Huit ans après Lake Of Fire, le guitar hero Joe Stump ravive la flamme de Tower Of Babel avec Days Of Thunder, un album incandescent taillé dans l’acier du hard rock classique. Avec la complicité de Mistheria (claviers), Nic Angileri (basse) et Mark Cross (batterie), le musicien américain signe une déclaration d’amour vibrante à Rainbow, Deep Purple et à toute la scène européenne des années 70 et 80. Ce second chapitre du projet marque aussi un tournant vocal : Jo Amore, ex-Nightmare et Kingcrown, succède à Csaba Zvekan et apporte une dimension plus incarnée, presque théâtrale, à la musique du groupe.
L’occasion était donc idéale pour faire le point avec Jo pour évoquer avec lui son arrivée au sein de la formation internationale, sa collaboration avec Joe Stump, ses influences marquées par Dio et le hard rock européen d’antan ainsi que sur sa liberté artistique qui donne à Days Of Thunder une force émotionnelle et une identité véritable. Retour sur un échange avec un chanteur passionné qui n’a pas perdu la flamme et qui est plus que jamais en phase avec ses racines.
« J’ai la voix que j’ai. Je n’imite personne. J’ai affiné ma technique en écoutant du Rainbow, du Black Sabbath ou du Deep Purple, mais ce n’est pas une volonté délibérée de ma part de chercher à ressembler à qui que ce soit. »
Radio Metal : C’est le claviériste Mistheria qui a parlé de toi à Joe Stump pour intégrer le groupe. Comment as-tu connu Mistheria et comment s’est passée ta rencontre avec Joe ?
Joe Amore (chant) : Mysteria me connaissait car il m’avait invité à participer sur « The Absolution », un morceau de son album EpiClassica, sorti dans le cadre de son projet Vivaldi Metal Project. C’est de la musique classique réinterprétée en metal. Puis, lorsque Joe Stump a décidé de relancer Tower Of Babel, il a demandé aux autres membres du groupe s’ils connaissaient quelqu’un dont la voix se rapprochait un peu de ce qu’il cherchait — un style un peu à la Dio. C’est alors que Mysteria a proposé mon nom. J’étais très honoré d’être sollicité par des musiciens comme Joe Stump, Mysteria, Mark Cross et Nic Angileri ! Nous avons d’abord travaillé à distance, puis la vraie rencontre physique avec Joe a eu lieu deux jours avant notre premier concert au Mennecy Metal Fest 2022. Je l’ai revu plus tard durant ses dates avec Alcatrazz, car avec mon groupe Kingcrown, nous avons fait sa première partie sur cinq ou six dates en Allemagne et en Belgique. Puis je suis allé le revoir encore une fois lors d’un concert d’Alcatrazz à Montpellier.
Comment s’est passée ton intégration dans le groupe ?
Ce n’était pas gagné d’avance — ça aurait très bien pu ne pas fonctionner. Le reste du groupe se connaissait déjà, et je pense que le fait qu’ils aient déjà travaillé ensemble sur un album a facilité pas mal de choses. Après, c’était à moi de m’intégrer dans ce groupe-là. Mais nous partageons tous la même passion, la même envie. Surtout, ce sont des gens humbles, qui sont là pour faire avancer le projet avant tout. Ce ne sont pas des individualités, les ego sont laissés de côté. Tout le monde sait qu’il y a des gars de valeur dans ce groupe, on les connaît, mais ce qui compte, c’est le collectif. Nous avançons ensemble.
Que connaissais-tu du projet de Joe avant d’intégrer le groupe ? T’étais-tu intéressé à l’album précédent Lake Of Fire ?
À la base, je ne connaissais pas du tout le projet Tower Of Babel. Dès qu’on m’a sollicité, je me suis vite jeté sur YouTube pour y écouter la musique et vérifier si ça pouvait me correspondre. J’ai pu vite constater que c’était vraiment dans le style de musique avec lequel j’ai grandi, très teinté années 80 voire début 90. C’est exactement ce genre de morceaux qui m’a fait découvrir le metal et le hard rock, à l’époque.
Plus généralement, comment s’est passée la collaboration à distance avec Joe Stump et les autres membres ?
Nous échangions beaucoup en vidéo, en Zoom, à plusieurs, pour que tout le monde soit sur la même longueur d’onde. C’est important. Ce n’est pas toujours facile. Joe a un accent américain bien marqué, et à distance, quand il parle un peu vite, j’avoue que j’avais du mal à tout comprendre. C’est la difficulté quand on travaille avec des gars venus un peu de partout dans le monde, qui maîtrisent mieux l’anglais que toi. Je lui faisais répéter plusieurs fois les choses, il a été patient. Au final, ça s’est bien passé. Il ne m’a pas viré ! [Rires].
Tower Of Babel, c’est un Américain, un Français, un Anglais et deux Italiens. As-tu senti des différences culturelles dans les manières de travailler ?
Non, parce qu’on a vraiment affaire à des professionnels. Ils ont tous cette rigueur et cette volonté de bien faire les choses et de prendre le temps nécessaire. Il n’y a aucune difficulté à travailler avec des pros, tout se comprend et se fait rapidement, même si rien n’est laissé au hasard.
Comment se passe l’organisation du travail pour les sessions de répétition avant les concerts, vu la distance ?
Nous travaillons beaucoup à la maison. Là, nous allons bientôt entamer des concerts et nous espérons aussi faire des tournées. Nous allons donc faire des résidences pour travailler tous ensemble, pour ressentir les morceaux et les vivre en live. C’est toujours plus agréable de travailler avec les musiciens que d’être tout seul à la maison.
« Je reste assez ouvert à ce qu’on peut me proposer au chant. Si une idée est bonne, je l’accepte volontiers, car souvent, une bonne idée qui ne vient pas de moi me fait chanter différemment et enrichit mon style et mon expérience. »
Les dates de concert sont d’ores et déjà calées ?
Pas encore. Il y a beaucoup d’idées et de propositions qui circulent. En ce moment, tous les membres du groupe travaillent de leur côté sur des tournées. Nous avons la chance d’avoir un gros label, Silver Lining — un des grands labels allemands. Ils ont notamment Motörhead, Saxon et plein de gros groupes. Je pense qu’avec leur appui, nous allons pouvoir monter une tournée en Allemagne sans difficulté. Ce que j’aimerais vraiment, c’est tourner aux États-Unis. C’est notre manager, Giles, qui s’en charge en ce moment même. Je pense que ça va se faire, Joe étant américain et ayant déjà tourné aux États-Unis avec Alcatrazz. J’imagine que son carnet d’adresses est bien rempli. Il ne devrait pas y avoir de difficulté. Franchement, j’ai hâte de retourner jouer aux États-Unis !
Tu remplaces le chanteur Csaba Zvekan. As-tu ressenti une pression particulière ou au contraire une liberté totale pour poser ta patte ?
Il n’y avait pas vraiment de pression par rapport au chanteur précédent, mais plutôt par rapport au pedigree des membres du groupe. Clairement. On se retrouve d’un coup aux côtés de musiciens comme Joe Stump qui joue notamment dans Alcatrazz, Mysteria qui tourne avec Bruce Dickinson, Mark Cross qui a fait Helloween, Firewind, Metalium, etc. et Nicolas qui a joué avec Jorn… Donc oui, faire partie d’un groupe international, c’est une vraie pression. Pas tant sur la performance vocale en elle-même, parce qu’on m’a laissé pas mal de liberté sur le chant. J’ai vraiment pu m’exprimer. Je pense que c’est d’ailleurs ce qui a plu au groupe : l’ensemble de ce que j’ai pu apporter dans mon chant. Il n’y a pas que la voix en elle-même, il y a aussi la façon de chanter, le grain, l’interprétation… On m’a laissé travailler tout ça et m’exprimer totalement. Je pense que c’est ce qui a permis à l’alchimie de Tower Of Babel de bien fonctionner.
Tu as donc eu une grande marge de manœuvre dans la création sur cet album ?
J’ai eu une énorme liberté. On m’a envoyé les morceaux quasi finalisés, à part quelques petites modifications qui ont été faites ensuite, et on m’a laissé carte blanche. J’ai fait des propositions, parce que quand je travaille les lignes de chant, j’aime bien soumettre plusieurs versions aux autres membres du groupe. C’est ce que j’ai fait sur certains morceaux, ce qui leur permettait d’avoir un choix parmi mes propositions. Mais dans l’ensemble, j’ai eu une grande liberté. Très peu de lignes de chant ont été modifiées après coup. Pour les textes, je me suis beaucoup fait aider par mon frère David – qui est aussi batteur dans Kingcrown. Il adore écrire et il a une facilité que je n’ai pas. Je l’ai beaucoup sollicité, et je le remercie, parce qu’il travaille beaucoup sur les textes dans tous nos projets communs. J’adore sa façon d’écrire. Elle correspond à ce que je voudrais faire moi-même.
Quand tu as pu présenter différentes lignes vocales, qui est-ce qui avait le dernier mot ? C’était plutôt Mark qui a produit l’album ou Joe qui l’a écrit ?
Les décisions se prenaient un peu de manière collégiale. Ensuite, dans un second temps, je suis allé pendant douze jours dans le studio de Mark – le Dungeon Studio – en Grèce où il réside. A ce moment-là, nous avons travaillé ensemble de façon plus précise quelques petites modifications de textes et de lignes de chant. Nous avions le temps, donc ça permettait de fignoler pas mal de choses. C’était très enrichissant. De manière générale, je reste assez ouvert à ce qu’on peut me proposer au chant. Si une idée est bonne, je l’accepte volontiers, car souvent, une bonne idée qui ne vient pas de moi me fait chanter différemment et enrichit mon style et mon expérience.
Le fait que Mark soit à la fois batteur et producteur change-t-il quelque chose ?
J’ai aussi été batteur, donc je travaille beaucoup le chant de manière rythmique. Ça n’a donc pas été une difficulté. Il y avait quelques expressions anglaises que je ne connaissais pas spécialement qui correspondaient un peu mieux à ce que je voulais dire. C’est ainsi qu’il a enrichi et, par moments, corrigé mes textes.
Tu es souvent comparé à Dio et Joe se plaît à le dire dans toutes ses interviews. Comment abordes-tu ce genre d’étiquette dans ton travail ?
J’ai la voix que j’ai. Je n’imite personne. Bien sûr, comme tout musicien, j’ai des influences très marquées, mais une voix est ce qu’elle est : on a beau aimer un chanteur, si on n’a pas sa voix, on ne l’a pas. J’ai affiné ma technique en écoutant du Rainbow, du Black Sabbath ou du Deep Purple. C’est sûr qu’on retrouve ces influences dans ma façon de chanter. J’ai beaucoup écouté Dio, mais ce n’est pas le seul. J’ai aussi écouté Ian Gillan, Ozzy Osbourne, Bruce Dickinson, tous ces grands chanteurs. Pour autant, je n’ai jamais cherché à copier qui que ce soit. Je ne renie pas mes influences, mais ce n’est pas une volonté délibérée de ma part de chercher à ressembler à qui que ce soit.
Quel a été ton rapport à l’œuvre de Dio ?
Dio est le chanteur qui m’a fait découvrir le hard rock à l’époque. Un jour, un collègue m’a passé un vinyle en me disant : « Tiens, écoute ça. Je n’aime pas trop, mais c’est spécial. » À ce moment-là, je n’écoutais pas du tout de metal. J’étais plutôt branché rock, comme les Beatles et ce genre de choses. J’ai alors écouté cet album, il s’agissait d’On Stage de Rainbow, et ça m’a scotché. Je me suis dit : « C’est ça que je veux faire ! » J’ai une proximité avec Dio, dans le sens où c’est le premier chanteur qui m’a fait adorer le metal.
« J’ai commencé avec Nightmare quand j’étais ado, en 1979. J’y suis resté pendant presque trente-sept ans ! Ça marque une vie. En ce qui concerne Yves [Campion], la hache de guerre est totalement enterrée. Il n’y a aucune rancœur. D’ailleurs, aujourd’hui, nous proposons tous les deux un projet parallèle : Nightmare Origins. »
L’album rend clairement hommage à Rainbow, Deep Purple, MSG, etc. Quels sont, pour toi, les morceaux les plus représentatifs de cet hommage ?
Un peu tous, mais « Alone In The Desert » – si je ne me trompe pas, c’est celui qui est un peu arabisant – est un clin d’œil à ce style qui était très présent dans les années 80. Il y a aussi « Evil Treatment », « Rules Of Silence »… Ils ont tous, à leur manière, une part de cette influence, mais je pense que « Alone In The Desert » est le titre qui rend le plus hommage à cette période-là.
Cette scène européenne des années 70 et 80 reste assurément une référence en 2025 et inspire encore beaucoup de musiciens. Selon toi, qu’est-ce qui fait que ces groupes et ces musiciens ne sont toujours pas démodés, malgré les décennies ?
C’est un peu la base, en fait. Si on revient à Ozzy – qu’il repose en paix – et Black Sabbath, cette période-là a ouvert les portes à énormément de styles musicaux. On ne peut pas ne pas en parler, ni éviter d’être influencé, au moins un peu, par cette époque, par ces groupes. La plupart sont d’ailleurs encore là aujourd’hui, ce qui prouve qu’il y a un intérêt. Dans les grands festivals, qui est en tête d’affiche ? Ce sont souvent les groupes de cette génération. Comme quoi, on revient toujours aux fondamentaux. Ces groupes-là sont des valeurs sûres.
Sur Days Of Thunder, ta voix est très expressive, presque théâtrale par moments. Comment as-tu abordé ce disque par rapport à tes projets précédents comme Nightmare ou Kingcrown ?
Je l’ai abordé un peu différemment, dans le sens où les compositions m’ont tout de suite évoqué cette musique des années 80 et 90, bien plus que ce que je faisais avec Nightmare ou même ce que je fais aujourd’hui avec Kingcrown. En écoutant les morceaux du deuxième album de Tower Of Babel, ça m’a tout de suite rappelé des groupes et des musiques que j’écoutais – et que j’écoute toujours, d’ailleurs. Pour moi, ça a été comme un retour à ce qui m’a fait vibrer au départ, et qui continue encore à me faire vibrer. Du coup, je suis allé vers quelque chose de plus théâtral, comme tu le dis, et une interprétation encore plus marquée, avec cette volonté d’accentuer le chant, de lui donner plus d’expression. J’ai vraiment cherché à interpréter les textes au maximum, à appuyer leur sens à travers ma façon de chanter.
Joe Stump est catégorisé parmi les shredders. Est-ce compliqué de trouver sa place en tant que chanteur avec un tel guitariste ou bien y a-t-il un dialogue qui s’installe entre vous ?
On m’a laissé beaucoup de place, avec, encore une fois, pas mal de liberté ; ça me correspond bien et ça me convient. Après, quand on a un guitariste comme Joe, il faut le laisser s’exprimer — ce qu’il fait largement, que ce soit sur scène ou en studio, comme on peut le remarquer !
Sur cet album, j’ai l’impression que Joe a un peu laissé la technique et la démonstration de côté pour être plus narratif…
Oui, je le remarque aussi. Il est un peu moins dans le style Malmsteen et plus proche de Ritchie Blackmore, notamment. Il laisse plus de place à la mélodie et il est peut-être moins dans le shred. Je trouve qu’il est très mélodique avec de superbes passages à la guitare. Dans ses solos, on retrouve des lignes et thèmes musicaux qu’on retient parce que, justement, il y a ce travail de mélodie et cette volonté de faire quelque chose de beau, plus que technique et rapide. Il le fait quand même par moments, il y a des passages techniques, on ne peut pas l’en empêcher, mais globalement, il est peut-être un peu moins dans le shred et un peu plus sur la mélodie.
Sur un autre sujet, on t’a connu en premier lieu avec Nightmare, avec qui tu t’es séparé il y a tout juste dix ans. Avec le recul, quels sentiments en gardes-tu ? Y a-t-il toujours de la rancœur avec Yves Campion ?
Pour moi, Nightmare, c’est énormément de souvenirs. J’ai commencé avec ce groupe quand j’étais ado, en 1979. Autant dire que j’ai grandi avec. J’y suis resté pendant presque trente-sept ans ! Ça marque une vie. En ce qui concerne Yves, la hache de guerre est totalement enterrée. Il n’y a aucune rancœur. D’ailleurs, aujourd’hui, nous proposons tous les deux un projet parallèle : Nightmare Origins. Nous allons faire quelques concerts, notamment dans le cadre du Festival de Vouziers le 1er novembre 2025, ainsi qu’un autre en 2026, qui sera bientôt confirmé. Avec ce projet, nous revenons aux racines de Nightmare, en jouant des morceaux issus des trois premiers albums – ceux des années 1980 et celui de 2001. Pour moi, c’est un vrai retour à mes débuts, à ce que j’ai aimé et composé. D’ailleurs, sur les deux premiers albums, j’étais encore batteur !
Tu as été remplacé dans Nightmare successivement par trois chanteuses. As-tu jeté une oreille sur ces albums ?
Tout à fait, j’ai écouté ces albums. De mon côté, je ne suis pas trop fan du chant féminin dans le metal en général, mais je dois avouer qu’ils ont choisi des chanteuses qui assurent et font le job !
Interview réalisée en visio le 24 juillet 2025 par Vincent BN.
Retranscription : Vincent BN.
Photos : Facebook de Jo Amore (1), Esther Wicahpi (2) & Magda Red (4)
Site officiel de Tower Of Babel : towerofbabelrock.com
































