’est aussi un peu la couleur de ce quartier-là. Les Capucins, Saint-Michel, c’est le quartier un peu populaire. On aurait fait ça dans le théâtre, ils auraient pété un plomb, je pense. Mais voilà, eux ont le Grand-Théâtre, nous on a Saint-Michel.

Interview réalisée par téléphone le 5 septembre 2017 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

site officiel de l’Interceptor Fest : interceptorfest.com.



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