Soixante ans. Combien d’artistes peuvent prétendre à une telle longévité ? C’est pourtant bien le nombre d’années qui se sont écoulées depuis qu’un ado de dix-sept ans de Hanovre, un certain Rudolf Schenker, a monté un petit groupe du nom de Scorpions, rejoint quatre ans plus tard par son frère Michael et le chanteur Klaus Meine. C’était le début d’une longue et mouvementée aventure : des années 70 formatrices au nouveau souffle des années 2010, en passant par l’âge d’or des années 80 et une seconde partie des années 90 plus difficile, où le groupe a dû se perdre pour se retrouver – comme nous l’expliquaient Rudolf Schenker et Matthias Jabs en 2022 –, le succès ne sera jamais réellement démenti, avec les tubes planétaires gravés dans l’inconscient collectif que sont « Rock You Like A Hurricane », « Still Loving You » ou « Wind Of Change ».
La plus célèbre des formations allemandes a naturellement voulu marqué le coup cette année : grosse tournée des soixante ans (qui elle même faisait suite à cette des quarante ans de l’album Love At First Sting l’année dernière), suivie d’un best of, lui-même enchaîné par le live Coming Home Live enregistré en juillet dernier sur leurs terres natales, à Hanovre, face à quarante-cinq mille fans de toutes générations. L’occasion idéale pour, à la fois, remonter le temps et faire le point sur l’avenir avec un Klaus Meine humble, qui garde étonnement les pieds sur terre et la motivation de prolonger le périple : une tournée est d’ores et déjà prévue l’année prochaine, avec notamment trois dates en France, les 14, 17 et 20 juillet à Lyon, Paris et Strasbourg.
« C’était une époque folle, sans me douter que soixante ans plus tard, je serais assis ici à raconter à nos fans en France comment tout a commencé. C’est assez surréaliste quand on y pense ! »
Radio Metal : L’album Coming Home Live a été enregistré en juillet à Hanovre, là où tout a commencé pour le groupe il y a soixante ans. C’est très symbolique de le faire dans sa ville natale. Vous avez d’ailleurs une chanson intitulée « When You Know (Where You Come From) » sur l’album Rock Believer. Alors, malgré votre immense succès, pensez-vous n’avoir jamais oublié vos origines ? Avez-vous toujours eu le sentiment d’être restés proches de vos racines ?
Klaus Meine (chant) : Oui, je crois que c’est important. Surtout quand tu joues sur la scène internationale depuis tant d’années, c’est important de toujours revenir chez soi et ne pas oublier où on a commencé. Et je dis ça pas seulement pour ce concert anniversaire qui s’est tenu en juillet, mais de façon générale. C’est bien de ne pas oublier comment tout a commencé, quand on était tout en bas et que le chemin vers le sommet était encore très long. Quand on se rapproche du sommet, il est important de se souvenir de ses premiers pas. Ça permet de garder un bon équilibre.
Est-ce finalement là, la clé de la longévité ?
C’est l’une des clés, absolument, car les racines offrent un ancrage. Il y a la famille, les amis… C’est quelque chose qu’on ne peut pas emporter ailleurs. Au milieu des années 80, il y a eu une période où nous pensions que ce serait cool de vivre en Amérique, car notre maison de disques était à New York, nous tournions nos clips à Hollywood, nous tournions six mois d’affilée aux Etats-Unis, etc. Nous nous sommes alors dit que, pour nos affaires, ce serait peut-être une bonne idée de s’installer là-bas. Puis nos enfants sont nés, Matthias [Jabs] a eu un fils, j’ai eu un fils, et nous ne voulions pas déménager nos familles dans un quartier résidentiel fermé en Californie ou ailleurs. Le fait de rester en Europe, en Allemagne, était une décision qui a été prise pour nos familles. Avec le recul, c’était la bonne décision. Donc oui, c’est peut-être l’une des raisons qui expliquent notre longévité, mais plus encore que ça, c’est l’alchimie au sein du groupe, avec la colonne vertébrale que nous constituons Rudolf, Matthias et moi. Nous avons fait un si long chemin ensemble, c’est un parcours incroyable pour un groupe allemand : nous avons fait voyager notre musique à travers le monde, nous avons créé des ponts entre différentes cultures, etc. Quand on y pense, c’est surréaliste de se dire que nous avons réussi. Ça fait du bien, mais c’est aussi important que ça ne nous monte pas à la tête. Quand nous revenons en Allemagne, à la maison, c’est un bon moyen de garder les pieds sur terre, de ne pas devenir fou dans cette vie rock n’ roll complètement dingue.
Rudolf a fondé Scorpions en 1965, et tu l’as rejoint en 1969. Quels souvenirs gardes-tu de cette année où tu as intégré le groupe qui allait être toute ta vie ?
Je regardais Scorpions à leurs débuts, au milieu des années 60, et Rudolf me regardait jouer avec mes groupes, comme par exemple les Mushrooms. Ensuite, j’ai intégré un groupe avec Michael Schenker, le frère de Rudolf, baptisé Copernicus. Nous nous observions mutuellement de près. Par exemple, nous avions la même salle de répétition. Rudolf écoutait ce que son petit frère faisait. Nous étions assez surpris et excités de voir à quel point… Déjà à l’époque, ils avaient une sorte de management et du super matos, ils faisaient des dates dont nous ne pouvions que rêver, dans des salles à Hambourg ou dont nous n’avions jamais entendu parler car trop loin d’Hanovre [petits rires].
Ils ont notamment joué au Beat Club de Langelsheim qui n’est pas très loin, c’est peut-être à une heure de route. C’était un club où jouaient tous ces groupes britanniques qu’on retrouvait aussi au Star-Club de Hambourg – le Star-Club était un lieu mythique où les Beatles ont débuté, Jimi Hendrix a joué, ainsi que Fats Domino et bien d’autres. Ils sont donc allés au Beat Club de Langelsheim et c’était vraiment cool. Pour un jeune groupe de Hanovre, ce n’était pas simple de jouer là-bas, il y avait de la concurrence avec les groupes anglais. Je me souviens que ce concert s’est tenu lors du réveillon du Nouvel An 1969, et c’est là que Rudolf a demandé à son frère Michael et à moi de rejoindre Scorpions. Jusqu’à ce moment-là, ils n’avaient jamais eu de véritable chanteur. Je ne sais pas comment ils ont fait. Je crois que Rudolf tournait le dos au public et marmonnait quelque chose… [Rires]. Je n’ai aucune idée de comment ils ont survécu pendant ces premières années, mais ils expérimentaient beaucoup. Je crois même qu’à un moment donné, ils ont eu un saxophoniste ! Mais Rudolf regardait Copernicus, le groupe de son petit frère, et bien sûr, ils m’avaient déjà entendu chanter avant ça, donc c’était la suite logique que nous joignons nos forces.
« Rudolf croyait qu’un jour nous serions l’un des trente groupes les plus populaires au monde. Beaucoup de gens n’y croyaient pas, en riaient. Mais Rudolf avait raison ! Nous avons gardé le cap. »
Je connaissais un petit peu Rudolf et une fois, mon véhicule est tombé en panne, j’avais un pneu crevé. Je n’avais pas les outils pour changer le pneu du combi Volkswagen, celui que nous utilisions pour transporter le matériel pour les concerts. Je ne savais pas quoi faire, alors j’ai appelé Rudolf qui est venu avec sa voiture, genre quarante minutes plus tard. J’ai entendu une voiture arriver en trombe au coin de la rue [rires]. Il a fait un super boulot pour changer ce pneu crevé. Je me suis dit que c’était un mec cool ! Ça n’avait strictement rien à voir avec la musique. J’ai juste vu que c’était un chouette gosse, un type super. Je l’ai bien aimé en tant que personne. C’est ainsi que nous avons lié une amitié et que Rudolf m’a ensuite demandé de rejoindre Scorpions. C’était une évidence. J’ai dit que j’étais honoré et que j’allais les rejoindre. Puis nous avons commencé à prendre les choses plus au sérieux. Au lieu de juste jouer dans des petits clubs le week-end, nous avons essayé de trouver de plus grosses dates. Puis nous avons essayé de signer un contrat avec une maison de disques. C’était une époque folle, sans me douter que soixante ans plus tard, je serais assis ici à raconter à nos fans en France comment tout a commencé. C’est assez surréaliste quand on y pense !
Comment un groupe comme Scorpions a-t-il fait pour gérer six décennies d’évolutions et de tendances musicales, et la pression qui en découlait parfois pour rester pertinent ?
Au début, la pression était plutôt de trouver le bon line-up pour le groupe. Après notre premier album, Michael a quitté le groupe pour rejoindre U.F.O. en Angleterre, puis il y a eu régulièrement des changements de batteur. C’était un vrai casse-tête de trouver les bons musiciens, et de trouver des gens qui avaient la même vision, la même émotion, la même passion pour le rock n’ roll. Ce n’était pas si simple. Puis quand vous aviez l’impression d’être sur la bonne voie, encore un gars quittait le groupe et il fallait, une nouvelle fois, trouver un nouveau guitariste ou un nouveau batteur. Ce n’était pas simple, mais nous avions toujours cette colonne vertébrale dans le groupe qui, à l’époque, était Rudolf et moi. Uli Jon Roth et Francis Buchholz nous ont rejoints. C’était l’étape suivante ; nous avons traversé les années 70 avec une formation fabuleuse.
Pour ce qui est des modes, déjà à nos débuts, à l’époque dont on vient de parler, le krautrock était partout, même si c’est devenu vraiment populaire bien plus tard, avec Kraftwerk, Tangerine Dream et bien d’autres. Certains ont eu un énorme succès, mais c’était un truc typiquement allemand. Plus tard, c’était le punk, la musique alternative, etc. Il y avait donc tout le temps des changements dans la culture musicale, et il fallait faire avec. Quand nous avons débuté, même si notre anglais n’était pas terrible, nous avons voulu écrire des textes en anglais, nous voulions chanter en anglais sur ce rock très axé sur la guitare. Pour nous, ça ne sonnait bien qu’avec des paroles en anglais. Peu importe le sens, c’était surtout une question de son, d’un ensemble, d’un tout. Voilà pourquoi nous avons fait ce choix, et nous n’avons jamais changé. Avec le recul, c’était le ticket qui nous a permis de nous rendre dans plein de pays différents, de venir en France, d’allers au Royaume-Uni, puis plus tard au Japon, en Amérique, etc. Sans les paroles en anglais, nous aurions été un groupe allemand qui ne jouerait qu’en Allemagne ou dans les pays germanophones, comme l’Autrice ou la Suisse. Nous avons donc eu très tôt cette vision internationale.
Rudolf, en particulier, croyait qu’un jour nous serions l’un des trente groupes les plus populaires au monde. Beaucoup de gens n’y croyaient pas, en riaient. Mais Rudolf avait raison ! Nous avons gardé le cap. Nous avons traversé des hauts et des bas au cours de toutes ces années, et aujourd’hui, nous fêtons soixante ans de Scorpions. C’est vraiment agréable de repenser au chemin parcouru. Nous avons sans doute fait quelques bons choix, notamment en trouvant le bon équilibre avec les tournées. Être un groupe de scène a toujours été notre priorité. L’objectif principal a toujours été de se constituer une communauté de fans à travers le monde. La composition était aussi très importante et quelque chose de très spécial entre Rudolf et moi. Nous avons mis en place notre tandem créatif : j’écrivais les paroles, lui la musique. Dans les années 70, nous avions Uli Jon Roth qui était aussi un grand compositeur – « The Sails Of Charon », « Polar Nights », etc., il a fait de superbes chansons – et un guitariste incroyable. Nous avons eu la chance d’avoir Michael Schenker au tout début, et qu’il soit revenu pour Lovedrive, apportant un peu de ses lignes de guitares géniales. Nous avons de la chance d’avoir eu ces extraordinaires guitaristes qui ont inspiré toute une génération, de Metallica à The Smashing Pumpkins.
« Toute cette génération d’artistes, nous aurons un jour tous disparu, mais ce n’est pas la fin du rock n’ roll. Je trouve que l’avenir du rock n’ roll est entre de bonnes mains. »
Au fil des années, comme je l’ai dit, nous avons eu des hauts et des bas. Par exemple, faire face à la scène musicale alternative des années 90 a été assez difficile. Beaucoup de groupes ont abandonné, se sont séparés. Nous sommes revenus avec l’album Moment Of Glory en 2000, en compagnie de l’Orchestre philharmonique de Berlin, puis Unbreakable. Nous étions de retour au rock n’ roll. Nous avons continué sur notre lancée. Le groupe n’arrêtait pas de grandir. Nous avons joué non seulement en Amérique, mais aussi dans l’Union soviétique à la fin des années 80. Nous emmenions notre musique partout dans le monde. Et bien sûr, juste à côté, en France, nous avons eu un énorme succès avec « Still Loving You ». Aujourd’hui encore, chaque fois que nous jouons en France, nous nous sentons très liés au public. Je ne compte plus le nombre de concerts que nous avons donnés en France au fil des années, mais il y en a eu énormément et nous prenons toujours autant de plaisir.
Evidemment, on n’a pas la même forme physique après soixante ans de carrière qu’au début. Le corps ne réagit plus de la même manière, et j’imagine que c’est d’autant plus vrai pour un chanteur. Comment t’adaptes-tu ?
C’est une autre histoire. Evidemment, on devient chaque année plus vieux, et Dieu sait combien de temps nous pourrons encore faire ça à ce niveau. J’ai subi trois fois une opération du dos l’année dernière. Sur les réseaux sociaux, certains disent : « Klaus, ta voix est toujours superbe, mais ta façon de bouger… Qu’est-ce qui ne va pas ? » Je vais vous dire ce qui ne va pas : trois opérations du dos. Ça change toute ta vie. Je suis heureux de pouvoir encore donner des concerts et que nous ayons fait ce soixantième anniversaire à Hanovre le 5 juillet ensemble. Je ne le tiens pas pour acquis. Je suis très reconnaissant d’avoir eu la chance de surmonter ce moment très difficile de ma vie. Je tiens encore bon, je garde la forme. Mais oui, on vieillit d’année en année, et toute cette génération d’artistes… C’est tellement triste de voir le dernier concert de Black Sabbath et d’Ozzy. Enfin, c’est super qu’il ait eu l’occasion de dire au revoir à ses fans, que Dieu le bénisse. Nous avons aussi partagé de nombreux concerts avec lui. Toute cette génération d’artistes, nous aurons un jour tous disparu, mais ce n’est pas la fin du rock n’ roll. Quand je vois des collaborations comme celle de Yungblud avec Steven Tyler, Aerosmith, je trouve ça vraiment cool. C’est la rock star de demain, c’est lui, il assure ! Je l’aime beaucoup. Je trouve que l’avenir du rock n’ roll est entre de bonnes mains. Certains d’entre nous ne seront bientôt plus là, c’est comme ça. Reste que nous vieillissons, certes, mais nous restons jeunes de cœur à chaque fois que nous montons sur scène, où que ce soit. Je me souviens du show que nous avons donné à Paris cette année, en juin. C’était tout simplement fantastique à Bercy. C’était le bon moment pour remercier tous nos fans français, car ce lien avec notre public français est extrêmement précieux pour nous.
Et vous avez déjà trois dates supplémentaires en France pour l’année prochaine…
Oui, on dirait bien ! Le truc, c’est que, surtout après une année comme celle-ci, passée à fêter soixante ans de carrière, on pourrait dire que c’est le bon moment d’arrêter. Oui, c’est possible, mais nos agents débarquent, genre : « Eh les gars, que pensez-vous de ça ? Ça vous dirait de jouer là-bas ? » Personne dans le groupe ne dit : « Non, les gars, je fais une pause maintenant » ou « C’est bon, c’est fini pour moi » [rires]. Peut-être que nous devrions, à un moment donné. Le moment où nous disons que nous arrêtons pourrait arriver bientôt, on ne sait jamais, mais là tout de suite, surtout après avoir vécu l’année que nous avons vécue, nous sommes tous très motivés. Et bien sûr, le fait d’avoir un batteur aussi puissant que Mikkey Dee dans le groupe, ça apporte une énergie nouvelle. C’est tellement amusant de jouer avec Mikkey et Paweł [Mąciwoda]. Nous avons l’habitude d’être des bosseurs. Nous aimons partir jouer. Après tout, c’est notre vie. Tout arrêter, c’est dur, c’est vraiment difficile. Nous ne sommes pas accros comme des toxicos, mais raccrocher les gants après une si longue carrière, c’est un sacré défi.
C’était justement ma question suivante : peu de groupes ont connu une carrière aussi longue, alors combien d’années pensez-vous pouvoir continuer ?
Je n’y pense pas du tout. Comme nous l’avons toujours dit : tant que les Rolling Stones sont là, tant qu’ils donnent encore des concerts, c’est impossible pour nous d’arrêter [rires]. Car c’est un bon exemple, c’est une génération encore avant nous. Les Stones ont plus de quatre-vingts ans et ce serait incroyable s’ils partaient en tournée l’année prochaine, or c’est ce que dit la rumeur, qu’ils reviendront l’année prochaine. Ce serait fantastique. Je ne sais pas si nous, nous pourrons continuer après nos quatre-vingts ans, je n’en ai aucune idée. Je sais ce que c’est aujourd’hui à soixante-dix-sept ans. C’est un bon chiffre, un double sept, c’est pas mal ! [Petits rires] Mais espérons que nous pourrons tenir le coup et profiter encore un bon moment du cirque du rock n’ roll.
« Là tout de suite, surtout après avoir vécu l’année que nous avons vécue, nous sommes tous très motivés. […] Tout arrêter, c’est dur, c’est vraiment difficile. Nous ne sommes pas accros comme des toxicos, mais raccrocher les gants après une si longue carrière, c’est un sacré défi. »
On peut se poser la question de la suite, car tu as récemment déclaré que de nos jours, ce n’était plus vraiment le moment de faire des albums. Regrettes-tu que ce type d’expérience soit progressivement en train de disparaître ?
Oui et non. Ces deux dernières années, nous avons été sur la route pour promouvoir Rock Believer, notre dernier album, qui a d’ailleurs connu un grand succès. C’est une bonne raison pour, à un moment donné, retourner en studio et peut-être enregistrer quelques chansons. On n’est pas obligé de penser à un album entier avec douze à quinze chansons. De nos jours, avec le streaming, je pense que les fans apprécieraient qu’il y ait deux ou trois nouveaux morceaux de Scorpions. C’est un processus. J’ai commencé à écrire des textes et je sais que Rudolf est en Thaïlande en ce moment, pour l’hiver, avant que nous reprenions la route l’année prochaine. Il a un studio en Thaïlande et je n’arrête pas de lui envoyer des paroles. On verra si le génie frappe à nouveau !
Pour finir sur une note peut-être un peu plus politique : pour « Wind Of Change », tu avais été inspiré par votre participation au Moscow Music Peace Festival en pleine guerre froide. Avec tout ce qui se passe aujourd’hui, notamment avec la Russie, écrirais-tu la même chanson ?
Bien sûr que non. Je ne pourrais pas écrire la même chanson aujourd’hui, car à l’époque, une fenêtre s’ouvrait vraiment pour la liberté, la paix et l’unité. A bien des égards, l’avenir était radieux après toutes ces années de séparation, de guerre froide, de mur de Berlin, de tant de gens qui se faisaient tirer dessus en tentant de fuir la RDA, de franchir le mur… C’était un moment où tout était possible, où la liberté et la paix étaient enfin possibles. C’est exactement le message de cette chanson. C’est l’espoir de pouvoir vivre en paix avec nos voisins. Aujourd’hui, trente-cinq ans plus tard, la situation est bien différente. Dernièrement, il y a eu l’invasion de l’Ukraine par la Russie et j’ai modifié les paroles en 2022 pour en faire une déclaration, pour exprimer notre solidarité avec l’Ukraine. Depuis, et on peut l’entendre dans le nouvel album live, Coming Home Live, après l’attaque du Hamas contre Israël, j’ai encore changé les paroles.
Le truc, c’est qu’on ne peut pas penser à toutes les crises du monde, mais qu’on le veuille ou non, cette chanson a une dimension politique. Voir autant de gens mourir, que ce soit en Ukraine, à Gaza ou lors de la terrible attaque du Hamas en Israël… Tant de jeunes étaient là juste pour profiter d’un festival de musique… C’est dur. Puis il y a cette chanson qui vient de dépasser le milliard de streams sur Spotify : ça fait qu’on comprend son importance. C’est toujours un message de paix et je voulais simplement exprimer mon sentiment : quoi qu’il arrive, quelle que soit la crise, le conflit, etc., je veux encore croire en un avenir paisible pour nous, pour nos enfants, pour nos petits-enfants. C’est de ça que parle cette chanson. Aujourd’hui, je n’aurais pas pu l’écrire, car la fenêtre pour la paix et la liberté semble close. J’espère que les bonnes personnes arriveront pour la rouvrir pour la paix, la liberté et l’unité. En tant qu’artistes, on devrait tous faire entendre notre voix pour une bonne cause et pour la paix dans le futur. C’est ce qu’on devrait tous faire. Je ne suis pas Bono, nous ne sommes pas U2, nous ne sommes même pas un groupe politique, mais cette chanson a une telle dimension, elle touche tant de gens, on peut ressentir l’émotion quand nous la jouons un soir sur deux, on sent ce que ça représente pour les gens, parce que c’est le reflet d’une époque meilleure.
Interview réalisée en visio le 8 décembre 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Marc Theis (1, 5) & Holger Fichtner (2, 4).
site officiel de Scorpions : www.the-scorpions.com.
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Scorpions,le groupe hard rock inoxydable allemand grâce à son trio complice Schenker,Meine et Jabs et leurs tubes intemporels