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Interview   

Tarja Turunen : Frisson Noir sur partition symphonique


Tarja Turunen n’est jamais rentrée dans les cases et elle s’en moque éperdument, merci pour elle. Trente ans tout pile après la sortie de la première démo de Nightwish, et malgré une discographie impressionnante, celle dont la voix la destinait davantage à fouler les planches du festival d’opéra de Savonlinna que celles du Wacken se considère toujours comme une alien, inclassable et baroque. Alors, les sentiers battus lui étant presque de facto fermés, Tarja trace sa route selon ses envies, prenant un chemin de traverse purement classique ici, coupant à travers chants de Noël là.

Après pas moins de sept ans passés loin du metal symphonique qui l’a rendue célèbre, la soprano finlandaise renoue avec ses racines grâce à Frisson Noir, un album aussi riche en références qu’en invités de poids. À des lieues de la princesse gothique qu’elle se plaît à interpréter sur scène, c’est une Tarja tout sourire qui nous a raconté la genèse de son nouveau bébé, avec ce qu’il faut bien qualifier de mur de disques d’or en arrière-plan de notre session Zoom. Une alien, peut-être, mais une alien qui connaît son public.

« Quand j’ai commencé à écrire les chansons de cet album, j’étais très claire : la seule direction envisageable était d’aller aussi loin que possible dans le heavy. Et je voulais travailler avec un producteur parce que je ne me faisais pas confiance sur ce point-là. »

Radio Metal : Selon le communiqué de presse que nous avons reçu pour ce nouvel album, « Frisson Noir est, sans l’ombre d’un doute, l’album le plus heavy de la carrière de Tarja, ainsi qu’une puissante déclaration d’identité, de force et d’appartenance ». C’est très vrai, et très évident dès le tout premier riff du morceau-titre, mais pourquoi cela arrive-t-il maintenant ? La dernière fois que nous avons discuté, en 2019, tu avais admis avoir eu une sorte de filtre en termes de paroles avant de commencer à écrire In The Raw. Penses-tu que tu te retenais aussi musicalement avant Frisson Noir ?

Tarja Turunen (chant) : La vie, c’est vivre et apprendre. En général, c’est aussi simple que ça. J’ai déjà fait tellement de choses. Après mon dernier album – ça fait sept ans maintenant –, les gens disent : « Oh, elle revient au metal. » Mais je ne suis jamais partie ! Le fait est que ce côté heavy a toujours été présent avec mon groupe quand je joue en live. Mon son a toujours été heavy, depuis le début de ma carrière solo, parce que mon groupe l’est naturellement. Le son a toujours soutenu ma grande voix, et j’adore ça. Depuis que je produis moi-même mes albums – depuis mon deuxième disque, What Lies Beneath –, je n’avais jamais vraiment réussi à obtenir ce type de son sur mes albums avant aujourd’hui, et c’était un défi.

Quand j’ai commencé à écrire les chansons de cet album, j’étais très claire : la seule direction envisageable était d’aller aussi loin que possible dans le heavy. Je voulais vraiment faire ça. Et je voulais travailler avec un producteur parce que je ne me faisais pas confiance sur ce point-là. Nous avons enregistré plusieurs versions avec le label, mais ça ne fonctionnait pas. Je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je vais faire, maintenant ? Il faut que je trouve une solution. » Puis j’ai dit : « OK les gars, je veux travailler avec Neal Avron. » Neal Avron est un ingénieur de mixage de Los Angeles dont je suis le travail depuis longtemps avec des groupes comme Disturbed. Ses albums sonnent nets et puissants, j’ai toujours adoré son travail. Alors j’ai dit : « J’aimerais tellement pouvoir travailler avec lui. » Mon seul doute concernait le côté symphonique de ma musique. La chanson « At Sea » comporte un énorme orchestre, comme beaucoup d’autres morceaux de l’album ; comment allait-il gérer ça ? Mais là, mon expérience entrait en jeu. J’ai toujours adoré travailler avec des orchestres et des arrangeurs ; je fais ça depuis toujours. Travailler avec Neal a vraiment été la meilleure décision possible. Ce fut un immense plaisir. Il avait l’esprit tellement ouvert, et wow ! L’album sonne exactement comme je voulais qu’il sonne ! [Rires]

En parlant de ce mélange entre un son plus heavy et ton côté symphonique, te considères-tu aujourd’hui davantage comme une chanteuse metal ou comme une chanteuse classique ? Ou bien est-ce quelque chose à quoi tu ne penses pas vraiment — c’est simplement un mélange, c’est simplement toi, point final ?

Je n’aime pas qu’on me colle des étiquettes sur le front. Je suis une artiste. Point. Je suis autrice-compositrice. Je suis une artiste, c’est tout. Parce que je ne rentre pas dans les cases ! Si tu regardes mon parcours, ce que j’ai fait dans ma carrière, je ne rentre pas dans une case, tout simplement. Mais honnêtement, ça ne m’a jamais vraiment dérangée. Je comprends que les gens aient besoin de comprendre. Il faut mettre les choses dans une catégorie pour pouvoir les appréhender. Ma musique est exigeante. Il faudra plusieurs écoutes aux gens pour vraiment entrer dans cet album s’ils le souhaitent, et c’est précisément ce que je voulais leur offrir : une expérience. Parce que ce qui manque aujourd’hui dans l’industrie musicale, c’est ça. Tout sonne pareil ! Tout est soit généré, soit formaté de la même manière. Parmi les dix artistes les plus populaires du Billboard aujourd’hui, à quelle fréquence peut-on dire : « Waouh, je n’ai jamais entendu quelque chose comme ça auparavant ! », ou « Cette personne fait les choses différemment », « Quelle production incroyable ! », « Oh wow, cet accord-là, je ne m’y attendais pas ! » Ça n’arrive presque jamais. Sauf… Il faut que je cite quelqu’un à qui je viens de penser : Rosalía, en Espagne. Je vis en Espagne, et Rosalía est une artiste qui a brisé toutes les règles avec son dernier album, et je me suis dit : « Waouh ! Respect ! » Je n’ai pas peur de briser les règles. Quelles règles, d’ailleurs ? Je suis une chanteuse metal, oui ! Je suis une chanteuse classique, oui ! Je suis une chanteuse ! Je suis une artiste. Je vis à travers mon art, ma musique. Je respire pour ça. Je vis encore mes rêves aujourd’hui.

Pourquoi ce choix de Frisson Noir ? Qu’est-ce qu’un titre français apportait qu’un titre anglais (ou même finnois !) n’aurait pas apporté ?

Je suis quelqu’un de très émotif, de très sensible, et quand j’écoute de la musique, je ressens ces frissons. Quand je regarde un beau tableau, je ressens quelque chose. Je sais que tout le monde ne ressent pas forcément ces frissons, cette chair de poule, mais lorsque ça arrive, c’est quelque chose de si délicat qu’il faut savourer l’instant, vivre pleinement ce moment. Et « frisson » est simplement un mot magnifique pour décrire ça. Je pensais à ça lorsque j’écrivais ces chansons. Surtout concernant la production de l’album : je voulais toujours creuser plus profondément sous la surface plutôt que de rester en surface. Je ne sais pas faire autrement. C’est très difficile pour moi d’être simplement… ordinaire. Je ne suis pas ce genre de personne ! [Rires] Et « noir »… Puisque j’avais déjà le « frisson », je cherchais quelque chose pour l’accompagner. Évidemment, je crée à partir de ma propre obscurité. Alors c’est devenu une évidence pour moi, et c’est un très beau titre. Je crois sincèrement que c’est le titre parfait pour cet album et pour les chansons qu’il contient. Il procure exactement cette sensation.

« C’est très difficile pour moi d’être simplement… ordinaire. Je ne suis pas ce genre de personne ! [Rires] »

Tu as déjà fait beaucoup de duos au cours de ta carrière, mais jamais autant sur un seul album – et pas seulement en termes de chanteurs invités, mais aussi de musiciens invités. Pourquoi as-tu ressenti le besoin de collaborer autant cette fois-ci ?

Pour être honnête, au début du processus, je me suis dit : « Oh non, je ne vais faire aucun duo » – à part celui que j’avais déjà écrit, qui était un duo avec Marco [Hietala]. Pour cette chanson, tout le point de départ, tout le processus d’écriture était différent, parce que je savais qu’il était prêt à collaborer avec moi, donc je devais lui écrire une chanson ! C’était donc très différent dès le début. Je n’avais jamais travaillé de cette façon. Pour le duo sur « I Don’t Care », j’avais déjà terminé la chanson et j’enregistrais simplement le chant en démo pour tester les paroles que j’avais écrites, voir comment elles sonnaient, faire quelques changements de dernière minute. Puis j’ai réécouté la démo et je me suis dit : « Il me faut autre chose. Il me faut quelqu’un qui apporte un énorme contraste et qui puisse coller à la chanson. » Et j’ai immédiatement pensé à Dani [Filth]. Je n’avais jamais travaillé avec lui, je ne le connaissais même pas personnellement auparavant. Alors j’ai simplement osé lui envoyer… Tu as peut-être déjà entendu parler de ça, je l’ai déjà dit plusieurs fois : ne m’envoyez jamais de messages via Instagram, parce qu’ils se perdent. Je ne peux pas aller les lire constamment, et mon équipe non plus. Ça devient impossible. Mais là, c’est moi qui envoie un message à Dani via Instagram ! Et il ne lui a fallu que cinq minutes pour répondre que oui, absolument, il voulait le faire ! [Rires] Ensuite, nous nous sommes rencontrés à Hambourg pour le tournage du clip. Ç’a été un vrai plaisir de travailler avec lui, de passer du temps avec lui et de collaborer là-dessus. Il me donne vraiment cette sensation de collision tout en étant un roc. C’est une magnifique combinaison avec ma voix claire et ses cris rauques ; c’est un mélange parfait.

À en juger par les réactions en ligne, Dani est probablement le dernier musicien au monde avec lequel les gens s’attendaient à te voir collaborer, parce que vous vous situez à deux opposés du spectre vocal. Avais-tu peur que le mélange de vos voix ne fonctionne pas ?

Non, je l’entendais déjà. Je pouvais l’entendre. C’est pour ça que je l’ai choisi lui. J’ai eu l’idée et, le jour même, je lui ai envoyé un message. Je l’avais déjà fait avec Alissa White-Gluz, par exemple. Elle avait chanté avec moi il y a quelques albums sur « Demons In You ». Elle a une très belle voix claire, mais elle crie et growle aussi. Je l’avais déjà expérimenté à l’époque. J’adore la dualité dans cet univers : la lumière vient frapper les ténèbres et inversement. J’aime les opposés, et j’aime jouer avec eux, même dans mes paroles et dans ma vie. C’est quelque chose de magnifique et non, je n’ai jamais eu peur que ça ne marche pas. J’étais super excitée. Quand il a terminé ses enregistrements et que je les ai écoutés, j’étais là : « Whaaaaaaaaa ! » Je criais chez moi tellement j’étais heureuse !

Comme tu l’as déjà mentionné, un autre duo marquant de l’album est évidemment celui avec Marco Hietala, ce qui va rendre énormément de gens très heureux. Quand Marco a quitté Nightwish, il a expliqué à quel point l’industrie musicale le dégoûtait. Est-ce quelque chose que tu as déjà ressenti toi-même ? En tant qu’artiste, es-tu parfois contrariée de devoir composer avec cette industrie ?

[Elle réfléchit] J’ai déjà été contrariée. J’ai été… pas dégoûtée, mais contrariée, oui. J’ai été déçue, bien sûr, mais ma déception n’est jamais allée jusqu’à me dire : « Je ne veux plus faire ça. Je ne veux plus travailler là-dedans », ou « Je veux faire autre chose de ma vie ». Je n’ai jamais été contrariée au point de vouloir complètement changer de voie. Ça n’est jamais allé aussi loin. Mais oui, c’est une industrie très exigeante et difficile, en perpétuelle agitation. Et plus on avance, avec ce futur de l’IA et tout le reste, c’est comme… C’est pour ça que je crie sur cet album, je crie avec un aspect profondément humain. Il y a beaucoup de passages que j’aurais pu refaire parfaitement, peut-être le lendemain, mais je les ai laissés tels quels simplement parce que c’est comme ça qu’ils sont sortis dans l’instant. C’était important de capturer ça pour l’album. Je n’ai pas peur de ça. Je ne suis pas parfaite. Je peux être très loin de la perfection. Je peux seulement chercher la perfection, mais je ne suis pas une machine, et je crois qu’aucune machine ne pourra me remplacer, ni nous remplacer. Notre intelligence émotionnelle est essentielle. Que deviendrait le monde si on détruisait ça ?

« Je peux être très loin de la perfection. Je peux seulement chercher la perfection, mais je ne suis pas une machine, et je crois qu’aucune machine ne pourra me remplacer, ni nous remplacer. Notre intelligence émotionnelle est essentielle. »

L’IA étant essentiellement une « machine à prédire », qui suit le chemin le plus représenté pour créer des chansons, ça pourrait effectivement poser problème dans des genres comme la pop ou la country, qui sont très formatés. Penses-tu que le metal sera épargné grâce à son extraordinaire diversité et à ses possibilités infinies ? Je ne pense vraiment pas qu’une IA aurait pu imaginer t’associer à Dani Filth, par exemple !

Ce que le metal m’a apporté, c’est la beauté de la liberté. C’est une beauté incroyable. J’ai l’impression de ne pas avoir besoin de suivre les règles en tant qu’artiste metal. En tant qu’artiste classique, je dois suivre les règles d’une certaine manière, mais ça me fait aussi du bien, parce que la musique classique, le chant classique me maintiennent en forme et me poussent à travailler davantage ma voix. Ça me rappelle constamment qu’il faut devenir meilleur dans ce que l’on fait. Il y a toujours une marge de progression. C’est une très bonne chose, et j’adore ça. Mais le metal, mon écriture et tout le reste, c’est la liberté. Une liberté pure, où je ne suis pas les règles. Et c’est vraiment intéressant de voir vers où nous allons. J’espère donc sincèrement que la musique metal sera reconnue à la place qui lui revient.

On peut t’entendre prendre une profonde inspiration entre « At Sea » et « Blaze Forever », comme si tu venais juste de terminer l’enregistrement de « At Sea » et que tu avais décidé : « Bon, on enchaîne directement avec la suivante ! » Évidemment, l’enregistrement ne fonctionne pas comme ça, et on se dit donc que cette respiration a été placée là volontairement pour relier les deux morceaux d’une certaine manière.

Quand toutes les chansons ont été écrites, il était très important pour moi de commencer à réfléchir à l’ordre des morceaux de l’album – ainsi qu’à la production. Une fois l’ordre établi, je me suis tournée vers la production et j’ai réfléchi à la liste des titres et à ce qui se passe entre [les chansons]. J’ai aussi travaillé avec l’arrangeur orchestral sur plusieurs morceaux, en gardant à l’esprit ce qui allait suivre. C’est comme des montagnes russes émotionnelles. Toutes les chansons ont une signification très personnelle pour moi. En fait, c’est le tout premier album où j’ai écrit toutes les paroles moi-même. J’ai toujours écrit des paroles pour mes albums. J’ai toujours été l’une des auteures ou la seule, mais jamais pour la totalité d’un album. Musicalement aussi : pour cet album, j’ai écrit trois chansons avec l’un de mes musiciens, mais tout le reste vient de moi. Tout fait partie du voyage. Ce que l’on ressent, ce que l’on entend sur l’album, tout est intentionnel. J’y ai réfléchi très soigneusement.

Sur « The Eternal Return », il y a un passage où tu vocalises sur un thème qui ressemble beaucoup au Cygne de Camille Saint-Saëns. Est-ce bien Le Cygne ? Et si oui, quel lien entretiens-tu avec cette œuvre ?

Le Carnaval Des Animaux. C’est l’un des morceaux pour violoncelle les plus célèbres, et j’ai toujours aimé la voix du violoncelle. Je collabore également avec Apocalyptica pour cet album. J’ai toujours travaillé avec un violoncelliste, même dans mes concerts. Sur tous mes albums, il y a un violoncelle présent. Mais oui, ce morceau… Comme la chanson est très heavy, j’avais besoin de faire table rase et de tout renverser, alors je suis revenue à la musique classique, qui est ma première passion musicale. Je l’ai toujours fait ; tous mes albums contiennent un petit fragment « volé » à la musique classique. Mais cette fois, j’ai osé chanter une pièce pour violoncelle. Je l’ai simplement enregistrée comme ça. J’étais assise devant mon ordinateur, comme toi en ce moment, [à chanter] dans mon studio sans vraiment trop réfléchir. Et là, ma professeure de chant lyrique dirait : « Tarja, tu ne fais pas ça correctement du tout !! » Et elle aurait absolument raison, parce que je ne pensais pas du tout aux règles du chant classique quand j’ai fait ça. Ça n’a même rien à voir, mais c’est exactement ce qu’il fallait pour mon album. Ça transmet l’émotion et ça porte le moment. C’est plus important que de chanter parfaitement sur le plan technique – ou même d’essayer [rires].

« Je n’ai jamais vraiment été comprise, ou j’ai toujours été différente des autres, et j’ai dû vivre avec ça toute ma vie sans trop m’en soucier, parce que mes rêves ont toujours été très forts et que je les ai toujours suivis. »

Sayo Komada joue du shamisen sur « The Trace Outlives ». Pendant l’écriture de cette chanson, comment en es-tu arrivée à te dire : « Tu sais ce qu’il manque, ici ? Un instrument traditionnel japonais ultra-spécifique ! » Comment cela s’est-il fait ? Parce que c’est encore une chose que l’IA n’aurait probablement jamais pu prédire !

Non ! Quand je termine l’écriture de la chanson, quand la structure est en place, je commence à écrire les paroles avant de passer à la production et de vraiment réfléchir aux gens avec qui je devrais travailler sur ce morceau. Parce que j’ai une assez grande équipe de musiciens qui travaillent avec moi, et la majorité d’entre eux collaborent avec moi depuis des années. Donc c’est un plaisir et c’est facile, parce que nous nous connaissons bien. Par exemple, j’ai deux guitaristes, et j’oriente différentes chansons vers chacun d’eux, parce qu’ils ont un son ou un style différent. Sayo m’est venue à l’esprit… En fait, j’étais sur YouTube, à chercher des instruments japonais anciens et des instrumentistes qui travaillent réellement avec ces instruments, et je suis tombée sur elle. Elle fait des choses formidables de son côté, et elle est très jeune et incroyablement talentueuse. Nous l’avons contactée, et elle… Je peux te le dire, mais je ne sais pas, peut-être que je ne devrais pas le dire à voix haute : elle ne parle pas anglais. Donc là, nous avons eu besoin de l’IA pour nous aider à communiquer ! [Rires] L’IA est un excellent outil, mais ce n’est qu’un outil. Tu peux l’utiliser pour t’aider, apprendre et obtenir les informations dont tu as besoin. Mais pour créer de la musique, il faut souffrir, sinon ce n’est pas réel. Je ne ressens pas ça avec l’IA.

Mais oui, la chanson est très fortement inspirée du Japon. L’histoire parle des johatsu. Dans la culture japonaise, il existe un phénomène appelé johatsu, qui désigne des personnes souhaitant disparaître de la société, et il existe des organisations [qui les aident à le faire]. Ça a eu un impact énorme lorsque j’écrivais les paroles ; je me suis dit : « Je veux aller dans cette direction. Je veux écrire sur ça. » C’est fascinant de voir à quel point le monde est différent de l’autre côté de la planète, à quel point la culture est différente. Comme ça parle du Japon, je voulais travailler avec une artiste japonaise. Et c’est cette saveur – elle apporte vraiment cette couleur japonaise à la chanson avec son instrument.

Sur cet album, il y a une chanson intitulée « Anemoia », un terme défini comme « le fait d’éprouver une nostalgie intense pour une époque ou un lieu que l’on n’a jamais personnellement connu(e) ou vécu(e) ». On parle aussi de « souvenirs empruntés ». Est-ce quelque chose que tu as déjà ressenti toi-même ?

Pas particulièrement – pas de façon aussi claire. Toute l’idée derrière l’anemoia est simplement très inspirante. Ça peut concerner n’importe quoi. Ça peut être une personne que tu as aimée et que tu continues d’aimer, ou le fait de vivre dans le passé d’une certaine manière parce que tu as le sentiment d’y appartenir. C’était très inspirant quand j’ai découvert [ce concept]. En fait, je cherchais des mots anglais rarement utilisés. C’est comme ça qu’a commencé tout le processus d’écriture des paroles. Puis ce mot est apparu, j’ai fait mes recherches et je suis partie de là. C’était vraiment inspirant d’écrire à ce sujet. Et puis je vis en Espagne, en Andalousie. La culture andalouse possède un aspect musical très important, et une partie de cette culture musicale, ce sont les guitares flamenco. On n’entend pas beaucoup de guitares flamenco sur les albums de metal, mais encore une fois, j’aime apporter des éléments qui ne sont pas utilisés fréquemment, parce que je n’ai pas peur de le faire ! J’adore ça. J’ai trouvé un artiste à dix minutes de chez moi. Il est incroyable. Julián [Bedmar] a joué ses guitares sur une démo très basique au piano que j’avais simplement enregistrée chez moi. Je lui ai envoyé la démo, et il a ajouté ses guitares. Il est extraordinaire. C’est aussi ça, l’anemoia. Le flamenco est un aspect culturel très ancien et important de l’Espagne et de l’Andalousie, donc je veux remercier l’environnement local et le pays qui m’ont offert un nouveau foyer.

Il y a plusieurs passages sur « Blaze Forever » où les paroles sont à l’envers. Quelle était ton intention avec ça ?

C’est juste une couleur sonore. Je suis presque sûre que certains de mes fans vont essayer de comprendre ce que je dis ! [Rires] La chanson est tellement… Les paroles sont tellement… Il faut trouver la force… Beaucoup d’autres chansons de l’album traitent d’un thème similaire : il faut être assez fort face à la société quand tout le monde pense de toi quelque chose que, toi-même, tu ne ressens pas vraiment. Dans mon cas, par exemple, je n’ai jamais vraiment été comprise, ou j’ai toujours été différente des autres, et j’ai dû vivre avec ça toute ma vie sans trop m’en soucier, parce que mes rêves ont toujours été très forts et que je les ai toujours suivis. C’est une sorte de chasse aux sorcières qui m’a inspirée pour écrire cette chanson. Il y a une ambiance de sorcellerie dans ces passages.

Interview réalisée en visio le 7 mai 2026 par Tiphaine Lombardelli.
Retranscription & traduction : Tiphaine Lombardelli.
Photos : Tim Tronckoe.

Site officiel de Tarja : tarjaturunen.com.

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