Last Train a eu une année bien chargée. Le groupe a été vu partout : sur les routes, dans les salles pleines, sur les scènes des festivals en tout genre, dont un Hellfest remarqué. Sans bruit inutile, Last Train s’est imposé comme un groupe majeur du rock français. Ils avancent lentement mais sûrement, avec une identité forte et une base de fans solide.
Car Last Train est avant tout un groupe indépendant, au sens propre. Production, organisation, direction artistique : ils gèrent tout eux-mêmes. Cette autonomie se ressent dans leur musique, dans leurs choix, dans leur façon d’occuper une scène. Autour d’eux, une petite famille se serre les coudes, et le quatuor continue de grimper. Les dates complètes au Trianon et le Zénith à venir en sont la conséquence logique.
Artistes : Last Train – Saint Agnes
Date : 4 décembre 2025
Salle : Le Trianon
Ville : Paris [75]
La soirée s’ouvre avec Saint Agnes et leurs compositions mêlant sons industriels, guitares abrasives et énergie punk. Le groupe impose immédiatement son esthétique total black. Entre costumes élégants et bas résille déchirés, la convergence des genres est aussi visuelle que sonore. La chanteuse accroche surtout par son attitude habitée et intense plus que par son chant clair, parfois un peu juste, mais toujours incarné. La formation mise sur le minimalisme : silhouettes sombres, lumières tranchées, tension constante. L’intention y est, mais l’ensemble reste en demi-teinte. Comme si chaque membre fonctionnait plutôt bien individuellement, sans que la cohésion ne s’impose réellement.
Last Train arrive sur scène avec “Home”, une intro qui prend son temps et installe progressivement l’intensité. C’est devenu l’une de leurs marques de fabrique. Ici, pas d’artifices ni de surenchère. Le quatuor, habillé sobrement, se déplace dans un décor noir percé de quelques projecteurs. Un cauchemar pour les photographes, mais un régal pour le public. Last Train met tout au service de la musique. Le dépouillement est volontaire : il permet de mettre les tripes sur la table. “I Hate You”, “Golden Songs” et “All to Blame” rassemblent un public déjà conquis. La salle chante (un peu), suit chaque mouvement, reste suspendue à la moindre respiration.
Sur “Disappointed”, Jean-Noël Scherrer descend dans la fosse. Il se tient debout, porté par des fans ravis, guitare à la main, continuant le riff principal. Cette scène est attendue dans presque tous leurs concerts, mais elle fonctionne toujours. C’est un moment de connexion réelle, physique, avec le public. Il joue encore quelques notes avant de se laisser tomber. C’est simple. Direct. Et ça marche à chaque fois.
Entre deux morceaux, le chanteur plaisante sur les circle pits, en référence aux festivals metal où le groupe s’est produit cet été. Puis il s’installe au piano pour une version dépouillée de “The Idea Of Someone”, où l’on perçoit clairement des influences Nine Inch Nails. Le morceau s’étire dans un clair-obscur intense : Jean-Noël, habillé de noir, assis à un piano noir, éclairé par une lumière blanche éclatante. À cet instant, une autre forme de connexion apparaît entre les quatre musiciens. Au piano, Jean-Noël adopte une posture différente. Plus vulnérable. Plus à l’écoute. Ce lien qui les unit, depuis l’enfance, devient évident. On retrouve cette complicité vibrante lorsque Jean-Noël et Julien se touchent, s’embrassent, comme deux frères qui savent ce qu’ils ont traversé pour en arriver là. Les galères, la joie, et surtout le travail. Tout cela passe dans leurs regards. Puis arrive “This Is Me Trying”, l’un des titres les plus lourds émotionnellement du set. Le morceau s’enfonce dans quelque chose de plus sombre, plus profond.
Le rappel s’achève sur “The Big Picture”, un morceau long et atypique, loin des formats radio, mais qui est pourtant devenu un tube. Le clip a marqué les esprits, le refrain reste en tête, mais le titre refuse la précipitation. Il installe. Il respire. Il prend son temps. C’est exactement ce que défend le groupe. Car Last Train évolue à contre-courant de l’époque. À l’heure où la musique se consomme en dix secondes sur TikTok, le groupe ralentit. Il laisse du vide. De l’air. De la place. Chez eux, chaque note existe parce qu’elle doit être là. Pas pour remplir. Pas pour impressionner. Rien n’est forcé. Rien n’est en trop.
Setlist (source Setlist.fm) :
Home
The Plan
On Our Knees
Way Out
I Hate You
Golden Songs
One By One
Fire
Medley
Disappointed
The Idea Of Someone (version piano)
Revenge
This Is Me Trying
Rappel :
The Big Picture
Photos : Emilie Bardalou.































