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Interview   

The Haunted : le thrash en premier recours


The Haunted – qui va vers ses trente ans – n’a plus de pression et ça se voit : huit ans que le quintet suédois n’avait pas sorti de disque. Les raisons sont multiples, mais finalement il n’aura fallu qu’un simple plugin de de guitare, un simple son pour réveiller l’ado de seize ans chez Patrik Jansen, lancer la machine à riff et mettre en branle ce dixième album, intitulé Songs Of Last Resort, le troisième avec ce line-up. Même si les choses ont bien changé chez The Haunted, dont les membres ne vivent plus du groupe qui n’a même plus de salle de répétition, Jansen a gardé son âme des débuts et reste un instinctif. Et l’absence de pression est finalement, peut-être paradoxalement, la raison pour laquelle cette incarnation tient si bien.

Songs Of Last Resort, ce sont donc onze titres thrash death intenses, souvent mélodiques, plus un ultime morceau qui, comme il semble être de coutume depuis quelque temps, clôt l’œuvre sur une note plus atmosphérique, le tout sous une thématique générale antiguerre largement d’actualité et appuyée par le sentiment d’urgence qui se dégage de l’œuvre. Le guitariste-fondateur nous parle de tout ceci dans l’entretien qui suit, entrant dans les détails de la conception de l’album, du studio très seventies qui a été utilisé jusqu’au coaching de Marco Aro par Björn Strid de Soilwork.

« Les gens disent : ‘Vous avez changé de style, vous sonnez plus jeunes.’ Non, j’ai toujours été aussi jeune. C’est juste que je ne savais pas qu’il me fallait le bon outil [rires]. »

Radio Metal : Songs Of Last Resort est le premier nouvel album de The Haunted depuis 2017. C’est un écart assez long pour un groupe habitué à une productivité plutôt constante. Que s’est-il passé ?

Patrik Jansen (guitare) : J’ai trouvé que les deux premiers albums avec le nouveau line-up, avec Ola [Englund] et le retour de Marco [Aro] et d’Adrian [Erlandsson], étaient un petit peu trop rigides. Ce n’était pas le genre de morceaux que je voulais faire avec The Haunted. Avant, nous étions un groupe de répétition ; quand tu répètes, ça va plus vite et tu te reposes plus sur l’instant présent ; tu joues ce qui sonne bien, ton batteur te suit et tout d’un coup, tu as une nouvelle chanson. Alors que lorsque tu es devant ton ordinateur, tu réfléchis beaucoup plus, tu te poses et tu te demandes : « Ok, qu’est-ce qu’il y a après ? », puis tu rajoutes la batterie, etc. Comme nous jouons une musique agressive, je voulais que ce soit plus émotionnel et donc pas aussi rigide que lorsqu’on compose par ordinateur. Je voulais donc que nous répétions. Nous avons fait venir Adrian par avion et j’ai loué un studio ici dans ma ville. Nous avions prévu d’y passer six jours. Nous avons tout installé de façon à pouvoir enregistrer et écrire tout un tas d’idées. Le même soir, Adrian est arrivé avec une sale gastro. Il ne pouvait même pas marcher. Il était allongé sur mon canapé, très malade. Comme nous ne pouvions pas jouer, je suis retourné au travail pendant trois jours et, évidemment, j’ai fini par moi aussi chopper son virus ; quand il allait mieux, c’est moi qui allais mal. Nous n’avons donc pas joué une seule minute, car nous avons tous les deux été malades. Voilà déjà une raison.

Nous avons un répertoire pour chaque album sur Dropbox. Pour celui-ci, ça dit : « Album 2020 ». Notre intention était de le finir à ce moment-là. Nous avons mis en place ce dont je viens de parler en 2021 pour faire avancer les choses, mais nous étions malades, donc rien ne s’est passé. Avant 2020, Jonas [Björler] avait écrit tout seul deux albums d’At The Gates, donc il était un peu épuisé. J’ai moi aussi sorti deux albums de Witchery à cette époque, mais j’ai plein de riffs. J’ai aussi mon gagne-pain : mon travail consiste à créer des plugins pour guitares, qu’on utilise pour enregistrer sur ordinateur ; je suis le chef d’équipe. L’année dernière, nous avons travaillé sur l’ampli Savage d’Engl ; il était prêt en mars 2024 et nous l’avons sorti en avril. Comme je suis à la tête de l’équipe des plugins guitare, je décide quoi faire, à quoi ça doit ressembler, quelles enceintes, quels micros, ce qui sonne bien, et ainsi de suite. C’est adapté à mes goûts. Soudainement, j’ai réalisé que c’était le son qui me manquait depuis tout ce temps. Quand tu prends une guitare qui sonne jazzy, tu joues quelque chose de jazzy. Si ça sonne comme du Napalm Death, tu joues comme Napalm Death. Différents riffs vivent dans différents sons. Je ne savais pas avant d’avoir le plugin Engl que je jouais le genre de riff que je pouvais obtenir des plugins que j’avais. Avec ce nouvel album, des gens qui m’interviewent, comme toi, disent que ça sonne davantage comme le vieux The Haunted : c’est parce que ça sonne comme la salle de répétition. J’en retire la même sensation. C’est pourquoi ces riffs viennent tout seuls. Entre mars et août de l’année dernière, j’ai écrit onze chansons, simplement parce que j’avais le bon outil. Je ne savais même pas que c’était quelque chose qui me manquait. Tout d’un coup, c’était : « Ouah ! Ok, on y va. »

Comme ça a pris beaucoup de temps, les autres gars étaient sceptiques. J’ai dit : « On va enregistrer un album cet automne. » Ils étaient là : « Euh, vraiment ? », car ils s’étaient habitués à ce qu’il ne se passe rien, les dieux étaient contre nous. Je suis donc devenu le chef de projet pour cet enregistrement. J’ai trouvé le studio, je l’ai réservé et je leur ai dit : « Ça sera à cette date, préparez-vous, etc. » Nous avons enregistré l’album en novembre l’année dernière. Mais si ça a pris autant de temps, c’est pour toutes ces raisons : la volonté de répéter, le fait que je ne savais pas qu’il me fallait un nouveau plugin de guitare et Jonas qui était un peu en burn-out. Ola a toujours des riffs, car il a sa chaîne YouTube, donc il fait des riffs tous les jours ; lui n’est jamais un problème.

Vous n’avez même pas beaucoup tourné depuis la tournée de Strength In Numbers…

Tu obtiens des tournées quand tu as un nouvel album. At The Gates a tourné dans le monde entier ; ils ont ouvert pour In Flames aux US et en Europe. De mon côté, j’ai fait tous les concerts de The Halo Effect. Nous avons donc été occupés. Maintenant que l’album de The Haunted sort, nous pouvons refaire des concerts. Il faut aussi savoir que les festivals d’été sont calés une année avant la fin de la saison des festivals, entre septembre et novembre. Personne ne savait que nous avions un nouvel album, donc quand nous avons sorti le single « Warhead » en mars, il ne restait pas beaucoup de festivals où nous pouvions jouer. La saison des festivals pour cet album sera donc celle de l’année prochaine.

« Si tu réfléchis trop, les gens entendront que c’est compliqué. C’est peut-être bien pour certains groupes, mais pour notre type de musique, qui représente une sorte de coup de poing dans le ventre, il faut que ça vienne des tripes. »

Comment était-ce de jouer avec The Halo Effect ?

Très bien ! Nous sommes amis depuis les années 90. In Flames et The Haunted ont partagé pendant des années une salle de répétition. Et nous étions toujours proches de Dark Tranquillity, à boire des bières et à traîner ensemble. Nous sommes de vieux copains, donc quand de vieux copains ont eu besoin d’aide, évidemment j’accepte. J’adore jouer live et voyager, et puis c’est juste de chouettes types. Nous nous amusons beaucoup ensemble.

Ce qui frappe à l’écoute du nouvel album, c’est son côté intransigeant et explosif. À ce propos, tu as déclaré : « Sur cet album, pour être tout à fait honnête, on a l’air vingt ans plus jeunes ! » Est-ce le résultat de ce dont tu as parlé plus tôt, avec le son ?

Tu sais, j’ai grandi dans une salle de répétition. J’aime composer des chansons et répéter, quand mes jeans vibrent à cause de la musique à fort volume. Là, tout d’un coup, je pouvais être posé chez moi et retrouver mes seize ans, en ayant l’impression d’être de nouveau en salle de répétition. Ce n’est donc pas que j’ai changé de style. En fait, nous n’avons même pas de salle de répétition, je n’ai même pas un lieu où je peux me rendre pour jouer. Je suis donc à la merci de l’ordinateur, mais soudainement, j’avais le bon outil. Les gens disent : « Vous avez changé de style, vous sonnez plus jeunes. » Non, j’ai toujours été aussi jeune. C’est juste que je ne savais pas qu’il me fallait le bon outil [rires]. Je suis très content. J’ai déjà commencé à composer pour le prochain album, car c’est facile maintenant. Certains musiciens peuvent prendre une guitare… Enfin, je suppose que je pourrais me poser avec une guitare électrique sans la brancher et composer quelque chose, mais quand tu as le bon son, que tu fais [chante un riff] et que ça sonne putain de bien, c’est ça qui me motive.

Tu as expliqué que vous n’aviez pas de plan, que vous n’avez pas dit que ce serait un album rapide ou mélodique, que vous avez juste composé. Te considères-tu comme un compositeur instinctif ?

Oui, vraiment. Les meilleures chansons que j’ai jamais écrites sont celles qui se sont écrites toutes seules. Il existe le terme « thinking man’s metal ». Je ne veux pas dire que nous ne réfléchissons pas avec notre metal, mais si tu veux composer de la musique qui donne l’impression d’être dans des montagnes russes, où tu ressens l’action, tu dois répondre aux émotions des gens. Si tu réfléchis trop, les gens entendront que c’est compliqué. C’est peut-être bien pour certains groupes, pas de problème, mais pour notre type de musique, qui représente une sorte de coup de poing dans le ventre, il faut que ça vienne des tripes. Nous avons une chanson baptisée « Dark Intentions », la première sur l’album Made Me Do It. C’est presque une sonnette de porte d’entrée pour nous : « Oh, c’est The Haunted ! » Je crois qu’elle fait une minute trente et je l’ai écrite en trois minutes. Adrian et moi étions en salle de répétition, j’étais en train d’accorder ma guitare et j’ai dit : « Essaye ça [chante un rythme] », et j’ai joué. Ça sonnait super ! C’est pourquoi j’aime la salle de répétition, car tu as quelqu’un avec toi, tu joues, tu vois l’autre sourire et t’es là : « Qu’est-ce qui s’est passé ? Ce truc est génial ! » Je pense que ça s’applique à plein de groupes. Par exemple, si tu prends Slaughter Of The Soul d’At The Gates. Ils avaient besoin d’une première chanson pour l’album et il ne leur restait qu’un jour de répétition avant d’aller en studio. Ils ont composé « Blinded By Fear » en un jour et ça s’est avéré être une tuerie ! Il se passe quelque chose quand on compose avec les tripes.

Tu as également déclaré que « les meilleures chansons naissent lorsque tout le monde collabore », et ce n’est pas la première fois que tu le dis : est-ce l’expérience qui te pousse à dire ça ? As-tu des exemples qui démontrent qu’un manque de collaboration peut nuire à la musique ?

Je peux te donner des exemples où ça a été bénéfique. Sur ce nouvel album, le second single, « In Fire Reborn ». Je peux trouver des trucs rapides et agressifs même en dormant, mais nous avons dans le groupe un maître des mélodies : Jonas Björler. La façon dans les jumeaux Björler écrivent des mélodies dépasse n’importe qui. J’estime que ce sont des génies. Ils ne le diront jamais eux-mêmes, mais je peux le dire, car je ne sais pas comment ils font. Je savais que je voulais faire un morceau rapide dans le style de Göteborg, donc j’ai composé la chanson et j’ai dit à Jonas que je voulais qu’il fasse le refrain. Comme il avait été en burn-out, il s’y mettait tout doucement, donc j’ai moi-même écrit un plan mélodique, j’ai donné la chanson au groupe et j’ai dit qu’elle était finie. Il n’a pas fallu plus d’un ou deux jours pour que Jonas écrive dans notre groupe de discussion : « Je crois avoir une idée pour le refrain. » Evidemment, mon refrain mélodique n’était pas aussi bon que ce qu’il pouvait faire, et il avait des idées. Je crois que tout le monde dans le groupe pense que cette chanson est la meilleure de l’album, grâce au refrain. Mon jeu rythmique – je suis grosso modo un guitariste de thrash – associé aux mélodies de Jonas et aux riffs d’Ola, ça crée une bonne combinaison. S’il n’y avait que moi, il se pourrait que ça sonne comme Witchery. S’il n’y avait qu’Ola, ça sonnerait comme Feared. S’il n’y avait que Jonas, ça sonnerait comme At The Gates.

« Je pense beaucoup à la production musicale et à la raison pour laquelle la musique moderne n’est, selon moi, pas aussi bonne que dans les années 80 ou avant. C’est parce qu’aujourd’hui, il y a moins d’imperfections. Les imperfections sont ce qui donne du caractère. »

Apparemment, vous aviez le choix entre une multitude de chansons. Sur quels critères vous êtes-vous basés pour faire ces choix ?

Comme nous ne répétons pas, toutes les chansons viennent de l’ordinateur. Marco ne fait pas de préproduction au chant avant que nous sachions quelles chansons nous allons choisir. Donc les chansons que nous choisissons, nous ne les avons pas entendues avec les solos ou le chant. Il s’agit juste de savoir lesquelles, d’après nous, seront les meilleures. C’est notre dixième album, donc nous avons l’habitude d’entendre le potentiel dans les morceaux. Je pense que nous sommes désormais de plutôt bons compositeurs et nous avons un certain instinct. Le début d’une chanson doit être intéressant, sinon les gens zapperont, surtout aujourd’hui à l’ère de Spotify – « Oh, une longue intro ennuyeuse au clavier, je zappe. » Il faut quelque chose de différent, un son différent, un cri… enfin, un cri c’est banal. Bref, il faut un truc. Puis est-ce qu’il y a un bon refrain ? Est-ce que ça sonne comme un refrain même sans le chant ? Et ainsi de suite. Après, nous votons. C’est un groupe assez démocratique.

L’album a été enregistré au studio Bohus de Göteborg. Tu as mentionné que le studio existe depuis les années 70 et qu’il a conservé le même intérieur. Avez-vous eu l’impression de remonter le temps, ou même un sentiment d’anachronisme, en enregistrant du thrash death dans un environnement seventies ?

Oui. C’est tellement seventies que les murs sont même recouverts de liège de Nouvelle-Zélande et ce genre de matière exotique qu’on ne voit pas dans les studios modernes, ce qui est cool. C’est rare de nos jours d’aller dans un chouette studio avec de très hauts plafonds pour la batterie, et ainsi de suite. Status Quo y a enregistré « Rockin’ All Over The World » ! Et de nombreux artistes suédois aussi sont allés là-bas. Quand tu y es, ça te met dans un certain état d’esprit, tu te dis que tu es en studio maintenant. Ils ont aussi des chambres pour que les groupes puissent loger. On n’a donc pas besoin de sortir de cette petite bulle dans laquelle on se trouve, ce qui, je trouve, est également une bonne chose. Quand on choisit un studio dans la même ville que là où on réside, j’ai besoin de rentrer chez moi pour faire la lessive ou aller chercher les enfants à l’école. C’est donc bien de partir ailleurs où on ne sera pas dérangé.

Est-ce que ça signifie quelque chose pour toi que Status Quo a enregistré là-bas ?

J’aime bien le vieux Status Quo. Je trouve ça cool. Peut-être que cette chanson est un petit peu trop pop, mais les morceaux plus anciens sont vraiment super. Je suis un grand fan de musique et j’aime remonter le temps pour voir d’où les choses ont évolué. Au bout d’un moment, on finit par tomber sur Led Zeppelin, Status Quo, Uriah Heep et ce genre de groupe.

Et comment c’est niveau matériel dans ce studio ?

Il y a une console Neve qui a été faite pour la BO des films Star Wars. Aujourd’hui, beaucoup de gens enregistrent avec Pro Tools, ce qui est bien, mais quand tu as l’occasion de faire passer le son par une vieille table où tous les canaux ne sont pas similaires, où il y a un truc étrange sur le troisième, etc. ça ajoute de la couleur. Comme je suis un grand fan de musique, je pense beaucoup à la production musicale et à la raison pour laquelle la musique moderne n’est, selon moi, pas aussi bonne que dans les années 80 ou avant. C’est parce qu’aujourd’hui, il y a moins d’imperfections, tout est poli et trop similaire, les deux guitares rythmiques sont toujours les mêmes, avec les mêmes amplis. Pourquoi ? Ce n’est pas comme ça qu’un groupe sonne. Dans notre cas, Ola a utilisé la guitare qu’il voulait utiliser avec son installation, moi j’ai utilisé les miennes. Tout ça enrichit le son. Les imperfections sont ce qui donne du caractère. Alors que quand tout est parfait… D’ailleurs, qu’est-ce qui est « parfait » ? Qu’est-ce qu’un tableau parfait ? Est-ce la Joconde ou un Rembrandt ? Les deux sont totalement différents. C’est pareil avec la musique. Je trouve que les albums de Kyuss sont fantastiques. Ils ne sonnent pas comme des albums de thrash, mais ils sont bons dans leur style.

« Je crois qu’internet a brisé l’immunité collective contre les idées folles. »

Vous y avez tout enregistré, à l’exception des solos et des voix, et ce, en dix jours, ce qui est vraiment court. Avez-vous délibérément recherché un sentiment d’urgence ou avez-vous simplement été particulièrement efficaces ?

La batterie, les guitares rythmiques et la basse, c’était dix jours. Les solos et le chant ont été faits après. Mais non, nous n’avons rien cherché. De toute façon, pourquoi voudrait-on glander en studio ? Tout le monde dans le groupe a un boulot à côté, nous avons donc des contraintes de temps. Nous avons été des musiciens à plein temps pendant treize ans et nous passions aussi quatre ou cinq semaines en studio à ce moment-là, mais quand tu as une limite de temps, tu es là : « Ok, voilà le temps qu’on a. » Tu ne peux pas tout polir éternellement et ainsi retirer tout caractère de ta guitare rythmique. Je trouve que ça aussi ça ajoute au sentiment global de l’album. Peut-être que c’est aussi un ingrédient qui explique pourquoi il sonne plus jeune.

Vous avez eu Björn Strid comme coach vocal et ingénieur du son ; c’est lui qui a enregistré Marco. Quel genre de coach est-il ?

Pour enregistrer du chant, on n’a pas besoin d’un grand studio. C’est juste un microphone et on peut grosso modo faire ça n’importe où avec un ordinateur portable. Marco vit à Stockholm. Pour les deux albums précédents, il a enregistré avec un autre ami à nous, mais ce dernier a déménagé ailleurs, donc nous avons réfléchi à ce que nous allions faire : « Ola a un chouette studio, peut-être que Marco pourrait y aller pour enregistrer le chant. » Sauf que quand tu es chanteur, ton corps est ton instrument, et si un guitariste est assis là à te dire « tu peux faire ça mieux », ça ne fonctionne pas. Il faut quelqu’un capable de parler au chanteur comme un chanteur. J’ai donc pensé à Björn Strid, car il vit aussi à Stockholm, Marco et lui se connaissent depuis longtemps, ils se respectent mutuellement. Björn allait comprendre la vulnérabilité que ressent Marco avec sa voix quand il est là pour enregistrer. Marco allait respecter et écouter Björn quand celui-ci dirait « essaye ça », car Björn a aussi derrière lui des milliers d’heures de chant.

Au départ, quand je l’ai appelé pour lui demander ce qu’il pensait de Björn, Marco était sceptique, car c’est comme si tu me disais : « Tu vas enregistrer la guitare rythmique avec James Hetfield. » Je serais là : « Euh, peut-être pas… », car je serais intimidé, c’est le maître de la guitare rythmique ! Je préfère même ses solos à ceux de Kirk [Hammett]. Bref, Marco a essayé et quand il nous a renvoyé le premier lot de trois ou quatre chansons, il était super content. Ça a bien fonctionné. Björn est doué pour comprendre les difficultés psychologiques d’un chanteur : « Ceci est ma voix, tout le monde va la juger. Le groupe a enregistré de super parties, il faut que moi aussi je sois au top, comment faire ? » Avec quelqu’un d’aussi sympa que Björn, ça marche. Je le recommanderais chaudement pour n’importe quel autre groupe ayant besoin d’un bon coach vocal. Björn lui-même a eu pour habitude d’aller voir Devin Townsend à Vancouver pour son chant dans Soilwork. Ça faisait aussi partie de mon idée, car Devin est un maître, donc Björn a surement dû entendre de bons conseils de sa part.

Marco est en soi un chanteur assez expérimenté, ça fait longtemps qu’il chante, et comme Björn nous l’a lui-même dit, il sait ce qu’il veut. Alors pourquoi aurait-il encore besoin de coaching ?

Certes, il sait ce qu’il veut, mais c’est aussi pourquoi on a des producteurs pour les albums. Le groupe a peut-être composé les chansons, mais le producteur dit : « Cette partie est trop longue, il faut la couper », « Ça, c’est trop court. C’est une super partie, vous devriez en faire la partie principale » ou « Vous appelez ça un refrain, mais en fait, ça, c’est ce que l’auditeur entendra comme étant le refrain ». C’est bien d’avoir ce regard extérieur, quelqu’un en qui on a confiance. Les solutions pour lesquelles Marco a l’habitude d’opter peuvent être remises en question et quelqu’un peut suggérer : « Et si tu essayais de commencer avec ce mot ici à la place ? » Tout le monde a toujours des choses à apprendre. Même quand tu es un footballeur professionnel, il y a toujours un bon coach capable de te dire : « Essaye de faire ça à la place. »

« J’ai eu une éducation chrétienne, évangélique. Heureusement, ma famille en est sortie [petits rires], mais j’ai un petit frisson d’excitation quand je suis face à quelque chose qui n’est pas très chrétien. »

Le coach précédent de Marco était Jocke Skog de Clawfinger. Björn et lui sont-ils très différents dans ce rôle ?

Quand tu es en studio, c’est comme si tu passais des examens à l’université – je le ressens aussi. C’est là que tu dois te préparer pour être le meilleur. Quand tu enregistres, il te faut quelqu’un qui te dise : « Ok, ça c’était bien, mais tu peux faire mieux. » Jocke était du genre : « Ok, ça c’était bien, passons au couplet suivant. » Björn, c’était plus : « C’était bien, mais peut-être qu’on peut essayer comme ça. » D’après Marco lui-même, Björn ne le laissait pas tranquille, il disait tout le temps : « Non, tu as mieux en toi. Je pense que tu peux faire mieux. » Marco est un ancien de la marine suédoise, il a été classé troisième dans le championnat national de kick boxing, c’est un dur ! Et quand Marco dit « j’en ai fini avec ça » et que Björn dit « je crois que tu peux faire mieux », il est là : « Grrrr, d’accord… » [Rires]

La chanson « To Bleed Out », en particulier, est plus mélodique et le chant renforce ce sentiment et la rend poignante. Penses-tu que ce soit le résultat de ce travail ?

En fait, c’est ma chanson et mon texte. Comme je l’ai mentionné plus tôt, généralement je laisse les parties mélodiques à Jonas, mais quand j’étais à la chanson huit ou neuf, j’avais une idée mélodique, donc je l’ai balancée dedans. Je me disais que j’avais déjà mon lot de morceaux dans l’album, donc j’ai mis ça pour la blague, pour voir si ça fonctionnait. J’ai donc commencé à composer. La partie de refrain était dans un style inhabituel pour The Haunted ; nous l’appelons la « partie Thin Lizzy » au sein du groupe, car il y a une harmonie à trois guitares. Le résultat s’est avéré super bon. Je n’avais aucune pression à me dire qu’il fallait que ce soit absolument un morceau de The Haunted, je pouvais en faire ce que je veux, et finalement je l’ai trouvé vraiment cool. Björn a beaucoup aidé pour donner vie au chant. Il y a aussi le clavier : Örjan Örnkloo du groupe suédois Misery Loves Co. fait également le clavier pour The Halo Effect, et c’est à force d’entendre ses parties pendant les années où j’ai joué avec eux que je me suis dit que peut-être il pourrait ajouter du clavier. Je trouve qu’il a fait du super boulot vers la fin de la chanson.

Il y a un fort thème antiguerre dans cet album, du moins dans tes chansons. Dans quelle mesure les guerres et les conflits actuels t’affectent-ils ?

Je lis beaucoup les informations, disons, grand public de différents pays. Je ne suis pas du genre complotiste. Plein de choses se sont passées. La Suède a rejoint l’OTAN et j’ai entendu que le pays pourrait être sous le parapluie nucléaire français. Il y a le retour de la guerre en Europe. Plein de choses dingues. C’est une époque compliquée, avec des dirigeants difficiles à cerner partout. On vit des temps incertains. Je me suis dit que si nous revenions avec un album après huit ans, ce serait bien que nous ayons quelque chose à dire. Ce n’est pas un album conceptuel, mais nombre des chansons ont un thème commun antiguerre. En l’occurrence, « Warhead , c’est la guerre et la tête : ça parle des politiciens, des nationalistes ou peu importe, qui profitent de la guerre, ils ont littéralement une tête guerrière sur leurs épaules. Si vous vous fichez de ces sujets, c’est juste une chanson sympa avec un titre sympa, mais il y a un sens derrière.

Songs Of Last Resort s’inspire des « lettres de dernier recours ». Peux-tu nous en dire plus sur ce que c’est, comment tu es tombé dessus et ce que ça a déclenché chez toi ?

En plus de lire beaucoup les informations, je fais aussi beaucoup de recherches sur Google. Je ne sais pas comment, mais je suis tombé sur la page Wikipédia des lettres de dernier recours. Les lettres de dernier recours sont ce que le Premier ministre britannique écrit à chaque commandant des sous-marins nucléaires, de telle façon que si tous les moyens de communication sont coupés, ils peuvent déverrouiller un petit coffre-fort, en sortir les lettres et voir ce que le Premier ministre leur dit de faire. C’est donc très secret. Chaque nouveau Premier ministre écrit ses propres lettres et les anciennes sont incinérées pour ne pas savoir ce qui y était dit. Il s’avère qu’un magazine britannique a mis la main sur l’une d’entre elles mentionnant quatre options qui étaient inscrites. La première était de riposter, la seconde de ne rien faire, la troisième d’aller en Australie rejoindre leurs forces armées et la dernière : « Aller aux Etats-Unis, s’ils sont encore là. » Ces mots, « s’ils sont encore là »… Toi et moi, on sait que la guerre nucléaire va se produire, mais je ne l’avais jamais vu écrit comme ça, qu’il soit possible que quelqu’un, sous la surface de l’océan, puisse ouvrir une lettre et lire « s’ils sont encore là ». Ça m’a marqué, de me dire qu’à cause de l’état actuel du monde, c’est une possibilité. Et puis j’ai trouvé que c’était un bon titre pour l’album.

« Je suis fan des fondus sur les albums. Quand j’étais plus jeune, je montais le bouton de volume pour pouvoir entendre jusqu’au bout ce que le groupe jouait. Ça donnait l’impression que le cirque quittait la ville et je voulais partir avec eux ! »

Comme tu l’as dit, la Suède a rejoint l’OTAN suite à l’agression russe en Ukraine. Dans quel état d’esprit sont les Suédois à cet égard ?

J’ai vu un sondage comme quoi, au sein de la population, la volonté de participer à une résistance s’élevait à quatre-vingts pour cent. C’est très élevé ! Etant le pays ayant la paix la plus durable dans le monde – environ deux cents ans, je crois –, c’est assez intéressant de voir que les gens soient à ce point disposés à agir s’il se passe quelque chose.

Vois-tu cet album comme la BO de la fin du monde ?

Je n’espère pas ! Non. Dans le groupe, comme tout le monde, nous préférons boire une bière dans un bon festival. Et l’été est enfin arrivé ici en Suède ; aujourd’hui, nous avons la première journée chaude de l’année. Donc non, je n’espère vraiment pas, et je ne le crois pas. Il y a des gens qui croient qu’on est plus proches que jamais d’une forme d’apocalypse, et ils ont peut-être raison. Il y a ça, mais aussi tout le plastique dans la mer, et ainsi de suite, mais comme les êtres humains l’ont fait durant trois cent mille ans, on devra faire en sorte de s’en sortir.

La dernière fois, tu avais parlé d’information et de la création d’une opinion publique susceptible d’influencer les votes. Or, avec les guerres, la situation ne s’est clairement pas améliorée ; on parle maintenant de propagande et de récits. Où penses-tu que la dérive informationnelle s’arrêtera ?

C’est une très bonne question. A-t-elle d’ailleurs une réponse ? Quand internet est arrivé, on était très naïfs en pensant que ça rassemblerait les gens. En réalité, ça a séparé les gens, car certaines personnes l’utilisent pour leurs propres intérêts, quoi que ce soit – pour être célèbre, pour gagner de l’argent, etc. C’était un beau rêve. Enfin, c’est utile : toi et moi, nous nous voyons et nous parlons grâce à ça, c’est un bon outil, mais… C’est difficile, je ne sais pas où ça s’arrêtera. Il y a un film qui sort, Eddington d’Ari Aster, avec Joaquin Phoenix. Ça parle de gens qui résident dans une même petite ville américaine, mais qui ont deux réalités différentes, parce que, de ce que j’ai compris du film, ils reçoivent les informations de sources différentes. Je ne vois pas comment on peut mettre un terme à ce phénomène. Comme je disais, on était très naïfs au début, et c’est bien d’être naïf, parce que pourquoi devrait-on tout le temps faire attention et avoir peur ? J’ai une théorie personnelle – je ne sais pas si c’est vrai. Après le Covid-19, tout le monde sait ce qu’est l’immunité collective : quand suffisamment de gens ont développé des anticorps, la maladie ne se répand pas. Je pense que c’est pareil avec les mauvaises idées. Dans chaque village et ville, il y a des gens qui ont des idées démentes, mais il y a suffisamment de personnes censées pour que ces idées ne se propagent pas. Mais aujourd’hui, avec internet, tous ces gens fous se trouvent, ils deviennent un groupe d’un million et peuvent changer les opinions à cause de leur nombre et du bruit qu’ils font. Je crois qu’internet a brisé l’immunité collective contre les idées folles.

L’album commence avec « Warhead », un morceau très intense avec une introduction alarmante et un riff très Slayer. Dans quelle mesure Slayer a-t-il joué un rôle important dans ton éducation musicale ?

Un grand rôle. J’ai toujours été attiré par les gammes mineures, plutôt que les majeures, donc plus ça sonnait méchant, mieux c’était – Black Sabbath, et ainsi de suite. Puis est arrivé Slayer qui jouait de la musique encore plus méchante que Metallica ou Anthrax. Ils ont donc été très importants. Un autre groupe important était Mercyful Fate, les premiers albums. J’ai eu une éducation chrétienne, évangélique. J’ai grandi au Canada, c’était donc le véritable évangélisme américain. Heureusement, ma famille en est sortie [petits rires], mais j’ai un petit frisson d’excitation quand je suis face à quelque chose qui n’est pas très chrétien, même si je suis un gars normal. Je suis aussi un grand fan de Dark Angel – l’album Darkness Descends.

« Quand je fais mes démos et que je les écoute en conduisant, si je remarque avoir envie de conduire plus vite, que tout d’un coup je me retrouve à cent quarante kilomètres par heure, alors je sais que c’est une bonne chanson. »

Mais oui, Slayer… J’ai beaucoup de chance d’avoir joué avec Dave Lombardo. The Haunted a tourné avec Testament sur notre première tournée US, à l’occasion du premier album, en 1999. Testament défendait l’album The Gathering. Sur un concert, Dave était encore sur scène après les balances de Testament, donc Anders et moi nous sommes dépêchés d’aller le voir : « Dave, ça te dit de jouer quelques morceaux de Slayer ? » Il a dit : « Oui ! » Nous avons joué « Postmortem » et d’autres chansons. Nous avons dit : « Il faut qu’on fasse ça en live ! » « Ouais, faisons-le ! » Quelques dates plus tard, à Tampa, en Arizona, nous avons joué « Raining Blood » en live. C’était complètement fou, toute la salle est devenue dingue ! Le jour suivant, nous avons joué à au Whiskey A Go Go, à Los Angeles. Quelqu’un a dit : « Kerry King est à l’extérieur du bus. » Nous avons donc traîné avec lui, nous avons regardé Testament avec lui et tout. Je lui ai dit : « La nuit dernière, nous avons joué ‘Reigning Blood’ avec Dave. » Il a répondu : « Oui, j’ai entendu. » « C’était plutôt pas mal. » « Oui, j’ai entendu » [rires].

Comment ta famille est-elle sortie de cet environnement chrétien ?

Mon père était danois. Il était dans la culture des motards et aimait les vieilles voitures américaines. Il a rejoint l’Eglise pour pouvoir se marier avec ma mère. Pour faire court, quand nous avons réemménagé en Suède, il ne voulait plus en faire partie et nous en a retirés. Grâce à lui, j’ai eu ma première platine et ses vieux disques de rock n’ roll – Chuck Berry, et ainsi de suite –, quand j’avais dans les dix ans. C’est ainsi que je me suis intéressé à AC/DC, puis à Judas Priest, Slayer, etc. Ma mère n’était pas très contente quand j’avais des posters de Slayer et ce genre de groupe, mais c’était une bonne mère, donc ça allait. Peut-être pensait-elle que ça allait être juste une phase d’ado rebelle, mais me voilà encore là [rires].

La toute dernière chanson, « Letters Of Last Resort », est plus sombre et cinématographique…

J’ai toujours été un fan de chansons cinématographiques. La partie au début de celle-ci, c’est en fait deux basses en stéréo. Je crois que c’est la première fois – nous avons déjà eu plein de guitares, mais toujours qu’une basse. Là, c’est deux pistes de basse. J’ai composé ça en 2018 déjà. C’est donc quelque chose que j’avais depuis longtemps. Je suis un fan de King Diamond et du fait de créer différentes atmosphères. Cette chanson a différentes parties, certaines plus effrayantes, d’autres plus atmosphériques, quand la batterie sonne comme si elle était dans une autre pièce. Je suis aussi un grand fan de morceaux instrumentaux où c’est la musique qui parle et raconte l’histoire. Et je suis aussi fan des fondus sur les albums. Quand j’étais plus jeune, quand il y en avait un, je mettais mon casque dans ma chambre de petit garçon chez mes parents et je montais le bouton de volume pour pouvoir entendre jusqu’au bout ce que le groupe jouait. Ça donnait l’impression que le cirque quittait la ville et je voulais partir avec eux ! J’ai donc toujours aimé ça. Dans le cas présent, le fondu d’outro, avec la voix féminine et tout, se relie au début. Au début, il y a l’annonce du lancement et à la fin, la communication est coupée, que va faire le capitaine ? J’ai peut-être une sorte d’hubris à vouloir créer un opéra metal, mais j’aime quand il y a une idée plus grande derrière un album. Je crois que la musique devrait te laisser avec des pensées. Celui-ci se termine de manière dramatique et devrait te faire dire : « Qu’est-ce que je viens de vivre ? »

J’ai l’impression qu’elle s’inscrit dans la lignée des dernières chansons de Strength In Numbers et d’Exist Wounds, respectivement « Monuments » et « Ghost In The Machine ». Est-ce devenu une tradition de proposer quelque chose de différent pour le dernier morceau ?

C’est sûrement à cause de moi. J’ai tendance à dire : « J’ai une dernière chanson » et il s’avère que c’est toujours ce genre de morceau. C’est comme « Forensick » sur le premier album : on retrouve aussi ce genre de long fondu. Je t’ai parlé du bouton de volume : à la fin de ce fondu il y a une petite surprise, le groupe se met à jouer une chanson heavy metal très connue. Les gens qui ne suivent pas le fondu avec le bouton de volume ne l’ont jamais entendue.

« Faire que ton hobby paye tes factures, ça crée de drôles de tensions. Il faut revenir à la maison avec de l’argent. Aujourd’hui, nous gagnons notre vie avec d’autres activités. Je pense que c’est l’une des raisons qui expliquent pourquoi c’est un line-up très stable. »

L’année prochaine marquera le trentième anniversaire du groupe. Où puises-tu toute cette énergie pour continuer à jouer et à créer cette musique, avec une telle intensité, trente ans plus tard ?

J’ai un exemple. Witchery a fait un album en 2010 baptisé Witchkrieg et il y avait de nombreux artistes invités pour faire des solos de guitare : Kerry King, Andy LaRocque, Gary Holt, Jim Durkin, etc. La plupart du temps, nous envoyions la partie et elle nous était retournée avec le solo. Concernant les gars d’Exodus, ils ont joué à Göteborg. J’avais loué le studio Fredman et j’ai fait venir Gary et Lee [Altus] qui ont fait leurs solos sur place, genre : « Où veux-tu ça ? » « Juste ici » « Ok, on y va ! » Quand j’ai vu Gary jouer, c’était comme regarder un gamin de seize ans. Il jouait comme s’il était encore ado, avec ce même plaisir, les doigts en feu. Je crois que j’ai moi aussi un ado de seize ans à l’intérieur. C’est quelque chose qui ne m’a jamais abandonné. J’aime encore faire des tours de montagnes russes ! [Rires] Comme je l’ai dit plus tôt, la musique doit être instinctive. J’aime toujours autant quand j’arrive à écrire une chanson qui me prend aux tripes comme ça. Quand je fais mes démos et que je les écoute en conduisant, si je remarque avoir envie de conduire plus vite, que tout d’un coup je me retrouve à cent quarante kilomètres par heure, alors je sais que c’est une bonne chanson. C’est dur à décrire. Certaines personnes laissent tomber à un moment donné et se mettent à la pêche ou s’intéressent à la Formule 1, peu importe. Moi, la musique, ça reste mon truc.

Quels sont tes souvenirs de l’année 1996 et des débuts de The Haunted ?

Je ne sais pas si tu as entendu parler de notre première répétition, mais mon premier groupe Seance a fait une tournée avec At The Gates. Nous avons partagé le bus et j’ai développé une grande amitié avec Adrian, le batteur. C’était en 1994. En 1995, j’ai décidé de déménager à Göteborg et de fonder un groupe avec lui. J’ai déménagé le jour de l’an 1996. Sauf qu’At The Gates était tout le temps en tournée pour promouvoir l’album Slaughter Of The Soul. Le 26 juillet, il m’appelle pour dire : « At The Gates vient de se séparer. Tu veux encore former un nouveau groupe ? » « Oui, bien sûr ! » Le 27 juillet, nous étions à la salle de répétition d’At The Gates. J’ai apporté une chanson que nous avons jouée lors de cette première répétition, rien qu’Adrian et moi, il s’agit de « Undead » sur le premier album. Jonas et Anders n’avaient jamais joué de thrash avant. Je ne sais pas si nous sommes un groupe de thrash, mais les gens nous qualifient ainsi. Personne ne jouait du thrash à cette époque, c’était mort, mais eux étaient simplement contents de jouer autre chose que le style typique de Göteborg. Quand cet album est sorti en 1998, je crois que The Gathering de Testament est sorti à peu près au même moment et ça a lancé un revival thrash ; tout d’un coup les gens trouvaient ça génial à nouveau. Nous avons donc eu beaucoup de chance avec le timing. Ça a explosé. La boucle était bouclée : c’était excitant dans les années 80, puis ça a été en perte de vitesse dans les années 90, puis c’était prêt à revenir à la fin des années 90. C’était une belle époque. Aujourd’hui, Exodus, Testament et tous ces groupes sont encore là, ils ont continué !

Comme tu l’as dit, le groupe est en quelque sorte né des cendres d’At The Gates, puisque trois de ses membres en composaient le line-up. Pourtant, The Haunted a immédiatement réussi à se forger une identité propre : comment ces trois membres ont-ils réussi à rompre avec leur alchimie au sein d’At The Gates et à en créer une nouvelle ? Penses-tu avoir joué un rôle là-dedans ?

Je crois que j’ai composé soixante pour cent de ce premier album. Je pense qu’ils ont suivi mon exemple. Il y a une chanson qui aurait, j’imagine, pu être d’At The Gates, il s’agit de « In Vein » car on y retrouve ce feeling très typique. Autrement, c’était assez thrash. Anders ne me l’a jamais dit, mais il a dit dans des interviews qu’il a dû réapprendre la guitare car il n’avait jamais joué de thrash avant. Et je n’avais joué dans leur style. Je pense que ça faisait un bon mélange.

Ça fait maintenant trois albums que vous sortez avec le même line-up. Qu’est-ce qui rend ce line-up si fort, selon toi ?

Peut-être le fait que nous soyons plus vieux et comme tout le monde a un gagne-pain à côté, personne ne dépend du groupe pour payer son loyer, sa nourriture, etc. Il y a donc moins de pression sur le groupe et c’est plus harmonieux. Les gens savent qu’ils pourront payer leurs prêts bancaires tout en s’amusant en studio. Comme je l’ai dit, nous avons été des musiciens à plein temps pendant treize ans, or faire que ton hobby paye tes factures, ça crée de drôles de tensions. Enfin, tu es content de pouvoir en vivre, mais il y a intérêt à ce que ce soit bon, il faut que la tournée marche, etc. car tu as une famille, tu es loin de tes enfants, il faut revenir à la maison avec de l’argent. Aujourd’hui, nous gagnons notre vie avec d’autres activités. Je pense que c’est l’une des raisons qui expliquent pourquoi c’est un line-up très stable.

Interview réalisée en visio le 19 mai 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Linda Florin.

Site officiel de The Haunted : the-haunted.com

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