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Chronique Focus   

The Hu – Rumble Of Thunder


Si l’on parle beaucoup ces derniers temps des tensions autour de Taïwan, ce n’est pas le seul territoire dont la souveraineté est mise à mal par l’Empire du Milieu, où le simple fait de prononcer le nom de Genghis Khan peut être perçu comme un affront. La Mongolie, malgré son exode rural massif et ses paysages meurtris par l’activité minière internationale, trouve encore en ses steppes de fervents défenseurs de sa culture et de son histoire. Une défense qui prend avec The Hu une tournure pour le moins inattendue et captivante, avec un metal folk qui a conquis le cœur d’un public toujours plus grand et hétéroclite, qui plus est à une vitesse fulgurante. L’un des enjeux de ce second album est ainsi de convaincre les éventuels derniers sceptiques que, au-delà du buzz, The Hu est avant tout un véritable groupe, avec un projet, des idées, et les ambitions qui vont avec.

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Blind Guardian – The God Machine


Sept ans après Beyond The Red Mirror (2015), et trois ans après Twilight Orchestra: Legacy Of The Dark Lands (2019), leur album symphonique et orchestral, le nouvel opus de Blind Guardian est l’objet d’une attente particulière. En effet, la formation allemande, qui peut se targuer d’avoir composé de véritables œuvres de référence, souhaite démarrer avec lui une nouvelle étape de son odyssée musicale. Alors que le groupe a soufflé les trente bougies de Somewhere Far Beyond (1992) – qu’il a interprété en intégralité lors de ses performances estivales –, il tourne la page d’une quête stylistique, articulée autour des arrangements symphoniques, qui a abouti à Legacy Of The Dark Lands et qui appelait, de fait, de nouvelles perspectives stylistiques. Entre écho du passé et élan vers l’avenir, The God Machine entend pleinement manifester ce nouvel horizon qui s’annonce dès sa genèse marqué par une forme de rupture.

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Bloodbath – Survival Of The Sickest


En plus de vingt ans d’existence, Bloodbath ne s’est jamais vraiment éloigné de son projet initial : faire du death metal suédois « comme on n’en fait plus » – en 1998, donc, et a fortiori en 2022. Avec ses allures de Hall of Fame du metal suédois (composé de membres de Katatonia et Opeth notamment, il a vu passer en ses rangs Mikael Åkerfeldt d’Opeth justement, ainsi que Peter Tägtgren d’Hypocrisy), le (super)groupe s’est imposé comme une valeur sûre du style : Bloodbath ne cherche pas à réinventer la roue – dentée et grinçante – du death metal, mais à rendre hommage à ses grands noms, d’Entombed à At The Gates. Et si l’on sait donc à quoi s’attendre avec les Suédois, ils se sont au fil des années permis quelques entorses à la formule, histoire sans doute de ne pas vivre (complètement) dans le passé : le Britannique Nick Holmes de Paradise Lost qu’on n’avait pas entendu grunter depuis des décennies, rien que ça, a rejoint le groupe à partir de Grand Morbid Funeral (2014), et The Arrow Of Satan Is Drawn (2018), leur dernier album en date, incorporait au désarroi de certains de larges quantités de black metal. Mais pour Survival Of The Sickest, son premier disque chez Napalm Records, retour en terrain connu : le death old school façon tournant des années 90…

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Heilung – Drif


Les yeux fermés, dormant ou rêveur, vivant ou mort, le corps, même s’il est immobile, jamais ne cesse d’être traversé par des ondes. Ces ondes qui parcourent les millénaires et capturent dans leurs oscillations des fragments de civilisations qui font aujourd’hui l’Histoire, ont toutes en commun qu’elles naissent d’une même intention : communiquer. Communiquer via les plus vieilles formes de langage que sont le chant et la danse. Au sein de leur nouvel opus, Drif, les membres d’Heilung captent ces vibrations du sol et de l’air qui ont laissé une empreinte indélébile au cœur de l’humanité. Ils tentent de faire remonter à la surface cette mémoire collective inscrite en chacun, par un récit musical que le groupe adresse directement à l’instinct même de l’auditeur, recréant de manière organique les sons et mélodies des anciennes grandes civilisations qui ont foulé les terres du globe à travers l’Europe du Nord et l’Extrême-Orient. Mais au-delà de sa portée musicale évidente, ce nouvel album est aussi un véritable voyage dans le passé, sourcé et documenté, pour lequel les artistes ont entrepris un travail colossal de recherches historiques et musicologiques. Car c’est bien là le but de Drif : parvenir à révéler en chacun ce lien qui relie l’être humain avec l’Autre par ce passé lointain, commun à tous.

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Megadeth – The Sick, The Dying… And The Dead!


« Pour la première fois depuis longtemps, tout ce dont nous avions besoin sur l’album est à sa place. » Si l’on suit les dires de Dave Mustaine, le seizième album studio de Megadeth intitulé The Sick, The Dying… And The Dead! devrait se tailler une place de choix dans la discographie du groupe et entériner le succès de Dystopia (2016), l’une des plus belles réceptions d’une œuvre de Megadeth depuis Countdown To Extinction (1992). The Sick, The Dying… And The Dead! s’inspire d’un contexte bien particulier : il célèbre la victoire de Dave Mustaine sur son cancer de la gorge, détecté pendant la phase de préproduction. Les séances de chimiothérapie n’ont pas empêché le guitariste de respecter ses engagements et d’être présent à toutes les sessions studio. Qu’on apprécie ou non le personnage, Dave Mustaine est un battant. The Sick, The Dying… And The Dead! le respecte pleinement. Megadeth a définitivement embrassé ce qui lui a permis sa longévité : un thrash/heavy mélodique parfaitement orné qui ne dévie jamais de sa trajectoire.

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Machine Head – Of Kingdom And Crown


La nouvelle réalisation de Machine Head doit malgré elle répondre à certaines interrogations. La réception critique mitigée de Catharsis (2018) et le départ du guitariste Phil Demmel et du batteur Dave McClain, tous deux essentiels au succès de Machine Head ces dernières années ont fait douter sur la capacité de Robb Flynn à rebondir et, surtout, à gérer un groupe de manière saine. La tournée qui a défendu Catharsis a montré que les fidèles étaient toujours au rendez-vous et que la longévité de Robb Flynn à la tête de Machine Head est suffisamment éloquente et mérite d’être rappelée. Le groupe a accueilli de nouveaux membres et s’est manifesté pendant la pandémie en sortant plusieurs singles dont « My Hands Are Empty » écrit avec Logan Mader. Une composition qui a donné des idées à Robb Flynn, tout comme la tournée anniversaire des vingt-cinq ans de Burn My Eyes. Machine Head allait réaliser un album concept et y introduire la « brutalité » de son premier méfait.

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Russian Circles – Gnosis


Derrière la pochette froide de Gnosis se terre un son taillé dans la même veine. La tension accumulée par les trois membres de Russian Circles au cours des deux années de pandémie passées a rejailli sous la forme de compositions empruntant aux sept albums précédents leurs tendances les plus tumultueuses. Si le terme de catharsis est, en musique, quelque peu éculé, il prend ici tout son sens, en tout cas pour les auteurs, qui vont pour cette œuvre jusqu’à parler d’« exorcisme ». Les ébauches initiales étaient diverses en termes d’ambiances, mais le processus de création de l’album a peu à peu noyé les idées les plus dociles, comme si les émotions viscérales du trio réclamaient à grands cris qu’on les laisse tonner haut et fort. Pour parachever cette entreprise, Gnosis a été enregistré dans des conditions live, tout le groupe se retrouvant enfin, après une écriture en distanciel, pour apporter une dernière et importante touche de vie aux morceaux enfantés.

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Charlie Griffiths – Tiktaalika


Charlie Griffiths, guitariste du groupe progressif bien établi Haken, et ce presque depuis le début, a décidé d’entreprendre en parallèle une aventure plus personnelle, explorant les sonorités qui lui sont chères et donnant de nouvelles couleurs à ses cordes. Derrière ce mystérieux Tiktaalika se dévoile un concept plutôt réfléchi : jouant sur les ambiguïtés paysagères entre préhistoire et post-apocalypse, Charlie explore la relation qu’entretient l’espèce humaine avec la planète qui l’a vue grandir ainsi que les transformations survenant à diverses échelles. Un programme pas si festif de prime abord, mais tourné en véritable terrain de jeu. Si vous chérissez l’ambiance entretenue par Devin Townsend mais que vous trouvez que cela va tout de même un peu trop loin lorsque ce dernier parle de cheeseburgers sans raison apparente ou ponctue un morceau de bruits de pets, vous vous sentirez avec Tiktaalika comme un dunkleosteus dans l’eau.

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Long Distance Calling – Eraser


A nouveau sans mots ou presque depuis trois albums, la musique de Long Distance Calling n’en est pas moins nourrie de nombreuses réflexions et le support de puissants messages. Après How Do We Want to Live?, consacré au rapport que l’humanité entretient avec les machines, Eraser s’intéresse cette fois à celui qu’elle entretient avec les autres espèces vivantes. Plus précisément, le quatuor allemand met en lumière la destruction progressive de la nature par les êtres humains. Fruit heureux de la pandémie puisqu’il a été, faute de tournée possible, composé immédiatement après la sortie d’How Do We Want To Live?, ce huitième album aurait pu souffrir de ce retour contraint à la phase créative et manquer d’inspiration ou s’inscrire trop étroitement dans la lignée de son prédécesseur, mais il n’en est rien. Eraser se distingue nettement d’How Do We Want To Live? et prouve encore une fois la grande fécondité artistique du groupe.

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Billy Howerdel – What Normal Was


Certaines éclosions artistiques sont rapides et évidentes. D’autres au contraire nécessitent une lente maturation et ont besoin d’incitation. Ainsi le parcours musical de Billy Howerdel est-il un modèle de patiente progression. Demeuré pendant plus de dix ans dans l’ombre d’autres groupes tels que Fishbone, The Smashing Pumpkins, Nine Inch Nails, Faith No More ou encore Tool pour lesquels il travaillait en tant qu’ingénieur du son et technicien guitare, ce n’est qu’en 1999, lorsque Maynard James Keenan écouta les morceaux qu’il enregistrait dans son coin et proposa de poser sa voix dessus, qu’il les dévoila sous la forme d’A Perfect Circle. Puis ce sont les encouragements de Keenan à partager le chant avec lui sur l’album Emotive qui, petit à petit, le menèrent vers son projet solo, Ashes Divide. Après un premier album en 2008, la suite se fit attendre, des morceaux entamés dès 2009 furent retravaillés, certains réorientés vers A Perfect Circle et la sortie du deuxième opus régulièrement repoussée. Entre-temps, les morceaux évoluèrent peu à peu vers un style et des sonorités qui ne correspondaient plus à Ashes Divide. Conscient de cela et certain de s’être approché au plus près de son ADN musical, Billy Howerdel décida alors de publier l’album sous son propre nom.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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