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Chronique Focus   

Mantar – Pain Is Forever And This Is the End


« No pain, no gain », telle est la philosophie de Mantar selon le compositeur Hanno Klänhardt, fermement décidé à ne pas se reposer sur ses lauriers alors que le duo a acquis un certain niveau de notoriété en l’espace de dix ans. Il aurait été confortable après trois albums – sans compter l’album de reprises Grungetown Hooligans II de 2020 –, qui ont tous été bien reçus par la critique et par le public, de se conformer au son qui a fait leur succès. Surtout que The Modern Art Of Setting Ablaze était déjà éprouvant pour le duo et symbolisait une forme d’accomplissement en soi, plus massif et accrocheur et toujours en dehors des étiquettes stylistiques dont Mantar s’affranchit volontiers. Sauf qu’avec Pain Is Forever And This Is the End, les Allemands souhaitent renoncer à certains acquis et cela passe donc par beaucoup d’efforts et de labeur, au point que le travail demandé par leurs propres exigences a failli pousser le groupe à s’arrêter. Mais après une période difficile faite de sueur, de douleur et d’incertitudes, le quatrième opus qui porte bien son nom, délibérément excessif, voit bien le jour.

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Powerwolf – The Monumental Mass: A Cinematic Metal Event


On imagine sans peine la frustration de Powerwolf. Habitués à communier avec son public via son heavy/power metal grand spectacle, les Allemands ont dû cette fois se résigner à ne pas pouvoir défendre Call Of The Wild dignement en live en raison de la pandémie. Powerwolf s’est donc montré inventif : plutôt que de proposer un simple concert retransmis avec un accès payant, autant emprunter un peu à Behemoth et proposer… quelque chose de plus spectaculaire. The Monumental Mass: A Cinematic Metal Event est né. C’est une ode à la surenchère et à la grandiloquence, un culte qui fait passer l’opulence clunisienne du XIe siècle pour de la retenue. La meute a mis les moyens.

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Municipal Waste – Electrified Brain


Municipal Waste remplit son office depuis 2001, où il avait décidé d’honorer le thrash crossover à l’ancienne avant même la mode des revivals. Le seul objectif du groupe était de composer des titres efficaces et rapides ayant fonction d’exutoire. Waste’em All (2003), référence non dissimulée à Metallica, annonçait la couleur. Municipal Waste a acquis une certaine notoriété grâce à l’excellente réception de The Art Of Partying (2007) qui explicitait son programme et sa raison d’être. Vingt et un ans après la création du groupe originaire de Richmond, rien n’a changé. Absolument rien. Municipal Waste entend toujours délivrer son thrash de fêtard aux relents punks. Electrified Brain n’a pas d’autres prétentions. Il fait ce qu’il a à faire avec le plus d’application possible.

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Greg Puciato – Mirrorcell


Greg Puciato n’a pas attendu la fin de The Dillinger Escape Plan pour s’impliquer dans d’autres projets, mais la séparation du groupe qui l’a quasiment accaparé pendant plus de quinze ans lui a permis d’ouvrir en grand la vanne de son expression artistique, à la fois en quantité et par la diversité des styles qu’il se plaît à explorer comme autant de facettes de lui-même. En ce sens, Mirrorcell s’inscrit dans la même veine que son premier album solo et offre un panel d’humeurs et de styles qui s’étend de la new wave et de l’électronique sombre des années 80 au metalcore des années 2000 en passant par le grunge et le rock industriel des années 90.

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Saor – Origins


De plus en plus d’eau coule sous les ponts écossais entre chaque sortie de Saor. Son pilier central, Andy Marshall, à la fois architecte et maître d’œuvre, profite de ce temps pour tourner activement et s’abreuver de musiques diverses. En découle une évolution que des adeptes de plus en plus nombreux suivent avec passion. Andy propose pour décrire sa musique, depuis Forgotten Paths notamment, le terme de « metal calédonien », comme en écho au maintenant bien établi (mais pas pour autant facile à définir) metal cascadien qui a pris racine outre-Atlantique. Origins est consacré aux Pictes, ces tribus qui peuplèrent le nord-est de ce qui deviendra l’Écosse, à cheval entre l’Antiquité et le Moyen Âge. Ce thème implique des aspects guerriers ainsi qu’une atmosphère qui, tout comme les peuplades évoquées, trouve ses fondements dans le paganisme sans toutefois s’y fondre intégralement.

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Porcupine Tree – Closure / Continuation


Depuis 2010, Porcupine Tree n’a pratiquement donné aucun signe de vie. Steven Wilson a brillé en solo, tandis que Richard Barbieri et Gavin Harrison multipliaient les projets. Un retour du groupe se rapprochait davantage du fantasme que de la réalité. L’implication accrue de Gavin Harrison au sein de The Pineapple Thief (sans parler des tournées de King Crimson) et la réussite en solitaire de Steven Wilson n’allant pas dans le sens d’une réunion. Et pourtant, Porcupine Tree n’a jamais vraiment évoqué une séparation mais bien un hiatus. Douze années plus tard, après une longue gestation, Closure / Continuation réalise bel et bien l’inespéré : Porcupine Tree est de retour aux affaires, toutefois sans le bassiste Colin Edwin. On ne sait pas si Closure / Continuation marque un retour sur le moyen terme ou s’il est un baroud d’honneur. Peu importe. Lorsqu’il s’agit d’un groupe aussi marquant, on ne rechigne pas.

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Final Light – Final Light


Bien plus qu’un festival, le Roadburn est devenu un catalyseur de collaborations, un provocateur de rencontres, souvent avec un flair prononcé. Celles-ci sont l’occasion de mettre sens dessus dessous les échelons de brutalité, comme en faisant se croiser Emma Ruth Rundle et Thou, ou, dans le cas présent, James Kent, alias Perturbator, et Johannes Persson, chanteur-guitariste du rouleau compresseur suédois Cult Of Luna. Perturbator arpente depuis une décennie une scène synthwave en plein essor. Parti d’une esthétique old-school très vidéoludique, il a ensuite exploré des territoires plus métalliques. Johannes Persson, quant à lui, n’est pas étranger aux collaborations, que ce soit avec le poignant Mariner (avec Julie Christmas) ou, plus récemment, la mise en scène de voix blues et folk (Mark Lanegan et Mariam Wallentin), tranchant avec les éruptions monolithiques et viscérales pour lesquelles on connaît cet acteur incontournable du post-metal.

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White Ward – False Light


White Ward ne se repose pas sur ses acquis et met ses envies en œuvre sans tergiverser, au risque de faire des faux pas qui se font encore attendre. En résulte une ascension fulgurante, pour un groupe catapulté au-devant de la scène dès le premier album, jonglant avec le dark-jazz et le metal extrême comme peu de formations y parviennent. L’engouement autour de False Light est donc conséquent, attisé par l’EP Debemur Morti, sorti un an auparavant. Les récents événements géopolitiques touchant l’Ukraine (le pays d’origine de White Ward) étant vraisemblablement postérieurs à la composition voire à l’enregistrement de la plupart des morceaux, et même si le groupe n’a pas manqué de montrer qu’il était particulièrement affecté, l’écoute de False Light ne serait probablement que polluée si l’on y cherchait obstinément des références qui, de toute évidence, y sont, sinon absentes, au moins bien dissimulées. L’album est surtout un joyeux patchwork de thèmes dystopiques : meurtres commandités par les gouvernements, environnement, violences policières ou domestiques, vacuité psychique des villes ou de la culture grand public, surconsommation… Autant de sujets fermement ancrés dans le présent, bien que le groupe ait amplement puisé son inspiration dans un roman de 1908.

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Kardashev – Liminal Rite


Si l’appellation « deathgaze » en fera sourire plus d’un, Kardashev (du nom d’un astrophysicien) a fait de cette niche son domaine, allant jusqu’à orner de ce mot certains produits dérivés, comme par défiance. Après deux EP, le quatuor nous offre, via leur nouveau berceau Metal Blade, leur premier album complet depuis Peripety (2015). Kardashev présente son style comme « impitoyable, mais délicat ». Les passages brutaux se matérialisent comme une tempête, une entité indomptable dotée d’une volonté propre. La voix, elle, voltige, glisse sur ces montagnes russes. Les transitions et changements d’intensité ne sonnent que rarement comme des gimmicks ; les accalmies laissent le temps de reprendre quelques repères, de regarder autour de soi. Qui dit « gaze » dit démultiplication de guitares, et puisque le groupe n’a pas l’intention de tourner pour cet album, il s’en donne à cœur joie.

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Deathwhite – Grey Everlasting


La silhouette capée de noir, allégorie d’un universel sentiment de désolation et personnification de l’anonymat que Deathwhite continue de maintenir, revient pour un troisième album qui donne magistralement raison aux espoirs placés dans le groupe américain. Le terme souvent galvaudé de « maturité » est ici parfaitement approprié tant cet album est celui d’un groupe enfin conscient et en pleine possession de ses moyens. Si ses deux précédents albums avaient déjà éveillé l’attention des oreilles sensibles à ce qu’un croisement subtil entre doom metal et metal gothique peut offrir d’intensité mélancolique, la progression des musiciens, album après album, est manifeste. Le juvénile For A Black Tomorrow, comme désorienté par ses émois contradictoires et incapable de jauger ses propres capacités, ne parvenait pas à asseoir une identité réellement marquante. Cherchant encore l’équilibre entre lourdeur et émotion, il se perdait entre ses différentes inclinations (metal gothique, doom metal, death mélodique…) et pâtissait d’un chant maladroit forçant péniblement sa nature tant dans les aigus que dans les graves gutturaux. Déjà, pourtant, quelques fulgurances laissaient deviner le potentiel enfoui. Grave Image, en 2020, marquait un très net sursaut qualitatif, le groupe ayant notamment élagué son écheveau touffu de styles et d’inspirations plus ou moins bien digérées et solidifié sa matière sonore grâce à l’apport d’un deuxième guitariste.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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