Quelques mois seulement auront suffi à faire basculer Revnoir dans une autre dimension. Récompensé par le prix Révélation de l’année lors de la première cérémonie des Foudres, le quintette français a confirmé les espoirs placés en lui avec un passage remarqué sur la Mainstage du Hellfest. Une prestation à 11 h 40, devant un public déjà dense malgré la chaleur écrasante, qui symbolise parfaitement l’ascension d’un groupe devenu en très peu de temps l’un des nouveaux visages les plus prometteurs du metal moderne français.
Mais derrière cette progression fulgurante, il y a des mois de préparation, des nuits blanches, des répétitions jusqu’à la veille du festival et une remise en question permanente. Pour Robin, guitariste, chaque étape franchie est avant tout une invitation à travailler davantage. Car si Revnoir affiche des ambitions européennes, soigne une identité visuelle de plus en plus affirmée et prépare sa première véritable tournée française, le groupe reste lucide sur les réalités du métier : les contraintes financières, les choix artistiques, l’équilibre entre vie professionnelle et musique, ou encore la nécessité de construire durablement sa carrière sans brûler les étapes.
Quelques heures après leur concert au Hellfest, nous avons retrouvé Robin et Kaz pour revenir sur cette année charnière, la préparation d’un show pensé dans les moindres détails, l’importance du soutien du public et les prochaines étapes d’un groupe qui semble bien décidé à transformer l’essai.
« La pression est importante. Si on ne la ressent plus, c’est soit qu’on s’en fiche, soit qu’il y a un problème. L’important est de savoir la gérer de la bonne manière. »
Radio Metal : On a l’impression que Revnoir est passé en très peu de temps du statut de « nouveau groupe » à celui d’une formation désormais bien installée, avec une vraie reconnaissance en France et même au-delà. Tout semble s’être accéléré. L’un des moments marquants a été votre victoire aux Foudres dans la catégorie Révélation de l’année. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
Robin Leneutre (guitare) : Je pense que ça a été l’un des grands moments de notre année 2025. On nous a proposé de jouer aux Foudres en juillet de l’année dernière. C’était la première cérémonie filmée, au Bataclan, diffusée à la télévision… Pour nous, c’était déjà un honneur d’y participer. Au-delà du concert, il y avait les votes pour les différentes catégories, et nous avons eu la chance d’avoir une communauté qui s’est vraiment mobilisée pour nous permettre de remporter ce prix. Personnellement, ça reste l’un de mes meilleurs souvenirs de l’année. Et puis, avec le recul, je me rends compte que beaucoup de choses qui se passent aujourd’hui pour nous en France découlent un peu de cette soirée. Tout à l’heure, pendant la séance de dédicaces, plusieurs personnes nous ont dit qu’elles nous avaient découverts grâce à la retransmission télé. En tout cas, nous avons encore du mal à réaliser tout ce qui nous arrive. Nous nous regardons parfois en nous disant : « C’est vraiment nous, ça ? »
Pendant votre prestation aux Foudres, on a vraiment senti un engouement particulier dans la salle. Vous sembliez être l’un des groupes les plus attendus de la soirée.
Nous, nous ne nous en rendons pas vraiment compte. Nous avons senti qu’il y avait une super ambiance et ça nous a fait chaud au cœur, mais nous ne passons pas notre temps à comparer les réactions du public. Ce qui compte, c’est que les gens passent un bon moment pendant notre concert. Ce qui nous a marqués, en revanche, c’est d’entendre des personnes chanter les paroles alors que nous n’avions joué qu’une dizaine de minutes.
Kaz Nakazawa (batterie) : Il y a peut-être un avant et un après. Il y a aussi eu le Hellfest. D’après ce qu’on nous a raconté, des membres de la programmation étaient présents aux Foudres et c’est comme ça que nous avons été repérés. Si c’est vrai, ça nous a énormément aidés.
Trois semaines plus tard, vous appreniez que vous alliez jouer au Hellfest. Comment est-ce qu’on encaisse une annonce pareille ?
Robin : Franchement, nous ne nous sommes pas rendu compte tout de suite de ce que ça représentait. C’est vraiment au moment de la préparation que ça nous a frappés. Nous nous sommes dit : « Ça y est, il faut construire une vraie setlist, programmer le show, que tout soit parfaitement carré. » Le Hellfest nous a obligés à repousser nos limites. Je pense que le groupe a évolué grâce à la préparation de ce concert.
Kaz : Au début, nous avions du mal à réaliser ce qui nous arrivait. Nous étions surtout reconnaissants. Ensuite, nous nous sommes dit que si nous avions cette chance, il fallait faire quelque chose de marquant. Nous nous sommes lancés dans plus d’un mois de travail intense. Nous réfléchissions beaucoup à la façon d’amener le show, sans qu’il y ait juste un logo qui tourne derrière. C’était une pression positive, celle qui fait progresser.
Quand tout va aussi vite, il doit y avoir une forme de pression supplémentaire. Chaque nouvelle étape semble accélérer votre évolution.
Robin : Oui, mais je pense que la pression est importante. Si on ne la ressent plus, c’est soit qu’on s’en fiche, soit qu’il y a un problème. L’important est de savoir la gérer de la bonne manière. Depuis les débuts du groupe, nous sommes surpris à chaque nouvelle étape. À chaque sortie de morceau, à chaque concert, nous avons l’impression que ça prend un peu plus d’ampleur. Et à chaque fois que ça monte, nous nous disons qu’il faut redoubler d’efforts pour être à la hauteur de ce que les gens viennent voir et écouter. Avec le Hellfest, je pense que nous avons franchi un cap dans notre prestation scénique, mais je sais aussi qu’à l’avenir, nous irons encore plus loin. Honnêtement, sans cette préparation pour le Hellfest, les concerts que nous donnons cet été n’auraient probablement pas été les mêmes.
« J’avais écrit un mot sur ma setlist du Hellfest : ‘Kiff.’ Parce que sur un concert aussi court, tu es tellement concentré à bien jouer, à vérifier que tout se passe comme prévu et à observer les réactions du public que tu finis par t’oublier. »
Ce qui frappe aussi sur scène, c’est votre identité qui mélange plusieurs influences et qui ose créer des respirations au milieu des passages très lourds. On a le sentiment que vous jouez beaucoup sur les émotions.
Dans la composition, nous avons une vision très moderne du metal, et j’aime beaucoup ce que Max [Rodriguez-Medallo], notre chanteur, apporte avec ses influences plus emo. Ça vient contrebalancer le côté très lourd des morceaux et, selon moi, ça donne une couleur un peu différente de ce qu’on entend aujourd’hui dans le metalcore. Après, certains penseront peut-être l’inverse, et c’est normal, chacun ses opinions, mais ce qui me plaît, c’est justement cette idée de jouer avec les émotions : faire monter la tension, la faire redescendre, créer des respirations, etc.
Qu’est-ce qui vous attend maintenant pour cet été ?
Nous avons été annoncés en surprise au Motocultor, où nous remplaçons un groupe de deathcore (Chelsea Grin, NDLR), donc ce sera sympa [petits rires]. Nous seront aussi au 666 Festival, à l’Extreme Fest, au Moselle Open Air, au Plane’R Fest… Il y a pas mal de festivals français cet été, ce qui est super pour nous. En plus, nous avons de bons créneaux. Nous jouerons sûrement un peu plus que trente minutes ; je crois que c’est quarante-cinq minutes sur les festivals. Ça va nous permettre de développer davantage le show. Au Hellfest, nous avions la chance d’avoir un écran géant derrière nous et des caméras sur les côtés. Nous voulions vraiment exploiter cet outil. L’idée est de faire comme nous le faisons avec les clips : avoir des appuis visuels qui captent les gens.
On a d’ailleurs aperçu un clin d’œil à Carpenter Brut dans les visuels.
Oui, c’était volontaire. Nous nous sommes amusés avec son logo en nous disant qu’il y avait sûrement un moyen de le déconstruire pour faire apparaître le nôtre. Toute la partie visuelle a été réalisée par deux motion designers, Alban et Mathieu, qui ont travaillé sur l’ensemble des vidéos du concert. Nous les remercions !
Malgré un concert à 11 h 40, en pleine canicule, il y avait déjà beaucoup de monde devant la scène. Le son était également impressionnant, et de l’extérieur vous sembliez très à l’aise sur scène. Est-ce que c’était aussi votre ressenti ?
Kaz : C’est une impression [petits rires]. Ça faisait trois mois que je vivais avec le stress et les insomnies. Mais comme nous le disions tout à l’heure, il y a une bonne et une mauvaise pression. Nous avons essayé de transformer cette pression en travail.
Robin : Nous avons répété jusqu’au vendredi soir, vingt-trois heures, juste avant le festival. Nous ne voulions rien laisser au hasard. Chez Revnoir, nous croyons vraiment que le travail paie. Nous sommes exigeants avec nous-mêmes. Pour ma part, le matin du concert, je n’étais pas très bien. J’avais un peu la nausée, le ventre noué. Puis nous sommes arrivés sur le site, nous avons vu la Mainstage encore vide, nous avons pris nos repères… A partir de ce moment-là, toute la pression est redescendue. Finalement, ce n’était pas une pression écrasante, mais plutôt un stress positif. Dès que nous sommes montés sur scène, que le public s’est mis à crier, je me suis dit : « Ça y est, maintenant on donne tout. » J’avais même écrit un mot sur ma setlist : « Kiff. » Parce que sur un concert aussi court, tu es tellement concentré à bien jouer, à vérifier que tout se passe comme prévu et à observer les réactions du public que tu finis par t’oublier. Je me suis dit que ces moments-là sont tellement rares que si tu n’en profites pas, tu le regretteras. Au final, j’ai passé un super moment !
Maintenant que le concert est terminé, est-ce que la pression est retombée ? Est-ce que vous arrivez à savourer ce que vous venez d’accomplir ?
Kaz : Je pense qu’il y a encore énormément de choses que nous pouvons améliorer. J’ai l’impression que les tous musiciens sont des éternels insatisfaits, et j’en fais clairement partie. Je suis fier de ce que nous avons fait et heureux d’avoir réussi à tenir un public de festival avec ce set, mais, dans ma tête, je pense déjà à la suite et à ce que nous pouvons faire de mieux.
Robin : L’objectif, maintenant, c’est surtout de réussir à proposer ce niveau de prestation tout au long de l’été ; il ne faut pas que ce soit « le show du Hellfest ». Évidemment, ça dépend aussi des conditions techniques, du matériel, de la taille de la scène, etc., mais pour un concert d’ouverture sur une Mainstage, nous sommes vraiment très satisfaits de ce que nous avons réussi à proposer.
« Plus le groupe évolue, plus nous repoussons nos limites et plus l’équipe coûte cher, mais nous arrivons aussi à un moment où il faut savoir se fixer des limites. Dépenser de l’argent juste pour dépenser de l’argent n’a aucun intérêt. Il faut surtout savoir l’investir au bon endroit. »
On voit que des groupes français comme Landmvrks ou Novelists rencontrent aujourd’hui un vrai succès hors de nos frontières. On a le sentiment que la scène française attire davantage l’attention qu’il y a quelques années. Est-ce que cette dimension internationale fait partie de vos priorités ?
Oui. Nous avons déjà effectué deux tournées européennes en première partie, en 2024 et en 2025. Cette année, en revanche, il n’y en a pas eu et il n’y en aura pas, car nous nous sommes concentrés sur la France. Au début du groupe, nous avons finalement assez peu joué chez nous, et nous ressentions le besoin de rencontrer notre public français, de construire quelque chose de solide ici. Faire quelques concerts en Allemagne ou ailleurs de temps en temps, ça ne suffit pas à faire grandir un groupe. Nous avions besoin de jouer régulièrement, et le meilleur endroit pour le faire, c’était chez nous. Maintenant, nous savons aussi qu’il y a un public qui nous attend à l’étranger. L’Europe est la suite logique, notamment parce que c’est très coûteux de partir aux États-Unis ou ailleurs. Nous avons envie de retrouver notre nouveau public européen. Reste à savoir quand l’occasion se présentera. C’est un milieu très concurrentiel, il y a énormément de groupes qui fonctionnent très bien aujourd’hui. Du coup, il faut continuer à travailler. Il faut écrire de bonnes chansons, proposer des concerts convaincants et profiter de chaque opportunité. Un festival comme le Hellfest, diffusé sur Twitch, c’est une bonne vitrine. On ne sait jamais qui regarde : peut-être des professionnels, peut-être des programmateurs qui se diront qu’il y a quelque chose à faire avec nous. J’ai particulièrement hâte de retourner en Allemagne. C’est un public qui m’a vraiment marqué. Nous espérons pouvoir y retourner en 2027. En attendant, nous restons focalisés sur la France, notamment avec la tournée que nous venons d’annoncer pour février prochain.
Vous évoquiez les contraintes financières, que ce soit pour partir aux Etats-Unis ou réaliser des clips, parce que ça coûte cher. Plus le groupe grandit, plus vos ambitions augmentent, et les budgets aussi. Est-ce que cette question reste un frein aujourd’hui ?
Oui, forcément. Plus le groupe évolue, plus nous repoussons nos limites et plus l’équipe coûte cher parce que nous avons envie de proposer quelque chose d’ambitieux. Mais nous arrivons aussi à un moment où il faut savoir se fixer des limites. Dépenser de l’argent juste pour dépenser de l’argent n’a aucun intérêt. Il faut surtout savoir l’investir au bon endroit. Si demain nous partons aux États-Unis, par exemple, il faut penser aux visas, aux déplacements… Tout ça représente des sommes énormes. Et sur une première tournée, il est probable qu’une partie des frais soit à notre charge. Il faut donc réfléchir à la manière dont on gère ces investissements. Ça veut parfois dire faire des choix. Peut-être que nous ne ferons pas un clip pour chaque morceau. Peut-être que nous privilégierons certains formats plus légers pour les réseaux sociaux afin d’économiser un peu. Nous ne fermons aucune porte, mais la question financière existe pour tous les groupes. Même les plus gros font attention à la façon dont ils dépensent leur argent. Le plus important, c’est de l’utiliser intelligemment.
Vous avez le sentiment d’être bien accompagnés dans ces décisions ou est-ce que vous apprenez surtout en avançant ?
Kaz : Un peu les deux. Nous avons la chance d’être très bien entourés. Nous sommes toujours à l’écoute, mais nous avons nos idées et notre direction, donc nous essayons de toujours respecter nos choix.
Robin : Je pense que nous aurons toujours le fin mot, mais nous avons des professionnels qui nous conseillent. Ils peuvent nous dire : « À votre place, je ne ferais pas ça, je choisirais plutôt cette option. » Ensuite, c’est à nous de réfléchir au pourquoi de ce conseil. Parfois, nous suivons leur avis, parfois nous décidons de faire autrement parce que ça correspond davantage à notre vision du groupe. Dans tous les cas, c’est une vraie chance d’avoir des gens qui ont déjà accompagné d’autres groupes et qui peuvent nous éviter certaines erreurs. Beaucoup de formations n’ont pas cette possibilité. Nous, nous mesurons la chance que nous avons d’être entourés de cette manière.
Vous êtes aussi dans une période particulière. Le groupe connaît une ascension rapide, ce qui donne envie de voir toujours plus grand : des concerts plus spectaculaires, des clips plus ambitieux, de nouveaux morceaux… Mais c’est aussi le moment où il faut garder la tête froide.
C’est un peu ça, oui. Au début du groupe, nous avions davantage le temps de préparer les morceaux avant de partir sur la route. Aujourd’hui, nous devons tout faire en parallèle : écrire les nouvelles chansons, préparer la suite, jouer tous les week-ends… Moi, j’ai arrêté mon travail et je vis bientôt de la musique, mais les autres membres du groupe continuent de travailler trente-cinq heures par semaine, parfois davantage. Réussir à tout concilier devient forcément compliqué. Mais nous nous accrochons. Nous continuons à tout donner parce que nous n’avons pas envie que cette dynamique s’arrête. Surtout, nous recevons énormément de soutien. Je n’aime pas forcément parler de « fans », mais nous ressentons cet amour pendant les concerts et dans les commentaires. Ça nous donne énormément de force pour continuer.
Interview réalisée en face à face le 21 juin 2026 par Marion Dupont.
Retranscription & traduction : Marion Dupont.
Site officiel de Revnoir : revnoir.com.
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