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Interview   

Mercyless : la fièvre règne toujours


A croire qu’ils s’étaient donné rendez-vous. Le hasard du calendrier fait bien les choses pour les amateurs de la scène extrême française, puisque deux piliers du death metal ont sorti, le même jour, leur nouvel album. Après avoir discuté avec Stéphane Buriez de Loudblast quelques semaines auparavant, c’est au tour du frontman de Mercyless Max Otero de venir tailler la bavette avec nous. Refaire le monde avec les aînés de la scène a toujours une dimension historique, forcément intéressante de notre point de vue. Le chanteur guitariste nous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Celui où la prise de risque musicale était plus difficile, une période au cours de laquelle la presse musicale avait un pouvoir de couperet sur les ventes des albums, ou encore où des sonos pouvaient prendre feu durant un concert. Loin de ne faire qu’un éloge nostalgique de ce passé pas si lointain, le musicien se souvient aussi de certains moments qui restent forcément gravés dans la mémoire, comme la tournée de Mercyless avec le groupe emblématique Death.

Bien que les années 90 aient une place importante dans cet entretien, la flamme de Mercyless est toujours bien actuelle. Those Who Reign Below poursuit la trajectoire entamée depuis la reformation, avec une musicalité extrême et old school. Sous couvert de mysticisme, le disque traite ainsi de problématiques bien réelles et contemporaines. Mercyless évoque à sa manière des thématiques liées aux interprétations des croyances par l’humanité à des fins perfides. Dans cet entretien nous revenons ainsi avec Max Otero sur ces sujets, mais aussi sur son regard sur la scène actuelle qu’il a vue évoluer. Nous en profitons aussi pour regarder dans le rétroviseur le parcours de vie de la formation.

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« Nous voulions retrouver la patte des années 90, avec cette espèce d’aura et de mysticisme qu’il y avait dans les premières démos et premiers albums des groupes de death qui nous ont ouvert la voie à l’époque. Ça a été assez long et fastidieux, parce que ça demande un peu d’abnégation. »

Radio Metal : Le précédent album The Mother Of All Plagues était sorti en plein Covid-19. Est-ce que ça a eu un impact pour vous ?

Max Otero (chant & guitare) : Ça a eu un impact au début, mais ça s’est étalé dans le temps, donc nous avons quand même pu faire un maximum de promo. L’album est sorti juste à la fin du confinement où tout était encore un peu fermé, mais quelques mois après, nous avons réussi à de nouveau pouvoir jouer. Nous avons pu défendre l’album pendant presque deux ans assez intensément sur les planches. Nous pensions aussi que ça allait être un peu plus galère, parce qu’il y avait de l’embouteillage un peu partout au niveau des salles et des tourneurs qui avaient commencé à programmer beaucoup de tournées et de concerts un peu partout. Finalement, nous avons réussi à profiter de l’ouverture des salles et des festivals, et à obtenir pas mal d’opportunités. Nous avions quelques doutes, et je sais que beaucoup de groupes ont mis pas mal de temps à retrouver les planches. De notre côté, nous n’avons pas trop à nous plaindre. C’est vrai que c’était un peu compliqué au début, mais finalement, nous avons réussi à faire un peu de promo un peu partout pour cet album, aussi bien sur les réseaux de distribution streaming que pour le disque en lui-même. Ça a mis un peu plus de temps que prévu, avec cette histoire de pandémie, mais ça a quand même abouti après quelques mois.

Those Who Reign Below est votre huitième album, le quatrième de la seconde période avec la reformation. A quel moment avez-vous commencé à travailler dessus et quand sont sorties les premières idées ?

Assez simplement, nous avons recommencé à bosser il y a deux ans. Nous avons eu une période avec un petit peu moins de concerts et nous nous y sommes vraiment attelés. Nous avons mis pratiquement un an à tout composer au niveau des riffs, des arrangements, etc. Nous avons commencé dans notre salle de répétition, puis au fur et à mesure des idées, nous avons mis des trucs ensemble à distance. En sachant que nous avons aussi eu un changement de batteur la dernière année. Nous avons donc dû retravailler tous ces morceaux avec le nouveau batteur pour que tout soit en place. Ça a mis à peu près un an entre les premiers morceaux, l’élaboration de la pochette et tout ce qui allait suivre. Quand nous avons été prêts, nous sommes rentrés en studio fin 2023 pour mettre tout ça en place. Nous avons mis dix jours pour enregistrer le tout. Nous aimons bien prendre notre temps pour préparer ça. En général, entre les sorties, il y a toujours trois ou quatre ans. Ça nous permet de tourner et de nous focaliser à la fin sur une nouvelle réalisation. Nous attendons d’avoir le maximum d’idées et de capacité à faire des nouveaux titres qui nous correspondent et que nous avons envie de faire.

Comme tu l’as dit, ce nouvel album est l’occasion d’accueillir votre nouveau batteur Johann Voirin, qui fait aussi partie de Mortuary. Il remplace Laurent Michalak qui était là depuis la reformation. Peux-tu revenir sur ce changement, à la fois le départ de Laurent et l’intégration de Johann ?

C’est une histoire qui date de la fin du Covid-19. Laurent est revenu après le Covid-19 et nous avons recommencé à répéter, mais il avait perdu un peu la motivation, il voyait les choses autrement. Il avait envie d’essayer de nouvelles choses qui ne correspondaient pas à notre vision du futur album. Petit à petit, s’est mise en place une ambiance qui n’allait plus tout à fait dans la bonne direction pour tout le monde. Pour éviter de nous prendre la tête sur des futurs compos, nous avons préféré arrêter avec lui d’un commun accord. C’était assez simple. Nous avons essayé de travailler dans le bon sens, mais à la fin c’était devenu inévitable. Jo est arrivé par l’intermédiaire de Gautier [Merklen], le guitariste, avec qui il avait joué à un moment dans Mortuary. Il avait envie d’essayer de nouvelles choses et de se frotter à ce genre de death metal qu’il n’avait jamais pratiqué. L’intégration s’est faite assez naturellement.

Ce huitième album de Mercyless respecte l’esthétique du death metal old school avec lequel vous avez commencé et repris au moment de la reformation. Quel était le leitmotiv de ce disque ?

Nous n’avons pas vraiment d’objectifs à la base. Nous essayons de garder une certaine patte, une certaine authenticité et une espèce de direction générale qui lorgne souvent vers la violence et le côté un peu sombre, une ambiance malsaine. C’est un peu ce qui nous caractérise. Je crois que la vraie direction que nous voulions prendre pour cet album, c’était surtout au niveau de la production et de la réalisation. Nous voulions retrouver la patte des années 90. Ça a été assez long et fastidieux, parce que ça demande un peu d’abnégation. Il ne faut pas regarder ce qui se fait en ce moment, parce que c’est une production un petit peu différente qui retombe dans les années 90. Nous avons dû prendre sur nous-mêmes, bien écouter et travailler dans un esprit beaucoup plus light que ce qui se fait d’habitude dans un studio où le tout numérique, le réamping et ainsi de suite change souvent la donne au niveau du mix. Avec Raph [Henry], nous avons réussi à travailler dans cette optique des années 90, avec cette espèce d’aura et de mysticisme qu’il y avait dans les premières démos et premiers albums des groupes de death qui nous ont ouvert la voie à l’époque. C’est une sorte d’hommage à ça. Nous voulions revenir à un son plus direct et sans chichi.

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« Aujourd’hui, le politiquement correct a envahi notre monde et on se rend bien compte que, souvent, derrière ça se cachent des choses encore plus atroces. »

La connexion avec Raph s’est-elle faite tout de suite ou as-tu dû lui donner des directives sur ce que tu attendais pour le son que tu évoques ?

Raph nous connaissait très bien depuis très longtemps. Nous savions qu’il avait déjà produit des albums. Nous avons laissé passer pas mal de temps, j’ai écouté un peu ses productions, je voyais ce qu’il faisait, et petit à petit, l’idée générale s’est élaborée dans nos têtes, parce que nous nous sommes rendu compte que sa façon de produire correspondait exactement à ce que nous voulions. Il y avait un côté presque analogique dans ses productions, que ce soit Venefixion, Skelethal ou Dionysiaque. Nous avons donc élaboré le projet en amont pour essayer de voir comment nous allions faire pour savoir exactement où nous voulions aller. Ça a été une élaboration à long terme, à travers beaucoup de discussions pour finalement aboutir en studio pour arriver à mettre toutes ces idées au clair. Ce n’était pas évident, parce que sur le papier, ça peut paraître un peu facile, mais ça demandait pas mal de travail et beaucoup d’essais pour obtenir un son qui corresponde à la direction que nous voulions donner à cet album.

Vous confiez votre musique à un producteur différent à chaque album. Il n’y a que Colin Richardson qui a fait vos deux premiers. C’est intentionnel pour avoir un son assez différent entre chaque disque ou c’est conjoncturel ?

Chaque album est une remise en question. C’est comme si nous nous remettions sur une page vierge. Nous nous mettons à réfléchir sur beaucoup de choses, de nouvelles idées émergent et nous essayons de varier pour nous donner un peu plus de motivation et travailler dans des directions qui changent un petit peu de ce qui a été fait avant. Nous essayons de ne pas remettre la même recette. Même si le style est immuable et qu’il y a toujours note patte, nos riffs et notre façon de composer qui se ressemblent sur quelques albums ou morceaux, nous essayons toujours de repartir de quelque chose de neuf. Donc oui, ça passe souvent par le changement de producteur, une nouvelle façon de mixer et de masteriser, etc. en fonction de nos envies et de la vision que nous avons. C’est pour ça que quatre ans ce n’est jamais trop long. Ça nous permet de recharger les batteries et de bien savoir où nous voulons aller.

Y a-t-il d’autres producteurs avec lesquels tu te verrais bien travailler ?

Non, il n’y a pas vraiment de producteur ou de personne avec qui nous avons envie de bosser précisément avant chaque album. Nous regardons au feeling qui peut le faire, pourquoi, ce qu’il pourrait nous amener, etc. Souvent, c’est un long questionnement. Par exemple, Raph, c’était une évidence, parce que nous avions déjà discuté avec lui très souvent. Nous voulions obtenir quelque chose et nous savions où nous voulions aller. Peut-être que le prochain, ce sera différent, nous verrons en fonction des envies et des nouveaux morceaux. Il peut y avoir une volonté de revenir à un son plus brut, plus massif, et peut-être aussi de retourner encore un peu en arrière, comme pour celui-là. A vrai dire, je n’ai pas vraiment de nom aujourd’hui. Il y a tellement de productions et d’albums qui sortent et de sons qui se ressemblent que c’est un peu difficile de sortir de tout ce bordel. C’est souvent très compliqué d’avoir une idée très précise du son final que nous voulons avoir. Nous laissons le temps faire et nous attendons de voir l’accointance que nous pouvons avoir avec des producteurs ou des sons qui correspondraient, comme pour les pochettes, d’ailleurs.

Musicalement, cet album a un côté assez efficace. C’est assez compliqué de dire qu’un titre ressort plus qu’un autre, car il est assez homogène. Comment discernez-vous les chansons que vous voulez jouer en live avec un disque comme celui-ci ?

Nous enregistrons l’album, sans trop nous poser la question du live, parce que j’estime que, souvent, la composition est quelque chose de très spécial, très intellectualisé, nous essayons de rechercher des émotions à travers les morceaux, le son, etc. Le live, c’est complètement différent. C’est un partage avec le public, avec une espèce d’énergie et de dynamique qu’il faut garder. Ce que nous faisons, tout simplement, est que nous enregistrons l’album, puis nous disséquons chaque morceau et nous les essayons. Nous faisons des live et nous mettons un morceau pour tester. C’est ce que nous allons faire pour les prochains concerts. Car il y a des morceaux, on croit qu’ils vont passer en live, mais souvent, il y a une sorte de barrière, un truc qui nous gêne un peu, qui ne va pas dans le bon sens, alors nous le mettons de côté et nous en essayons un autre, et ainsi de suite jusqu’au moment où nous arrivons à créer une setlist avec deux ou trois nouveaux morceaux. C’est très important de mettre dans la setlist des morceaux qui correspondent à une énergie que nous ne voulons pas perdre tout au long du set, quel que soit le temps qu’ils durent. Nous y allons donc à tâtons pour voir ce qui passe le mieux et comment les gens réagissent, mais il n’y a pas vraiment de recette. Nous essayons d’inclure des morceaux qui ont une vraie énergie et une vraie puissance pour que nous nous sentions bien sur scène et pour que le public apprécie.

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« C’est un public très intègre, avec un côté communautariste, qui, quand il suit un groupe, a envie que ça aille toujours dans sa direction et que ça lui fasse plaisir. Souvent, l’ouverture d’esprit et les changements ne sont pas les bienvenus. »

Avec ce processus, ce n’est pas lourd de retravailler et repréparer à chaque fois des morceaux du nouvel album ? Car même si vous les avez composés, vous ne les avez pas forcément en tête au moment où vous voulez les jouer…

Je dirais qu’à une certaine époque, oui, c’était plus long. Quand nous n’avions pas l’outil numérique, si nous laissions passer trop de temps, c’était très compliqué de passer d’un album à un autre, remettre des trucs, etc. Aujourd’hui, avec tout le numérique, nous arrivons à travailler à distance, à faire des choses et à les faire assez rapidement. Tant mieux. C’est vrai qu’après l’album, nous n’avions pas forcément travaillé les nouveaux morceaux et nous avons laissé passer pas mal de temps, mais nous avons réussi à tout préparer, pour être prêts à essayer n’importe quel morceau. La formule est très simple : nous nous donnons le morceau que nous voulons travailler et nous nous envoyons les fichiers pour être sûrs de bien jouer la même chose, nous essayons ça en salle de répétition et ça va assez vite. C’est un processus qui, aujourd’hui, ne nous prend pas trop de temps, car finalement, les morceaux ne sont pas si loin. C’est juste que nous ne les avons peut-être pas trop pratiqués ensemble depuis un petit moment, mais nous arrivons à obtenir assez vite ce que nous voulons faire et la manière de les interpréter sur la scène.

On les devine quand on voit les titres et la pochette, mais peux-tu nous en dire plus sur les thématiques de ce nouvel opus ?

Ce sont des thématiques que je reprends depuis des années, c’est-à-dire le côté assez religieux, je parle des dogmes et des croyances qui, en général, nous entourent dans cette société moderne. Je parle beaucoup du diable dans cet album, parce que sa personnification est assez humaine. Ces derniers temps, on se rend compte que le vrai problème, c’est plus l’humanité que les croyances et tout ce qu’on voit dans les textes sacrés. Je fais une espèce de parallèle entre les deux, à savoir que, souvent, les démons et le diable sont représentés sous forme d’êtres humains dans la société, que ce soit un prêtre, un dirigeant d’entreprise ou n’importe quoi. Pour schématiser, c’est un peu ça. Par exemple, à première vue, on pourrait dire que « I Am Hell » est un morceau qui parle de démons ou du diable, mais en fait, je parle des histoires de prêtres pédophiles qui ont eu lieu depuis un certain temps et des procès, qui montrent le déni et la perversité du monde religieux. Je fais toujours un parallèle entre les textes sacrés, la Bible, etc. et la façon dont l’homme les vit de nos jours. Je n’ai pas de schéma précis sur la religion, parce que j’englobe un petit peu tout. Je ne dénomme pas une religion plus qu’une autre, je parle surtout des croyances et de l’interprétation de l’homme en ces temps qui courent. C’est une vision très complexe et, à la fois, qui colle hyper bien à l’image, à la direction et au son du groupe. Pour moi, le death metal a toujours été un petit peu dans cette optique. Ça colle énormément à ce type de sujet. En tout cas, pour nous, dans Mercyless, ça a toujours été le cas, et cet album ne déroge pas à la règle, il est resté dans cette ligne directrice, comme pour d’autres albums.

On entend souvent que Mercyless est un groupe de death qui fait dans le blasphème, mais j’ai l’impression que c’est plus de la critique voire, parfois, de l’ordre du mysticisme…

Oui, complètement. Aujourd’hui, le politiquement correct a envahi notre monde et on se rend bien compte que, souvent, derrière ça se cachent des choses encore plus atroces. Il y a donc une part de mysticisme, une espèce d’aura très sombre mais qui correspond au monde qui nous entoure. Il n’y a pas de secret là-dedans. C’est juste que c’est l’interprétation qui est complètement différente. Nous ne sommes pas dans l’imagerie de certains groupes ou certaines dérives qu’on peut voir dans différents styles extrêmes. Par contre, c’est une imagerie que nous utilisons parce que, comme je le disais plus tôt, elle correspond à ce côté sombre et malsain.

Certains critiquent le fait que le blasphème envers le christianisme – même si tu disais ne pas cibler une religion en particulier – n’a plus vraiment de sens en 2024 parce qu’il a été un peu usé et surfait. Quel est ton point de vue là-dessus ?

Ce n’est pas faux. Je pense qu’aujourd’hui, ce n’est même pas une histoire de blasphème, parce que c’est presque rentré dans les mœurs. Avec le christianisme, en général, tu as ce côté blasphématoire qui peut revenir assez facilement sans que ça crée trop d’histoires, parce qu’on est en 2024 et qu’il y a un regard beaucoup plus extérieur et complexe. Soit ça peut aller vers des dérives souvent ridicules qui ne viennent de rien du tout, soit on oublie de notifier certaines choses qui peuvent être extrêmes. Donc oui, je pense qu’à l’heure actuelle, ce n’est pas obsolète, mais ça fait partie un peu de notre société et on l’utilise un peu comme on veut ; c’est utilisé ou traduit de n’importe quelle manière à travers les médias et les réseaux sociaux.

« Je ne veux pas tricher avec le public. Le terme authentique est très important pour nous. »

Trouves-tu qu’il y a une difficulté supplémentaire à critiquer la religion sans tomber dans la facilité ?

Nous ne nous posons pas trop ce genre de question, dans le sens où nous allons à l’essentiel dans ce qui nous a toujours motivés à faire. Oui, c’est difficile, parce que si tu vas dans l’extrême, ça peut te retomber dessus, forcément. Il faut garder une certaine distance, avoir un peu de recul et savoir faire bien les choses et expliquer le pourquoi du comment, même si, souvent, en l’expliquant, pour certains, ça ne va pas dans le bon sens. Il y a une espèce de ligne rouge qu’il ne faut pas dépasser pour éviter d’aller chatouiller la morale de certaines personnes, c’est clair, mais en général, dans ce style de musique, ça reste très confiné et ça ne sort pas des sentiers battus. En tout cas, pour nous, c’est très englobé.

Trois invités sont sur l’album pour poser un solo de guitare : Patrick Bonvin (Construct Of Lethe / Near Death Condition), Thomas Münch (Manzer), Stephan Baillot (Ritualization / Misgivings). Il y a une sorte de tradition à cet égard sur vos derniers albums. Pourquoi est-ce important d’inviter vos copains à votre petite fête ?

C’est tout simplement pour donner un petit peu de piquant à la chose. C’est souvent plus des guitaristes. J’avais voulu le faire avec des voix et finalement, nous sommes restés là-dessus sans trop inviter de gens. Il y a trois gars qui posent des solos, parce que ce sont des amis qui jouent dans des groupes que nous apprécions beaucoup et qui ramènent une petite aura, un petit plus à chaque morceau, dans le sens où ils créent quelque chose qui leur appartient et qu’ils mélangent au style de Mercyless. C’est toujours un petit truc qui nous motive encore plus, car ça rapporte une couleur au morceau – pas sur tous, bien sûr, c’est juste sur deux ou trois. Et puis ça nous fait plaisir d’avoir des copains sur l’album.

C’est déjà arrivé que vous ayez reçu un solo et que vous vous rendiez compte que ça ne correspond pas du tout au morceau ou à ce que vous vouliez faire ?

Non, jamais. Souvent, nous faisons écouter le morceau aux gens avant et c’est plus le guitariste qui va se plonger dans le style de Mercyless que l’inverse. Pour l’instant, nous n’allons pas nous plaindre !

Ce disque est sorti chez Osmose Productions. C’était une évidence pour vous, un label extrême, culte, old-school, pour un groupe qui l’est tout autant ?

C’était vraiment le fruit du hasard. Ils avaient ressorti le tout premier album Abject Offerings. Suite à ça, nous sommes partis enregistrer sans avoir de label. Puis le boss du label nous a dit : « Si vous avez un album, je serai prêt à le sortir. » Ça s’est fait très simplement. Je t’avouerais franchement que je suis le premier surpris. Je n’aurais jamais pensé qu’Osmose produise un album de death français, mais ça s’est fait et je trouve que c’est un label très sérieux, qui bosse très bien et qui correspond assez bien au style, surtout pour cet album. C’est donc à la fois une surprise et presque naturel pour nous.

La pochette a été réalisée par l’artiste mexicain Nestor Avalos. Elle est assez riche en détails quand on y prête vraiment attention – ça parlera aux amateurs de vinyle pour contempler l’artwork. Quelles consignes vous lui avez données ?

Nous avions déjà bossé avec lui pour l’album d’avant. Il nous connaissait bien et il connaissait bien le style. Nous avons eu la chance de le rencontrer au Brésil. Nous avions eu de longues discussions pour la future pochette. Il est parti sur des esquisses par rapport à quelques idées de morceaux que je lui ai envoyées – je n’avais pas encore toutes les paroles. Je lui ai envoyé les trames des textes pour bien expliquer comment nous voyions la chose. Il a interprété ça à sa manière, avec son toucher, son trait de crayon. Le côté précis et noir et blanc correspond bien à notre humeur sur cet album. Il y a un côté très sombre, presque biblique là-dedans, dans le sens où on voit des représentations un peu moyenâgeuses. Ça a mis un certain temps, il a fait quelques croquis, et à force de bosser dessus, nous sommes arrivés à ce résultat final qui correspondait exactement à ce que nous voulions, au titre et à la ligne directrice de l’album.

« La tournée que nous avons faite avec Death a été un déclencheur de beaucoup de choses. Le fait d’avoir joué avec Chuck Schuldiner a été presque une révélation pour nous. Nous avons côtoyé celui grâce à qui nous avons réussi à faire cette musique. »

Dernièrement, il y a aussi eu une réédition de Coloured Funeral de 1993 qui est sortie. Vous aviez déjà sorti des rééditions chez Xenokorp. C’est un album qui était, à l’origine, publié chez Century Media Records. Qu’est-ce qu’il a de particulier ce disque pour toi ?

Il fait partie des pierres angulaires de notre discographie, car il nous a amené pas mal de choses à l’époque, quand nous étions chez Century Media. C’est un album assez brutal, qui avait même un peu choqué les fans pour cette raison – c’est bizarre de dire ça maintenant. Aujourd’hui, beaucoup de gens en sont très fans. Comme on dit souvent, avec la nostalgie, les années passent et les gens ont envie de réécouter ce genre d’album. En tout cas, nous, ça nous a toujours donné la motivation pour en faire des morceaux en live. Les rééditions font que beaucoup redécouvrent ou découvrent des musiques, donc ça nous permet de jouer un petit peu sur le phénomène et ça nous fait plaisir, parce que nous avons souvent tendance à laisser tomber des morceaux parce que l’album n’est plus disponible. En l’occurrence, la réédition de cet album nous a permis de les rejouer et de continuer dans cette direction.

Tu l’as mentionné : votre premier album Abject Offerings avait été réédité chez Osmose l’année dernière. Vous jouez encore de nombreux morceaux de cet album sur scène. Y a-t-il côté un « culte et intouchable » avec ce premier opus ?

Ce sont des morceaux qui ont voyagé à travers le temps, que nous avons toujours plaisir à faire sur scène. C’est comme ça, ce genre de chose ne s’explique même pas. C’est un album qui marque les débuts du groupe, avec tout ce que ça a amené pour nous, à savoir que nous avons pu diffuser notre nom à travers le monde, à faire parler de nous, etc. Ces morceaux que nous jouons énormément ont marqué toute une génération et encore aujourd’hui, on en parle. Pour nous, c’est vraiment le point de départ du groupe, c’est le plus important, et bizarrement, avec le temps, ce sont des morceaux que nous avons toujours tendance à tout le temps vouloir jouer en live et que les gens nous redemandent. Nous prenons plaisir à les rejouer et, même, souvent, nous en rajoutons à la liste pour nous faire encore plus plaisir.

Penses-tu d’ailleurs que tous les premiers albums de la scène death old school de la période fin 80 et début 90 fassent cet effet ?

En fait, on se rend compte que beaucoup de groupes qui ont sorti leurs premiers albums à cette époque sont restés cultes, avec des réalisations qui sont restées marquées dans le temps, car c’était le début du style. On se rend compte que pour tous les groupes, très souvent, malgré de longues discographies, ces albums sont restés marqués à jamais dans l’esprit du public. On a tendance à vouloir réentendre les morceaux de cette époque parce qu’il y a un côté nostalgique. La nostalgie, ça rassure et ça nous met dans de bonnes dispositions pour écouter ce genre de groupe.

Tu as démarré Mercyless à dix-sept ans : à quoi rêvait Max Otero quand il se lançait dans le death metal ?

Comme beaucoup, quand tu es jeune comme ça, tu as envie de t’imposer, de bouffer le monde, de partager cette passion que tu as pour cette musique. Je pense que c’était vraiment la motivation première que nous avions. Nous avions cette chance d’avoir un style qui commençait à prendre de l’ampleur et des groupes qui commençaient à faire parler d’eux. Ça nous a motivés pour faire ce genre de musique. Dans nos têtes, le but était d’aller le plus loin possible. Comme souvent dans plein de groupes, il y avait l’envie de jouer, de faire écouter sa musique et de la faire diffuser au maximum, surtout qu’à l’époque, il n’y avait pas les réseaux. Nous avions encore l’appui du vinyle, de la cassette et du CD juste après. Nous avions besoin de voir notre nom sur des pochettes et de le voir être diffusé pour faire comme les grands.

Comment découvres-tu le death metal à ce jeune âge ? Quel était le déclic ?

Aussi loin que je me souvienne, je pense que c’était tout simplement parce que j’étais assez impliqué dans l’underground. A la base, nous étions un groupe de thrash, donc nous avons évolué au fil des années et au fur à mesure, comme tout le monde, on écoute des trucs qui sortent et de temps en temps, il y a des choses qui nous marquent. Il y a des albums et des styles qui nous ont marqués : il y a eu Slayer, Venom, Possessed, Death, et ainsi de suite. Nous sommes rentrés dans le death parce que ça correspondait à nos affinités, à ce que nous aimions le plus. Petit à petit, l’underground nous a fait découvrir tellement de choses, à l’époque du tape trading, avec les échanges de démos, de cassettes et de contacts avec des groupes qui allaient souvent devenir très connus. C’est à partir de là que nous avons commencé à vraiment être passionnés de ce style et à en bouffer tous les jours.

« A nos tout débuts, nous avons fait une fois un concert dans un gros festival où je ne suis pas sûr d’avoir joué les bons morceaux tellement c’était le chaos ! Ce sont des petites expériences comme celles-là qui font que tu grandis. »

Mercyless a été formé en 1987. Il y a évidemment eu cette séparation de dix ans dans les années 2000, mais sinon, dans les faits, l’entité est là depuis bientôt quarante ans. J’aimerais te poser une série de questions type « regard dans le rétroviseur ». Pour commencer, quelle est ta plus grande fierté depuis les débuts du groupe ?

Le premier album. C’est un marqueur indélébile. Nous y avons mis toute notre force, tout ce que nous avions, toutes nos inspirations, etc. Nous l’avons fait naturellement sans nous poser de questions. Nous ne nous en sommes pas rendu compte tout de suite, mais ça a été une vraie réussite pour nous, car nous sommes parvenus à imposer notre nom sur la scène, même si nous commencions déjà à tourner un petit peu. C’est cet album qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

Au contraire, quel est ton plus grand regret ?

Les deux albums qui ont suivi après Coloured Funeral. C’est une période très étrange où nous n’étions pas en phase avec notre époque. Nous avions envie de découvrir de nouveaux horizons, d’essayer des techniques, des jeux, etc. et nous nous sommes un petit peu perdus dans plein de choses, nous avions intégré un synthé, et ainsi de suite. Ce n’était plus du Mercyless. C’était un autre groupe avec une autre vision. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque, il y avait la résurgence du grunge, le néo-metal qui commençait à venir, et nous étions un petit peu perdus là-dedans, sans savoir où naviguer. Peut-être que c’est là que j’ai des regrets, je ne sais pas. Je n’aime pas trop avoir de regrets, parce que nous sommes quand même fiers d’avoir fait ce que nous avons fait. C’est juste que ça ne correspondait pas tout à fait à l’imagerie du groupe pendant ces années-là.

Ces albums, C.O.L.D. et Sure To Be Pure sont bien différents de ce que vous aviez proposé avant, mais n’est-ce pas aussi la critique qui fait que tu les vois ainsi ?

Oui, la critique a été très dure. Nous nous sommes fait incendier de partout ! [Rires] Est-ce ça qui fait que j’ai ce regard sur ces albums ? Je ne pense pas, car nous savions. A la limite, nous aurions dû les sortir sous un autre nom, ça aurait été beaucoup plus simple. Nous avons navigué en eaux troubles et les gens ne comprenaient pas ce changement aussi radical en si peu de temps. Forcément, la critique était acerbe. Mais avec le temps, nous nous rendons compte que ça nous a appris certaines choses ; nous avons appris de ce genre d’erreur.

N’y a-t-il pas un problème de tolérance de la part du public qui refuse le changement et demande à certains groupes de rester sur leurs fondamentaux ? On peut prendre aussi l’exemple de Korn qui, quand il a essayé de faire des expérimentations, s’est fait insulter… On ne parle même pas de Morbid Angel…

Ça fait un peu partie du jeu. Je pense que c’est un public très intègre, avec un côté communautariste, qui, quand il suit un groupe, a envie que ça aille toujours dans sa direction et que ça lui fasse plaisir. Souvent, l’ouverture d’esprit et les changements ne sont pas les bienvenus. Dans beaucoup de styles extrêmes, quand les groupes tentent des choses, ce n’est pas souvent super bien pris, même si je trouve que l’époque fait qu’aujourd’hui, on commence à voir des choses qui changent et des gens beaucoup plus ouverts. C’est bizarre de dire ça aujourd’hui, mais j’ai un peu cette impression, contrairement à une autre époque où c’était vraiment plus difficile. Les groupes qui avaient tendance à s’éloigner retombaient vite dans le néant et c’était une position assez dangereuse. Je pense qu’aujourd’hui, il y a un peu plus d’ouverture d’esprit parce que les styles se mélangent assez facilement, même dans l’extrême. On voit donc ressurgir des groupes qui ont des styles qui varient d’un album à un autre, ce qui était assez rare à l’époque.

Quel est le meilleur compliment qu’on ait fait au groupe ?

Il y en a eu pas mal ! Au fil des années, il y en a eu qui nous ont toujours fait plaisir, mais le plus beau compliment – on nous le dit encore souvent aujourd’hui – est que nous sommes un groupe authentique, dans le sens où nous avons une vraie valeur et que nous ne nous prenons pas la tête avec ça. Nous restons dans notre ligne directrice en nous faisant plaisir, parce que nous sommes une bande de passionnés avant tout, et je pense que ça ressort à travers nos morceaux et nos prestations live. Quand on nous dit que nous sommes un groupe authentique, ça fait donc énormément plaisir.

« Dans les années 90, le style était nouveau, donc il y avait un engouement et, forcément, il y avait beaucoup plus de monde. A la fois, il y avait beaucoup moins de groupes et de sorties. Chaque album était attendu de pied ferme. Cette fièvre n’est plus du tout là aujourd’hui. »

Tu as besoin qu’on entende l’authenticité dans le son de Mercyless, que ça a été fait avec la sueur, que c’est organique…

Oui, complètement. Je pense que c’est même, pour moi, l’un des points les plus importants. Il faut que nous gardions cette énergie et cette dynamique. Je ne veux pas tricher avec le public. J’ai envie de donner ce que nous savons faire le mieux et garder en tête que nous sommes dans le bon choix pour tout le monde. Le terme authentique est très important pour nous.

Quelle a été – ou serait – la pire critique ?

Le jour où les gens vont commencer à nous trouver has been, c’est là que je pourrais vraiment arrêter. Si la critique avait commencé à nous dire que c’est un groupe has been ou vraiment trop moyen, ça aurait été rédhibitoire, nous aurions arrêté.

Quelle a été votre meilleure expérience live ?

La tournée que nous avons faite avec Death. Ça a été un déclencheur de beaucoup de choses et ça nous a emmenés vers ce que nous n’avions pas eu la chance de faire avant, c’est-à-dire une vraie tournée dans des conditions énormes dans les années 90, avec un public acquis à cette cause. C’était vraiment des soirées et des moments qui sont restés à jamais dans nos mémoires. Le fait d’avoir joué avec Chuck Schuldiner a été presque une révélation pour nous. Nous avons côtoyé celui grâce à qui nous avons réussi à faire cette musique. C’est clair que c’est un groupe vraiment mythique et culte. Comme nous sommes un groupe des années 90, nous avons eu cette chance – d’autres l’ont fait aussi. Ça a été très déterminant pour nous, car c’était une époque où il y avait une vraie valeur ajoutée à ce genre de concert. C’était le point culminant de Mercyless.

Quelle a été votre pire expérience live ?

Des concerts qui tournent au vinaigre, il y en a eu beaucoup ! [Rires] Au tout début, nous avons fait une fois un concert où la sono avait pris feu, par exemple. C’est des expériences que tu n’oublies pas. Il y a eu un festival en plein air où, au moment où nous commençons à jouer, il y a une vraie tempête qui se met en route et balaye pratiquement tout le site. Il y a plein de concerts qui se sont mal passés pour des raisons techniques, parce que nous avons fait n’importe quoi, etc. Je pourrais en citer des centaines ! Il y a beaucoup de bon mais aussi, de temps en temps, du mauvais, surtout à nos débuts où nous étions inexpérimentés. Il y a eu des concerts où nous ne savions pas trop ce que nous faisions. Je me souviens qu’à nos tout débuts, nous avons fait une fois un concert dans un gros festival où je ne suis pas sûr d’avoir joué les bons morceaux, presque, tellement c’était le chaos ! Ce sont des petites expériences comme celles-là qui font que tu grandis.

On présente souvent la séparation des années 2000 comme une perte d’intérêt du death metal pour vous, mais c’était surtout l’occasion d’explorer autre chose avec le projet trip-hop Day Off Sin. Qu’est-ce qui t’a ensuite redonné goût au death metal old school ?

Le point de départ c’était ces deux albums qui nous ont remis un peu en marge, avec un milieu metal qui était complètement différent, où nous jouions beaucoup moins. Nous avons quand même réussi à tourner et à faire deux ou trois concerts intéressants. Nous étions un petit peu fatigués de tout ça. Ça faisait des années que nous tournions pas mal. Nous avions vraiment envie de découvrir autre chose et de tester des trucs. C’est pour ça que nous nous sommes mis en stand-by, même si nous étions toujours ensemble. Nous nous sommes intéressés à la production, au nouveau matériel, etc. Nous nous sommes amusés à faire ça. Ce n’était pas du tout un projet qui devait aboutir. C’est juste qu’il y a eu quelques trucs qui ont été faits en enregistrement, mais c’était plus pour nous. Nous ne voulions pas vraiment le diffuser. Ça a été un processus, un cheminement, que nous avions envie de faire pour faire divaguer notre esprit vers d’autres horizons. Ce n’était pas très important, car nous étions sur plein de choses. Ça a mis du temps jusqu’au jour où nous avons eu ce besoin de remettre Mercyless sur les rails. Ça a mis dix ans, c’est long, mais pour nous, c’était nécessaire.

« La nouvelle génération aime des choses beaucoup plus modernes. Pour un style comme le nôtre, je pense que dans les prochaines années, ce sera très compliqué, même s’il reste encore pas mal de bons soldats. »

Les années 2000 ont été un véritable tournant pour l’industrie du disque, avec l’impact du numérique. Comment comparerais-tu ça à ce que tu as connu dans les années 90 ?

Ça demandait beaucoup plus de rigueur et de travail par rapport à aujourd’hui, justement parce qu’il n’y avait pas toutes ces facilités pour enregistrer. Je trouve que c’est beaucoup plus simple aujourd’hui. C’est ce qui a permis à pas mal de gens d’évoluer d’ailleurs, pas que dans le négatif. Il y a eu beaucoup de choses qui se sont faites, ça va plus vite, on arrive à travailler à distance, etc. Dans les années 90, il fallait énormément travailler son instrument, répéter, se mettre en place, il n’y avait pas toute la technique, on ne jouait pas forcément au click, c’était un nouveau style… Quand tu allais en studio, ce n’était pas pour rigoler. Tu y étais trois semaines et il fallait vraiment être prêt parce que ça coûtait cher, et tu avais envie de bien faire. Ça demandait un travail acharné, qui aujourd’hui n’est plus le même, parce que le numérique te permet de travailler dans d’autres optiques, avec plus de facilités et, souvent, de chez toi. Ça a complètement changé la donne. La vision du metal est devenue différente, moderne, ça a donné quelque chose de très nouveau.

D’un autre côté, y avait-il des choses plus faciles dans les années 90 ?

Le plus évident est que le style était nouveau, donc il y avait un engouement et, forcément, il y avait beaucoup plus de monde. Il y avait beaucoup moins de groupes et de sorties. Chaque album était attendu de pied ferme. Cette fièvre n’est plus du tout là aujourd’hui. Maintenant, tout le monde connaît le style et comment ça se passe. Il y a une histoire de nostalgie là-dedans, dans le sens où, à cette époque, ça demandait beaucoup de travail, mais à la fois, nous savions où nous voulions aller et l’engouement qu’il y avait autour de nous permettait de diffuser encore plus rapidement qu’aujourd’hui où c’est beaucoup plus difficile de se faire connaître et de placer son nom au-dessus des autres.

La presse avait un certain pouvoir et impact à l’époque. Vois-tu aussi une différence par rapport à aujourd’hui ?

Oui, il y a une énorme différence. Avant, comme tu le dis, c’était presque le couperet. A l’époque, on parlait de ventes physiques, ce qui, aujourd’hui, n’est presque plus le cas. Faire un album et le vendre dépendait beaucoup de la presse et des médias qui étaient très lus et diffusés, contrairement à aujourd’hui, avec énormément de magazines et de fanzines. Il est vrai que chaque critique avait son importance. Bizarrement, ça te permettait de vendre beaucoup d’albums. Dès que tu avais une critique dans un magazine de l’époque, que ce soit Metal Hammer ou autre, ça t’apportait tout de suite quelque chose en plus pour la suite, pour les concerts et pour les ventes d’albums. Nous avions tendance à faire très attention à ça. Tous les groupes étaient là-dessus, parce que c’était un peu le résultat du bac, quelque part ! Aujourd’hui, il y a beaucoup de sorties d’albums, de chroniques, de webzines, etc. et comme de toute façon les réseaux sociaux sont amenés à avoir tellement d’avis différents, tu te poses beaucoup moins cette question. On a tendance à regarder, mais on passe vite à autre chose, car c’est l’époque qui veut ça, sans avoir à s’apitoyer sur son sort, alors que ça pouvait être le cas dans les années 90.

Comment vois-tu la jeune génération du death metal, qu’elle pratique une version old school ou moderne ?

On ne peut pas dire que le death old school soit le style qui va aller vers l’évolution et grandir, au contraire, ça va sans doute régresser, parce que ça commence à dater, même s’il y a encore beaucoup de fans. Même si, de temps en temps, elle se replonge là-dedans, la nouvelle génération aime des choses beaucoup plus modernes qui sont beaucoup plus abouties, rentre-dedans, fortes, etc., avec des jeux et une approche complètement différente. On utilise d’ailleurs souvent les termes death metal dans le mauvais sens pour plein de groupes qui, en fait, n’ont rien à voir avec ça. C’est juste que tu as un gros son, de grosses guitares, mais ce n’est pas le bon propos pour le classer dans le style death metal. Mais la nouvelle génération a un peu tendance à aller à gauche à droite et à mélanger tout ça. Pour un style comme le nôtre, je pense que dans les prochaines années, ce sera très compliqué, même s’il reste encore pas mal de bons soldats.

« Il y a des groupes modernes qui ont de vraies qualités, qui sont très forts, etc. mais je ne ressens pas ce que j’ai toujours ressenti au travers de cette musique, c’est-à-dire quelque chose de plus sombre, moins précis, qui bave un peu plus. »

Il y a des choses qui t’intéressent dans ce death moderne ?

J’écoute ce qui sort, parce que ça m’intéresse, mais est-ce que je me retrouve là-dedans ? Non. Je te mentirais sinon. Ce n’est pas mes influences, ce n’est pas mes accointances. Je comprends, il y a des groupes modernes qui ont de vraies qualités, qui sont très forts, etc. mais je ne ressens pas ce que j’ai toujours ressenti au travers de cette musique, c’est-à-dire quelque chose de plus sombre, moins précis, qui bave un peu plus, et ce qui définit un peu le style que nous faisons. J’écoute donc pas mal de choses, mais ça ne me motive pas plus que ça. En tout cas, dans les nouvelles sorties que j’entends, il n’y a pas de gros trucs qui m’ont marqué ces dernières années.

Avec ton expérience et ton recul, aurais-tu des conseils à donner à quelqu’un qui, en 2025, voudrait se lancer dans la musique ou le death metal ?

Le plus important, dès le départ, c’est la passion et la motivation pour faire diffuser son nom et sa musique. C’est l’envie de partager cette musique. Si tu viens avec des idées, des préceptes un peu fallacieux qui commencent à rentrer dans le délire de l’argent, de la célébrité, etc., je pense que c’est surtout ce qu’il ne faut pas faire. Quand tu crées un nouveau groupe, il faut vraiment garder à l’esprit qu’on est là pour de vraies raisons, pour partager avec des gens qui ont envie d’écouter cette musique. Il faut vraiment montrer de la passion. C’est la première motivation à avoir.

Tu as eu un autre projet, Undead Prophecies, que vous aviez commencé comme un groupe mystérieux, masqué, etc. Vous avez sorti deux albums, le dernier en 2019. Où en est-il ?

Il est en stand-by. Ce projet était mené par Philippe Reinhalter de Putrid Offal à la base. C’est lui qui travaillait énormément là-dessus. Il a maintenant des rendez-vous avec Putrid Offal à honorer, avec un nouvel album et tout. Nous ne nous sommes donc pas trop concentrés sur Undead Prophecies qui est en pause depuis un moment. On verra. Nous faisons ça au feeling, à l’envie. C’est un projet annexe, qui n’est pas forcément fini. Au contraire, si l’envie nous vient de continuer, nous le ferons sans problème et avec autant de motivation que pour les deux premiers albums. Mais pour l’instant, nous attendons de voir.

Et concernant, Fleshgod, ton projet avec Fabrice Bucholz de Khaos-Dei ?

Il est en train de travailler sur de nouveaux morceaux. Il me fait écouter au fur et à mesure et, pareil, quand nous sentirons que c’est le bon moment, nous le ferons. C’est toujours un plaisir de faire ce genre de chose, car ce sont des musiques qui me plaisent bien, ce sont des compositions que je trouve sympas, ça sort un petit peu des sentiers battus par rapport à ce que je fais. Encore une fois, c’est au feeling, à l’envie, ce sera au moment voulu quand nous le sentirons et je pense que c’est lui qui donnera le top départ.

Interview réalisée au téléphone le 28 octobre 2024 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Mercyless : www.facebook.com/mercylesscult

Acheter l’album Those Who Reign Below.



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  • Marcel Vincent Laizavu dit :

    Encore un groupe qui porte ses balls et qui critique ouvertement et fermement le méchant christianisme .

  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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