Le nombre de cases cochées sur sa liste de choses à faire de Lzzy Hale et son groupe Halestorm n’a de cesse de se rallonger. Il y en a eu deux belles dernièrement : la chanteuse a pu ternir le micro en tant que frontwoman de Skid Row le temps de quatre concerts en 2024 et, plus récemment, le quatuor faisait partie des invités spéciaux lors de Back To The Beginning, le concert d’adieu de Black Sabbath à Birmingham. Des événements qui ont d’autant plus de saveur pour eux qu’après toutes ces années, ils n’ont pas perdu leur passion et leur âme d’adolescent.
C’est d’ailleurs cette âme qu’on retrouve dans Everest, leur sixième album qui se veut être un recentrage sur l’essence non seulement du groupe mais de chaque musicien. Le résultat est authentique, sincère, viscéral, en grande partie grâce aux méthodes du producteur Dave Cobb qui incitent à vivre dans le moment présent et à oublier les influences extérieures. Nous en avons discuté avec Lzzy Hale, qui revient sur cet Everest de carrière qu’ils continuent de gravir plus soudés que jamais.
« La plus grande leçon que nous avons apprise avec cet album est de nous faire confiance et de véritablement dire : ‘D’accord, notre instinct a raison.’ Cette expérience va assurément changer nos futurs enregistrements. »
Radio Metal : Everest a été réalisé avec le producteur Dave Cobb. Vous n’aviez jamais travaillé avec lui auparavant, mais il semble avoir joué un rôle déterminant dans ce que l’album est devenu, car son approche est très différente de celle à laquelle vous êtes habitués… Peux-tu nous parler de cette collaboration, de ce processus et comment ça a mené à cet album ?
Lzzy Hale (chant & guitare) : Tout a commencé quand nous avons décidé de lui demander si ça l’intéressait de travailler avec nous. Nous étions excités parce que, d’une part, il savait qui nous étions et, d’autre part, il était enthousiaste de travailler avec nous, il avait tout un tas d’idées, etc. Nous sommes allés le rencontrer une première fois pendant trois jours pour voir comment ça se passait. Nous sommes allés au studio avec la matière que nous avions – mon guitariste a tout un tas de riffs, j’ai plein de chansons à moitié écrites, etc. Et lui était là : « Oh non, je ne fais pas de démos. On ne va pas faire ça. » C’était genre : « Ok… » Nous étions alors complètement les mains vides, pas préparés, mais ce qu’il voulait que nous fassions, c’est vivre dans l’instant présent, composer des chansons à partir de rien et, pendant que nous les composions, les enregistrer en temps réel. En conséquence, nous n’avions pas le luxe – qui peut aussi parfois être une entrave – de penser à ce que nous avions fait avant, à la direction que nous allions prendre à l’avenir, si les radios, le label ou les fans allaient aimer, etc. Nous n’avions pas le temps de réfléchir à tout ça. Nous avions juste le temps de nous demander si telle partie, tel refrain, telle ligne mélodique nous excitait. Au final, c’est devenu très spontané. La première chanson que nous avons composée avec lui était « Darkness Always Wins », qui était la dernière phrase que j’avais écrite dans mon calepin, dans ma poche. Il était là : « Qu’as-tu de nouveau ? » Je lui ai dit : « On parlait de ça hier. » « Oh, j’adore ce titre, on part là-dessus ! » C’était vraiment cathartique. C’était intense par moments. Il a vraiment fallu, tous les jours, que nous allions en profondeur sur les questions : « Comment se sent-on ? Quelles sont les émotions qui remontent à la surface ? » Nous existions purement dans l’instant présent. Et pendant que nous écrivions la chanson, comme nous enregistrions en temps réel, nous ressentions l’excitation de la nouveauté. C’est intéressant, parce que lorsque j’écoute maintenant l’album terminé, je peux l’entendre. Je peux entendre que nous avions quelque chose à prouver, sans essayer d’être ce que nous ne sommes pas, seulement armés de ce que nous étions à ce moment-là. C’était vraiment génial !
Ce n’était pas déstabilisant de changer votre processus ? Peut-être que ça a apporté à la musique une part d’urgence voire de vulnérabilité ?
Il y avait assurément une part d’urgence et une extrême vulnérabilité, car nous étions en train de retirer notre armure et les choses dont nous avions l’habitude. C’était en partie la raison pour laquelle nous avons opté pour Dave Cobb. Nous avons eu une magnifique expérience à faire nos deux précédents albums avec Nick Raskulinecz, mais il fallait que nous bousculions tout ça. Nous nous sommes habitués à ce processus, à dire : « D’accord, on va composer trente chansons, qu’on va réduire à vingt, puis à quinze. On va faire différentes versions des chansons. » Le fait qu’il fallait que nous nous engagions chaque jour à dire : « On va terminer ça aujourd’hui, quoi qu’il advienne, et ça va nous plaire, bon sang ! » C’était vraiment cool. Il a un grand sens de la gestion et un vrai flair pour déterminer quand les choses fonctionnent et ne fonctionnent pas. Quand nous étions dans une impasse ou que nous ne sentions pas un truc que nous jouions, nous partions faire une petite sortie pédagogique. Par exemple, nous avons tout arrêté au milieu de la journée et sommes allés dans un cimetière à Savannah, dans l’Etat de Géorgie, rien que pour engranger de l’inspiration. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec la chanson « Gather The Lambs », car nous regardions ces pierres tombales et songions à ce que ça signifiait vraiment de laisser quelque chose derrière soi, aux personnes avec qui nous voudrions être dans nos derniers instants, etc. Chaque jour était différent. Nous avons tous dû progresser à bien des égards. La beauté de tout ça – en tout cas pour moi –, c’est aussi de pouvoir nous voir moi et mes trois gars, mon frère Arejay, Josh [Smith] et Joe [Hottinger], tous briller en étant nous-mêmes, car tout ce que nous avions à notre disposition, c’est les choses dans lesquelles nous sommes doués et que nous avons apprises au fil des vingt dernières années en étant ensemble dans un groupe. On ressentait cette incroyable camaraderie. Il y avait un vrai travail d’équipe pour que cet album se concrétise.
Dave est connu pour sa production live, organique et naturelle, presque old school, et sa touche est évidente dans Everest, même si la puissance du groupe demeure. J’ai l’impression que c’était là tout le but de cet album : que le groupe soit à nu.
Absolument. Nous avons toujours été fiers d’être un groupe live. Nous tournons beaucoup. C’est ce que nous faisons majoritairement. C’est génial, parce qu’il y avait énormément de premières et secondes prises. Quand nous arrivions à la dixième prise, il disait : « Non, vous vous forcez trop. Réécoute ça, c’est là que l’émotion transparaissait. » Il y a aussi plein de chansons dans l’album pour lesquelles nous n’avons même pas utilisé de piste de clic en tant que guide, car nous oublions de le mettre en route ! [Rires] Après coup, nous disions : « Ok, essayons de le refaire avec un guide. » Mais Dave était là : « Non, vous avez perdu tout le feeling. La version sans clic, c’est ça qu’il faut. » C’était un peu notre boussole à cet égard.
Je me mettais beaucoup la pression avec les anciens albums en me disant que les gens veulent que je leur donne de l’espoir. En réalité, ce qu’ils recherchent vraiment en toi et dans ce que tu fais, c’est un reflet d’eux-mêmes. »
Tu as déclaré que cet album contenait « plein de personnalité que vous avez toujours voulu mettre sur un disque, mais que vous n’avez jamais vraiment eu la liberté ni le temps de mettre ». Qu’est-ce qui vous avait privés de cette liberté ?
Il a beaucoup de pressions qui entrent en jeu quand tu fais un album, surtout quand tu as un peu de succès avec ton groupe, que ce soit avec les standards de l’industrie, l’opinion du label, celle du management, celle des fans. Toutes ces choses s’infiltrent dans ta psyché. Ce qui est beau avec cet album est que nous nous sommes débarrassés d’une grande partie de tout ça du fait que nous travaillions vraiment dans l’instant présent. Tout ce que nous avions pour nous guider était le fait que nous étions excités ou pas par une partie et si nous faisions exactement ce que nous voulions faire. Dans notre tête, nous étions comme sur une île déserte. « S’il ne restait plus personne d’autre que nous sur Terre et que nous faisions quand même cet album, est-ce que nous l’aimerions ? » C’était la seule chose à laquelle nous nous fiions. La leçon que nous avons apprise en faisant cet album ainsi est que tu crées une connexion plus forte dans ta relation avec la musique mais aussi avec ce que les fans entendent au final, car nous sommes des personnes lambda, nous ne sommes pas parfaits, et c’était très cathartique pour moi de dire des choses dans les textes que je n’avais jamais vraiment dites auparavant, de plonger dans certains sujets plus sombres, de ne pas toujours avoir une fin heureuse. Je crois que je me mettais beaucoup la pression avec les anciens albums en me disant : « Si j’écris quelque chose de sombre, il vaut mieux qu’il y ait une lumière au bout du tunnel, parce que, tout d’un coup, je suis un exemple, les gens m’admirent et ils veulent que je leur donne de l’espoir. » En réalité, ce que les gens recherchent vraiment en toi et dans ce que tu fais, c’est un reflet d’eux-mêmes. Du coup, en disant ce que j’avais sur le cœur et en me disant : « Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, je ne sais s’il y aura une fin heureuse, mais ce que je sais est que j’ai la force de continuer à essayer, de me relever et de retenter », je pense que ça crée une relation plus profonde avec les fans. Et puis la boucle est bouclée en termes d’inspiration parce qu’en voyant ça se produire, tu réalises que toi non plus tu n’es pas seule, aucun d’entre nous ne l’est avec nos sentiments, nos pensées désespérées, notre colère, notre obscurité. On surfe tous sur la même vague ; on est tous pareils, à bien des égards.
Tu as aussi déclaré : « Il n’y a rien sur cet album que quelqu’un [vous] ait forcés à faire. » Vous est-il souvent arrivé d’être forcés à faire des choses sur un album qui ne vous correspondaient pas ? Avez-vous des regrets à ce sujet ?
Absolument. Je crois que sur pratiquement chaque album, nous avons un peu trop fait confiance aux opinions d’autrui. Nous nous disions : « On travaille avec des gens, donc s’il untel dit que ce sera un tube, eh bien, on va lui faire confiance », même si nous n’aimions pas la chanson, le type de son, etc. Ce qui est dingue, c’est que dans chacun de ces cas, ça ne s’est jamais réalisé, peu importe le nombre de personnes autour de nous disant que ça allait se réaliser. Ce que nous avons compris avec cet album est que chaque chose spéciale qui nous est arrivée en tant que groupe est arrivée parce que nous y croyions. Cette conviction était donc au premier plan cette fois en faisant cet album. Si nous essayions d’être quelque chose que nous n’étions pas, ça n’allait pas fonctionner. Nous utilisions donc ça aussi comme guide.
Tu as qualifié Everest d’« histoire de votre parcours en tant que groupe, pleine de belles fins et de nouveaux commencements ». Vous faites donc un parallèle entre le plus haut sommet du monde et votre carrière. Qu’est-ce qui a été le plus dur dans l’ascension de votre Everest ?
Le lâcher-prise. Lâcher prise sur certaines choses qu’on pensait être tellement importantes. Lâcher prise sur le doute de soi. Ce n’est pas parce que beaucoup de gens aiment ce qu’on fait qu’on a toujours confiance en soi ; on ne naît pas avec cette assurance. Nous sommes quatre gosses de Pennsylvanie, ça n’aurait jamais dû fonctionner [rires]. Nous n’avions pas d’oncle riche dans le métier. Nous ne savions pas du tout ce que nous faisions – nous ne savons d’ailleurs toujours pas ce que nous faisons ! –, mais nous avons toujours eu le courage de continuer à avancer et de poursuivre ce qui nous passionne. Je suppose que le plus dur dans l’existence humaine est d’être véritablement soi-même sans remords, car il se passe tant de choses dans le monde et il y a tellement de pression pour être ceci ou cela, puis il y a l’univers des réseaux sociaux, les troubles politiques, etc. On ne peut éviter d’être affecté par tout ça. Avec mes gars au sein du groupe, le fait de vraiment nous tenir la main et de sauter de la falaise tous les soirs, que ce soit pour un concert ou une nouvelle expérience, en disant : « Ok, je ne sais pas comment on va atterrir, mais on va atterrir, je dois le croire », est quelque chose sur lequel nous travaillons constamment.
« Nous sommes quatre gosses de Pennsylvanie, ça n’aurait jamais dû fonctionner [rires]. Nous n’avions pas d’oncle riche dans le métier. Nous ne savions pas du tout ce que nous faisions – nous ne savons d’ailleurs toujours pas ce que nous faisons ! »
Toi et ton frère Arejay avez commencé à écrire et à jouer de la musique originale en 1997, alors que vous aviez dix et treize ans. Ce groupe était en quelque sorte un rêve d’enfance. Le groupe est-il aujourd’hui en phase avec ce rêve initial ou la réalité est-elle très différente de ce que vous aviez imaginé ?
Beaucoup de choses sont restées les mêmes. Nous avons perpétuellement quinze ans à l’intérieur, donc cet émerveillement juvénile est toujours là. Le truc le plus fou, selon moi, est que nous avons réalisé des choses impossibles. Rien que pouvoir appeler ça une carrière, je trouve ça dingue ! Il y a une différence entre lorsque tu es gamin et que tu crois être capable de grandes choses, de mener les choses à bien, de t’améliorer, d’avancer, etc. et lorsque ça se produit vraiment. Ça continue à me surprendre à chaque fois. A chaque fois que je monte sur scène et que je vois les gens chanter mes chansons, j’ai des flash-backs – ça m’arrive tout le temps – des moments où nous étions en train d’écrire la chanson et disions : « Tu crois que des gens vont aimer ça ? » « Je ne sais pas ! » Puis tu vois le public qui prend ça vraiment à cœur, tu reçois chaque jour des lettres à propos de certaines chansons ou sur la façon dont tu les aides à traverser la vie : je n’ai jamais cru que ça arriverait quand j’étais adolescente. Mais il s’avère que nous ne manquons jamais de rêves. J’ai l’impression que nous avons tellement coché de cases sur notre liste de choses à faire que nous continuons à en ajouter à la fin, genre : « Que peut-on faire d’autre ? C’est fou ! » Globalement, nous sommes extrêmement reconnaissants d’être ici. Nous nous apprécions toujours au sein de groupe, nous sommes les quatre mêmes membres depuis vingt-deux ans, et nous aimons toujours traîner ensemble, aller dîner ensemble, faire des blagues de dingue, rire tous les jours, etc. Je trouve que c’est aussi un accomplissement majeur que je n’aurais jamais cru pouvoir maintenir.
D’après toi, « cet album, c’est [vous], plus forts, plus audacieux et plus brutalement honnête que jamais, debout face à la tempête ». Il se trouve que qu’il contient certaines des chansons les plus agressives que vous ayez jamais écrites – je pense à « Watch Out! » ou « K-I-L-L-I-N-G ». Crier comme tu le fais sur ces dernières t’aide-t-il à affronter les tempêtes qu’on doit tous affronter à un moment ou à un autre de notre vie ?
Absolument. Je me qualifie d’ancienne introvertie. Et j’ai toujours des moments où dans ma tête je ne suis pas forcément quelqu’un d’extravertie. J’ai besoin de cet exutoire afin d’évacuer certaines choses. C’est étonnant comme, en tant que groupe, nous devenons plus heavy avec l’âge [rires]. Mais je pense que c’est nécessaire. On a besoin d’être bruyant parfois. On a besoin d’un réceptacle pour tous ces sentiments. Autrement, si on ne les laisse pas sortir, ils prennent vie d’eux-mêmes à l’intérieur de nous et s’enveniment. Oui, il y a beaucoup de cris dans cet album, et c’est intéressant parce que lorsque nous l’enregistrions, certains de ces cris étaient à quatre heures du matin, d’autres à dix heures du matin, tout dépend quand ça frappait. Je suis tellement reconnaissante envers Dave Cobb et son ingénieur Greg Gordon pour m’avoir laissée cracher dans leurs micros [rires] et me lâcher – on ne peut pas tout le temps être le contrôle, ce serait fou !
Le premier single sorti était « Darkness Always Wins », un titre très pessimiste, voire défaitiste. A son sujet, tu as dit que « ce n’est ni une chanson d’espoir, ni une chanson de désespoir. C’est la réalité. » Penses-tu que regarder la réalité telle qu’elle est, sans filtre, s’apprend avec l’âge ou est-ce qu’il faut le travailler ?
Un peu des deux, je crois. C’est quelque chose qu’on peut apprendre avec le temps et l’expérience, mais il faut aussi être disposé à l’apprendre. Il faut être prêt à affronter certains problèmes et certaines obscurités en soi, comme une responsabilité, car si tu ne le fais pas, ils peuvent te dépasser et tu ne deviens plus que l’ombre de toi-même. Il ne faut pas non plus avoir peur de dire : « Je ne sais pas ce qu’il se passe » et de demander de l’aide quand on en a besoin. Il ne faut pas avoir peur de s’appuyer sur des gens, car individuellement, on ne sait pas tout. Je ne sais pas tout. Je n’ai pas de solution à tout. Un processus se fait aussi au travers de l’écriture qui me permet de mieux me connaître. C’est cette idée que le seul moyen de s’en sortir est d’y faire face. On doit vomir toutes les pièces du puzzle qu’on a en désordre dans la tête, les disposer sur le sol et se mettre à les assembler. Alors on commence à voir se dessiner un motif et à se dire : « J’ai fait des choses difficiles dans ma vie et j’y ai survécu, donc ceci ne devrait pas être différent. » On doit apprendre aussi de son passé et dire : « Pense à cette époque où je croyais que c’était fini, alors que ce n’était pas fini. » Il faut rassembler un peu de cette force et dire : « D’accord, je peux survivre à ça aussi. »
« Ozzy fait partie de notre vie depuis toujours et il a été notre guide durant tout ce temps. Nous avons appris auprès du meilleur et si lui est resté passionné, joyeux et empli d’amour jusqu’à la fin, alors nous n’avons aucune excuse pour ne pas faire la même chose et rendre le chemin un peu plus facile pour ceux qui nous succèderont. »
Il y a aussi dans cette chanson l’idée de passer le flambeau. Tu as déclaré que « la guerre ne sera peut-être pas gagnée de notre vivant, mais notre mission est de transmettre le flambeau afin que ceux qui viendront après aient une lumière pour se battre ». On a récemment perdu Ozzy Osbourne, l’un des artistes les plus influents du hard rock et du metal : tu étais présente au concert d’adieu Back To The Beginning. As-tu le sentiment que le flambeau a été transmis à toi et à tous les autres plus jeunes artistes présents ?
Il est clair que nous l’avons tous collectivement ressenti, parce qu’Ozzy fait partie de notre vie depuis toujours et il a été notre guide durant tout ce temps. S’il y avait bien une personne qui a vécu sa vie de manière incroyablement sans complexe, c’était bien lui. Avec la perte d’Ozzy, je pense que nous nous sommes tous tournés les uns vers les autres et avons dit : « Quelqu’un doit veiller à ce qu’on garde sa flamme allumée et qu’on continue d’avancer dans le rock. » Il y a aussi avec cette idée que le metal est un sanctuaire pour les opprimés, les marginaux, ceux qui n’ont nulle part où aller, alors collectivement, nous disons : « Hé, tu as ta place parmi nous. » Nous avons appris auprès du meilleur et si Ozzy est resté passionné, joyeux et empli d’amour jusqu’à la fin, alors nous n’avons aucune excuse pour ne pas faire la même chose et rendre le chemin un peu plus facile pour ceux qui nous succèderont.
Les vétérans du rock et du metal sont-ils des modèles pour vous ? À une époque où les gens plus âgés sont qualifiés de « boomers » et autres surnoms peu flatteurs, penses-tu qu’on devrait les respecter davantage, prendre exemple sur eux, ou, au contraire, nous libérer un peu d’eux et de leur héritage parfois ?
Je dirais un peu des deux. J’ai grandi avec la musique de mes parents, donc mes chanteurs préférés sont Ozzy, Dio, Ann Wilson, Janis Joplin, etc. Tu prends cette passion… Quand il n’y avait pas tout ce qu’on a aujourd’hui, qu’il n’y avait pas TikTok, les réseaux sociaux, internet, etc., ils faisaient tout ça à cause de ce qu’ils avaient en eux. On ne peut donc pas perdre ça. Il faut continuer à porter cette flamme. Mais il y avait aussi plein de notions dans les générations passées qui, évidemment, sont un petit peu datées [rires] et je pense qu’on peut toujours s’améliorer dessus à chaque génération. C’est ce qu’on espère voir arriver à l’humanité. Personnellement, je n’ai pas perdu foi en l’humanité malgré le fait qu’actuellement, les idiots ont le mégaphone le plus bruyant. D’après ce que je vois chaque jour, en faisant des concerts de rock et en rencontrant près de cent personnes quotidiennement, les gens sont intrinsèquement bons et veulent faire le bien ensemble et individuellement. Tant qu’on garde ça comme ligne directrice, je pense que tout ira bien [rires].
« Rain Your Blood On Me » se veut être ton ode aux femmes. Il se trouve que tu étais la seule artiste féminine à l’affiche de Back To The Beginning. Qu’est-ce que ça dit, selon toi ? Qu’il reste peut-être encore du boulot pour donner plus de visibilité aux femmes dans cette industrie ?
Bien sûr. Enfin, ça a beaucoup changé. Je me souviens il y a à peine dix ans être tout le temps la seule fille dans les festivals ou sur une tournée. Ce n’est plus le cas, ce qui est magnifique, mais il y a encore boulot, il y en a toujours. J’ai aussi eu cette conversation avec mon amie Amy Lee : notre responsabilité est de montrer aux femmes qu’elles peuvent y arriver, que si elles nous voient faire ce que nous aimons, accomplir de grandes choses et tenir debout face à l’adversité, c’est aussi possible pour elles. Nous avons la responsabilité de transmettre ce flambeau et de dire : « Prends quelque chose, prends un instrument, trouve ton exutoire, même si ce n’est pas la musique, trouve quelque chose que tu aimes et fais-le de tout ton cœur. » Car c’est la seule façon de lutter contre ces choses. C’est intéressant, car j’éprouve beaucoup d’amour pour les hommes qui m’entourent au sein de la communauté hard rock et metal, je me sens encore comme une petite sœur et je suis très reconnaissante d’avoir été acceptée dans ce rôle, dans cette famille, mais je vois aussi plein de femmes émerger. Je suis donc excitée à l’idée d’observer ce qui va se passer dans les deux prochaines années, car on voit de plus en plus de filles dire : « Vous savez quoi ? On n’est pas obligé de se laisser contraindre pas ces notions. » Il n’y a pas de règle. Je pense qu’il y avait une illusion de règles et d’ordres, en ce qui concerne cette industrie, et je pense que plein de femmes disent maintenant : « Ça n’existe plus. Faisons ce qu’on veut » [rires].
Dans la chanson « Watch Out! », tu hurles : « Watch out, that bitch is out for blood ». Est-ce le sentiment que tu as en montant sur scène ? Es-tu cette « garce assoiffée de sang » à cet instant précis ?
[Rires] Je crois, oui. Je crois qu’une transformation se produit chaque fois que je suis confrontée au devoir d’accomplir quelque chose, que ce soit le fait d’aller en studio ou de monter sur scène. On prouve sa valeur chaque soir, et nous n’avons pas de filet de protection quand nous faisons ça, nous n’avons pas de clic, de backing track ou quoi que ce soit, donc nous sommes pas mal exposés. Cette chanson, c’est un peu mon discours d’encouragement, mon hymne pour chaque fois où je monte sur scène. Il faut que j’y aille à fond, que je sois à cent dix pour cent et que j’y laisse du sang pour que ça fonctionne. C’est drôle, parce que nous en parlons tout le temps dans le groupe et nous disons que chaque soir, nous sautons ensemble d’une falaise, et nous espérerons que nous avons bien emballé nos parachutes respectifs et que nous atterrirons quelque part [rires].
« Tout ce que j’ai jamais voulu être quand j’étais gamine, c’était ce gars habillé comme une fille dans les clips de Skid Row ! [Rires] La boucle est bouclée. »
Tu as qualifié Everest d’« album le plus Halestorm » que vous ayez jamais fait. Penses-tu que la façon dont vous avez réalisé cet album pourrait changer la façon dont vous aborderez votre carrière et vos futurs albums ?
Absolument. Nous avons déjà un peu commencé. Juste après avoir fait cet album, nous nous sommes retrouvés à construire un studio dans notre sous-sol. Nous avons une table de mixage API et tout. Nous avons tout mis en place pour ne plus forcément avoir besoin de faire des démos. Nous pouvons nous poser, composer et tout enregistrer. La plus grande leçon que nous avons apprise avec cet album est aussi de nous faire confiance et de véritablement dire : « D’accord, notre instinct a raison. » Cette expérience va assurément changer nos futurs enregistrements et notre manière de sortir de la musique, mais il y avait aussi ce sens de la camaraderie que nous avions en faisant cet album grâce au lieu où il a été fait. Nous l’avons fait à Savannah, dans l’Etat de Géorgie, loin de tout le monde. Il n’y avait pas la famille, pas d’amis, aucune distraction. Nous ne vivions pas chez nous, mais tous ensemble dans cette maison qui était, en gros, le studio résidentiel de Dave Cobb. En bas, il y avait le studio, et en haut, des lits, une cuisine, etc. Nous avions vraiment l’impression d’avoir de nouveau dix-neuf ans, sans surveillance. Tout ça transparaît en grande partie dans l’enregistrement. Même maintenant, quand je l’écoute, plein de choses – certaines progressions d’accord, certaines parties, stylistiquement et d’un point de vue sonore – me rappellent ce que nous composions au tout début quand nous essayions d’apprendre à nous connaître. C’était génial. Je pense donc que oui, c’est nouveau et c’est quelque chose que nous garderons à l’avenir, mais c’est aussi comme un retour au grand « pourquoi », à la raison pour laquelle nous faisons ça. Nous avons redécouvert pourquoi nous nous aimions, pourquoi nous nous faisons encore confiance, pourquoi nous faisons la musique que nous faisons.
Sur un autre sujet, en 2024, tu as chanté pour Skid Row lors de quelques concerts estivaux. Remplacer un chanteur au pied levé en pleine tournée est assez audacieux. Peux-tu nous parler de cette expérience et de ce que tu en retires ?
C’était génial ! A la base, c’était juste des amis qui aidaient des amis. Nous connaissons Rachel [Bolan] et Snake depuis près de dix ans, en vivant à Nashville. Nous étions à la fête d’anniversaire de Nick Raskulinecz, notre précédent producteur, Rachel vient me voir en mangeant du gâteau et il est là : « Hey, ça te dirait un jour de faire un concert en tant que chanteuse de Skid Row ? » La gamine en moi était là : « Oh mon Dieu ! J’écoute Skid Row depuis mes onze ans ! » J’ai répondu : « Ce serait un véritable rêve qui se réalise. Quand voudrais-tu que ça se fasse ? » Il m’a dit : « On a quelques soucis en ce moment, on a besoin de quelqu’un pour quelques dates, on a perdu notre chanteur. » J’ai dit : « D’accord. Envoie-moi la setlist et les dates. Je vais essayer d’arranger mon emploi du temps pour que ça se fasse. » C’est ce que j’ai fait, j’ai appelé Rachel et j’ai dit : « C’est bon, on peut y aller. » Je me suis entraînée en écoutant les chansons et en les chantant tout en sautant sur un trampoline pour m’assurer que j’avais l’endurance. Puis les concerts ont eu lieu et c’était tellement beau, parce que non seulement je vivais ce rêve d’enfance, mais je voyais aussi nos communautés de fans se réunir. Il y avait tous ces fans de Halestorm qui venaient avec leur père – il y avait donc les pères avec leur fille. J’ai l’impression d’avoir gagné le respect de leurs fans inconditionnels, alors que la barre était placée haut avec, pas seulement Sebastian Bach, mais tous les autres chanteurs qu’ils ont eus dans le groupe. Je devais prouver ma valeur, que j’en étais capable, que je pouvais atteindre les notes aiguës, que je pouvais faire honneur à ce groupe que tout le monde respecte tellement. C’était un véritable tourbillon et nous avons vécu des moments incroyables. Bon sang, je n’arrive pas à croire que j’y ai survécu ! [Rires] Je suis ressortie de cette expérience rayonnante, en me disant : « Oh mon Dieu, je n’arrive pas à croire que c’est vraiment arrivé ! » Je me souviens que quand tout était terminé, j’ai appelé mon père qui m’a demandé : « Qu’est-ce ça fait ? Car je me souviens de toi en train d’écouter à fond Slave To The Grind quand tu étais adolescente. » J’ai dit : « Tu sais quoi papa ? J’ai compris. Tout ce que j’ai jamais voulu être quand j’étais gamine, c’était ce gars habillé comme une fille dans les clips de Skid Row ! » [Rires] La boucle était bouclée.
Interview réalisée en visio le 6 août 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Site officiel de Halestorm : www.halestormrocks.com
Acheter l’album Everest.


































