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Chronique   

Vektor – Terminal Redux


Vektor - Terminal ReduxVektor est de ces ovnis musicaux inclassables qui nous transportent dans un univers étrange, dangereux et pourtant si fascinant, à la croisée du thrash technique (les riffs, la frénésie), du black metal (le chant écorché, quelques blasts et dissonances) et du metal progressif (les structures longues et alambiquées). Alors que Black Future (2009) nous avait pris par surprise avec ses ambiances d’un autre monde et qu’Outer Isolation (2011) se contentait de confirmer, le moment est venu pour Vektor de pousser son concept plus loin. D’ailleurs, fini de glaner des chansons dans les trois premières démos du groupe, contrairement à ses deux prédécesseurs, Terminal Redux est constitué uniquement de nouvelle musique. Plus encore, ce troisième album a été conçu avec l’ambition de marcher dans les pas des grands albums conceptuels que sont 2112 (Rush) et autre Operation: Mindcrime (Queensrÿche). Vektor est parti de la chanson éponyme et dernière plage d’Outer Isolation pour développer sa thématique en une histoire toute « voivodienne » – le groupe canadien étant une des références les plus manifestes chez Vektor -, mêlant science-fiction, fantastique, dystopie, etc.

C’est ainsi que « Charging The Void » pose les bases de l’histoire (*), avec un astronaute dont l’isolation dans l’espace intersidéral le fait osciller entre folie et désir de vengeance, puis qui trouve une raison d’être et une révélation dans la mystérieuse molécule qu’il découvre et décide de ramener chez lui après avoir repris les commandes de son vaisseau. Musicalement, la chanson permet de suivre ce cheminement mental, nous faisant perdre la tête dans des dédales de riffs et rythmes épileptiques, pendant que la voix de DiSanto nous lacère les neurones, avant de prendre une tournure mélodique plus lumineuse, y compris des chœurs simili-ethniques évoquant l’œuvre d’un Devin Townsend. Une chanson qui, déjà, à elle seule, représente une épopée et fait prendre conscience qu’il va falloir bien accrocher sa ceinture pour aborder la suite. Car Terminal Redux est un vaste labyrinthe sans frontière, dont le plaisir n’est pas d’en sortir mais au contraire de s’y perdre. On se fait happer par des riffs fusants à toute vitesse tels des astéroïdes à l’inarrêtable course, arrosé par des déluges de notes comme des pluies de comètes, éblouir par des rythmiques complexes à la manière d’une symphonie de pulsars… Parfois les astres se tournent autour – les solos de basse et de guitare qui se répondent dans « Psychotropia » – ou bien fusionnent – toujours les mélodies de basse et de guitare qui cette fois se superposent dans « Pillars Of Sand ». Vektor est extra-terrestre, touchant autant à la fougue et l’impulsivité juvéniles du revival crossover thrash (Lost Society, Municipal Waste, etc.) qu’à la technicité et l’intellectualisme d’un Atheist et autre Obscura.

Même si quelques moments de grâce céleste permettent de recharger les batteries – l’accalmie mélancolique de « Cygnus Terminal » ou le court interlude « Mountains Above The Sun » -, le répit se fait rare et c’est le tournis qui nous guette. Voilà pourquoi « Collapse » arrive à point nommée. Pour cette avant-dernière plage, Vektor décoche une ballade, faite d’arpèges nébuleux et rythmes en apesanteur. Exercice inédit pour les Américains, d’autant qu’elle est chantée, presque soufflée même, par un DiSanto qui dévoile pour la première fois son timbre clair et mélodieux. Une montée en puissance suivie d’une accélération finale – plus épique tu meures -, voilà Vektor fin prêt à jouer son plus gros atout. « Recharging The Void », une fresque de plus de treize minutes qui, un peu avant la mi-parcours vire au gospel, avec un DiSanto chaleureux, à nouveau en voix claire, soutenu par des vocalises féminines soul, pour finir sur un développement progressif à faire pâlir Dream Theater.

On sort de l’écoute à la fois vidé et euphorique, avec cette sensation d’avoir vécu une expérience hors norme. Vektor s’impose définitivement comme un groupe singulier et démontre qu’il ne manque pas de tours dans son sac – impliquer des choristes soul était osé… mais indéniablement ça fonctionne, sans doute parce qu’utilisé avec parcimonie à des moments clefs. Et ce Terminal Redux donne une impression comme si ce n’était encore qu’un début, qu’il y a encore tant de choses à développer et de possibilités dans l’univers insondable des Américains, offrant une perspective des plus excitantes pour l’avenir.

(*) Pour comprendre de quoi parle le récit, voici le résumé du guitariste-chanteur David DiSanto : « L’histoire commence avec un astronaute solitaire qui recouvre ses souvenirs après avoir été condamné à un programme de tests d’isolation. A l’agonie dans son vaisseau endommagé, il trouve une molécule de rajeunissement au sein d’une nébuleuse stellaire qui va changer son sort et celui de nombreuses autres personnes. Il apporte un important échantillon de sa découverte au régime de Cygnus, un vaste empire galactique, dans l’espoir de retrouver son statut de général haut gradé. Les années d’isolation l’ont changé en un tyran avide de pouvoir que rien n’arrêtera pour usurper les gens qui l’ont banni. En usant de stratégies de terreurs et de force brute, il provoque un coup d’état au sein de Cygnus et prend le contrôle. Grâce aux molécules de rajeunissement de la nébuleuse stellaire, il garantit au peuple qu’il gouverne une vie prolongée. Son but est d’atteindre une harmonie cosmique parfaite sur ses terres et apporter l’équilibre à des planètes ravagées par les guerres : quelque chose qu’aucune forme de vie intelligente n’a jamais pu accomplir. »

Les chansons « Charging The Void », « Ultimate Artificer » et « Pillars Of Sand » :

Album Terminal Redux, sortie le 6 mai 2016 via Earache Records.



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  • Vektor est LE groupe de thrash à suivre. Le talent dégouline de leurs compositions, et ce nouvel album, à voir déjà ces 3 musiques, risque d’être grandiose. et je me réjouit qu’ils y aient ajouté de nouvelles influences, je n’avait pas envie qu’ils restent tout le temps sur le même chemin sans prise de risque.

    A dans 6 jours !

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    Shaka Ponk @ Paris
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