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Interview   

Overdrivers : meet the rockers


Des amplis Marshall qui grésillent, les potards bloqués au max, des riffs qui balancent, des bons gros refrains accrocheurs, un rock pur et rebelle qui sent bon le fin fond du désert australien… Pourtant, c’est dans les Hauts-de-France que sont établis les membres d’Overdrivers. Comme quoi, il ne faut pas aller chercher bien loin pour trouver du hard rock authentique, franc et percutant. Nos frenchies ont trouvé la recette, simple mais efficace, qui leur vaut encore aujourd’hui d’être comparés aux plus grands (AC/DC, Rose Tattoo, Airbourne…). De quoi s’en vanter, sans pour autant faire dans la copie !

Car les quatre musiciens savent ce qu’ils aiment et ce qu’ils veulent. Avec eux, c’est tout ou rien – si, si, c’est dit dans le titre du nouvel album, Glory Or Nothing. Plus besoin d’aller chercher loin pour recevoir une bonne dose de décibels dans les oreilles. Alors, avec une telle énergie féroce, peut-on dire que les Hauts-de-France sont la nouvelle terre du hard rock ? En tout cas, avec Overdrivers, la french touch a définitivement le vent en poupe !

« Quand nous branchions nos guitares, nous voulions un son pur, avec de bons riffs accrocheurs et de gros refrains. Forcément, quand on mélange tout ça, ça sonne comme du rock australien. »

Radio Metal : Vous êtes un groupe français et pourtant vous semblez avoir plus de succès au-delà de nos frontières. Comment l’expliquez-vous ?

Anthony Clay (guitare) : Nous pensons que c’est un peu culturel. C’est-à-dire que nous sommes déjà allés jouer à l’étranger et on se rend compte que le public a une autre approche, c’est un autre type de public. En fait, les musiques qu’on qualifierait d’extrêmes en France, là-bas c’est un peu la norme. Si on s’arrête dans une station-service en Allemagne par exemple, à la radio on va entendre du Metallica, du Scorpions, chose qu’on n’entendrait jamais en France. C’est comme ça que nous expliquons la différence. Mais c’est vrai qu’il y a clairement un truc bizarre. Nous faisons l’immense majorité de nos concerts en France et pourtant, quand on regarde nos statistiques, la France arrive seulement à la cinquième place de notre auditorat, derrière des pays comme l’Allemagne, la Suède ou les États-Unis. Donc effectivement, c’est un peu culturel. Le rock ce n’est plus comme dans les années 80, c’est devenu très underground en France. C’est dommage parce qu’il y a le public. La preuve : des festivals comme le Hellfest, par exemple, c’est blindé tout le temps.

Adrien Dequirez (chant & guitare) : On a quand même un public en France, des festivals, etc. C’est juste que ce n’est pas géré comme ça devrait l’être, mais c’est encore un autre sujet.

Trouvez-vous qu’il est difficile de se faire un nom sur la scène metal quand on est français ?

Anthony : Oui, c’est compliqué.

Adrien : C’est très difficile. Déjà, on a le problème d’être français. Pour un groupe français, c’est déjà très difficile de jouer en France. Les organisateurs français aiment bien faire jouer les groupes qui viennent de l’extérieur.

Anthony : Le truc c’est que les étrangers en France ont quand même une certaine aura. Par exemple, si un groupe allemand vient en France, même si c’est un petit groupe qui n’a pas fait grand-chose, on va dire : « Oh là là, v’là les Allemands, attention les v’là ! » Alors que si t’es un groupe français qui joue en France, tu n’es pas considéré pareil. A l’inverse, en Allemagne ou ces pays-là, ils ont énormément de gros groupes et en sont fiers, contrairement à la France. Au départ, vu la façon dont les Allemands sont accueillis comme des héros en France, nous nous sommes dit que nous allions arriver en Allemagne et qu’ils allaient se dire : « Oh les v’là, attention, les Français ! » Bah non, ils s’en foutent [rires]. Ils ont leurs groupes.

Adrien : Il faut se donner, il faut vraiment en vouloir.

Anthony : D’autant plus pour les groupes qui commencent maintenant. Déjà, pour nous c’était compliqué quand nous avons commencé en 2015.

Adrien : Pour ceux qui commencent aujourd’hui, c’est encore pire. Parce qu’il y a beaucoup de lieux qui ferment, beaucoup d’associations qui s’arrêtent, il y a de moins en moins d’endroits pour jouer. Donc un groupe qui démarre aujourd’hui en France, ça doit être incroyable. Je n’aimerais pas être à leur place.

Ça fait quand même dix ans que vous existez. Quels ont été les challenges pour être là aujourd’hui ?

Anthony : Des challenges de line-up récemment. Nous avons eu des problèmes de line-up, c’est-à-dire que notre bassiste historique, Sébastien [Lorquet], au bout d’un moment, a eu envie de se poser. Il ne voulait plus suivre la vie du groupe. Il nous a quittés en 2022. Nous avons dû trouver un autre bassiste, grâce à qui nous avons pu terminer la tournée et Rock Out. Finalement, ça n’a pas non plus été avec ce bassiste-là, donc l’autre challenge a été encore une fois de retrouver un nouveau bassiste. Maintenant, normalement, c’est bon, nous avons trouvé ce qu’il faut. Nous prenons exemple sur les plus grands : nous avons vu que Metallica avait toujours des problèmes de bassiste, donc nous nous sommes dit que nous aussi, nous allions avoir des problèmes de bassiste [rires]. Bref, notre principal challenge a été de réussir à continuer et à re-stabiliser un line-up.

« Un groupe comme AC/DC a été comparé à Chuck Berry au début de sa carrière. Ensuite, Airbourne est arrivé et on a dit que c’était du AC/DC. Et maintenant, on nous dit que nous faisons du Airbourne. Donc quand tu réfléchis et fais le cheminement inverse, ça veut dire qu’Airbourne avait peut-être un truc particulier que les gens ne voulaient pas reconnaître. »

Vous vous êtes formés en 2015. Était-ce important pour vous de marquer les dix ans d’existence du groupe avec un nouvel album ?

C’est bien, nous sommes contents, mais en vérité, ce n’était pas vraiment voulu. Nous avons sorti deux albums, un EP et maintenant, le troisième album. En réalité, il aurait dû sortir plus tôt. Il aurait dû sortir vers la période du Covid-19. Tout simplement, au moment du Covid-19, c’était devenu impossible de jouer et donc de promouvoir un album. Nous nous sommes alors dit que ça ne servait à rien d’en sortir un à ce moment-là.

Adrien : Initialement, nous voulions juste le repousser, car il ne faut pas oublier qu’au début du Covid-19, nous ne savions pas combien de temps ça allait durer. Nous pensions que ça allait durer trois mois. Nous ne nous attendions pas à ce que ça dure un an et demi, deux ans – enfin, toi [s’adressant à Anthony] tu y pensais déjà. En tout cas, nous nous étions dit qu’une chose était sûre, c’est que nous ne sortirions pas de troisième album dans ces conditions. Nous n’allions pas pouvoir le défendre, le vendre, faire une vraie promo.

Anthony : Ça allait faire un pétard mouillé.

Adrien : Mais nous nous étions dit que ce n’était pas grave, que nous continuerions quand même à avancer. A la fois, nous ne pouvions pas non plus ne rien sortir, car il ne fallait pas se faire oublier.

Anthony : Pour avoir un peu d’actualité, pour les gens qui attendaient. Nous avons donc trouvé un bon compromis en nous disant que nous allions sortir un EP trois titres. Ça nous permettait d’avoir de l’actualité et puis, même si nous ne pouvions pas le promouvoir comme il faut, au pire, ce ne sont que trois chansons du groupe. Entre deux, nous avons signé avec un label, qui nous a reculé la sortie de cet EP en disant : « Attendez, il faut qu’on prépare toute la promotion. » Après, nous avons a pu enfin faire la tournée de promotion de cet EP. Ensuite, il y a eu des changements de line-up qui ont repoussé un peu le truc, et du coup, l’album sort enfin – sachant qu’il est enregistré depuis un an. C’est sûr que maintenant, sur le fait accompli, ça fait plaisir de savoir que ça marque les dix ans du groupe, mais en vrai, ce n’était pas voulu.

Le titre Glory Or Nothing – la gloire ou rien – fait-il référence à ce que vous cherchez à acquérir en tant que groupe ?

Nous sommes toujours bêtes quand nous composons. C’est-à-dire que nous aimons bien avoir un titre d’album qui se réfère à un morceau de l’album. Au lieu de choisir le titre de l’album avant de composer les musiques, nous faisons tout à l’envers. C’est-à-dire que nous composons nos musiques, nous avons les titres de nos chansons et après, nous regardons dans les titres de nos chansons quel est celui qui pourrait le mieux correspondre à un titre d’album. Celui qui sonnait le mieux, le plus concis, qui avait la plus belle force de frappe pour nous, c’était Glory Or Nothing. C’est donc pour ça que nous l’avons choisi, et aussi parce que ça représente un peu notre philosophie quand nous faisons notre musique. « Glory » c’est un peu gros comme mot, mais l’idée c’est surtout de se dire que soit on fait les choses à fond, soit on ne fait rien.

Adrien : Dans notre train de vie personnel, nous avons déjà cette façon de penser.

Anthony : Bien sûr, il y a des gens qui vont croire que « soit ils obtiennent la gloire avec cet album, soit ils arrêtent ». Mais non, ce n’est pas l’idée [rires].

Vous avez la réputation de maltraiter vos Marshall et de jouer avec une énergie brute. Comment travaillez-vous vos riffs et vos solos pour donner cette intensité à vos morceaux ?

C’est un style qui est vraiment basé sur la guitare avant tout. Quand nous composons un morceau, ce qui compte, le vrai squelette, c’est les riffs de guitare. Nous composons donc d’abord les guitares, ensuite les basses, la batterie qui suit forcément, et le chant en tout dernier. Après, pour ce qui est du son, nous avons la chance d’être entourés d’une bonne équipe, nous avons des ingés son avec nous. Forcément, nous avons nos goûts personnels pour nos sons de guitare ; nous aimons bien avoir un son simple, surtout. Notre critère est d’avoir le son le plus simple possible. Et après, pour que ça rende bien sur scène, nous guidons un peu nos ingés son.

« La règle numéro un pour nous est qu’il doit toujours y avoir de l’autodérision ; c’est vraiment notre objectif dans la vision du groupe. Si, par exemple, nous utilisons des filles dans un clip, il faut qu’on se foute de la gueule du mec à la fin. »

Adrien : Nous aimons garder ce côté un peu 70s mais nous insistons beaucoup sur le côté moderne aussi. Ce n’est pas évident de garder un son 70s ou 80s mais avec, même pas une petite touche, mais une grosse touche moderne.

Anthony : C’est ça notre formule : c’est un peu comme si t’enregistrais des chansons taillées pour les années 80 mais avec les moyens et la puissance que tu peux mettre sur un album aujourd’hui. Comme c’est une musique que nous essayons de rendre la plus énergique possible, forcément, nous considérons que si les gens viennent nous voir en concert, c’est aussi pour qu’il se passe un truc visuellement. C’est pour ça que nous essayons d’avoir sur scène une attitude qui suit l’énergie des musiques. Avec l’âge, c’est de plus en plus difficile [rires], mais nous faisons de l’exercice, nous essayons de nous entretenir un minimum.

Vos principales influences sont les gros groupes australiens – AC/DC, Airbourne, Rose Tattoo. La conquête de l’Australie est-elle pour bientôt pour Overdrivers ?

Ce n’est pas encore fait, mais nous aimerions bien [rires].

Adrien : Partout où nous pourrons aller, nous irons, c’est sûr.

Anthony : C’est marrant, parce que les influences australiennes, au départ, ce n’était pas voulu. Nous ne nous sommes pas dit : « Tiens, on va faire un groupe de rock australien. » C’est sûr qu’à la base, nous sommes fans du style AC/DC. Quand nous avons commencé à composer nos morceaux, nous ne nous sommes pas dit : « Allez, on va faire de la musique à la AC/DC. » C’est juste que quand nous branchions nos guitares, nous voulions un son pur, avec de bons riffs accrocheurs et de gros refrains. Forcément, quand on mélange tout ça, ça sonne comme du rock australien.

Beaucoup vous comparent à Airbourne, en l’occurrence. Est-ce un challenge pour vous de marquer votre propre identité sonore tout en restant attachés à vos racines ?

Ce qui est dur, c’est de détacher les gens de cette image-là. Un groupe comme AC/DC a été comparé à Chuck Berry au début de sa carrière. Ensuite, Airbourne est arrivé et on a dit que c’était du AC/DC. Et maintenant, on nous dit que nous faisons du Airbourne. Donc quand tu réfléchis et fais le cheminement inverse, ça veut dire qu’Airbourne avait peut-être un truc particulier que les gens ne voulaient pas reconnaître, et idem pour AC/DC.

Adrien : Ça veut dire que nous, nous ressemblons à Chuck Berry [rires].

Anthony : Il faut savoir que ce sont nos influences principales et c’est vrai que sur les premiers albums, comme les gens nous disaient que c’était ce style-là, nous avons été inconsciemment influencés et nous nous freinions peut-être un peu. C’est-à-dire que si nous composions un truc qui ne sonnait pas rock australien, nous nous disions que peut-être nous n’allions pas le mettre sur l’album parce que ça n’allait peut-être pas nous ressembler. Alors que là, et c’est peut-être aussi le fait que nous avons eu plus de temps pour écrire cet album, nous nous sommes dit peu importe, tant que ce que nous faisons nous plaît.

Adrien : Pour le troisième album, nous n’avons pas mis de barrière comme pour les précédents.

Anthony : Nous avons vraiment mis tout ce que nous aimions et c’est pour ça que, même s’il y a encore la base australienne, il y a aussi des trucs qui ne sonnent pas du tout australiens, tout en essayant de faire un album qui soit homogène.

Justement, comptez-vous davantage exploiter vos autres influences à l’avenir ?

Sans doute, mais je ne pense pas que ce sera un objectif en soi. Par contre, nous continuerons dans cette voie, en nous disant « on aime, on le fait », car c’est une méthode de travail que nous aimons bien. En plus, ça nous permet d’avoir un album qui est beaucoup plus hétérogène et qui plaît à des types différents de personnes. Le bon exemple, c’est quand nous avons demandé l’avis des gens pour définir les singles. Il faut savoir qu’il y a une petite anecdote marrante sur la définition des singles : quand nous avons reçu toutes les pistes enregistrées, nous nous sommes posés chacun dans notre coin, nous avons écouté et nous avons essayé de classer les musiques qui étaient, à notre goût, un peu plus costauds que les autres pour faire un single. Nous nous étions tous mis d’accord sur une musique en particulier, sauf qu’avant de nous décider vraiment, nous nous étions dit que nous allions quand même demander à un panel de copains qui ont des goûts très différents.

Adrien : Nous étions presque décidés. A la base, nous étions partis sur « Glory Or Nothing », pour que ce soit vraiment le single, le clip, etc. On a toujours un peu de mal à être objectif sur son travail, dans n’importe quel art, et avec Anthony, nous nous étions dit que nous allions contacter des gens proches, des consommateurs de musique, chroniqueurs, musiciens… Nous avions envoyé l’album à une vingtaine de personnes, à des gens de confiance, et nous leur avions demandé leur top trois. Nous leur avons dit : « Soyez honnêtes, ne dites pas ce qu’on veut entendre, c’est pour nous aider. »

« Nous sommes un groupe qui vient d’un petit village du Nord, nous sommes entourés de vaches. Quand nous répétons, nous n’embêtons personne parce que nous jouons à côté du cimetière – les voisins ne se plaignent jamais, c’est l’avantage [rires]. »

Anthony : Il s’avère que dans les tops trois, il y a eu toutes les chansons de l’album qui sont retombées à un moment donné, sauf les musiques que nous avions choisies.

Adrien : Celles qui étaient le plus revenues étaient « Meet The Monsters » et « Guitar Playboy », deux musiques qu’il ne nous était pas du tout venu à l’idée de mettre en singles.

Anthony : Ce qu’il y avait de bien est que nous avions une musique traditionnelle, « Guitar Playboy », qui sonne vraiment comme le rock que nous faisions avant, et « Meet The Monsters », qui montre que nous avons vraiment mis de nouvelles influences dans cet album. Nous avons trouvé que ça le représentait bien ; il y a à la fois du traditionnel et de la nouveauté. La stratégie a été donc de sortir le morceau le plus traditionnel en premier, comme ça nous ne perdons pas les fans de la première heure et ils sont rassurés sur ce qui va venir dans l’album, et leur apporter de la surprise avec le deuxième extrait.

On retrouve un côté très de film d’horreur dans le clip de « Meet The Monsters ». Est-ce une esthétique que vous aimeriez continuer à exploiter ?

Ça dépendra des opportunités. Nous avons fait comme nous faisons tout le temps, c’est-à-dire que nous faisons ce que nous aimons. Il faut savoir que nous sommes des gros fans des années 80 et des films d’horreur de cette décennie. Le truc avec « Meet The Monsters » est que le texte s’y prêtait particulièrement. En plus, nous avions envoyé l’album au réalisateur, Julien Metternich, et il avait flashé un peu sur la thématique de cette chanson en disant : « Les gars, on va pouvoir faire vraiment un truc bien. » Il était inspiré pour faire un film d’horreur, un peu dans le style de ceux des années 80. C’est comme ça que ça a été choisi. Après, est-ce que nous allons volontairement refaire des clips d’horreur ? Je ne sais pas ! C’est possible, mais ça dépendra des opportunités.

Adrien : Si le thème d’un titre s’y prête. Ça rejoint ce que nous disions tout à l’heure, ce n’est pas l’objectif en soi.

Anthony : L’avantage est qu’en ayant l’approche que nous avons, nous ne savons pas à quoi ressembleront les prochains clips.

Avec « Guitar Playboy » en premier extrait puis ce titre, qu’est-ce qui vous a le plus marqués dans les réactions du public et des critiques ?

Forcément, nous nous disons que c’est bien, que nous allons proposer un truc un peu nouveau, nous sommes un peu fiers de nous, mais nous n’en menons pas large quand même, car nous ne savons pas comment ça va être accueilli. Or nous avons eu une bonne surprise : ceux qui sont fans de nous pour notre côté traditionnel ont malgré tout super bien accueilli ce titre. Nous avons eu les retours que nous espérions avoir.

Votre clip pour « Guitar Playboy » voit un groupe que l’on imagine célèbre en train de jouer entouré de filles sexy et très « tactiles ». Finalement, à la fin, on se rend compte que c’est toi, Adrien, qui rêvait. Vous jouez avec les clichés du hard rock des années 80 en tournant le groupe en dérision. Derrière l’humour, dans quelle mesure ça reflète les rêves que vous aviez en montant ce groupe et, finalement, vos désillusions ?

Un clip comme « Guitar Playboy » ne représente pas vraiment les rêves que nous avions. Le but, en faisant un clip comme ça, c’était justement d’illustrer le cliché du rock comme on se l’imagine. Bien sûr, nous avons été élevés avec les clips… Enfin, j’allais dire les clips des années 80… Nous n’avons pas été élevés avec ça, mais disons que la musique que nous aimons, c’est celle qui était très cliché. Nous avons mis des murs d’amplis parce que c’est vrai que ça, c’est le rêve de tout guitariste de rock. Pour le coup, ça représente bien l’image que nous nous faisions du groupe. Pour les filles, il faut faire attention, parce que maintenant, on n’est plus dans les années 80, on ne peut plus renvoyer une image de la même manière qu’un groupe comme Mötley Crüe quand, par exemple, ils filmaient un club de strip-tease juste pour avoir des filles qui dansaient. La règle numéro un pour nous est qu’il doit toujours y avoir de l’autodérision ; c’est vraiment notre objectif dans la vision du groupe. Si, par exemple, nous utilisons des filles dans un clip, il faut qu’on se foute de la gueule du mec à la fin.

« Quand nous composons, nous avons toujours une projection, une vision, comme si nous jouions devant un public. Si nous nous disons que le public va remuer la tête, c’est que le riff est bon. »

Adrien : C’est pour ça qu’à la fin on se fout de ma gueule [rires].

Anthony : C’est tombé sur toi [rires].

Comme vous l’avez dit, l’époque n’est plus la même que dans les années 80. Il n’y a plus la même insouciance, les mêmes mœurs, etc. Le regrettez-vous ?

Non, il faut vivre avec son époque. De ce côté-là, il y a eu de très gros progrès. Il faut faire avec son temps et dans la direction que ça part, c’est très bien.

Sur l’album, on retrouve le titre « Overdrivers » qui fait écho au nom du groupe. En quoi cette chanson résume-t-elle votre identité ? Y a-t-il des éléments autobiographiques dedans ?

Ça résume notre identité, déjà, dans la forme de la musique. Il y a un riff très simple mais qui matraque. C’est le genre de musique que nous avons toujours voulu faire. Ensuite, il y a un gros refrain qui est répété. C’est vraiment notre identité musicale. Ensuite, pour ce qui est du côté autobiographique : ça raconte notre histoire. Nous sommes un groupe qui vient d’un petit village du Nord, nous sommes entourés de vaches – comme nous le disons dans la musique, d’ailleurs, nos voisins sont des vaches ! Pour la petite anecdote, quand nous répétons, nous n’embêtons personne parce que nous jouons à côté du cimetière – les voisins ne se plaignent jamais, c’est l’avantage [rires]. Ce sont les idées que nous voulions mettre dans cette chanson : nous venons vraiment de nulle part. Même dans nos familles…

Adrien : Nous ne sommes pas issus d’une famille de musiciens. Nous nous sommes vraiment faits tout seuls.

Anthony : Nous sommes des passionnés qui ont commencé dans un garage. Pour le coup, tout est autobiographique dans la chanson.

L’album est très intense, avec des morceaux comme « Guitar Playboy » ou « In Fear, Blood And Fire ». Est-ce que l’énergie de ces titres est une représentation de votre approche live, ou est-ce que vous cherchez à capter une autre dimension en studio ?

C’est toujours la vision live. Avant même d’être en studio, quand nous composons une musique, un riff… Bien sûr, tu n’es pas toujours avec ton mur d’amplis en train de composer sur ta guitare avec le son à fond dans la figure. Des fois, tu composes un riff alors que tu es dans ton salon en slip sur une guitare sèche, donc il faut se projeter. Quand nous composons, nous avons toujours une projection, une vision, comme si nous jouions devant un public. Quand nous composons un riff, nous nous imaginons comment va réagir le public, s’il va remuer la tête… Si nous nous disons que le public va remuer la tête, c’est que le riff est bon. Pareil pour un refrain : quand nous en composons un, nous nous imaginons en train de le chanter devant un stade qui le chante et comment ça rendrait.

Adrien : Il faut qu’il soit facile à retenir et que ce ne soit pas compliqué à chanter.

Anthony : La vision que nous avons quand nous partons enregistrer en studio, c’est celle de morceaux taillés pour fonctionner en live. Le but du studio, pour nous, est d’avoir une empreinte de notre musique la plus parfaite possible. Nous enregistrons instrument par instrument. Il y a certains groupes qui enregistrent live en studio, c’est-à-dire qu’ils jouent tous en même temps. Nous, nous enregistrons d’abord la batterie, ensuite une guitare, ensuite l’autre… Et nous mixons tout à la fin. Mais ce que nous demandons au mix, c’est d’avoir ce rendu live parce que nous considérons que notre musique doit être avant tout écoutée en live.

Est-ce qu’un jour vous aimeriez essayer cette captation live ?

Nous l’avons déjà fait, pas pour sortir un album, mais pour travailler du son. Comme notre vision est d’avoir la version la plus parfaite d’une musique sur un CD, je ne pense pas que nous ferons des captations live pour un album. Par contre, des captations live de concert, c’est possible, nous pourrions le faire.

« Comme nous essayons d’avoir la version la plus parfaite de notre musique, ça veut dire que quand tu es en studio, tu dois faire la prestation de ta vie sur la chanson en question. Nous sommes constipés quand nous enregistrons ! Nous sommes tout serrés, tout tendus. C’est usant ! »

Quand vous êtes en studio, quel genre d’ambiance essayez-vous de créer pour enregistrer ? Est-ce que vous vous laissez parfois aller à l’improvisation ou tout est très carré ?

Tout est très carré. Nous détestons aller en studio parce que, justement, nous jouons du rock qui est une musique assez fun à jouer et sur scène, nous bougeons beaucoup. Nous aimons bien ne pas avoir à trop réfléchir à ce que nous jouons. Mais en studio c’est horrible. Comme je te disais, comme nous essayons d’avoir la version la plus parfaite de notre musique, ça veut dire que quand tu es en studio, tu dois faire la prestation de ta vie sur la chanson en question. En plus, tu as un casque, donc tu entends tous les pains que tu peux faire. Nous sommes constipés quand nous enregistrons ! Nous sommes tout serrés, tout tendus. C’est usant !

Adrien : Nous sommes plus des mecs de live que de studio.

Anthony : Nous sommes toujours contents de partir en studio, parce que c’est toujours une aventure, tu vas créer un truc qui te tient à cœur, etc. mais nous sommes toujours très soulagés d’en sortir quand on nous dit : « C’est bon, vous avez fini ! » Être en studio est beaucoup plus fatigant pour nous que d’être sur scène, il n’y a même pas de comparaison.

Vous êtes désormais signés sur le label Roar Records. Qu’est-ce que ça change pour vous, tant au niveau créatif qu’au niveau de la gestion de la carrière du groupe ?

Ça a eu beaucoup d’impact sur notre visibilité. Quand nous avons signé chez Roar, nous avions déjà sorti le clip de « High Mountains » qui était à vingt mille vues sur YouTube. Depuis, il a atteint le million de vues. Comme c’est un label qui est à la fois grec et allemand, il nous a ouvert une bonne distribution sur le marché allemand, et c’est d’ailleurs pour ça, je pense, que nous sommes énormément écoutés en Allemagne. Là, nous venons de franchir un « nouveau palier » : Roar a été intégré à un plus gros label américain qui est RPM. RPM qui a Stratovarius, Kerry King, etc. Nous sommes donc un peu à la croisée des chemins. Nous attendons de voir ce qu’il va se passer, mais normalement de bonnes choses vont arriver, parce que nous sommes dans une structure encore plus importante.

Avez-vous envisagé des collaborations avec d’autres artistes ou groupes pour de futurs projets ? Ou est-ce que vous préférez garder une approche purement indépendante pour Overdrivers ?

Pour l’instant, nous avons plus une vision indépendante. En tant que musiciens, nous avons toujours eu la vision de jouer en groupe sans nous « mêler » aux autres [rires]. Après, nous ne sommes pas fermés non plus, suivant les collaborations, mais nous n’en avons jamais eu l’opportunité.

Adrien : Quand nous disons que ce n’est pas prévu, ce n’est pas que nous sommes contre. C’est juste que, comme Anthony vient de dire, nous n’avons jamais eu l’opportunité. Nous n’avons jamais eu de proposition intéressante non plus et nous n’en avons jamais vraiment parlé.

Vous avez plusieurs dates de concerts prévues en France, avec une tournée qui s’annonce haute en énergie. Quel type de préparation physique et mentale faites-vous avant de monter sur scène ?

Anthony : En parlant de préparation physique, je viens de retourner à Basic Fit cette semaine [rires]. Ça fait des mois que je n’y étais pas allé, donc là, dans deux mois nous repartons en tournée, j’ai un peu de bidoche qui s’est accumulée, je sais que ça va être compliqué… D’habitude, quand je reprends, je fais un peu de course à pied, mais là, j’ai tellement pris de bidoche que je me dis que je vais juste marcher vite sur le tapis pour commencer [rires]. J’ai donc deux mois pour me mettre en forme. Tu vois la préparation dans Rocky quand il va combattre Drago, qu’il soulève des troncs d’arbre ? C’est un peu ça, sauf que nous au lieu d’être à la montagne, nous sommes à Basic Fit. Par contre, il faut maintenir un peu le mythe rock’n’roll, le fait que nous ne faisons que picoler, etc. Il ne faut donc surtout pas dire que nous faisons du sport [rires].

Interview réalisée en visio le 24 janvier 2025 par Aurélie Cordonnier.
Retranscription & traduction : Aurélie Cordonnier.
Photos : Kalimba Mendes ().

Site officiel d’Overdrivers : www.overdriversrock.com/

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