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Interview   

Tetrarch : cinquante nuances de noir


Le son de Tetrarch transpire autant le néo-metal des années 90 qu’une sincérité brute et venimeuse. S’il figure désormais parmi les locomotives les plus prometteuses de l’actuel revival du mouvement, le groupe américain aura patienté près de quinze années pour s’imposer. Une période qui lui aura permis d’affiner son approche musicale, mais également de bâtir des liens très forts. Une entente artistique et amicale qui semble proche de la symbiose lorsque l’on entend Josh Fore parler avec admiration du travail et du talent de la guitariste Diamond Rowe, avec laquelle il a fait ses armes.

Aussi soigné sur le plan technique qu’efficace, The Ugly Side Of Me, leur troisième album, peut à ce titre se profiler comme le parfait petit manifeste néo-metal, avec tout ce que cela sous-entend de noirceur. Fore est cependant clair dans son objectif. Les sentiments sombres et les sujets graves y sont abordés dans l’optique d’évoquer la lumière qui perce inévitablement derrière. Le chanteur veut rassembler, inspirer et encourager à aller de l’avant. Tout juste rentré d’une tournée européenne qui lui laisse visiblement d’excellents souvenirs, il revient avec passion au cours de cet entretien sur le chemin parcouru par Tetrarch ces dernières années.

« Je veux écrire des chansons auxquelles les gens peuvent s’identifier, qu’ils peuvent facilement chanter. Nous n’avons pas honte d’être une éventuelle ‘porte d’entrée’ vers des formations plus extrêmes afin que les gens puissent découvrir le metal. »

Radio Metal : Tetrarch vient d’achever sa première tournée européenne. Comment se sont déroulées ces dates ?

Josh Fore (chant & guitare) : Nous étions très excités à cette idée et nous avons passé un bon moment. Tetrarch existe depuis longtemps maintenant, et étonnamment c’était notre première tournée en Europe. Nous avons assuré une quinzaine de concerts, dont quelques grands festivals. Nous ne savions pas à quoi nous attendre, mais à chaque date nous avons pu constater que les gens chantaient, y compris les nouvelles chansons. Tu espères toujours que ça arrive, que les gens écoutent, aiment et attendent ta musique, mais quand tu as l’occasion de le constater de tes yeux, dans des pays où tu n’as jamais mis les pieds, c’est vraiment cool.

Vous avez notamment participé à deux gros festivals, le Copenhell au Danemark ainsi que le Resurrection Fest en Espagne. Envisagez-vous de revenir pour d’autres festivals l’année prochaine ?

Nous échangeons actuellement autour des projets de tournée pour 2026, voire l’année suivante. Nous aimerions revenir en Europe. The Ugly Side Of Me est sorti un peu tard pour que nous puissions être programmés sur certains festivals (le disque est disponible depuis le 9 mai 2025, NDLR). Il y a un certain nombre d’événements que nous aimerions faire, et nous espérons y participer dans les prochaines années.

Certains festivals européens comme le Download ou le Hellfest rayonnent désormais au-delà des frontières de leurs pays d’origine. Quelle est la renommée de ces événements pour les groupes américains ?

En tant que groupe américain, nous avons grandi avec les images de ces festivals où on voit ces foules massives qui semblent être un peu plus folles si on compare aux US. Le public américain est dingue aussi, mais l’Europe, surtout en ce qui concerne le metal, a une certaine réputation, notamment avec des festivals comme le Download, le Resurrection Fest ou le Hellfest dans lesquels on voit une marée humaine où tout le monde s’éclate. C’est ce que j’ai remarqué lors de ceux auxquels nous avons participé. Nous avons été portés par la foule dès que nous montions sur scène. Tout le monde était là pour passer un bon moment. Malheureusement, nous n’avons pas eu l’occasion de jouer en France. Nous avons traversé le pays à quelques occasions, sans avoir de date programmée ici. Mais nous allons venir !

Votre troisième album, The Ugly Side Of Me, est disponible depuis le mois de mai. Comment a-t-il été reçu ?

Très bien. Avec Unstable, notre précédent album, le groupe a beaucoup gagné en notoriété. Lorsque ça arrive, tu veux continuer sur cette lancée, conserver les fans qui ont découvert ta musique avec le disque et en gagner de nouveaux. J’ai l’impression que c’est le cas avec The Ugly Side Of Me. Jouer les nouvelles chansons en concert est un vrai test, tu peux constater concrètement comment elles fonctionnent en voyant le public chanter, même pour les titres qui ne sont pas sortis en tant que singles. Ça nous prouve que les gens sont attentifs et apprécient l’album. C’est très positif.

Quatre années séparent ce disque de son prédécesseur, Unstable. C’est une période assez longue dans le contexte actuel, où les auditeurs peuvent rapidement passer d’un groupe à un autre. Beaucoup d’artistes cherchent d’ailleurs à occuper l’espace médiatique en dévoilant des singles régulièrement, ce qui n’est pas forcément votre cas. Aviez-vous besoin d’un temps de réflexion et de maturation conséquent pour parvenir à concrétiser vos idées ?

C’est en grande partie lié à la date de sortie de Unstable, notre précédent disque. Le single « I’m Not Right » a été dévoilé un mois après les premiers blocages liés à l’épidémie de Covid-19. Nous avons engagé la promotion de l’album alors qu’il n’était pas possible d’assurer la tournée, les salles étant fermées aux Etats-Unis et dans le monde entier. Les premiers morceaux de ce disque sont sortis en 2020, mais la tournée n’a véritablement débuté qu’en novembre ou décembre 2021. Nous avons donc passé presque deux années à jouer et à rattraper tous les concerts reportés. Nous avons beaucoup tourné, notamment dans la plupart des gros festivals américains. Le processus d’écriture de The Ugly Side Of Me a véritablement débuté en 2023. Le temps de composer, se rendre en studio… Une année est vite passée avant que vous puissiez sortir des singles. On peut avoir le sentiment que nous avons été absents longtemps, mais c’est la tournée de l’album précédent qui s’est prolongée.

« Lorsque nous avons monté le groupe, Metallica était notre groupe préféré. Naturellement, quand nous avons commencé à écrire des chansons, elles sonnaient comme Metallica. Je pense qu’au fur et à mesure, nous avons appris de nouvelles techniques, de nouveaux sons et d’autres types de riffs. »

Est-ce que vous écrivez pendant les tournées ou uniquement à la maison ?

Si nous pensons à des idées et à d’autres choses, nous faisons toujours des petites notes vocales sur un téléphone. Mais honnêtement, j’aime pouvoir marquer la séparation et bénéficier d’un espace dédié pour écrire. Avec les années, j’ai obtenu une bonne installation dans mon home studio. C’est vraiment confortable et beaucoup plus facile de consacrer du temps à l’écriture. Cette méthode permet d’aller au bout de ses idées plutôt que d’avoir l’impression de devoir faire quelque chose rapidement sur la route. Je pense qu’au fur et à mesure que nous continuerons à tourner, ça pourrait changer. Nous avons de petits appareils d’enregistrement mobiles, donc si nous sommes dans le bus et que nous voulons noter une idée, c’est tout à fait possible. Nous le ferons probablement à l’avenir.

C’est la troisième fois que vous travaillez avec Dave Otero, qui est reconnu pour son travail avec des groupes plus extrêmes que Tetrarch. Qu’apporte-t-il à votre son ?

Il a en effet produit notre premier album, Freak, puis Unstable et The Ugly Side of Me. Nous travaillons en confiance avec Dave. Il est connu pour ses productions très lourdes, et la musique de Tetrarch comporte des parties heavy que nous combinons avec des passages plus catchy. L’ensemble doit être facile à écouter et à chanter pour les gens. Dave nous aide à rendre nos parties heavy encore plus heavy, mais il a aussi de très bonnes suggestions quand il s’agit d’harmonies vocales, par exemple. Pour cet album, Diamond [Rowe, guitariste] et moi-même avons assuré la coproduction avec Dave pour la première fois. C’était amusant d’avoir un peu plus la main sur toutes les petites prises de décisions et choix de production. C’est une bonne relation de travail. Dave est génial, nous avons toujours été satisfaits des résultats. Le son de ses mix est énorme.

Est-ce que le groupe envisage de poursuive ce travail collaboratif par la suite ?

C’est difficile à dire pour le moment. Il y a un certain confort à travailler avec Dave, mais nous verrons où nous en sommes lorsque nous composerons de la nouvelle musique. La relation est excellente jusqu’à présent, c’est évidemment quelque chose que nous ne souhaitons pas perdre.

The Ugly Side Of Me s’inscrit dans la continuité de Unstable mais votre songwriting s’est cependant affiné. Diamond intervient notamment sur le chant du morceau « Never Again (Parasite) ». Comment avez-vous construit ce titre autour de cette dualité vocale ?

Je reviens souvent à Unstable car c’est important pour comprendre ce que nous faisons aujourd’hui. Beaucoup de gens l’ignorent, mais Diamond y a fait des chœurs et des harmonies. Elle chante la mélodie sur « Take A Look Inside », mais la manière dont nous l’avons intégrée fait que l’on peut penser qu’il s’agit de ma voix ou de celle de quelqu’un d’autre, certains n’ont pas fait attention. Reste qu’en concert, elle a toujours assuré les chœurs. Pour le nouvel album, nous étions prêts à essayer de nouvelles choses et sur certaines chansons, le temps d’un couplet ou d’une partie, nous avons proposé qu’elle prenne le chant lead. Ça sonnait bien et ajoutait une dynamique différente. Les gens ont réagi très positivement. C’est ce que nous avons fait sur « Never Again (Parasite) » ainsi que sur le titre éponyme « The Ugly Side Of Me », où elle chante également. Ça crée une belle dynamique. C’est également agréable pour moi d’avoir au moins vingt secondes en concert pour faire une pause vocale !

S’agissait-il d’un souhait de sa part ou a-t-elle eu besoin d’encouragements pour se lancer pleinement ?

Elle s’est montrée très ouverte pour cet album. Je pense qu’elle était un peu plus hésitante ou timide dans le passé. Cette fois-ci, elle s’est dit qu’elle allait essayer. Nous avons fait des essais et ça sonnait bien. Elle était donc très confiante. Je pense que nous allons davantage l’impliquer au chant à l’avenir.

« Nous voulons toujours nous assurer que nous avons de la place pour Diamond à la guitare, parce qu’elle est géniale. Personne d’autre n’a Diamond dans son groupe, il n’y a que Tetrarch ! Elle est vraiment douée pour nous proposer des solos. C’est quelque chose qu’on entend rarement chez les vieux groupes de néo-metal. »

Le son de Tetrarch a une identité néo-metal typiquement 90’s. Est-ce qu’il s’agit d’un mouvement musical avec lequel vous avez grandi, qui a forgé votre identité ?

Nous avons grandi à une époque où il y avait toutes sortes de mouvements différents affiliés au metal. Le néo-metal est un style lourd et agressif, mais les gens peuvent facilement l’écouter et l’adopter. Les acteurs du néo des années 90 font toujours partie des plus grands groupes de metal aujourd’hui. Il est tout à fait naturel que ces groupes aient une certaine influence sur notre musique. Par ailleurs, en tant qu’auteur-compositeur, je ne cherche jamais à surpasser les groupes les plus extrêmes, comme Slaughter To Prevail. En ce qui nous concerne, je veux écrire des chansons auxquelles les gens peuvent s’identifier, qu’ils peuvent facilement chanter. Nous n’avons pas honte d’être une éventuelle « porte d’entrée » vers des formations plus extrêmes afin que les gens puissent découvrir le metal, constater que ce n’est pas si effrayant et par la suite écouter Slaughter To Prevail, qui est extrêmement heavy. C’est ce qui nous est arrivé : il y a des groupes qui nous ont initiés aux musiques heavy, nous permettant ensuite de nous diversifier vers des choses plus brutales.

A l’origine, votre son était proche du metalcore. Vous avez pris un virage avec votre premier album Freak. Qu’est-ce qui vous a amenés à prendre cette nouvelle orientation, alors que Tetrarch existait depuis plus de dix ans ?

Lorsque nous avons monté le groupe, Metallica était notre groupe préféré. Naturellement, quand nous avons commencé à écrire des chansons, elles sonnaient comme Metallica. Je pense qu’au fur et à mesure que nous découvrions d’autres groupes et formes de metal, nous avons appris de nouvelles techniques, de nouveaux sons et d’autres types de riffs. Avec Freak, qui était notre premier format long, c’était l’occasion d’explorer différents sons. L’élément déclencheur a été la présence de Dave Otero dès l’enregistrement des premières chansons. Nous avons enregistré la première moitié de l’album, puis nous sommes rentrés à la maison pendant quelques mois et avons continué à écrire. Je me souviens que j’étais parti quelque part et Diamond m’a envoyé une démo, en disant : « Je ne sais pas si ça va trop loin pour le groupe. Tu peux me le dire si c’est nul. » C’était la première fois qu’elle accordait sa guitare plus grave, en drop A. Il s’agissait du riff de la chanson « Spit ». J’ai entendu ça et j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose de vraiment cool là-dedans. Cet accordage est devenu une nouvelle option. Nous avons fait « Spit » et avons réenregistré un autre titre qui était pourtant finalisé. « Freak » était la dernière chanson écrite pour le disque. Nous avons composé ce morceau en quinze ou vingt minutes ! C’est ce genre de morceau fait à la va-vite dont les artistes parlent parfois et qui finissent par définir le son du groupe. C’était la première fois que nous utilisions ces couches de guitares creepy que Diamond aime mettre en avant sur les deux derniers albums. Il s’agissait d’un tournant. Au moment d’attaquer l’écriture de Unstable, nous nous sommes dit : « OK, maintenant nous avons une base pour obtenir un son qui nous ressemble. » Nous l’avons affiné au cours des deux derniers albums, jusqu’à aujourd’hui.

Le néo-metal s’articule autour d’une formule initiale assez simple et puissante. Tetrarch recherche cependant à y injecter une certaine technicité, bien que les formats restent courts et que ça ne prenne jamais le pas sur l’efficacité de l’ensemble. Comment travaillez-vous à l’intégration des solos et aux éléments plus techniques ?

Comme je l’ai précisé précédemment, nous voulons écrire de bonnes chansons. J’étais guitariste avant d’être chanteur, tout comme Diamond. Nous avons grandi en apprenant la guitare ensemble et en reproduisant nos chansons préférées. Il y a donc toujours cette envie de jouer des riffs et d’avoir des trucs sympas dans la musique, à la guitare, à la batterie, etc. Nous abordons donc toujours les chansons sous deux angles distincts. Nous voulons que ce soit aussi intéressant que possible au niveau instrumental, mais nous avons aussi à cœur que les voix soient mises en valeur et que les gens puissent chanter. Je pense qu’il est devenu naturel pour nous de mélanger ces deux approches. Nous voulons toujours nous assurer que nous avons de la place pour Diamond à la guitare, parce qu’elle est géniale. Personne d’autre n’a Diamond dans son groupe, il n’y a que Tetrarch ! Elle est vraiment douée pour nous proposer des solos. Je m’assure toujours qu’il y ait des sections dédiées à ça, car c’est quelque chose qu’on entend rarement chez les vieux groupes de néo-metal. C’est comme s’il y avait une voix tout au long de la chanson : soit je chante, soit Diamond pose une ligne en guitare lead ou un solo. Son travail contribue à rendre les chansons intéressantes. A l’époque où nous étions un groupe plus teinté thrash, il m’arrivait de jouer un solo, mais je suis très satisfait de ne plus les faire. J’aime beaucoup me produire en concert, m’investir dans le côté entertainment et interagir avec le public. La façon la plus simple pour moi de le faire, c’est de jouer les parties rythmiques et de chanter sans avoir à me soucier de tous les aspects techniques.

« On a tous quelque chose au fond de soi qu’on n’apprécie pas. Il ne faut pas avoir peur d’y faire face, d’opérer des changements et d’aller de l’avant pour se sortir de mauvaises situations. »

Le néo-metal a justement toujours instauré une grande connexion entre le public et les artistes, notamment avec des chanteurs qui livrent leurs émotions sincèrement et entièrement à travers leur musique. Tes textes et ton chant sont à ce titre très personnels. Est-ce que cette « mise à nu » à travers ta musique est quelque chose de difficile ou est-ce, au contraire, quelque chose de nécessaire pour toi ?

Ce n’est pas difficile, c’est même plutôt naturel. Pour tout ce que j’écris, Diamond et moi nous réunissons et… Nous écrivons sur les sentiments et les émotions humaines. C’est peut-être ce qui rend les choses plus faciles, dans le sens où tout le monde peut se sentir concerné. Lorsque j’évoque le « côté laid de ma personne » (The Ugly Side Of Me, le titre de l’album, NDLR), c’est quelque chose qui touche tout le monde. On a tous quelque chose au fond de soi qu’on n’apprécie pas. Il ne faut pas avoir peur d’y faire face, d’opérer des changements et d’aller de l’avant pour se sortir de mauvaises situations. On ressent tous ça. J’écris sur le vécu, le mien, celui de Diamond voire celui d’un ami ou d’un membre de ma famille. C’est toujours très humain et ça fait naturellement partie de nous. Je trouve que c’est important d’avoir des chansons de ce genre.

Ta vision du monde et de toi-même peut être assez noire et torturée. Est-ce que le fait d’extérioriser au travers de ta musique t’aide parfois à adopter un angle de vue différent ?

Je ne dirais pas torturé ou sombre. Je pense que si tu regardes attentivement les textes de nos morceaux, et même si ça peut sembler noir ou négatif, il y a toujours quelque chose de positif à en tirer. Un titre comme « Live Not Fantasize » encourage à continuer à ramper, à avancer, à aller de l’avant. Le message est « je ne suis pas défini par l’état de mon esprit ». Il y a toujours de l’espoir dans nos chansons, même si le sujet initial peut sembler sombre. Il y a une sorte d’équilibre.

Tes paroles traitent de problèmes personnels, de questionnements. Comme tu l’évoquais, le titre de l’album fait référence à une « face laide » que l’on peut tous connaître. Est-ce que tu penses qu’il est nécessaire de parler de ses sentiments sombres pour les accepter et éventuellement s’en débarrasser ?

Je pense que oui. Prendre conscience et reconnaître ce qui ne va pas chez soi ou qu’on aimerait changer est la seule façon de changer. Si vous êtes juste coincé quelque part et que vous ne voulez pas y faire face, vous n’avancerez pas. Je trouve que c’est nécessaire d’écouter des chansons qui poussent à se questionner sur soi-même et sur ce qu’on recherche, et d’en écrire. C’est important d’être capable de changer pour aller vers le meilleur.

Tu as mentionné le titre « Live Not Fantasize », dont les paroles véhiculent un message fort. Est-ce que tu as pu te trouver par le passé dans cette situation de « vie par procuration », qui peut avoir tendance à s’accentuer dangereusement avec la montée en puissance des réseaux sociaux ?

Oui. Il est désormais très simple de tout savoir des autres avec les réseaux sociaux. C’est facile de se dire : « Si je faisais ça, je me sentirais mieux » ou que sais-je encore. C’est important de se rappeler qu’on est tous maîtres de sa vie et que si on veut quelque chose, on doit se prendre en main et le faire. Je pense que c’est un peu ça. Le concept de cette chanson, c’est que même si on se sent coincé, il faut persister jusqu’à pouvoir vivre comme on l’entend au lieu d’avoir à faire semblant.

On évolue forcément en tant qu’humains. Les émotions exprimées par le passé peuvent être très différentes quelques années plus tard, au moment d’écrire pour de nouvelles chansons. Comment parviens-tu à conserver cette l’authenticité qui est une composante essentielle de la musique de Tetrarch ?

Au moment où une chanson est enregistrée, elle est le reflet d’un moment précis, d’un état réel. Nous n’avons jamais eu besoin de forcer quoi que ce soit. Si un blocage se présente, nous passons simplement à une autre chanson ou nous faisons éventuellement une pause avant de reprendre le travail d’écriture. Un morceau comme « Never Again (Parasite) » a connu trois versions différentes avant que nous ne parvenions au résultat final. Les paroles et les mélodies étaient complètement différentes. Ce que nous écrivons est toujours sincère sur le moment.

« Ce qui est formidable avec la musique, c’est que si un groupe a changé de son, ça ne veut pas dire que toutes les chansons passées que tu as adorées sont maintenant différentes. Tu peux toujours revenir en arrière dans sa discographie et écouter les albums que tu aimes. »

Des groupes comme Nine Inch Nails ou Korn ont vu leur écriture changer et évoluer, souvent avec la vie de leurs chanteurs respectifs. Est-ce que, à ce stade, tu peux envisager que le son de Tetrarch puisse s’orienter vers de nouvelles directions, peut-être moins sombres ou plus expérimentales ?

Rien n’est exclu. Notre son est reconnaissable. C’est sombre, il y a des mélodies et parties de guitare flippantes, etc., mais un morceau comme « Best Of Luck » est déjà très différent de chansons comme « Anything Like Myself » ou « Never Again (Parasite) ». Nous allons toujours expérimenter. Plus nous produisons et écrivons, plus nous apprenons. C’est le cas pour les ajouts électroniques sur cet album. Nous avons beaucoup appris sur comment créer et ajouter ces sons industriels sans avoir à compter sur d’autres personnes. Nous affinons notre art avec l’expérience, nous apprenons d’autres technique de composition, et nous sommes ouverts à essayer des choses différentes avec chaque nouvel album.

Le risque en optant pour une évolution de son approche musicale est de perdre certaines personnes, qui ne parviennent plus à s’identifier à la musique du groupe. En tant que fan de musique, comment as-tu vécu les changements artistiques chez les groupes que tu aimes ?

En ce qui concerne les artistes que j’aime vraiment, j’aborde toujours leur nouvelle musique pour ce qu’elle est vraiment : de la nouvelle musique. Il y a des chansons que je vais trouver géniales et d’autres que je n’écouterai probablement pas. Ce qui est formidable avec la musique, c’est que si un groupe a changé de son, ça ne veut pas dire que toutes les chansons passées que tu as adorées sont maintenant différentes. Tu peux toujours revenir en arrière dans sa discographie et écouter les albums que tu aimes. C’est ce que je fais : quand un artiste sort un morceau qui ne me plaît pas plus que ça, je retourne aux anciens qui sont mes préférés. Les groupes ont beaucoup de pression afin de satisfaire tout le monde, mais c’est impossible. Tu dois écrire pour toi-même, sur la base de ce que tu ressens à l’instant présent, en espérant que le noyau dur de tes fans continuera à te suivre et à apprécier ta musique. Les musiciens sont juste des humains, ils écrivent en fonction de ce qu’ils ressentent.

Que dirais-tu au jeune Josh, celui qui s’apprête à enregistrer Freak, votre premier album ?

Je lui dirais de bien se préparer aux folles années qui vont venir. Qu’il va passer une journée en Slovénie, dans un endroit où il n’aurait jamais imaginé se rendre. On pense toujours au fait de jouer dans des festivals. En grandissant, tu vois tous ces groupes qui jouent au Download, c’est définitivement ce que l’on veut faire. Mais on ne pense pas forcément aux autres endroits que l’on pourrait être amené à découvrir, comme le fait de passer une journée dans un château en Slovénie. Je lui dirais donc : « Jeune Josh, tu vas faire des trucs cool en dehors des concerts et de la musique ! »

Interview réalisée en visio le 10 juilllet 2025 par Benoît Disdier.
Retranscription & traduction : Benoît Disdier.
Photos : Guillermo Briceno.

Facebook officiel de Tetrarch : www.facebook.com/tetrarchmusic

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