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Interview   

The Dead Daisies : à la conquête du blues


Deux albums en un mois. Les musiciens de The Dead Daisies ne se posent pas de question, ils suivent leur muse, et si pendant la production d’un album – en l’occurrence Light ‘Em Up paru en fin d’année dernière –, un studio les inspire et leur donne envie de jammer sur des classiques du blues et finalement d’en faire un autre disque, eh bien, ils le font. Ainsi est né Lookin’ For Trouble, dans l’atmosphère du studio Muscle Shoals, à côté duquel ils avaient installé leur mobile home, au milieu des portraits de légendes ayant enregistré là-bas, telles que Aretha Franklin, Wilson Pickett, Etta James, Otis Redding, etc.

Nous avons profité d’un passage promo à la capitale pour de nouveau capter John Corabi, seulement quelques mois après notre dernier échange où il évoquait déjà ce second album. Très demandé par les médias de guitare, Doug Aldrich a tout de même pu participer lui aussi le temps de quelques questions ! Sans surprise, la discussion a beaucoup tourné autour… du blues.

« Tu rentres dans des endroits comme ça, tu regardes autour de toi et tu imagines Wilson Pickett faisant sa version de « Hey Jude » avec Duane Allman à la guitare. Ça te file la chair de poule. Le bâtiment te parle. »

Radio Metal : A la fin de l’année dernière, Doug, on t’a diagnostiqué un cancer de la gorge et tu as été opéré. Heureusement, tout s’est bien passé. Comment avez-vous, avec le groupe, collectivement vécu cette peur ?

Doug Aldrich (guitare) : C’était juste la poisse. C’est comme tout autre problème de santé qu’on peut avoir, il faut faire avec. C’est comme quand tu as mal à une dent, c’est chiant mais tu dois t’en occuper. Et les gars étaient tellement gentils, ils m’ont beaucoup soutenu. Nous étions en tournée et ils m’ont dit : « Rentre chez toi, fais ce que tu as à faire. On va gérer. Ne t’inquiète pas, on est derrière toi. » Nous avons donc fait appel à Reb Beach, qui a fait du super boulot. Vraiment, quand Corabi m’a dit : « Ne t’inquiète pas, on gère », je me suis dit : « OK, je peux me détendre. » Ça a fait une énorme différence.

John Corabi (chant) : Nous sommes juste heureux qu’il soit en bonne santé et de retour !

Quelques mois après la sortie de Light’Em Up, vous sortez un nouvel album. Cette fois-ci, vous présentez des reprises de Blues. Le fait est que les deux sont liés, c’est-à-dire qu’ils ont été enregistrés dans le même studio au même moment. Pouvez-vous nous raconter cette histoire ?

Il y a un documentaire que Netflix a fait il y a quelques années. Je crois qu’il s’appelle Muscle Shoals Sound. Il y a des années, peut-être dans les années 50, un gars a ouvert un studio d’enregistrement dans une ville qui s’appelle Muscle Shoals, en Alabama. Ce studio est devenu assez célèbre pour avoir enregistré Aretha Franklin, Otis Redding et tout un tas d’artistes RnB, et il est devenu légendaire – dans une certaine mesure – pour avoir découvert Duane Allman. C’est aussi devenu un studio d’enregistrement très populaire à cause du groupe qu’il abritait et que Lynyrd Skynyrd a rendu célèbre dans le dernier vers de « Sweet Home Alabama », quand ils chantent : « Muscle Shoals has got the Swampers ». Ce groupe s’appelait The Swampers. Quelques gars ont quitté ce studio, sont devenus très célèbres et ont monté un autre studio de l’autre côté la ville, qui est aussi devenu célèbre. Puis quelques gars de ce deuxième studio sont allés à Nashville et ont monté un troisième studio, dont le propriétaire est notre producteur Marty [Frederiksen]. Je pense donc que ce retour aux sources faisait partie, pour chacun de nous, de notre liste de choses à faire pendant que nous enregistrions là-bas.

Le studio est un tout petit vieux bâtiment en bois, avec plein de vieux microphones. C’est aussi un musée pendant la journée, donc ils ont toutes ces vieilles photos sur le mur. Nous étions donc là, assis, à traîner, en train de composer pour Light’Em Up et nous regardions toutes ces photos d’Aretha Franklin, des Allman Brothers, d’Otis Redding, de Steven Tyler, etc. Un soir, peut-être après avoir bu un peu de vin ou de whisky, nous avons commencé à jammer : « Ah, tu connais ‘Born Under A Bad Sign’ ou ‘Crossroads’ ? » « Ah, ouais ! C’est La, Ré, Mi, n’est-ce pas ? Allez, envoie. » Et je me mettais à chanter « Crossroads ». C’était très simple. C’était comme retomber en enfance, parce que quand tu apprends à jouer de la guitare, tu vas toujours choisir la voie la plus simple : « Oh, je peux jouer ‘Blue Suede Shoes’ ou ‘Johnny B. Goode’. C’est La, Ré, Mi ! » Nous avons donc commencé à jouer ces morceaux qui sont ceux sur lesquels nous avons tous accroché. C’est arrivé comme un heureux accident. Nous avons fait la majorité de l’album Light’Em Up à Nashville et puis nous avons fait des enregistrements supplémentaires à Muscle Shoals. Nous avons fini par faire l’album de blues là-bas et nous sommes retournés à Nashville pour terminer tout. C’était amusant, et maintenant nous pouvons dire : « Ok, on a fait ça ! »

Comment un endroit comme celui-ci, et le poids de son histoire, vous affecte-t-il quand vous jouez là-bas ?

Tu rentres dans des endroits comme ça, tu regardes autour de toi et tu imagines Wilson Pickett faisant sa version de « Hey Jude » avec Duane Allman à la guitare. Ça te file la chair de poule. J’ai récemment fait un spectacle acoustique, il y a environ un an, mais j’ai joué au légendaire théâtre Ryman, à Nashville. Elvis y a joué. Toutes les légendes du pays jouaient au Ryman et maintenant, ils permettent aux artistes de rock de s’y produire aussi. Donc, tu rentres dans un tel endroit et il y a cette énergie. Tu te dis : « Putain, Elvis était là en 1955 ! Il se tenait ici même et il a chanté ‘Heartbreak Hotel’. » Tu as la chair de poule. Je me souviens quand j’ai joué au fameux Whisky A Go Go, tout ce que je racontais aux gens, c’est : « Je vais jouer là où Led Zeppelin a joué en 1969 ! C’est là que les Doors ont été découverts ! C’est là que Three Dog Night a été signé ! » La scène, c’était des vieux tapis défraîchis, des trous de cigarette, etc. C’est dégueulasse, tu n’aurais probablement pas voulu t’asseoir sur les meubles. Mais c’est juste le fait que tous ces gars, qui sont venus avant nous, nous ont ouvert la voie, sont passés là. C’est là que Robert Plant se trouvait en 1969, à crier « Communication Breakdown ». Tu te poses, tu commences à jouer quelque chose, et puis d’heureux accidents se produisent grâce à cette atmosphère. Le bâtiment te parle.

« John est un vrai bluesman dans l’âme. Tu ne peux pas étudier le blues de façon scolaire. Enfin, tu peux, mais ce n’est pas de là que ça vient. Ça vient de l’intérieur. Et John apporte vraiment ce son bluesy chaud et expressif, quelle que soit la musique qu’il fait. »

Dans le communiqué de presse, il est dit que quand vous avez commencé à jammer sur des classiques du blues, votre producteur, Marty, a rapidement reconnu qu’il se passait quelque chose de magique à ce moment-là et qu’il a pressé le bouton d’enregistrement. Pensez-vous que c’est ce qui fait un bon producteur, le fait qu’il soit capable de reconnaître la magie ?

Oui, mais de toute façon, même pour les albums normaux que nous avons faits, que ce soit Make Some Noise, Burn It Down, etc., ça enregistre en permanence. Nous sommes généralement tous assis en cercle dans la salle. Doug joue avec son casque sur les oreilles, David [Lowy], Michael [Devin], quelle que soit la personne à la batterie à ce moment-là, nous sommes tous assis dans une salle et nous jammons. Pendant ce temps, Marty laisse tourner les sessions d’enregistrement de façon à ce que, s’il y a ce qu’on peut appeler un heureux accident, il l’ait dans la boîte et que nous puissions le réécouter et nous y référer.

Doug : Marty sait provoquer la créativité. Il va nous donner le courage de dire : « Essayons quelque chose de différent avec ça. » Il y a eu quelques chansons sur lesquelles nous jammions pour le plaisir, comme « Crossroads », et John pouvait dire : « Essayons-la avec un autre groove. » Et Marty était là : « Ah, ouais, faites ça ! » C’est un excellent signe du talent d’un producteur. Beaucoup de gars ne t’inspirent pas de cette façon. Ils ne s’investissent pas dans la composition ou les arrangements, ils se contentent de produire le son. Marty a vraiment une vue d’ensemble du processus créatif et tout un panel de compétences. Avec John, c’est la même chose. C’était vraiment un plaisir. Nous commencions avec la chanson originale puis nous finissions par nous l’approprier. Par exemple, « Black Betty », dans la version originale de Lead Belly, il n’y a pas grand-chose. Il n’y a pratiquement pas de musique, c’est bizarre. Nous avons donc décidé de partir de zéro et nous avons fait notre propre truc.

Quand on écoute l’album, on imagine une pièce enfumée, peut-être une lumière tamisée, la nuit, peut-être quelques boissons, mais comment était vraiment l’atmosphère lors de ces sessions de jam ?

John : Pour être honnête, nous buvions. Nous aimons tous prendre un verre de vin de temps en temps. Personnellement, j’aime le whisky, donc j’adore boire mon Jameson. Doug aime sa bière allemande. C’était drôle, car quand nous sommes allés à Muscle Souls, tout le monde avait prévu d’y aller en voiture. J’ai un mobil home de la taille d’un bus de tournée, alors j’ai dit : « Non, on va tout charger dans mon mobil home et on va y aller avec ! » J’ai embarqué tout le monde et j’ai garé le mobil home juste derrière le studio. Donc si nous n’avions rien à faire, nous allions dans le mobil home, nous nous servions un verre, nous nous posions, nous regardions un peu la télé, puis nous y retournions. C’était juste un moment vraiment cool, détendu, amusant. C’était génial !

Pouvez-vous nous raconter votre histoire personnelle avec le blues ?

Je dois être honnête, je m’y connais assez peu, mais tous les groupes que j’écoutais s’y connaissaient, que ce soit Foghat, Led Zeppelin, The Rolling Stones, Free, Humble Pie, Jeff Beck, etc. C’est vraiment drôle comment ça s’est passé avec le blues, parce que même si le blues vient vraiment du sud des Etats-Unis, bizarrement, c’est passé par l’Angleterre où ça a inspiré tous un tas d’artistes qui l’ont ensuite ramené en Amérique. Quand on était adolescents et qu’on écoutait Cream, Lynyrd Skynyrd, Led Zeppelin et tous ces groupes, on se disait : « Putain, c’est génial ! » Pendant longtemps, j’ai pensé que « Crossroads » était une chanson de Cream que Lynyrd Skynyrd avait reprise. Je ne suis pas vraiment un fin connaisseur en matière de blues, mais nous faisons le plus souvent un clin d’œil aux groupes que nous avons écoutés en grandissant et cette fois-ci, nous sommes revenus aux sources et nous rendons hommage aux groupes qui ont inspiré les groupes qui nous ont inspirés. Personnellement, je connais le blues grâce aux groupes que j’ai écoutés dans les années 60 et 70.

« Jusqu’à ce qu’on s’intéresse vraiment aux chansons et à l’histoire de différents artistes, on ne réalise pas que le blues est à la racine de tout à l’exception de la musique classique. Le blues, ce sont les racines et tout le reste, c’est l’arbre. »

Doug : Je dirais que John est un vrai bluesman dans l’âme. Tu ne peux pas étudier le blues de façon scolaire. Enfin, tu peux, mais ce n’est pas de là que ça vient. Ça vient de l’intérieur. Et John apporte vraiment ce son bluesy chaud et expressif, quelle que soit la musique qu’il fait. Pour répondre à la question, pour ma part, c’est similaire. J’ai commencé à écouter des groupes comme Deep Purple et Jimi Hendrix, mais la première chose que tout guitariste ou un tas de musiciens apprennent, c’est le blues à douze mesures basique, avec une progression en 1-4-5. On se réunit avec des gens, on ne connaît pas les mêmes chansons, mais on peut tous jouer du blues ensemble. C’est ce que nous avons fait pendant des heures quand nous étions jeunes. Puis quand on écoute de la musique, que ce soit du RnB, de la musique classique, du rock’n’roll, une ballade de blues-rock par Led Zeppelin ou Hendrix, on entend des choses qui viennent du cœur, on ressent une émotion et on se l’approprie. Les meilleurs groupes ne sonnent comme personne d’autre ; Howlin’ Wolf sonne comme Howlin’ Wolf, Robert Johnson sonne comme Robert Johnson, et c’est ce qui en fait la beauté. Ce que nous avons fait, c’est donc de jouer ces chansons à notre façon, en utilisant les originales comme des étincelles. Reste que notre vrai background, c’est juste cette progression 1-4-5 blues et une émotion qui vient du cœur.

Votre découverte du blues vient donc des groupes que vous écoutiez. Aimeriez-vous que ça se passe aussi comme ça avec vous, c’est-à-dire que vous fassiez découvrir le blues ou une forme plus ancienne de rock à une plus jeune génération ? Vous voyez-vous comme des passeurs, que ce soit d’un héritage ou d’une tradition ?

John : C’est une bonne question. J’espère ! C’est drôle, jusqu’à ce qu’on s’intéresse vraiment aux chansons et à l’histoire de différents artistes comme Robert Johnson, Muddy Waters, Lead Belly ou Memphis Minnie, on ne réalise pas que le blues est à la racine de tout à l’exception de la musique classique. Si tu écoutes de la country, comme Johnny Cash [chante] : « I hear the train a-comin’, it’s rolling ’round the bend », c’est du blues ! Tu écoutes Elvis Presley, « Heartbreak Hotel », idem. Il y a quelque chose dans toute la musique populaire qui est née de tout ça. Comme je le disais plus tôt, c’est étonnant le voyage que cette musique a dû faire. Ça a commencé au sud, personne ne la prenait au sérieux, alors elle est partie en Angleterre pour influencer tout un tas de musiciens, et puis elle est revenue par leur biais en Amérique pour influencer tout un tas d’autres gars comme nous. Je trouve ça fascinant. J’adore m’intéresser à certaines de ces chansons et à leur histoire, qui les a écrites, pourquoi ils les ont écrites, etc. Encore une fois, je ne savais même pas qui était Memphis Minnie, jusqu’à ce que j’entende Led Zeppelin jouer « When The Levee Breaks ». J’étais là : « Mais qui est Memphis Minnie ? » Alors tu vas en ligne et tu découvres : « Oh, elle a écrit cette chanson, en 1929, en racontant une histoire sur ces horribles inondations qui ont eu lieu en 1927. » Puis tu vas sur YouTube et tu écoutes la version originale. Donc si nous avons des fans qui ne connaissent pas bien le blues, peut-être qu’ils vont écouter cet album et ils vont faire ce que je fais maintenant, ils vont faire des recherches et se dire que c’est des trucs géniaux.

Doug : Quand tu fais ça, ça montre vraiment l’art de l’origine de ces chansons, parce que comme tu l’as dit, c’était une histoire d’inondation, ou Robert Johnson qui s’inquiète des chiens de l’enfer qui lui courent après, etc. Il n’essaie pas de faire une chanson, il écrit sur ses vrais sentiments. C’est comme dans « Mean Woman Blues », Elvis a son cœur brisé et il est là : « Je ne sais pas comment m’exprimer, alors je vais juste chanter. » Puis ça devient une chanson et les gens l’étudient, mais ça venait juste du cœur.

John : Ce qui est drôle aussi, c’est que ma femme Debby ne connaît rien au blues…

Doug : Elle peut te donner le blues…

John : En effet, ça arrive [rires]. Il y a cette série, qu’elle adorait regarder et qui s’appelle Supernatural. Je regardais avec elle et je me disais : « Je ne sais pas qui écrit cette série, mais c’est un mec qui est totalement fan de rock’n’roll et de blues. » Le générique était « Carry On Wayward Son », on l’entendait tout le temps. Ensuite, il y avait les épisodes intitulés Crossroads ou Hellhounds On My Trail. Le blues s’étend à toutes ces choses différentes, la musique populaire, la télévision, etc. J’espère donc – touchons du bois – que l’album sera un succès et qu’un gamin qui apprend la guitare, un fan de Doug Aldrich, va faire ses recherches et découvrir tout ça, parce que c’est là que tout a commencé pour tout le monde.

« C’est intéressant qu’une simple progression d’accords puisse être jouée de plein de manières différentes et que tout le monde puisse s’exprimer à sa façon avec. Il y a clairement de la puissance dans la simplicité. Les choses simples sont peut-être les plus mémorables. »

Tu dis que le blues avait influencé tous les genres de musique qu’on écoute, à l’exception du classique. D’un autre côté, je pense que les gens auront peut-être du mal à percevoir l’influence du blues dans la techno ou le rap, par exemple…

Tout d’abord, qui est arrivé le premier ? L’œuf ou la poule ? Je pense que le blues est arrivé à un certain point et puis certains gars dans la country, comme Johnny Cash… Elvis était un peu à cheval entre les deux, mais même un groupe comme les Beatles, c’étaient d’énormes fans d’Elvis Presley et de Chuck Berry. Et sur l’un de leurs premiers albums, ils ont fait une chanson intitulée « Act Naturally », qui a été écrite par un gars qui faisait de la country. [Chante], c’est une chanson de country, mais c’est du blues ! Puis ça a continué. Tu as des groupes comme Led Zeppelin qui font « When The Levee Breaks », « How Many More Times » ou « In My Time of Dying ». La plupart du temps c’est du 1-4-5, comme le disait Doug.

Doug : Ce qui est intéressant aussi, c’est que nombre d’artistes qu’on entend à la radio, qui sont des artistes du Top 40, sont super influencés par le blues. Ils veulent envoyer la sauce ! J’ai joué sur une chanson de Lady Gaga une fois. J’ai demandé ce que je devais faire et elle m’a dit : « Je veux du rock, je veux des guitares, je veux crier ! » Puis elle a commencé à chanter : elle sait chanter le blues. Un autre gars : Bruno Mars, il adore ce genre de truc. Bien sûr, leurs chansons ne le montrent pas vraiment, mais quand bien même. Et même dans la musique électronique…

John : Ça a commencé avec le RnB et le rock’n’roll pour danser, puis tout s’est transformé jusqu’à devenir de l’électronique. Je pense que tout a commencé avec le blues, puis c’est devenu de la country, puis les prémices du rock n’ roll, comme Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, et puis des groupes comme The Beatles et le RnB, et ça s’est mis à se répandre et à se diversifier. Le blues, ce sont les racines et tout le reste, c’est l’arbre.

Le truc avec le blues, comme vous l’avez dit, c’est que, musicalement, c’est très simple, avec des gammes et accords basiques. Pensez-vous que ce soit ce qui l’a rendu si universel et impactant ?

Doug : Oui. C’est intéressant qu’une simple progression d’accords puisse être jouée de plein de manières différentes et que tout le monde puisse s’exprimer à sa façon avec. Les choses simples sont assurément faciles à digérer. Les gens s’accrochent aux choses simples. C’est comme dans les chansons de rock’n’roll, c’est simple, trois accords. C’est ce que fait ACDC et les gens s’en souviennent vraiment. Oui, la simplicité est clairement attirante.

John : Avec un message simple et puissant dans les paroles aussi, car ça peut parler à tout le monde. Tu parles à deux gars qui ont été mariés trois fois chacun, donc c’est genre : « Oh, ma femme m’a brisé le cœur », « Quelqu’un a tué mon chien », « Je n’ai pas d’argent et je ne peux pas payer mes factures ». La chanson « Crossroads » est peut-être l’exception, car comme une grande partie des chansons de Robert Johnson, elle a contribué à construire sa légende. L’histoire raconte qu’il n’était pas un très bon guitariste et puis qu’il est parti, personne ne savait où il était allé. Selon la légende, il est allé à ce carrefour au Mississippi, il y a rencontré le diable et il a vendu son âme pour être le meilleur guitariste de son temps. Il a enregistré ces chansons légendaires – seulement vingt-sept. Puis le diable a dit que ça suffisait et il a pris sa vie. « Crossroads » est un peu étrange et flippante, mais nombre de ces chansons évoquent le fait de galérer – comme « Born Under A Bad Sign ». C’est genre : « Je n’ai pas eu une vie facile, je ne sais pas lire, je ne sais pas écrire, j’essaie de joindre les deux bouts, je fais mon truc, etc. » Tu connais l’adage : « Si je n’avais pas cette malchance, je n’aurais aucune chance du tout. » Alors ces chansons parlent des combats que mènent les gens, puis des difficultés à faire qu’une relation fonctionne : « La flamme s’est éteinte, tu m’as fait du mal, ton tour viendra… » Ces chansons parlent de choses très simples auxquelles on peut tous s’identifier. A côté de ça, sur Light ‘Em Up, il y a une chanson intitulée « Love That’ll Never Be » et ça aurait pu être une chanson country ou de blues, mais c’est un groupe de rock qui l’a faite. Son message est sur les choix que quelqu’un a faits, et maintenant cette personne fait le point et a des regrets. C’est quelque chose que tout le monde vit à un moment où à un autre. C’est un message très simple construit autour d’une progression d’accords simples, tout part de là. Tout ça, ce sont des messages puissants, simples, qui viennent du cœur, accompagnés par de simples accords, mais avec l’intensité ou les sentiments que cette personne a mis dedans en les jouant.

« Le côté ‘musique du diable’ ne concerne plus que le rock’n’roll. De nos jours, quiconque a du succès, les gens s’imaginent qu’il y a quelque chose de sombre, de caché, que ces artistes doivent bien s’adonner à quelque chose d’illicite. »

Doug : Il y a clairement de la puissance dans la simplicité. C’est facile pour les gens d’accrocher quand c’est simple. C’est drôle, souvent, tu penses à un grand concert où tu es allé et ce ne sont pas nécessairement les choses folles que tu te rappelles, c’est des choses simples globales comme : c’était fort, c’était lumineux, c’était excitant, et ensuite tu commences à y penser plus en détail. Les choses simples sont peut-être les plus mémorables. Nous sommes juste excités de porter notre propre étendard du blues, à la Dead Daisies.

John : Combien de fois as-tu été à un opéra où l’ensemble du public a chanté avec Pavarotti ? N’est-ce pas plus facile de faire que l’ensemble du public chante « Highway To Hell » ? Simple. Et très puissant.

Feriez-vous un pacte avec le diable pour être un meilleur artiste si vous pouviez ?

Je pense que tu signes ce pacte chaque fois que tu signes un contrat avec une maison de disques [rires]. Tout dépend de ta version du diable. Ce peut être un contrat de mariage. Tout est un contrat, d’une manière ou d’une autre. Personne ne va vivre pour toujours, donc profitez-en. Je ne dis pas que je le ferais, mais je comprends les contrats.

Le blues avait mauvaise réputation et il s’était vu affublé de plusieurs surnoms négatifs. C’est ce à quoi le titre « Lookin’ for Trouble » fait référence. Est-ce que vous vous reconnaissez dans ces connotations négatives, cette marginalisation qui était le lot des musiciens de blues ?

Oui. Enfin, je suis né dans les années 60 et 70, donc j’ai toujours été un peu excentrique, même dans ma famille. Tous mes cousins ont eu des jobs de bureau et moi, je me disais : « Je vais aller en Californie, je vais jouer de la musique ! » Tout le monde pensait que j’étais un sacré abruti. Je me souviens il y a des années d’avoir vu un biopic sur Elvis Presley. Quand il était plus jeune, il habitait à Tupelo, dans le Mississippi, et à Memphis, dans le Tennessee. Ils disaient qu’il s’échappait de sa maison et qu’il traversait la ville pour rejoindre le quartier noir de la ville. Il rejoignait ces vieilles cahutes – comme celle qu’on voit sur la pochette de l’album – où les personnes noires se retrouvaient. Ils jouaient cette musique qui leur était propre, ils buvaient et ils dansaient de façon sexy. Il les regardait et les écoutait, ça le fascinait. C’était appelé « la musique du Diable », parce qu’on la retrouvait toujours dans la partie malfamée de la ville, elle avait une connotation très sexuelle, les gens buvaient, fumaient, prenaient de la drogue… toutes ces choses que les « bons chrétiens » ne devraient pas faire. Encore maintenant, même nous, qui sommes un groupe plus âgé, les gens nous regardent et se disent : « Je parie qu’il y a cinq filles dans sa chambre, qu’il y a des miroirs avec de la cocaïne dessus, qu’ils boivent, que ce sont de vraies épaves… », toutes ces choses que les gens associent au rock n’ roll. Et encore, ça ne concerne plus que le rock’n’roll. De nos jours, quiconque a du succès, les gens s’imaginent qu’il y a quelque chose de sombre, de caché, que ces artistes doivent bien s’adonner à quelque chose d’illicite.

C’est cet esprit rebelle du blues qui est la base du rock’n’roll. Pensez-vous que le rock en général l’a conservé ou s’est-il quelque peu dilué ?

Oui et non. J’ai vu des interviews avec Mick Jagger et Keith Richards, ils parlent de certains des artistes qu’ils ont écoutés en grandissant. C’était tout ce qu’ils avaient. Évidemment, ils ont écouté Elvis, mais comme nous l’avons dit plus tôt, j’ai écouté Led Zeppelin, ce qui m’a renvoyé vers le blues. Ils écoutaient Elvis ou Jerry Lee Lewis, et puis ils sont aussi revenus aux sources : « Oh, il aime Son House ! Il aime Lead Belly, qui est ce Lead Belly ? » Et puis ils essayaient de trouver les albums, ils partaient en quête pour mettre la main dessus. Ils ont été fascinés par ce genre de musique. Maintenant, il y a plusieurs générations, donc il se peut que ça se soit dilué, mais ça revient toujours à ça. Ecoutez « Tennessee Whiskey » de Chris Stapleton, qui est un chanteur et compositeur incroyable, et ne me dites pas que ce n’est pas du blues ! Il y a toujours des gens comme ça qui débarquent, comme Stevie Ray Vaughan, Marcus King, Eric Gales, Led Zeppelin, etc. Il y a tous ces artistes qui s’intéressent vraiment au blues et en font une interprétation qui parle aux gens. On s’éloigne de plus en plus de la source – quand un arbre croît, les feuilles sur le dessus ne réalisent pas que la racine est là – mais c’est toujours là. Ça peut être un peu édulcoré ou les gens ne sont peut-être pas aussi conscients qu’ils l’étaient quand Elvis ou Jerry Lee Lewis est arrivé, mais c’est toujours là.

« C’est très spontané quand nous sommes en studio. Il n’y a pas de réflexion, pas de plan, c’est juste : ‘Il nous faut un album. Ok, on y va, on verra ce qui se passe.' »

Vous avez fait de nombreuses reprises dans le passé, et maintenant c’est un album entier. Généralement, les jeunes groupes commencent par jouer des reprises de leurs chansons préférées. Vous êtes tous des musiciens très expérimentés, mais au fond, pensez-vous être toujours un jeune groupe ?

Non. La bonne musique, c’est la bonne musique. Encore une fois, je suis né dans les années 60 et 70. David Lowy – que Dieu le bénisse –, notre guitariste, n’est probablement pas aussi impliqué dans toute cette scène musicale que nous autres. C’était la beauté de la chose, dans mon enfance, quand j’écoutais de la musique. Un de mes groupes préférés était Grand Funk Railroad. Il existait à la fin des années 60, début des années 70, et les Rolling Stones ont sorti « Gimme Shelter ». Grand Funk Railroad a fait un album en live, je ne sais pas, un an plus tard, ou quelque chose comme ça, et ils ont mis « Gimme Shelter » dessus. Quelqu’un m’a demandé : « Pourquoi ont-ils fait ça ? Pourquoi ont-ils réenregistré une chanson qui venait de sortir ? » Et j’ai répondu : « Parce que c’est la différence entre cette époque et l’époque actuelle. » En ce temps-là, on jouait une chanson parce qu’on la trouvait cool. Il n’y avait pas toutes sur réflexions, genre : « Que vont penser les gens de nous ? », « Est-ce qu’on peut faire cette chanson alors qu’elle vient de sortir ? », etc. C’est une chanson qui venait de sortir et ils s’en fichaient, ils se sont juste dit : « J’aime cette chanson, jammons dessus ce soir. » Cette liberté me manque. Quelqu’un m’a demandé plus tôt : « Slash a reçu un prix pour son album de blues, comment vous sentez-vous vis-à-vis de ça ? » Honnêtement, nous ne savions pas que Slash faisait un album de blues avant que nous finissions le nôtre. C’est arrivé sur mon téléphone : « Slash a fait un album de blues. » Je me suis dit : « Putain ! » Mais je me fiche des récompenses. Je me fiche de ce que les gens pensent.

Les gens demandent : « Pourquoi faites-vous des reprises ? » Pourquoi pas ? Ce sont des groupes avec lesquels nous avons grandi. Nous aimons ces groupes. C’est dans notre ADN. Ça sonne bien quand nous jouons la chanson, alors pourquoi ne pas l’enregistrer ? C’est notre remerciement ou notre hommage aux groupes que nous écoutions, admirions, allions voir étant gamins. Cette fois-ci, encore une fois, c’était un heureux accident, nous avons commencé à jammer des chansons de blues, ça sonnait bien, alors nous nous sommes dit : « Allons-y, faisons en un album complet. » En un mois, nous avons composé, enregistré, mixé Light ‘Em Up et nous avons fait cet album. Deux albums en un mois. C’était amusant. Nous avons passé un super moment en les faisant. Nous avons pu dire que nous avions enregistré dans ce célèbre studio et, maintenant, si nous pouvons amener un jeune garçon qui veut devenir guitariste, chanteur ou quoi que ce soit à écouter ces vieux artistes légendaires, c’est génial. Mais le reste, personnellement, je n’y réfléchis pas tant que ça. Nous ne nous sommes pas posés en disant : « Eh, faisons un album de blues ! » ou « Faisons que Light Em Up sonne comme ça ». C’est très spontané quand nous sommes en studio. Il n’y a pas de réflexion, pas de plan, c’est juste : « Il nous faut un album. Ok, on y va, on verra ce qui se passe. »

Il semble qu’il y avait beaucoup d’énergie positive et d’enthousiasme avec le groupe pendant cette période où vous avez enregistré les deux albums. Est-ce que c’est toujours comme ça ou est-ce qu’il y a eu un peu d’excitation supplémentaire due à ton retour ?

C’est toujours très créatif et très enthousiaste. Nous faisons presque toujours la même chose, sauf pour cet album de blues. Nous mettons toujours en place une Dropbox et nous commençons à balancer des idées, des riffs, quoi que ce soit. Ensuite, nous nous réunissons avec Marty, nous nous posons dans la salle, avec tous les équipements et la batterie installés, un casque sur les oreilles et nous commençons. Nous choisissons un riff, « oh, travaillons là-dessus » et nous nous mettons à jammer et à faire une chanson ensemble. Nous créons ce que j’appelle une carte : « Voici la chanson, premier couplet, refrain, deuxième couplet, refrain, ici on fera ce premier solo… » Nous cartographions tout. Puis je pars et je me pose pour écrire les paroles. C’est très énergique, très enthousiaste. Nous aimons être ensemble. C’est l’un des autres atouts de ce groupe : nous sommes tous amis. Si nous ne jouions pas ensemble, nous serions quand même au téléphone à nous parler. C’est une expérience vraiment cool d’être dans ce groupe. Nous nous aimons tous et nous avons tous grandi à la même époque, donc nos influences sont en grande partie les mêmes. Peu importe ce que nous faisons, que ce soit un album de blues, Light ‘Em Up ou autre, c’est amusant.

Interview réalisée en face à face le 15 mars 2025 par Cyrielle Lebourg-Thieullent.
Fiche de questions et introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Cyrielle Lebourg-Thieullent & Nicolas Gricourt.
Source photos : The Dead Daisies.

Site officiel de The Dead Daisies : thedeaddaisies.com

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