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Interview   

TAO MENIZOO : ENTRETIEN AVEC LOH


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Radio Metal : Peux-tu nous présenter Tao Menizoo pour tous ceux qui ne connaissent pas votre groupe ?[/b]

[b]LOH (chant/guitare)[/b]: Après plusieurs démos nous avons sorti en 2003 un premier album autoproduit. Des problèmes de local de répétition et de pré-production des nouveaux titres nous ont ensuite ralenti jusqu’en 2006, où les enregistrements du nouvel album ont démarré. Un travail acharné, entièrement assumé par le groupe, nous a amenés, à la fin des mixes, en 2007. Le temps de faire masteriser et presser des CDs promos, démarcher des chroniques et les labels, signer…et nous voici déjà à l’automne 2008 avec la sortie en bacs de notre digipack !

Pour ce qui est du style musical, il est assez difficile de nous coller une étiquette définitive. Non pas que nous fassions une musique jamais entendue avant. Mais nous empruntons des éléments de notre musique partout, y compris dans des styles extra-metal, ce qui rend encore plus délicat le classement dans une petite boîte au libellé parlant et explicite.

Du coup, nous désignons ce que nous faisons par l’expression « polymorphic metal » ou « polymorphic thrash/death ». Mais même comme ça, cela fait toujours débat : pas assez thrash pour se revendiquer thrash, pas assez death pour se revendiquer death…Nous faisons du metal, c’est sûr, mais cela ne suffit pas à nous situer. Alors si parmi les auditeurs/lecteurs, certains pensent avoir l’étiquette ultime qui peut nous aller, alors nous sommes preneurs !

[b]Vous venez de sortir « So Blind » votre deuxième album. Ce disque est extrêmement réussi car très accrocheur. Les critiques sont d’ailleurs très bonnes sur cet album, cela te surprend ?[/b]

Alors déjà merci pour l’appréciation ! Et oui, nous sommes surpris…Bon, on ne pensait quand même pas avoir sorti la bouse de l’année et nous faire descendre pour ça, mais nous nous attendions en fait à une répartition des chroniques différentes, plus modérée, plus tiède : une grosse part de « pas mal », quelques « bien, bien ! », quelques « bof-bof », une pincée de « à ch*er » et une lichette de « extra ! » ! Mais l’album semble recueillir une grosse part de critiques positives. Ce qui nous surprend donc, c’est effectivement la grosse proportion de chroniques très positives et, plus encore, le ton très enthousiaste, voire élogieux, que beaucoup d’entre elles ont pris. Et aussi le fait que ces retours positifs nous viennent du monde entier, et pas seulement de France : on ne peut donc pas mettre ça sur le compte d’un souci un peu chauvin de soutenir la scène metal française quoi qu’elle produise… Il va sans dire que cela nous met sacrément la pression pour assurer une promo en rapport avec l’intérêt soulevé, pour assurer des lives à la hauteur, et pour composer des nouveaux titres qui ne devront pas décevoir ceux qui ont bien accroché sur cet album ! Pour les curieux, j’ai d’ailleurs mis en ligne sur notre site deux documents PDF : une synthèse promotionnelle des chroniques (donc très partiale et forcément orientée en notre faveur) et pour l’honnêteté intellectuelle, j’ai également mis la compilation de l’intégralité des chroniques. En VO, il y a de l’anglais, de l’espagnol, de l’italien, de l’allemand, du flamand, du portugais…et même du thai !

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(Laurent) : « [i]Ce qui nous surprend c’est effectivement la grosse proportion de chroniques très positives et, plus encore, le ton très enthousiaste, voire élogieux, que beaucoup d’entre elles ont pris. Et aussi le fait que ces retours positifs nous viennent du monde entier, et pas seulement de France : on ne peut donc pas mettre ça sur le compte d’un souci un peu chauvin de soutenir la scène metal française quoi qu’elle produise…[/i]»[/center]

[b]Tu déclarais récemment dans une interview que la promo de « #1 », votre 1er opus sorti en 2003, n’avait pas été à la hauteur en terme de promotion : peux-tu nous expliquer ce qui s’est passé exactement ?[/b]

A l’époque, nous avions obtenu un contrat de distribution avec un distributeur spécialisé dans les autoproduits, et nous ignorions alors qu’un distributeur se contente avant tout de distribuer, laissant au label de soin de faire la promo et les publicités…Mais nous n’avions pas de label et pas de budget non plus pour assumer nous-mêmes des frais de promo d’une ampleur suffisante, car nous avions déjà payé un premier pressage de 1000 digipacks… L’album est sorti et a été disponible. Mais personne n’en a rien su, malgré des chroniques très positives et encourageantes…En plus, nous avons eu la mauvaise idée de changer de distributeur pensant que l’herbe serait plus verte ailleurs. Mais ce nouveau distributeur a rapidement arrêté ses activités et mis la clé sous la porte ! Cela nous a quand même coûté un repressage de 1000 digipack juste pour son logo ! Nous avons ensuite échoué dans le back-catalogue d’un troisième…A présent, l’album est disponible chez Epiphora Productions (http://www.epiphoraproductions.fr), ce qui va peut-être lui donner une seconde chance…

[b]Pour remédier à ces soucis, vous vous êtes engagés avec la structure Thundering Records, êtes-vous satisfaits de ce choix ? Ce label est habitué à sortir et promouvoir des groupes de grande qualité…[/b]

Pour le second album, nous nous sommes dit que nous allions éviter de reproduire les mêmes erreurs, et qu’il nous faudrait trouver un contrat qui impliquerait plus le label avec lequel on signerait…Après examen des offres que nous avons reçues suite à nos démarchages, il s’est avéré que Thundering Records/Manitou Music ont été les seuls à proposer un contrat de licence, tout en jouant l’honnêteté sur les contraintes, pour les uns et les autres, d’un tel contrat dans le contexte actuel. Deux choses nous ont convaincus finalement : nous avons certes des contraintes de notre côté (un minimum de dates à assurer, par exemple) mais elles agissent comme un moteur pour nous sortir les doigts du c** et ce n’est pas un mal !. De son côté, le label s’implique dans la promo, assumant clairement sa part de risque et de travail…A cela, on peut aussi ajouter un bon contact humain (établit depuis les premières démos avant le premier album), et le fait que ce sont des passionnés, qu’ils donnent énormément d’eux-mêmes et continuent de prendre des risques. Dans le contexte actuel du marché du disque en crise, c’est d’autant plus dur à gérer…En tout cas, nous espérons réussir à faire honneur à leur catalogue passé et présent !

[b]Le line-up est resté le même depuis le départ mais cinq ans entre les deux albums, c’est long. Ca n’a pas créé de soucis dans les relations que vous avez entre vous ?[/b]

Cinq ans, c’est effectivement long, mais en même temps cela passe très (trop !) vite quand on bosse sur des nouvelles compos, les enregistrements de pré-prod, les enregistrements définitifs ou encore les arrangements et les mixes. Nous ne sommes pas restés inactifs, loin les uns des autres, mais bel et bien actifs (même si dans l’ombre). Et en contact quasi quotidien, en plus des répétitions hebdomadaires. Donc non, aucune tension ou quelque souci que ce soit ne sont nés de cette période ! Je ne sais pas comment je pourrais décrire notre relation au sein du groupe, mais il n’y a réellement aucune tension, aucun conflit de personne, comme il peut y en avoir dans d’autres combos. Chacun a ses défauts bien sûr, qui peuvent parfois gonfler les autres, comme dans un couple en fait ! Mais il n’y a pas de problème d’égo…Certes, je mène un peu la danse parce qu’il faut bien indiquer le chemin si on ne veut pas rester sur place, mais je n’impose rien. Nous ramons tous dans la même direction, certains plus fort que d’autres, c’est vrai, mais personne n’est contraint de faire quelque chose qu’il ne veut pas faire. C’est pareil pour la musique et les compos : c’est parce qu’elles doivent recevoir l’assentiment de tous qu’on y retrouve ces différentes influences, issues de nos différentes individualités. Cela ne nous empêche pas d’être en désaccord parfois sur certaines choses, mais on en discute afin d’éclaircir les points de vue de chacun et on arrive au consensus sans en venir à l’affrontement, ni à la menace…« Tu es viré » est une phrase qui revient de manière humoristique entre nous pour désamorcer un désaccord ! A ma connaissance, jamais personne n’a envisagé de quitter le groupe parce qu’il ne s’y sentait pas bien, parce que les choses n’allaient pas assez vite ou dans une direction non voulue…Pourvu que ça dure !

[b]Question musique, « So Blind  » est le nom de l’album et également du troisième titre de l’opus. Peut-on dire que toute l’identité de ce disque peut-être résumée sur ce titre ? Si oui n’est-ce pas un risque ?[/b]

Une partie des caractéristiques du disque et du groupe se retrouvent effectivement sur ce morceau (chant saturé et désormais chant clair, refrain d’influence thrash/hardcore, passage en mesures composées, différents débits de jeu…) donc il peut, à ce titre, être emblématique de l’album…Toutefois, cela serait trop restrictif de s’en tenir là. Il y a des morceaux plus speeds, d’autres plus lents et planants; il y en a un avec des passages orchestraux, un autre avec un pont rétro-psyché et guitares à l’envers, il y a du ternaire débridé et du ternaire plus posé…Qui sait si nos prochaines compos ne feront pas apparaître des aspects stoner, ou doom, ou black, ou ethnique, ou prog ? L’identité du groupe et de l’album ne tiennent pas en un seul titre, il nous faudrait peut-être faire un medley pour s’en rapprocher…C’est pour ça que je trouve bizarre que ceux qui n’aiment pas l’album aient l’impression d’entendre tout le temps le même morceau, car bien individualiser les titres est quelque chose qui nous tient à c?ur, afin d’éviter l’auto-plagiat et la redite, ce qui n’est pas évident si on veut dans le même temps garder une identité sonore définie et bien marquée !

[b]Cet album a notamment été enregistré chez toi pourtant le son est d’une très grande qualité. Quelle est ta méthode miracle ?![/b]

Je te remercie pour ta remarque et ton enthousiasme ! Personnellement, et parce que je connais l’envers du décor, je préfère dire que la production est honnête compte tenu des circonstances 100% DIY (NDLR : Do It Yourself pour dire « autoproduit de A à Z»), et qu’elle colle bien à l’album et à son ambiance. Mais la prod reste perfectible par rapport aux canons esthétiques (très exigeants) du metal actuel. Nous avons commis certaines erreurs et appris sur le tas, investi dans du matos et repris les mixes à zéro plusieurs fois de suite au gré des achats. Et nous avons conscience des points d’améliorations possibles. Il est intéressant de voir d’ailleurs, dans les chroniques, que les avis sur la production sont aussi contrastés que les avis sur les compos ! Cela va de « Excellente » (comprendre : en parfaite adéquation avec les titres et le groupe) à « à ch*er » ! Pour le prochain album, nous verrons quel est le budget que nous aurons et si nous pourrons faire certaines prises délicates en studio (la batterie notamment). Et si nous pourrons, ou pas, nous permettre de faire mixer les titres par quelqu’un de reconnu dans la profession et dans le monde du metal… Je voudrais quand même revenir sur un point qui me semble important et que beaucoup de gens ne perçoivent pas comme il le faudrait : nous avons fait masteriser l’album en studio, avec le désir de ne pas jouer le jeu de la course aux décibels et à la compression abusive (cf. la polémique sur le dernier Metallica). Du coup, notre album, lorsqu’un de ses morceaux est placé sur une compile ou un sampler, sonne moins fort. Et quand c’est moins fort on a l’impression que c’est moins bien (phénomène psycho-acoustique bien connu). Montez le volume sur nos titres ou notre album, et vous retrouverez le gros son que vous croyiez avoir perdu en passant à notre musique ! Alors oui, c’est moins fort en volume (mais le bouton de volume n’est pas là pour rien) mais au moins, la dynamique de la musique est respectée et pas rabotée à outrance ! D’ailleurs, de plus en plus d’ingés sons, de producteurs et d’artistes commencent à réagir contre cela, car cette course aux dB ultimes bousille beaucoup de chose au delà du raisonnable.

[b]Vous recherchez actuellement des dates. Est-ce que le principe de l’échange de dates entre groupes fonctionne bien pour vous ?[/b]

Pas encore de manière optimale, nous avons beaucoup de propositions, mais peu de facilités pour renvoyer l’ascenseur… De toute façon les groupes franciliens partent pénalisés dans ce système d’échange de dates, car les « petits » lieux (bars surtout et MJC ensuite) sont peu nombreux à passer du metal régulièrement. Et quand il y en a, les groupes sont très nombreux à vouloir y jouer. Du coup, il est difficile de se trouver un lieu pour y prendre ses quartiers et avoir ensuite la possibilité d’y incruster d’autres groupes, en particulier de province…Donc au gré des circonstances, nous avons pu échanger quelques dates, mais nous ne pouvons pas rendre cette approche systématique, faute d’un lieu facile d’accès, où nous aurions nos entrées, et la possibilité d’influer sur la programmation. Mais nous cherchons à créer des liens, et à repérer des lieux, pour pouvoir développer ça…

[b]A ce niveau, quelles sont les démarches que vous effectuez : Thundering vous donne un coup de main de temps en temps ?[/b]

Les démarches consistent à solliciter un max de monde, pour que sur l’ensemble, même si un petit nombre réagit, cela suffise à alimenter le groupe en dates ! Alors, ce sont des mails par centaines, par milliers même plus exactement, des coups de téléphone à répétition, des heures à chercher sur le net de nouvelles assos à contacter, et trouver les contacts de ceux dont on n’a que le nom…Et relancer, encore et toujours. Ceci est notre job, pas celui du label…Si quelqu’un devait le faire pour nous, ce serait un tourneur, pas le label dont le métier reste les disques. D’ailleurs avec la crise du disque, les labels devraient peut-être jouer sur les deux tableaux et assumer la double casquette label-tourneur, car quand le disque sera totalement dématérialisé, la seule chose tangible qui restera, ce sera les musiciens sur scène…A moins qu’on ne finisse par faire des lives devant une webcam, pour les internautes restés chez eux… La scène appelle la scène, les dates amènent les dates : plus tu fais de dates, plus tu rencontres des gens qui t’en proposent… C’est un cercle vertueux qu’il faut s’efforcer d’amorcer, et d’entretenir ensuite…Après, quand les dates se multiplient, il peut alors être possible d’intéresser un tourneur. Car il ne faut pas rêver, les tourneurs préfèrent s’occuper de groupes qui tournent déjà bien par eux-mêmes : ils ont prouvés leur viabilité, et l’essentiel du boulot est déjà fait ! C’est comme les maisons de disques qui signent des artistes qui se sont déjà développés par eux-mêmes avec un album autoproduit en main…Il est fini le temps de la prise de risque et du développement de carrière à partir d’un coup de c?ur d’un directeur artistique. A côté de cela, nous sommes en contrat avec M-O Office qui s’occupe de management, de promo et de booking…Mais comme ils se financent avec un pourcentage sur les cachets, comme tous les tourneurs d’ailleurs, ils ne peuvent se permettre de nous placer sur des dates faiblement payées (ce que nous, en revanche, nous pouvons faire par nous-mêmes) et donc, forcément cela limite leur champ d’action potentiel…

[b]Pour conclure cet entretien, sur votre MySpace vous citez Coroner et Prong comme influences, deux groupes cultes…mais qui n’ont pas rencontré de grands succès commerciaux. Avec Tao Menizoo votre objectif est-il clairement de vivre de votre passion ?[/b]

Notre objectif n’est pas de vivre de notre passion, mais bel et bien de la vivre, quitte à beaucoup sacrifier (temps, argent) pour elle dans le but d’aller au contact du public et de voir s’il accepte de recevoir ce que nous avons à offrir…Sincèrement, même sans vivre de notre musique, si nous pouvions laisser ne serait-ce qu’un dixième, même un centième, de ce qu’ont laissé ces groupes (Coroner, Voivod, Prong…)…je crois que nous pourrions nous considérer comme particulièrement chanceux et heureux !

Entretien réalisé le 12 octobre 2008 par email
MySpace Tao Menizoo : [urlb=http://www.myspace.com/taomenizoo]myspace.com/taomenizoo[/urlb]



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