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Chronique Focus   

Philip H. Anselmo & The Illegals – Choosing Mental Illness As A Virtue


Que ce soit l’héritage de Pantera, Down, Superjoint, Scour et bientôt En Minor, Phil Anselmo, le frontman autant adoré que décrié, est omniprésent par sa production musicale. Cette fois, il s’agit du deuxième disque de Philip H. Anselmo & The Illegals, intitulé Choosing Mental Illness As A Virtue. L’album succède au très brutal Walk Through Exits Only (2013) et fut l’occasion d’un remaniement de line-up avec le départ du guitariste Marzi Montazeri, remplacé par Stephen Taylor et Mike Deleon, assisté de Phil Anselmo justement. Choosing Mental Illness As A Virtue ne lève aucunement le pied. Il s’agit d’un album de death/black underground plus chaotique que son prédécesseur. Sans culture de l’extrême, impossible de s’y plonger…

Choosing Mental Illness As A Virtue est avant tout une forme de témoignage de l’héritage musical de Phil Anselmo, d’un goût pour la scène underground très prononcé. Le titre est inspiré du passif mental de la famille d’Anselmo, à savoir des problèmes neurologiques diagnostiqués du côté de son père et la dépression maladive de sa mère. La musique est perçue comme vertu, véritable exutoire contre la dépression mentale. Pour reprendre ses dires, « c’est bien plus sain d’écrire une putain de chanson que de sortir foutre ton poing dans la tronche de quelqu’un… » Effectivement, Choosing Mental Illness As A Virtue a des airs de grosse mandale. Celle qui n’a rien de propre, rien de noble. Directe, sale et douloureuse. La production est à l’honneur, crade sans être inaudible. À propos donc. Le titre d’ouverture, « Little Fucking Heroes » aura vite fait de plonger l’auditeur dans les méandres de l’esprit d’Anselmo : blasts à tout va, chant rauque et baveux, guitares qui font office de bordel organisé. Les registres de la formation oscillent entre le death, le thrash, le punk et le grind (le pont d’ « Utopian », « The Ignorant Point » qui cherche à représenter la panique de quelqu’un qui se noie enveloppé dans une couverture…), sans vraiment s’embarrasser de compromis. Il faut avoir écouté le très bas du front « Finger Me » au moins une fois pour comprendre la poésie. Très franchement, Choosing Mental Illness As A Virtue est au premier abord terrifiant.

Au premier abord. Sous ses airs de capharnaüm, l’album est le fruit d’un véritable travail de composition. Le jeu de guitare de la paire Deleon/Taylor est un bijou de recherche des dissonances, chaque riff a pour dessein de faire frissonner de malaise. Les ambiances effroyables de Portal ne sont d’ailleurs parfois pas très loin, en témoigne la seconde moitié de « Mixed Lunatic Result » qui clôt le disque. L’introduction d’ « Invalid Colubrine Frauds » et « Utopian » (à la mélodie très « slayerienne ») contient tout ce que la formation peut offrir comme accroches mélodiques. On note même quelques passages épiques qui se rapprochent de la grandeur extrême d’un Sumac ou de la lourdeur d’un Crowbar, tels que l’outro aux sonorités apocalyptiques de « Little Fucking Heroes ». Philip H. Anselmo & The Illegals témoignent toujours, en de rares endroits, de cette culture du riff qui groove à l’instar de Pantera, Down et Corrosion Of Conformity. Le riff principal d’« Individual » pourrait presque faire passer le titre pour académique et accessible, havre de paix au milieu d’un océan de violence et de douleur que porte à bout de bras le batteur Jose Gonzales au jeu… anarchique. Surtout, il faut rendre hommage à Phil Anselmo. On ne sait pas réellement s’il faut parler de performance vocale ou de jeu. Quoi qu’il en soit, Choosing Mental Illness As A Virtue dessine la haine, l’effroi et la douleur avec une crédibilité qui serait inexistante sans le travail du frontman.

N’introduisez personne au metal avec Choosing Mental Illness As A Virtue. Tenez-le même hors de portée car il incarne l’une des franges les plus obscures de la scène. C’est un album de genre, issu de l’esprit de quelqu’un qui n’a cure du grand public. En cela, l’album est très honnête : Phil Anselmo fait ce qu’il aime, point barre. Il y a néanmoins une forme d’excellence dans cette anarchie ciselée. De fait, Phil Anselmo & The Illegals livre une expérience à vivre au moins par curiosité. Pour les plus obstinés, il y a même une forme de libération à écouter Anselmo vociférer ainsi. Exutoire on vous dit.

Chanson « Delinquent » :

Chanson « The Ignorant Point » :

Chanson « Choosing Mental Illness » :

Album Choosing Mental Illness As A Virtue, sortie le 26 janvier 2018 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Je plussote: super chro Thibo!
    Le précédent opus et les Superjoint ne m’ont pas convaincu.
    Mais là, c’est du sommet.
    Y’a l’esprit de Mayhem avec son capharnaum « Ordo Ad Chao » en moins brutasse et foldingue.

    La sobriété heureuse de Phil!

  • Gros fan de pantera, down et superjoint, par contre j’avais pas trop accroché son premier album solo mais je vais forcément écouter l’album et peut être l’acheter. En tout cas j’adore ta chronique, je me suis bien marrer en la lisant et j’adore cette phrase  » Sans culture de l’extrême, impossible de s’y plonger » et surtout ton passage « N’introduisez personne au metal avec Choosing Mental Illness As A Virtue. Tenez-le même hors de portée car il incarne l’une des franges les plus obscures de la scène. » Terrible mon gars, ces passages sont cultes.

  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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