mardi, 18 mai 2021 à 9:49 par Thibaud Bétencourt
Ayron Jones semble être destiné à se tailler une place de choix dans la scène rock contemporaine. Le guitariste-chanteur de trente-quatre ans originaire de Seattle entend reprendre le flambeau d’artistes qui ont permis de tordre le cou au rêve américain – Nirvana, Pearl Jam, Rage Against The Machine pour ne citer qu’eux. Faire d’Ayron Jones l’héritier du grunge serait toutefois incorrect, celui-ci se reconnaît aussi dans l’approche de la guitare délurée de Jimi Hendrix ou l’art des mélodies entêtantes de Stevie Wonder. Toutes les présentations d’Ayron Jones mettront en avant le fait que le musicien « revient de loin » : abandonné dans son enfance, il a dû tracer son chemin dans une Amérique au racisme persistant. Une prouesse qui lui vaut aujourd’hui la reconnaissance de ses pairs tels que Duff McKagan ou Mike McCready. Son troisième album studio Child Of The State – réalisé sur le label du styliste John Varvatos au sein du groupement de labels Big Machine – a une consonance autobiographique : il s’agit de surmonter les obstacles petit à petit sans sombrer dans le déni ou le refus malsain de sa propre histoire. Un rock thaumaturgique porteur d’espoir en somme.
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jeudi, 13 mai 2021 à 17:23 par Thibaud Bétencourt
Difficile d’envisager la popularité de la synthwave (ou retrowave selon les goûts) aujourd’hui sans mentionner Perturbator. James Kent fait partie de ces artistes français qui ont porté le genre en reprenant certains ingrédients de Kavinsky et College sans vraiment se soucier du catalogage, accompagné par Carpenter Brut pour ne citer que lui. L’occasion d’allier une culture metal et rock à une musique électronique qui s’attelle à rechercher des atmosphères sombres et nébuleuses en évoquant l’imaginaire des années 80 et 90. Lustful Sacraments, cinquième opus de Perturbator, explore une nouvelle déclinaison de cet univers. James Kent puise dans le goth-rock de la fin des années 80 et le post-punk pour décrire notre tendance à la dépendance avilissante et par extension à l’autodestruction. La mélodie la plus simple ne s’envisage pas sans son penchant le plus oppressant.
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mercredi, 12 mai 2021 à 10:49 par Thibaud Bétencourt
La pandémie a tout de même quelques aspects positifs. La mise en pause forcée de l’activité musicale a permis à certains musiciens de grandes formations de réaliser des projets souhaités de longue date, eux qui n’avaient jamais eu le temps de les concrétiser auparavant. Esa Holopainen, guitariste lead d’Amorphis, avait besoin de cette interruption pour donner vie à son projet solo sur les conseils du producteur finlandais Nino Laurenne. L’objectif de cette entreprise – intitulée Silver Lake pour rendre justice à tous les collaborateurs du guitariste – était de mettre en avant les talents d’écriture de ce dernier. Silver Lake prend ses distances avec les frasques techniques auxquelles peuvent s’adonner les guitaristes en solitaire. Il rejoint une démarche concernée avant tout par la qualité de la mélodie, sans les contraintes imposées par Amorphis.
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lundi, 10 mai 2021 à 15:38 par Thibaud Bétencourt
Les préjugés n’ont aucune frontière. C’est justement ce qui motive Blackberry Smoke à honorer le Peach State, l’État de Géorgie, à l’instar de Black Stone Cherry et de son album Kentucky (2016). You Hear Georgia est le septième opus de la bande à Charlie Starr qui fête cette année ses vingt ans d’existence. Blackberry Smoke regrette les idées préconçues qui émergent systématiquement dès lors qu’on évoque un État du sud des Etats-Unis. Il veut au contraire défendre un héritage musical immense, un territoire qui a vu naître tout un pan du blues à Memphis et qui a permis de découvrir Ray Charles, Ottis Redding, REM et The Black Crows pour ne citer qu’eux. L’image du redneck a son instrumentation politique, elle ne doit pas occulter la qualité artistique et la richesse culturelle. Une tâche noble à laquelle Blackberry Smoke a décidé de s’atteler.
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jeudi, 6 mai 2021 à 18:06 par Thibaud Bétencourt
Monster Magnet honorait le rock des années 70 quand le « revival » de ce dernier n’était pas encore à la mode. Précisément parce qu’il s’en servait comme d’une inspiration fondatrice de son rock stoner psychédélique qui lui a permis d’arpenter les routes pendant trente ans. Le groupe vit pour la scène, sa véritable raison d’être. Monster Magnet a tout juste eu le temps de terminer sa tournée avant que la pandémie ne rebatte les cartes. Seulement, le groupe ne pouvait pas pratiquer de la « visio-musique » ou se complaire dans le streaming, insuffisant pour reproduire l’expérience live selon eux. Dave Wyndorf a donc décidé de réaliser un « album-bunker » complètement autoproduit aux Freakshop Studios du batteur Bob Pantella. Faute de nouvelle musique, Monster Magnet a décidé de s’adonner à des reprises, des morceaux choisis de la jeunesse de Dave Wyndorf, sa « playlist de la quatrième dimension ». Le frontman ne s’y est pas trompé, A Better Dystopia intègre parfaitement l’ADN de Monster Magnet. Le chaos des années 70 est préférable à notre capharnaüm contemporain.
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mercredi, 5 mai 2021 à 10:52 par Thibaud Bétencourt
Hanging Garden ne déroge pas à sa propre règle : ciseler une musique « à fleur de peau » érigeant l’émotion comme une déité à vénérer en toutes circonstances. Sur ce point, le groupe finlandais ne cherche pas à intellectualiser. Sa musique doit sans cesse correspondre à un état d’âme. Hanging Garden a étoffé son arsenal via l’intégration de la chanteuse Riika Hatakka, membre permanent depuis l’opus Into That Good Night (2019) après ses apparitions passées, mais qui prend désormais pleinement sa place. Après l’expérience de la revisite sur l’EP paru l’an dernier, Against The Dying Of Light, le nouvel album Skeleton Lake entérine l’évolution musicale de la formation, désormais encline à illuminer une musique où l’espoir n’était auparavant qu’un luxe. Sa septième œuvre est une recherche éculée de la coexistence entre lumière et ténèbres. Encore une fois, Hanging Garden ne cherche pas l’inédit. Seulement une fidélité envers ses sentiments.
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lundi, 3 mai 2021 à 15:23 par Thibaud Bétencourt
Pop Evil refuse d’entériner le constat d’un rock vieillissant, où les têtes d’affiche légendaires quittent peu à peu le navire et qui font dire à certains que le rock n’est plus porteur, un dinosaure qui s’oppose à son extinction inéluctable. Pop Evil se sert de sa carrière en guise de contre-exemple : du riffing-spectacle, des manches retroussées et une détermination sans faille à faire découvrir sa musique partout où il le peut. La bande emmenée par Leigh Kakaty a justement su forger une musique taillée pour le plus grand nombre, honorant les accroches grandeur nature du néo-metal et du pop rock. Une démarche que les ventes et le streaming n’ont pas contrariée. Versatile, leur sixième album, est justement un exercice de déclinaison : Pop Evil entend piocher dans tous les genres populaires et les subordonner à son essence rock. De quoi faire le funambule entre le racolage ou une audace présumée.
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vendredi, 30 avril 2021 à 7:34 par Thibaud Bétencourt
Royal Blood revient de loin. Le duo britannique composé du chanteur, bassiste et claviériste Mike Kerr et du batteur Ben Thatcher a failli être victime de son succès. Propulsé sur le devant de la scène rock par son premier effort Royal Blood (2014), les deux musiciens sont l’archétype de l’ascension fulgurante et de l’immense pression qui en découle. How Did We Get So Dark? (2017) est l’album qu’on a voulu de Royal Blood, pas forcément celui que le duo voulait créer. Soucieux de maintenir sa santé mentale et son intégrité artistique, Mike Kerr a décidé d’embrasser la sobriété et de rendre à Royal Blood ce qui lui appartient : sa musique. Typhoons est à concevoir comme l’album d’un groupe confiant, capable d’embrasser le succès sans se compromettre. Quitte à en laisser plusieurs sur le carreau quant à son orientation musicale. Car Typhoons en revient aux premières amours du duo qui s’éprouvaient dans leur première formation Flavour Country : Daft Punk, Cassius ou encore Justice.
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mercredi, 28 avril 2021 à 12:59 par Thibaud Bétencourt
Myles Kennedy est réellement omniprésent. Que ce soit avec les poids lourds d’Alter Bridge, Slash And The Conspirators ou même son travail passé avec The Mayfield Four. Surtout, Myles Kennedy a miraculeusement trouvé le temps de lancer sa propre carrière solo en 2018 avec Year Of The Tiger. Un succès qui a entériné le talent de l’artiste et sa polyvalence en présentant une culture musicale diverse. Year Of The Tiger se détachait sensiblement des projets plus heavy de Myles, une sorte d’album concept autour du décès de son père durant son enfance, qui employait à raison un vocabulaire folk et blues. The Ides Of March (référence au Jules César de Shakespeare et à sa réplique célèbre « Beware the Ides of March ») est un tout autre animal. Il veut étancher la soif de Myles Kennedy pour la guitare lead, un domaine dans lequel il ne peut pas toujours pleinement s’exprimer avec ses autres formations. C’est aussi l’occasion de rendre hommage au « geek » de la musique qu’il prétend être en mangeant à tous les râteliers. The Ides Of March est une sorte de kaléidoscope du rock, l’hétéroclite en moins.
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lundi, 26 avril 2021 à 10:50 par Thibaud Bétencourt
« L’humanité est un parasite », paradoxalement capable de réaliser les choses les plus belles. C’est la vision de l’être humain que partage Joe Duplantier avec ses comparses de Gojira. Le quatuor a progressivement intégré la préoccupation écologique au sein de sa musique, de ses visuels et de ses effets de scène. Comme si elle légitimait la puissance et la hargne déployées par le groupe : un mélange de colère, de frustration et d’espoir pour l’Homme et le monde. Magma (2016) se voulait l’album de la réflexion, une prise de recul sur le rôle de la parenté et sur le deuil, suscitée par le décès de la mère de Joe et Mario. L’occasion pour Gojira d’expérimenter, de s’écarter du chemin tracé depuis From Mars To Sirius (2006), quitte à s’attirer les foudres des puristes essentiellement francophones. Magma a de toute manière propulsé Gojira là où il devrait être, l’une de ces « têtes d’affiche de la relève » aussi fédératrice qu’intègre. Fortitude, le septième opus du groupe, ne cherche pas à entériner ce statut. Il n’est pas « l’album de la maturité » ou celui de la « consécration » pour reprendre les poncifs journalistiques. Il est l’album du plaisir et de la résilience. Un allié qui n’a d’autre dessein que de nous aider à tenir bon.
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