La contribution de Richie Faulkner à Judas Priest en désormais treize ans et trois albums est impressionnante. Loin de faire de la figuration, et avec tout le respect qui est bien sûr dû à KK Downing, à son héritage et à son dévouement passé, le jeune guitariste a redynamisé les shows de la formation cinquantenaire et contribué à lui donner un nouveau souffle créatif en studio. La preuve avec un Firepower largement plébiscité par la presse et les fans. Pour Invincible Shield, son implication a pris encore une autre ampleur, ayant presque porté à bout de bras le processus créatif, même s’il était important d’impliquer le plus possible Glenn Tipton, malgré ses capacités diminuées en raison de sa maladie de Parkinson.
C’est donc avec Faulkner que nous nous sommes entretenus pour évoquer le dix-neuvième album de Judas Priest qui ne devrait pas décevoir, offrant une espèce de synthèse qui explore toutes les facettes du groupe, à coups de riffs puissants et de mélodies entêtantes. On y discute également de sa position particulière et de la proximité du producteur Andy Sneap avec le combo, qu’il accompagne à la guitare en live depuis six ans, complétant notre dernier entretien d’il y a quelques mois à l’occasion de la sortie du premier album d’Elegant Weapons.
« C’était important que nous ayons la créativité et l’implication de Glenn, autrement ce n’est pas Judas Priest. […] S’il enregistrait cinq ou dix pour cent d’une chanson, s’il en était content et si telle était sa contribution, alors pour moi, c’est tout ce qu’il avait à faire. Qu’il soit impliqué, ne serait-ce qu’un tout petit peu, c’est tout ce qui comptait. »
Radio Metal : Firepower a eu pas mal de succès. Dans quelle mesure est-ce que ça t’a mis la pression pour Invincible Shiled ? Ou n’es-tu tout simplement pas sensible à la pression ?
Richie Faulkner (guitare) : Non, tu as absolument raison. C’était la première fois que j’avais un album qui plaisait autant et ensuite, il fallait lui donner un successeur. Il est clair que ça élève le niveau, il faut faire quelque chose d’encore meilleur, qui sonne mieux, avec de meilleures chansons, une meilleure écriture, un meilleur jeu, etc. Tout ça te passe par la tête. Il faut faire quelque chose de meilleur, parce que sinon, ça n’a pas d’intérêt. Evidemment, les autres ont souvent vécu ça, avec les merveilleux classiques de la discographie, comme Screaming For Vengeance, British Steel, etc. : il fallait leur donner une suite qui soit au niveau. Ils ont donc connu ça à de nombreuses reprises, mais pour ma part, c’était la première fois que je devais gérer ce genre d’expérience, mais ça m’a poussé à… En fait, je crois que, d’une certaine façon, on le fait quoi qu’on fasse. Après Redeemer Of Souls, tu veux faire quelque chose de meilleur avec Firepower, puis tu veux faire quelque chose de meilleur avec Invincible Shield. La différence est que là, nous passions après un album qui avait été extraordinairement bien reçu, mais ça te pousse d’autant plus à faire mieux. C’est une dynamique saine et excitante.
Pour invincible Shield, vous avez voulu « conserver la même dynamique que Firepower, dans le sens où [vous vous étiez] tous réunis pour jouer les chansons en préproduction avant de les enregistrer », mais évidemment, vous avez « fait face à quelques défis avec l’emploi du temps à cause de la pandémie » et ensuite, vous avez tourné… Au final, êtes-vous parvenus à maintenir cette dynamique malgré les circonstances ? Le processus n’était-il pas un peu décousu ?
Non, ça n’a jamais donné l’impression d’être décousu. Nous avions les chansons depuis un moment, à cause de la pandémie. Nous avons écrit les bases des chansons avant celle-ci, donc nous avons passé beaucoup de temps avec elles. Certaines ont été laissées de côté, d’autres ont résisté au passage du temps. Tu as raison, après la pandémie, il a fallu que nous trouvions du temps au milieu d’un cycle de tournée, mais nous l’avons fait et, évidemment, avec les technologies modernes, on peut facilement enregistrer, sans compter que notre producteur est avec nous sur la route – c’est une position assez unique ! Andy [Sneap] nous accompagne et joue de la guitare avec nous, donc nous pouvions enregistrer des choses comme des parties de basse – parfois, nous le faisions dans des chambres d’hôtel. Evidemment, les producteurs aident à faire ce qu’il faut pour que l’album soit cohésif. Nous ne nous sommes pas réunis tous ensemble pour jouer ou enregistrer les chansons. J’étais avec Ian [Hill] quand il a enregistré certaines parties de basse, ainsi qu’avec Scott [Travis] et avec Rob [Halford]. Nous étions ensemble autant que nous le pouvions, mais Andy et parfois Tom Allom ont vraiment contribué à donner l’impression que c’était une unité cohérente. Chapeau bas à eux !
Comment va Glenn Tipton et quelle a été son implication dans cet album ? Parvient-il à surmonter à la fois sa déconnexion avec la scène et sa maladie pour écrire des chansons avec vous ?
Oui, je pense qu’il va bien. Il a des bons et mauvais jours, comme tu peux l’imaginer concernant quelqu’un atteint de la maladie de Parkinson. C’est important pour nous qu’il soit inclus et je pense que c’est également important pour lui d’être inclus, de faire ce qu’il a fait pendant tant d’années. S’il était dans un bon jour, s’il avait une idée et qu’il pouvait jouer, il le faisait. S’il était dans un mauvais jour et qu’il ne pouvait pas jouer ou enregistrer une partie, j’intervenais. C’est ainsi que nous avons géré ça, mais c’était important que nous ayons la créativité et l’implication de Glenn, autrement ce n’est pas Judas Priest.
Tu penses que c’est lui qui garantit que ça devient un album de Judas Priest ?
C’est intéressant. Evidemment, il y a Rob Halford qui chante dessus et il y a la manière dont Glenn Tipton compose et joue, puis il y a Ian Hill et Scott Travis – Scott est dans le groupe depuis plus de trente ans. Priest a un certain caractère, on sait quel est ce caractère, ça reste le même groupe : ça fait cinquante ans que Rob, Ian et Glenn sont dans le groupe. Mais avec la façon dont Glenn compose, même si ce sont des transitions entre deux parties, il peut faire quelque chose qui est peu orthodoxe et auquel je n’aurais pas pensé. Nous créons donc quelque chose ensemble : il n’aurait pas pensé à un riff que j’amène et je n’aurais pas pensé à la manière dont il l’utilise, et ça crée quelque chose de plus grand que ce que nous aurions fait individuellement. Et je crois que c’est ce qui fait Priest : les petites transformations de Glenn et les petites choses qu’il amène et rendent la chanson pas très orthodoxe. On entend toujours ça dans les albums de Priest. Encore une fois, c’est important, non seulement qu’il soit là, mais aussi qu’il communique ces idées originales et rende le tout un petit peu plus unique.
« Nous voulons créer un album varié. Tu l’écoutes, il t’envoie une mandale en pleine face, puis il se calme et t’emmène ailleurs. C’est la beauté d’un album. »
Evidemment, les parties de twin guitar sont un élément essentiel dans Judas Priest : Glenn a-t-il pu quand même enregistrer des parties et solos avec toi ?
Oui, il en a enregistré quelques-uns. Il a aussi apporté des chansons, dont certaines étaient déjà pas mal développées, comme « Sons Of Thunder » – sur laquelle il joue un solo –, « Escape From Reality » et « Vicious Circle » – je crois qu’il joue aussi un solo sur celle-ci. Comme je l’ai dit, s’il était en mesure de jouer, il le faisait, mais s’il n’était pas en mesure de le faire, je prenais le relais. Je crois que tout le monde comprend ça et est compatissant maintenant par rapport à l’état de santé de Glenn, autant au niveau des tournées qu’en studio. Sa contribution en termes d’enregistrement est difficile à évaluer précisément, mais étant donné ce qu’il affronte, s’il enregistrait cinq ou dix pour cent d’une chanson, s’il en était content et si telle était sa contribution, alors pour moi, c’est tout ce qu’il avait à faire. Qu’il soit impliqué, ne serait-ce qu’un tout petit peu, c’est tout ce qui comptait. Nous voulions donc simplement qu’il soit à l’aise, il n’avait pas à s’inquiéter, s’il ne pouvait pas jouer une partie, je la jouais, et nous avancions comme ça.
Tu as dit que lorsque tu composes une chanson, « c’est généralement le riff d’abord ». Dirais-tu que tout découle de ce riff initial, que c’est le riff qui fait la chanson ?
Le plus souvent, d’après mon expérience, oui. Il y a des exceptions à la règle. Je me souviens d’une fois où Rob est arrivé, il avait passé du temps dans la circulation en venant au studio, et il avait trouvé une idée de parole et de mélodie qui a donné « Bring It On » sur Redeemer Of Souls. Ça a commencé avec ça. Il l’a chanté, nous avons fait des riffs pour aller avec et nous avons créé la chanson à partir de ça. Mais je dirais que quatre-vingt-dix pour cent du temps, ça vient du riff. Tu montres une idée à tout le monde, et ensuite, Rob s’en empare avec une mélodie vocale. L’inverse arrive, mais je crois que la majorité du temps, c’est le riff qui arrive en premier.
Plus généralement, dirais-tu que le riff est ce qui définit le metal ?
Ça en fait partie. Le riff, le style vocal, l’intensité… Il y a plein de choses qui le définissent, mais le riff fait clairement partie de la constitution du metal. J’écoutais « Kill The King » de Rainbow l’autre jour et pour moi, ça c’est du metal, par la façon dont le riff est fait. On peut jouer ça aujourd’hui, avec un son plus heavy, et ça fait une chanson de heavy metal. Donc oui, le riff est tout-puissant ! Et c’est une grande part de ce qui fait que le metal est le metal.
Evidemment, le chant de Rob fait partie du son signature de Judas Priest. Durant le processus, toi et Glenn écrivez une grande partie de la musique, tandis que Rob écrit la plupart des mélodies vocales. Dans quelle mesure son chant et ses paroles influent sur la nature d’une chanson et des riffs ?
Enormément. Tu peux avoir une superbe partie musicale, mais si Rob n’est pas attiré par cette partie vocalement, alors ça n’en vaut pas la peine. C’est mieux de la ranger au placard et de revenir dessus plus tard. Parfois Rob aura des idées immédiates, parfois ça prend du temps pour trouver la bonne combinaison. Quand il tient un truc, quand il est attaché à une idée, qu’il a une mélodie et qu’il est inspiré pour écrire des paroles autour de cette mélodie, c’est là que tout prend forme. Ça peut arriver après que les riffs soient écrits – c’est-à-dire que, si tu as un riff, il trouve une ligne de chant pour aller avec –, et parfois, il a une mélodie ou une phrase… Je me souviens, sur « Crown Of Horns », il avait une mélodie et moi j’avais un riff qui était presque pareil. Nous avons donc changé un peu sa mélodie et nous avons changé un peu le riff pour qu’ils fonctionnent ensemble, et c’est devenu le refrain de la chanson. Ça peut donc fonctionner dans les deux sens. Mais si Rob n’est pas stimulé par une chanson, alors ça peut tout changer.
« Le bouclier invincible c’est notre musique, c’est notre communauté, et ce sera là éternellement. On la défendra contre vents et marrées, car on en est fiers. »
Il y en a pour tout le monde dans cet album : « The Serpent And The King » est très agressive mais aussi groovy dans son refrain, « Crown Of Horns » est très mélodique, probablement la chanson la plus FM de l’album, « Escape From Reality » est plus lente, presque doom à la Black Sabbath, « Giants In The Sky » est plus du côté épique avec son interlude acoustique… Il y a une sorte d’équilibre entre le metal direct et les rebondissements progressifs, la mélodie et l’agressivité, la lenteur et la rapidité… Dans quelle mesure était-ce délibéré d’équilibrer toutes les facettes de Judas Priest dans un seul et même album ?
C’est une bonne question. Tu trouves ce que tu trouves, et là c’est ce que nous avons trouvé, mais nous voulions qu’il y ait cette diversité et une dynamique d’un bout à l’autre de l’album. Priest a toujours eu ce genre de dynamique, en ayant une chanson comme « Touch Of Evil » qui côtoie « Victim Of Changes », « Take These Chains » qui côtoie « Turbo Lover », etc. Elles sont tellement variées, tellement différentes en termes de dynamique. Ça a posé les bases de ce que nous faisons aujourd’hui. Nous voulons créer un album varié. Tu l’écoutes, il t’envoie une mandale en pleine face, puis il se calme et t’emmène ailleurs. C’est la beauté d’un album. Mais tu prends aussi les choses comme elles viennent et tu écris ce qui te paraît convaincant, que ce soit un hymne mid-tempo comme « Crown Of Horns » ou un morceau plus rentre-dedans comme « The Serpent And The King ». Si tu trouves ça bon, tu suis cette dynamique, et à la fin, quand les chansons ont commencé à prendre forme et que tu en as entre dix et quinze, tu regardes ce que tu as, tu les mets dans le bon ordre pour créer une dynamique sur l’ensemble de l’album. Il n’y a pas de véritable ballade sur cet album. « Crown Of Horns » est un hymne mid-tempo. « Escape From Reality » est une chanson lente, mais comme tu l’as dit, c’est plus dans une veine doom à la Black Sabbath. Nous avons fait une vraie ballade, mais ça faisait partie de ces chansons que Rob ne sentait pas en tant que parolier, donc nous l’avons laissée tomber ; peut-être qu’elle ressortira un jour. C’est ainsi que nous procédons, nous faisons avec ce qui vient naturellement, puis nous voyons ce que nous avons et nous les mettons dans le bon ordre.
La dynamique est importante pour l’expérience d’écoute, mais j’imagine que c’est aussi important pour vous, en tant que musiciens, pour varier les plaisirs…
Oui, je crois. Il y a plein d’éléments différents dans la musique de Priest. L’une de mes chansons préférées est « Killing Machine », et une autre est « The Sentinel ». On retrouve cette diversité dans ce que j’aime écouter et jouer. C’est donc important pour nous, en tant que créatifs, de ne pas faire un album monotone, de ne pas faire la même chose du début à la fin, qu’il y ait des pics et des creux. C’est important pour nous, en tant que compositeurs, nous ne voulons pas constamment écrire la même chose en termes de dynamique. Nous voulons varier et vivre des expériences différentes. Tu as donc raison, ça rend l’album plus intéressant à la fois pour l’auditeur et pour nous lorsque nous sommes en train de le créer.
Est-ce qu’il y a une époque du groupe ou un type de chanson dans sa discographie qui t’attire plus ?
C’est une pensée intéressante. Je ne sais pas… Je suis un grand fana des années 80, donc je suis attiré par des choses comme Defenders Of The Faith, peut-être aussi les trucs plus années 90 de Painkiller. Mais encore une fois, ça vient naturellement. Nous ne cherchons jamais à recréer ce genre de chose. La motivation est toujours de créer quelque chose d’unique, mais le caractère de Halford, Tipton, Hill et Travis transparaîtra toujours, surtout dans la composition. Personnellement, j’ai été élevé à la musique de Priest, Maiden, Metallica, Pantera et d’innombrables choses, donc j’y mets aussi mes influences, et Priest en est une, donc ce caractère sera là et avec un peu de chance, ça prendra aussi une direction un petit peu différente et unique.
L’album démarre sur « Panic Attack », qui a également été le premier single et qui est introduit par une partie de clavier et de la batterie électronique. C’est assez surprenant, mais ça peut aussi faire penser à l’album Turbo…
C’était une idée de mélodie que j’avais d’abord à la guitare. Je l’ai ensuite joué sur un clavier et j’ai trouvé que ça sonnait bien ! [Rires] Du coup, pour aller dans cet esprit, j’ai mis de la batterie électronique – genre à la Simmons Drums. Encore une fois, je suis un enfant des années 80, donc c’est ce que j’écoute. Je suis un grand fan de synth wave, de synth pop et ce genre de choses. J’ai trouvé que c’était approprié ! Et je pense que tu as raison, la référence à Turbo a fait que ça convenait à un morceau de Priest. La signature rythmique est légèrement différente – je crois que c’est du sept-huit au début –, mais le synthé renvoie à l’expérience de Turbo, donc j’ai pensé que c’était adéquat de mettre ça en avant en tant qu’idée pour Judas Priest, et ça introduit très bien l’album. C’est aussi un petit peu différent. Généralement, l’album commence sur une autre dynamique, c’est à fond dès le début, à l’instar de Redeemer Of Souls, Firepower ou Painkiller. Là, c’était un petit différent : il y a une montée en puissance, une autre signature rythmique, et ensuite la chanson part en fracas. Encore une fois, c’est la recherche de quelque chose d’un petit peu différent de ce que nous avons fait sur le dernier album ou de ce que nous faisons habituellement. Voilà pourquoi nous avons fait ce choix d’expérience au début de l’album.
« Evidemment, tu as conscience de l’importance d’un groupe tel que Judas Priest. Quand nous sortons quelque chose, tout le monde regarde. Faire partie de ça implique une responsabilité. »
Plus tôt, tu as mentionné Andy Sneap. Ça fait six ans que vous tournez avec lui en tant que guitariste, ce qui signifie qu’il est au plus proche du groupe et qu’il vous connaît sans doute mieux que n’importe quel autre producteur. On dit qu’être un producteur, c’est être à moitié psychologue : penses-tu que sa proximité avec vous l’aide à traiter avec le groupe, et peut-être vos fortes personnalités, en studio ?
Oui, je crois. En dehors de l’aspect technique et du côté ingénieur de l’activité de producteur, je pense que l’aspect personnel est tout aussi important, si ce n’est plus. Pour obtenir des performances de la part de Rob Halford, tu fois le faire d’une façon particulière. Tu ne peux pas y aller en l’attaquant frontalement. Tu dois traiter Rob de manière à obtenir le meilleur de lui. C’est le boulot d’Andy, en plus de l’aspect technique. C’est clairement une facette de son talent. Andy ainsi que Tom Allom – qui a coproduit certains morceaux – sont des maîtres… A cinq heures de l’après-midi, Tom disait : « C’est l’heure du vin ! » Il sortait une bouteille de vin, nous en buvions tous un peu, et ça aidait vraiment à mettre en place une atmosphère où tout le monde se sentait bien et était positif. Et tu as absolument raison, Andy tourne avec nous, donc il a un point de vue unique que peu d’autres producteurs ont. Je sais que Bob Rock a joué avec Metallica avant St. Anger – il a joué de la basse et des concerts avec eux avant de faire cet album –, mais Andy a un aperçu unique de la façon dont le groupe sonne sur scène, donc ça influence probablement ses décisions et lui permet de nous aider à donner la meilleure prestation possible.
Avoir suffisamment d’autorité avec Rob Halford ne doit pas être facile…
Oui, comme tu peux l’imaginer ! Si c’était moi ou toi qui allais là-dedans et lui disais « ce n’est pas assez bon », il dirait : « Putain, mais t’es qui pour me dire ça ?! » Il faut une confiance, il faut un respect, et il faut vraiment qu’il sache que le producteur a un certain palmarès, qui fait que s’il dit que ce n’est pas assez bon, il faut lui faire confiance. Et c’est pareil avec nous tous. Le respect et la confiance, c’est une part importante. Rob respecte Andy ; nous respectons tous Andy et Tom. Quand ils disent : « Tu dois faire une meilleure prise », nous savons que c’est pour le plus grand bien, que ce sera meilleur.
A contrario, est-ce qu’il y a des inconvénients à cette proximité avec le producteur ?
C’est une bonne question. Andy et moi nous parlons tous les jours. Nous parlons de guitares, de choses qui sortent, d’amplis, de musique, etc. Nous sommes actuellement en train de travailler sur une intro pour le show. Andy est un super pote aussi. Je ne sais pas, je ne crois pas qu’il y ait d’inconvénient à avoir cette relation avec un producteur, pas pour l’instant en tout cas. Pour l’instant je n’y vois que du positif !
L’illustration de Firepower et celle de ce nouvel album sont très colorées et flashy ; ça renvoie d’ailleurs à des albums tels que Screaming For Vengeance et Painkiller. Qu’est-ce que ça dit sur là où en est Judas Priest et votre état d’esprit, collectivement, aujourd’hui ?
Tu poses de bonnes questions, mec ! Je me souviens de notre dernière interview et de tes questions qui étaient bien pensées et intéressantes, ce qui est une bouffée d’air frais de nos jours. Concernant l’illustration, c’est difficile à dire. Chacun a ses propres goûts et ses opinions en matière d’art. Quand une idée est proposée, parfois elle semble bonne – si tu vois une œuvre d’art qui reflète l’album –, et parfois pas. Là, c’était emblématique, c’était simple. Les couleurs la rendent vive. La musique de Priest a toujours été vive – comme tu l’as dit, Screaming For Vengeance, Painkiller, Defenders Of The Faith, Turbo, c’est vibrant, ça te fait du bien. Nous voulions quelque chose qui résume l’idée du bouclier invincible, qui est la communauté metal que l’on connaît et aime tous. On se tient derrière notre musique invincible. On la célèbre, on en est fiers. C’est à nous, c’est notre grande déclaration heavy metal que l’on brandit fièrement. C’est ça Invincible Shield, donc l’artwork renvoie à ça. Ça englobe tout. C’est notre musique, c’est notre communauté, et ce sera là éternellement.
« S’ils veulent continuer et faire un autre album, ils le feront. Sinon, c’est tout aussi fantastique. Ça fait maintenant plus de cinquante ans que l’on a Priest, donc ils ne nous doivent rien. »
Aurais-tu d’autres « boucliers invincibles » dans ta vie ?
La famille en est un. L’amour pour ta famille est invincible – la plupart du temps. Je pense qu’on peut appliquer cette idée à différentes choses, que ce soit la famille ou une équipe – si tu fais partie d’une équipe de football. C’est ta communauté, ton groupe, et tu ne cèderas pas. Mais la musique, pour moi, est un bouclier invincible. C’est comme Defenders Of The Faith : on la défendra jusqu’à notre mort – enfin, pas littéralement, mais on la défendra contre vents et marrées, car on en est fiers. Et c’est pareil pour la famille : on la défendra jusqu’au bout et on en est fiers.
Ceci est ton troisième album avec Judas Priest. Ressens-tu le poids de l’héritage du groupe pendant que tu construis ton propre héritage avec lui ? Est-ce contraignant ou impactant d’une quelconque façon ?
Evidemment, tu as conscience de l’importance d’un groupe tel que Judas Priest. Quand nous sortons quelque chose, tout le monde regarde. La communauté qui a adoré le groupe ces cinquante dernières années regarde. Faire partie de ça implique une responsabilité. On t’a demandé de faire partie de Priest, de jouer avec eux et de faire des albums avec eux, donc tu dois te donner à mille pour cent. Tu en as conscience, mais je ne crois pas que tu puisses laisser ça t’affecter négativement. Tu dois respecter l’héritage qui te précède et te donner à fond, comme je l’ai toujours fait. C’est tout ce à quoi tu penses. Et avec un peu de chance, tu fais de ton mieux et c’est bien reçu, et tu avances vers le futur. C’est tout ce que tu peux faire. Tu ne peux pas prédire l’avenir, tu ne peux pas l’affecter. Ça, c’est le boulot des fans, comme avec Firepower : il a été bien reçu et ils l’ont emmené là où ils l’ont emmené, dans les classements par exemple. Je crois que nous avons été dans le top cinq des albums dans le classement du Billboard, ce qui est fantastique – il y avait des albums de hip-hop, de country et de pop, et en plein milieu du top 10, il y avait du metal. Ce sont les fans qui font ça. Nous n’avons aucun contrôle là-dessus. Il faut donc juste se donner à mille pour cent, avoir conscience de ce qui s’est passé avant, pour avancer du mieux possible. C’est ma façon de voir.
Rob Halford a soixante-douze ans et a dit qu’il ne lui « restait plus que deux de ces cycles » d’albums. Y a-t-il une conscience ou une forme d’urgence au sein du groupe à cause de ça ?
Je ne crois pas qu’il y ait d’urgence, mais j’en ai clairement conscience. Quand j’ai rejoint le groupe, c’était pour la tournée d’adieu, donc à ma connaissance, ça allait être terminé. J’ai donc toujours conscience du fait qu’un jour ils raccrocheront les gants. Tant qu’ils peuvent le faire et qu’ils veulent le faire, ils le feront. Dans le cas contraire, pas de problème non plus. A cause de la façon dont j’ai intégré le groupe, c’est sûr que j’en ai conscience, mais je ne crois pas que ça crée une quelconque panique pour faire les choses. S’ils veulent continuer et faire un autre album, ils le feront. Sinon, c’est tout aussi fantastique. Ça fait maintenant plus de cinquante ans que l’on a Priest, donc ils ne nous doivent rien. On verra ce que l’avenir nous réserve !
Il y a trois générations dans le groupe : tu as la quarantaine, Rob, Glenn et Ian ont dépassé les soixante-dix ans, tandis que Scott a la soixantaine. Remarques-tu des différences générationnelles ?
Ils ont évidemment une vaste compréhension de ce qu’ils font, comparés au nouveau gamin. J’arrive et j’ai mes opinions, et eux ont un champ de vision beaucoup plus large, ils ont beaucoup plus d’expérience. Tu ne peux qu’apprendre d’eux. J’apprends et eux sont les professeurs. Donc ça, c’est différent. Leur expérience, leur manière de jouer, leur manière de penser, le fait qu’ils ont fait des choses avant… Je veux dire, ils ont édicté les règles – avec d’autres groupes – de ce style de musique. En dehors de ça, d’un autre côté, nous rions beaucoup. Nous faisons des blagues et nous faisons les idiots ensemble. Il y a donc les deux aspects : nous sommes comme des frangins, mais ce sont aussi des professeurs. On peut tous apprendre de ce qu’ils font et ne font pas. C’est un bel équilibre.
« Quand tu intègres Priest et que tu joues live avec eux, tu dois revêtir ton uniforme de super héros. »
Le cliché voudrait qu’eux soient les sages et toi le téméraire…
Je deviens vieux aussi, donc je ne suis plus aussi téméraire ! Et eux aussi s’éclatent, ils apprécient ce qu’ils font, ils adorent même. Ils sont dévoués à se donner à cent pour cent. Encore une fois, on ne peut qu’apprendre de ça et être inspiré quand on est plus jeune. Ceci dit, j’ai moi aussi une opinion qu’ils n’ont peut-être pas ; peut-être que Rob l’avait quand il a été en dehors du groupe pendant un temps. Je veux dire par là que j’ai l’opinion de quelqu’un d’extérieur regardant à l’intérieur du groupe. Eux n’ont pas ça, car ils ont toujours été proches du groupe, ils ont toujours été le groupe. Du coup, il arrive qu’ils demandent un avis… Je me souviens au tout début, Glenn me demandait mon avis parce que, justement, il disait : « Tu as un avis qu’aucun de nous n’aura, en ayant été en dehors du groupe et maintenant en en faisant partie. » Ça ne peut être qu’une bonne chose si tout le monde a des opinions différentes. Quand nous composons, nous obtenons le meilleur des opinions de chacun et ça crée quelque chose derrière lequel tout le monde s’unit. Je trouve donc que ça aide d’avoir des opinions différentes.
Nous avons parlé à Biff Byford de Saxon, avec qui vous allez bientôt tourner, et à ton sujet, il a dit : « J’avais déjà rencontré Richie quand il jouait dans le groupe de la fille de Steve Harris. Il n’avait pas vraiment la même tête qu’aujourd’hui [rires], avec ce look de dieu du rock qu’il a maintenant. » As-tu dû complètement repenser ton look en rejoignant Priest ? Était-ce obligatoire ? Est-ce que ça faisait partie du « contrat » ?
Je prends ça pour un compliment ! [Rires] On ne m’a jamais dit : « Aie l’air de ça, joue ça, etc. » Je pense que ç’aurait été le cas si j’avais fait quelque chose qu’il ne faut pas ou qui ne correspondait pas à la façon dont les choses devraient être, ils me l’auraient sûrement dit. J’ai été un guitariste blond pendant des années – et évidemment Ken était aussi blond. Je pense que si j’avais changé ça, ça aurait été faux, ça n’aurait pas été moi. On est qui on est. Je savais ce qu’était ce groupe. J’ai été élevé avec leur musique. Jusqu’à présent, j’ai consciemment voulu être moi-même en tant que musicien, c’est-à-dire un mélange de Zakk Wylde, Michael Schencker et Dave Murray. Quand tu rejoins un groupe comme celui-ci, tu dois réfléchir à ce que tu diras musicalement, en tant que guitariste. Mais en termes de look, j’ai la chance d’avoir ce visage, ces cheveux et cette bedaine de buveur de bière… Tu naît avec ça, donc tu ne peux pas y faire grand-chose. Je pense que c’était plus musicalement parlant que je me suis posé la question : « En partant de l’héritage laissé par KK Downing, que vais-je dire ? Il a créé sa propre expression, donc maintenant, que vais-faire pour respecter cette position ? » C’est plus ça que la question du look. Mais j’apprécie le fait qu’on pense que je prends soin de mon look, ça doit être une bonne chose [rires].
D’un autre côté, tu n’as pas le même look, tu ne t’habilles pas pareil, quand tu joues avec Elegant Weapons.
Non. Evidemment, Priest c’est le cuir et les clous. Ça fait partie de la marque, donc c’est important, il faut porter du cuir et des clous. Si je montais sur scène habillé pareil avec Elegant Weapons, ce serait ridicule. Il faut que nous trouvions notre propre image, de la même manière que Priest a trouvé la sienne. Voilà pourquoi. Quand tu intègres Priest et que tu joues live avec eux, tu dois revêtir ton uniforme de super héros, et alors tu fais partie de cette unité. C’est ce qui rend le groupe unique et qui fait qu’il est différent de tout le reste.
Sur un tout autre sujet, ton beau-père n’est autre que George Lynch. Quelle a été ta relation et ton histoire avec sa propre œuvre passée, avec Dokken et Lynch Mob ?
Je n’ai jamais vraiment été attentif à Dokken ou Lynch Mob. Je n’étais pas trop dans ce truc de hair metal à spandex dont, je crois, George a fait partie – j’ai vu des photos de lui en spandex et permanenté dans les années 80. Ça ne m’intéressait pas trop. Je m’intéressais plus à Maiden, Priest, Metallica, Pantera, ce genre de chose. En 1990, j’avais dix ans, donc j’étais adolescent quelques années plus tard, c’était la décennie de Pantera et Painkiller venait de sortir, donc j’écoutais plus ce genre de musique. Et avant ça, c’était UFO, Thin Lizzy, Black Sabbath, Hendrix. Je n’ai jamais vraiment écouté Dokken et Lynch Mob, mais évidemment, je savais qui était George en tant que guitariste et à quel point c’était – et c’est toujours – un musicien fantastique et unique en son genre. Il joue encore de façon assez unique. Quand tu l’entends, tu sais que c’est George. Et c’était l’un des plus grands. Il y avait [Steve] Vai, [Joe] Satriani, Randy Rhoads, George… C’était les maîtres dans les années 80, donc c’était impossible de ne pas le connaître en tant que guitariste, mais je ne m’intéressais pas vraiment à sa musique. Je le lui ai dit, il le sait, il n’y a pas de problème. On s’intéresse tous à des musiques différentes. Mais en tant que guitariste, il est fantastique !
Est-ce que tu parles guitare avec lui parfois ?
Nous ne parlons que de ça ! Nous nous envoyons des listings d’amplis, de guitares, de pédales, etc. Quand il vient à la maison, nous parlons de guitare et nous allons faire les magasins de guitare. Je vis à Nashville et il y a de super magasins de guitare, donc nous allons tout le temps à la chasse aux guitares ! Donc nous ne parlons que de ça, de guitare ainsi que de ma fille et sa petite-fille.
Interview réalisée en visio le 6 février 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos live : Nicolas Gricourt.
Site officiel de Judas Priest : www.judaspriest.com
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Si les interviewées se souviennent de toi et te complimentent sur la qualité des questions posées, y’a t’il besoin d’en rajouter une couche ?
Je le fais quand même, vos interview sont super !
En vrai george lynch et dokken ont sorti des titres absoluement pas ridicules, pour pas dire géniales. Et judas priest a sorti turbo alors bon (album que je trouve excellent au passage).
En tout cas, si il compose autant, et si bien, je suis désolé pour glenn mais je ne m’en attristerait pas. De toute manière si gleen ne peut pas faire plus et qu’il approuve richie, commes les autres membres, alors c’est parfait, surtout si ils sortent un firepower bis.
je n’ai pas lu l’interview en entier mais le peu que j’ai lu confirme ce que je pensais déjà depuis Firepower ! Glenn 5 a 10 % de ……