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Chronique Focus   

Absent In Body – Plague God


Comme les pionniers de Neurosis, les Belges d’Amenra se sont fait connaître grâce à leur mélange de sludge écrasant et atmosphérique et de post-hardcore, et leurs nerfs à vif. Une sensibilité suffisamment voisine pour que les deux groupes nouent une complicité qui perdure depuis plus de dix ans et qui, après des tournées en commun et des sorties d’Amenra sur Neurot Recordings, le label des Américains, était presque naturellement destinée à se matérialiser par une collaboration artistique. C’est à l’occasion d’un split, The Abyss Stares Back #5, réalisé pour Hypertension Records, qu’elle se produit : alors qu’ils travaillaient sur des morceaux séparés, Scott Kelly (chanteur et guitariste de Neurosis) décide de prêter main-forte à Mathieu J. Vandekerckhove (guitariste d’Amenra). Rapidement rejoints par Colin H. Van Eeckhout, le chanteur de ce dernier, ils décident de fonder Absent In Body, et sortent en 2017 un long titre de vingt minutes. Obscur et oppressant, il est un avant-goût du premier album du projet, Plague God, qui sort cinq ans plus tard, avec nul autre qu’Iggor Cavalera (ex-batteur historique de Sepultura, entre autres) en renfort. De quoi proposer la bande-son idéale d’une époque tourmentée…

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Animals As Leaders – Parrhesia


Animals As Leaders voulait être à l’origine un projet « anti-metal », pour contraster avec l’ancienne formation metalcore de Tosin Abasi. Ironie du sort, Animals As Leaders est devenu l’un des groupes de metal instrumental les plus inventifs et reconnus de la scène, et ce dès son premier opus (2009). Depuis, le trio emmené par le guitariste virtuose Tosin Abasi, accompagné de Javier Reyes et du batteur Matt Garstka, n’a eu de cesse de peaufiner sa formule musicale, quitte à accroître les prouesses techniques et à se laisser aller à quelques expérimentations, à l’instar de The Madness Of Many (2016). Inévitablement, une certaine angoisse naissait quant à la capacité d’Animals As Leaders de continuer à évoquer par l’instrumental. Parrhesia – « liberté de discours » en grec – intervient après six ans d’absence en raison de la pandémie évidemment, mais aussi d’un besoin de se préoccuper à nouveau de la pertinence d’un travail instrumental. Animals As Leaders rechigne certes toujours à nous tenir la main, il nous permet néanmoins d’imaginer à nouveau et pas seulement de plisser les yeux pour suivre.

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Dark Funeral – We Are The Apocalypse


Au-delà de ses inspirations thématiques et de ses tournures stylistiques, la discographie de Dark Funeral possède elle-même quelque chose de cérémoniel et de rituel. En effet, une nouvelle fois six ans après leur dernière sortie, leur nouvelle offrande obscure, théâtralement baptisée We Are The Apocalypse, vient poser le nouveau jalon d’une histoire aussi temporellement étendue que relativement mesurée en termes d’occurrences. Un nouveau chapitre qui porte la difficile charge d’innover ou réactualiser une musique très codifiée tout en respectant les tropes stylistiques attendus qui ont fait l’identité sonore du groupe, une démarche fondamentalement marquée par le paradoxe.

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Eric Wagner – In The Lonely Light Of Mourning


Cela faisait des années qu’Eric Wagner, l’une des voix les plus iconiques du doom traditionnel, projetait de travailler sur un album solo, mais ce n’est qu’en 2017, après plus de trois décennies de carrière, qu’il s’y est attelé pour de bon. Quatre ans de travail plus tard, ce qui est devenu In The Lonely Light Of Mourning, et qui s’annonçait comme le couronnement d’une vie de musicien particulièrement bien remplie, était enfin terminé : par un coup du sort particulièrement cruel, Eric Wagner est décédé quelques semaines plus tard à peine, à l’âge de soixante-deux ans, des suites du Covid-19. Wagner a marqué l’histoire du doom américain au sein de Trouble, qui dans les années 80 avait sorti les classiques Psalm 9 et The Skull, puis avec Lid, The Skull, et Blackfinger : sa voix expressive, immédiatement reconnaissable, et ses paroles mélancoliques ont laissé leur marque sur des générations de groupes. Mais bien qu’estampillé solo et malgré son titre (« Dans la lumière solitaire du deuil »), ce projet n’a jamais été conçu comme un effort solitaire : pour la composition, Wagner s’est adjoint les talents de son collaborateur de longue date David Snyder (batteur pour Trouble and Blackfinger) ; il a de plus rassemblé amis et collègues rencontrés au fil des années, parmi lesquels des membres de Trouble, Blackfinger, The Skull et Lid évidemment, mais aussi Pentagram, Death Row et Place Of Skulls, qui ont tous laissé leur patte sur ce projet de longue haleine. Un casting de luxe pour la synthèse d’une carrière qui force le respect.

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Ghost – Impera


Prequelle (2018) dont la thématique gravite autour de la peste médiévale aurait pu être considéré comme prémonitoire. Tobias Forge a pu malheureusement constater l’illustration des sujets développés dans son album. La pandémie a frappé juste à la fin du cycle de tournées de Ghost et n’a ainsi pas réellement altéré son programme : une pause d’un an pour enregistrer un nouvel album avant de retourner sur les routes. Tobias Forge a donc travaillé sur une nouvelle œuvre et profité du temps supplémentaire pour vivre avec les siens. De quoi revenir avec un album qui s’inscrit évidemment en miroir des évolutions de notre société toujours marquée par le virus et la concrétisation de sempiternelles tensions. Impera propulse Ghost à l’ère victorienne au XIXe siècle, une période de changements majeurs et brutaux via l’industrialisation et le déclin d’anciens « empires ». Impera met en avant la disparition de l’humanité au profit de nouvelles technologies et d’un retour en arrière sur ce que Tobias Forge considérait comme des progrès moraux. Tout n’est qu’un cycle et la destruction accompagne toujours le renouveau.

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Marillion – An Hour Before It’s Dark


Évoquer ou non la pandémie que le monde subit depuis deux ans est le dilemme auquel Steve Hogarth s’est retrouvé confronté au moment d’entamer les textes de ce nouvel album. Le groupe, qui a toujours laissé les soubresauts du monde imprégner son art, ne pouvait finalement pas ignorer la situation sanitaire ni, surtout, la situation écologique, et l’urgence de la réaction que celle-ci exige a guidé la plume du chanteur. Une plume qui, malgré ces thèmes factuels et sociétaux, se révèle subtile, riche en images poétiques et ouverte à de multiples interprétations. Ainsi, le titre de l’album, dont l’idée traverse l’ensemble des morceaux, inspiré par une mère rappelant à son enfant qu’il lui reste une heure pour jouer dehors, évoque aussi le peu de temps dont nous disposons pour sauver la planète, ou encore la dernière heure d’une personne mourante.

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Crowbar – Zero And Below


Ce n’est plus à prouver : la pandémie de Covid-19 a été une calamité pour les amateurs de metal du monde entier. Parmi ses dommages collatéraux, les fans de Crowbar auront dû patienter un an et demi supplémentaire avant d’entendre le nouvel album du groupe, pourtant terminé il y a près de deux ans : « L’épidémie a été un moment si triste pour tant de gens, nous nous sommes dit que ce n’était pas le bon moment pour sortir de nouveaux titres », explique le leader du groupe Kirk Windstein. C’est que les Américains ne sont pas connus pour être des gais lurons : poids (ultra) lourds du sludge avec trente ans de carrière et onze albums au compteur, leurs chansons dégoulinantes de gros riffs et d’amertume ne sont pas du genre à alléger l’atmosphère. Originaires de La Nouvelle-Orléans comme leurs confrères d’Eyehategod et de Down (où joue Windstein), ils mêlent la hargne du hardcore et la maussaderie du doom avec une maîtrise qui n’est plus à prouver. Depuis The Serpent Only Lies, leur dernier album sorti en 2016 et malgré la pause imposée par le Covid, les musiciens n’ont pas chômé – Windstein a sorti son premier album solo, Dream In Motion, début 2020 – et avec leur douzième opus, Zero And Below, ils sont prêts à défendre leur statut de valeur sûre.

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Sabaton – The War To End All Wars


Sabaton n’en avait pas tout à fait terminé avec la « Der des Ders ». Malgré la profusion d’histoires narrées par The Great War (2019), les géants suédois n’avaient qu’effleuré la richesse des récits marquants de la Première Guerre mondiale. Leur dixième opus reprend donc le concept et s’envisage comme un prolongement de son prédécesseur. The War To End All Wars est à nouveau entièrement inspiré par le déroulement du conflit et les histoires invraisemblables engendrées par ce dernier. Sabaton a évidemment profité du temps laissé vacant par la pandémie pour peaufiner sa narration et a de nouveau fait le choix de sortir une édition historique en parallèle de l’édition standard. Si Sabaton a acquis une connaissance accrue dans certains détails de l’histoire militaire, il fait justement et sagement la nuance avec l’expertise historique dans son ensemble dont il assure ne pas être garant. Ce qui importe, c’est de donner de la puissance au récit. Là-dessus, difficile de piéger Sabaton.

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Shape Of Despair – Return To The Void


S’il s’est écoulé moins de temps entre ce nouvel opus et son prédécesseur qu’entre celui-ci et Illusion’s Play, Return To The Void prend en réalité sa source plus loin qu’en 2015. Le choix de son titre renvoie en effet, au-delà de son évocation d’un désespoir terminal, à un retour musical aux premières œuvres de Shape Of Despair, avec un travail de composition que Jarno Salomaa relie même à ses créations sous le nom de Raven. Après deux albums en forme de maillons faibles dans la discographie du groupe, Return To The Void constitue donc à la fois une continuité de Monotony Fields et un retour bienvenu vers un passé plus inspiré.

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Immolation – Acts Of God


Des anges qui se battent pour ne pas voir leur chair décomposée par une lumière noire. C’est tout simplement l’artwork – œuvre de l’omniprésent Eliran Kantor – que présente le onzième opus d’Immolation. De quoi dissiper le peu de doutes qui pouvaient exister quant à l’orientation musicale de la onzième livraison des cadors du death metal made in New York. Immolation ne s’était que peu manifesté depuis Atonement (2017) et si l’on prend en compte les dires du chanteur-bassiste Ross Dolan, leur nouvel effort intitulé Acts Of God est censé accentuer le sentiment de désespoir et la noirceur de son prédécesseur. Alléchant, surtout lorsqu’on reconnaissait les qualités d’Atonement et le talent d’Immolation pour livrer un death à la fois old-school et inspiré du doom sous certains aspects. Acts Of God a donc pour dessein de s’enfoncer dans les abysses et de présenter l’état d’esprit d’Immolation dans le contexte qui l’environne : un pessimisme qui confine au fatalisme.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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