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Chronique Focus   

Bukowski – Bukowski


Même s’il fête cette année ses vingt-cinq ans, l’humeur n’est pas vraiment aux réjouissances pour Bukowski. Le combo d’Île-de-France qui, depuis Amazing Grace en 2009, et surtout The Midnight Sons qui l’a poussé sous le feu des projecteurs en 2011, s’est fait une place de plus en plus solide dans le petit monde du rock et du metal français, vient en effet de traverser la période la plus éreintante de sa carrière après le décès soudain de Julien Dottel fin 2021, bassiste du groupe et frère du chanteur-guitariste Mathieu Dottel. Ultime épreuve après un confinement qu’on imagine particulièrement suffocant pour un groupe qui s’est fait connaître avant tout pour l’intensité de ses prestations scéniques, il aurait pu être le coup de grâce pour Bukowski. Mais le trio restant, épaulé par Max Müller à la basse, a décidé de tenir bon et de poursuivre son chemin en menant à bien la sortie de son sixième album, Bukowski, sur lequel il avait travaillé pendant la période de confinement avec Julien. Avec sa pochette-hommage qui représente justement le bassiste défunt et son titre en forme de manifeste, ce successeur de Strangers (2018) se présente donc comme une synthèse de ce qui fait l’essence du groupe. Deux décennies de carrière, donc, une certaine chaleur, et un son immédiatement reconnaissable, mélange de rock stoner et de metal teinté de hardcore, de grunge voire un peu plus…

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Chronique Focus   

Lost Society – If The Sky Came Down


Lost Society ne peut plus totalement se reposer sur les lauriers de ses trois premiers albums et le public ne peut plus vraiment considérer les Finlandais comme des « jeunes prodiges ». En effet, Lost Society officie depuis douze ans maintenant et s’est démarqué comme l’une des formations les plus importantes pour le « thrash-revival » de ces dernières années, s’il y en a vraiment eu un. No Absolution (2020) démontrait la volonté du groupe de « gonfler » son identité sonore et d’embrasser des penchants moins extrêmes, quitte à ce que les éternels puristes les qualifient de « vendus ». Une pandémie et le départ du batteur Ossi Paananen plus tard, remplacé par Taz Fagerström, Lost Society ne se pose plus aucune question. Ménager les fans de la première heure est hors de question, les Finlandais composent de la musique qui reflète leur état d’esprit et ce qu’ils écoutent eux-mêmes en créant. If The Sky Came Down symbolise pour le groupe ce besoin de ne pas se voir accoler la même étiquette et surtout, cette capacité à faire ce qu’il veut sans se soucier du reste. L’ère Fast Loud Death (2013)-Braindead (2016) paraît désormais bien loin.

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Chronique Focus   

Gaerea – Mirage


Gaerea fait partie, aux côtés d’Uada et consorts, des groupes qui ont su s’extirper du magma dit des « groupes à la Mgła », ou plus familièrement « black metal à capuches », et prendre suffisamment de distance pour se construire en peu de temps une identité forte. Leur hargne, loin d’être reniée, s’est accentuée au fil de ce processus. Il serait dorénavant aisé de trouver des gens pour vous souffler que l’élève a dépassé le maître, mais peut-être la véritable question est-elle : y a-t-il jamais eu des élèves et des maîtres, dans cette histoire ? Ces Portugais misent gros avec Mirage, allant jusqu’à mettre en avant, sur la pochette, ce masque reconnaissable entre mille. Les membres estiment être réellement Gaerea uniquement lorsque leurs visages sont ainsi occultés, et atteindre ainsi un état d’esprit plus « primitif ».

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Chronique Focus   

Venom Inc. – There’s Only Black


Venom a beau être un groupe de légende, il n’a pas évité le sort de bien d’autres pionniers : changements de line-up, guéguerres internes et batailles autour de son héritage. Le nom de Venom étant resté dans les mains de l’iconique Cronos, les autres vétérans des classiques des années 80 ont dû faire sans. C’est le cas notamment de Jeff « Mantas » Dunn et Tony « Demolition Man » Dolan, l’équipe à qui l’on doit notamment Prime Evil, et dont le partenariat a survécu à leur départ du groupe. Après avoir travaillé ensemble dans Mantas et M-Pire Of Evil, ils ont été rejoints en 2015 par Tony « Abaddon » Bray pour des performances live reprenant les tubes de Venom, et ont fondé Venom Inc. dans la foulée. Alors que Cronos continuait de sortir des albums avec des musiciens l’ayant rejoint en route, et de jouer lors de dates très choisies, Venom Inc. tournait abondamment. De quoi fourbir ses armes et proposer en 2017, chez Nuclear Blast Avé, une heure et douze titres de thrash sombre et abrasif plus Venom que Venom, pour le plus grand bonheur de fans qui osaient à peine y croire. Après le break forcé de 2020-2021, le duo est de retour, épaulé d’un nouveau batteur, l’Américain Jeramie « War Machine » Kling. Et avec There’s Only Black, il est clair qu’ils ne sont pas près de changer le fusil d’épaule…

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Chronique Focus   

Crone – Gotta Light?


En début d’année, les Allemands de Secrets Of The Moon annonçaient leur séparation et leur concert en août au Party San Open Air fut l’un de leurs derniers. Habitué aux évolutions stylistiques d’album en album, le groupe avait entériné avec son dernier, Black House, sorti en 2020, l’éloignement complet de ses racines black metal, amorcé avec le précédent. Black House, finalement, demeurera comme une œuvre pivot, celle précédant le basculement du compositeur, guitariste et chanteur Phil Jonas vers son autre projet, Crone. Le dernier album de Secrets Of The Moon aurait en effet parfaitement pu naître sous le patronyme de Crone, tant son orientation musicale correspond à celle de ce side-project aujourd’hui devenu projet principal du musicien. Ce dernier, associé à Markus Renzenbrink, batteur du groupe de death metal Embedded, laisse à travers Crone libre cours à des penchants musicaux beaucoup moins extrêmes que ceux qui avaient fait naître son précédent groupe. Pourtant, la filiation entre l’un et l’autre est évidente. D’abord, parce que les graines de Crone ont été plantées dans les deux derniers albums de Secrets Of The Moon. Ensuite, parce que, après avoir offert une version très personnelle du black metal, Phil Jonas affirme avec Crone, combinaison de rock gothique, de rock/metal alternatif, de hard rock et de rock progressif, une identité musicale une fois encore hybride et inédite.

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Stratovarius – Survive


Stratovarius est l’un de ces rares cas où la formation actuelle ne compte plus aucun membre original. Une singularité qui peut s’expliquer par une carrière de plus de trente-cinq ans qui a connu plusieurs remous, le principal étant le départ du guitariste-chanteur Timo Tolkki qui a fini par abandonner tous ses droits sur Stratovarius. Depuis cette date, les Finlandais n’ont cessé de se consolider, menés par la voix de Timo Kotipelto. Survive est techniquement leur dix-septième album studio, sept ans après Eternal (2015). Un titre à propos pour un groupe qui aurait pu exploser en vol à plusieurs reprises. C’est surtout, pour la première fois depuis longtemps, un véritable effort collaboratif : Timo, Matias Kupiainen et Jens Johansson se sont retrouvés pour composer ensemble dans la même pièce. Une prouesse où la pandémie empêchait les réunions pendant de nombreux mois.

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Clutch – Sunrise On Slaughter Beach


Clutch a fêté ses trente ans l’année dernière : trois décennies, douze albums délivrés avec une régularité remarquable tant au niveau du calendrier que de la qualité, et des lives survitaminés ont fait des Américains non seulement des incontournables, mais surtout l’une des valeurs sûres de la scène stoner. C’est que leur rock musculeux et dynamique, leurs paroles atypiques et leur capacité à se renouveler tout en restant fidèles à leur ADN ont de quoi convaincre, comme le prouve leur fanbase aussi solide que fidèle. Cette dernière n’avait jamais attendu un album du groupe aussi longtemps : depuis la sortie de Book Of Bad Decisions en 2018, Clutch a traversé les remous de la pandémie de Covid-19 avec les mêmes incertitudes que le reste de la population, au point d’orienter son travail sur ce qui est devenu Sunrise On Slaughter Beach, le treizième album du groupe. Initialement conçu comme un disque fédérateur et rassurant face à l’instabilité et la polarisation ambiantes, élaboré selon un nouveau modus operandi imposé par les circonstances, Sunrise On Slaughter Beach s’est finalement développé comme bon lui semblait…

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Crippled Black Phoenix – Banefyre


Groupe en perpétuelle reconfiguration, Crippled Black Phoenix semble aujourd’hui stabilisé autour d’un noyau dur composé de son fondateur Justin Greaves, à la guitare, à la basse, à la batterie et aux samples, Belinda Kordic aux chant et percussions, Helen Stanley aux piano, claviers, synthé, monocorde et trompette, et Andy Taylor, à la guitare. S’y ajoute Joel Segerstedt, dont l’EP Painful Reminder/Dead Is Dead sorti l’an dernier avait inauguré l’arrivée. Après Ellengæst, sur lequel Justin Greaves avait contourné le départ de Daniel Anghede en invitant nombre de voix masculines prestigieuses, Crippled Black Phoenix a retrouvé en la personne de ce musicien suédois un chanteur permanent.

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Chronique Focus   

Revocation – Netherheaven


The Outer Ones (2018) a entériné le statut de Revocation : l’un des groupes extrêmes les plus pertinents de la scène, justement parce qu’il suit une évolution singulière. Plutôt que d’adoucir son propos avec le temps, Revocation a choisi de s’orienter vers un death metal plus direct, ne réduisant les éléments techniques et progressifs qu’à des éléments de dynamique. Netherheaven est le résultat logique de cette évolution, l’album le plus agressif et le plus efficace de Revocation à ce jour. Il s’inspire des thèmes traditionnels de l’occulte et du satanisme et se veut l’aboutissement de quatre ans de travail sur le riffing et d’une réflexion sur l’efficacité du songwriting. Un délai de conception inhabituel pour Revocation, amplement justifié. Netherheaven réunit le meilleur des deux mondes – l’un viscéral et l’autre plus intellectuel – en réalisant une prouesse d’équilibre.

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Chronique Focus   

Behemoth – Opvs Contra Natvram


En trente ans de carrière, Behemoth est passé de l’obscurité de l’underground polonais aux feux des projecteurs du monde entier. Mené par le charismatique Nergal, le groupe a certes évolué musicalement, mais n’a jamais quitté le monde du metal extrême, et idéologiquement, n’a jamais divergé d’un satanisme anti-religieux sans compromis. Il ne s’est jamais non plus laissé abattre par les tribulations de son leader, des plus menaçantes – leucémie, procès pour blasphème – aux plus anecdotiques – passage comme juré dans un radio-crochet, autres aventures musicales comme son projet rock/folk Me And That Man –, au contraire : rien ne semble pouvoir arrêter l’ascension de Behemoth. Avec The Satanist, dixième opus du combo, en 2014, elle semblait avoir atteint son sommet. Succès tant critique que commercial, l’album avait porté à incandescence la patte du groupe : black death épique mais accessible, atmosphère sombre et esthétique ambitieuse. Son successeur, I Loved You At Your Darkest, avait reçu en 2018 un accueil plus nuancé : dans la même lignée que The Satanist, ses audaces, notamment ses touches rock, ont été autant saluées que décriées. C’est donc à son douzième album, Opvs Contra Natvram, que va incomber la tâche de véritablement transformer l’essai.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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