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Chronique Focus   

Pestilence – Exitivm


Difficile de suivre le parcours de Pestilence. Le groupe de death progressif néerlandais emmené par Patrick Mameli officie depuis plus de trente ans et s’évertue à ne jamais répéter exactement la même formule. Au terme d’une tournée qui a célébré les trente ans de l’album culte Consuming Impulse (1989), le groupe devait embrayer sur une nouvelle réalisation pour l’année 2020. Pandémie oblige, Pestilence a dû réviser ses plans. Pire encore, tout le line-up d’Hadeon (2018) a été renouvelé : après les départs du bassiste Tilen Hudrap et du guitariste Calin Paraschiv ces dernières années, c’était au tour du batteur Septimiu Hărşan de jeter l’éponge, ne pouvant plus assumer le statut de musicien dans ce contexte. Patrick Mameli a donc tout reconstruit pour engendrer Exitivm en s’appuyant sur un nouveau label – Agonia Records – et un line-up remodelé. Pestilence accueille désormais dans ses rangs le bassiste Joost van der Graaf, Rutger van Noordenburg à la guitare et Michiel van der Plicht derrière les fûts. Exitivm a pour dessein de mettre en avant la permanence de Pestilence malgré les conditions délétères pour l’exercice de la musique. Il se veut une « amélioration » de la musique précédente, qui était revenue aux fondamentaux de Pestilence sur Hadeon en abandonnant les guitares huit cordes, plutôt qu’un remaniement total. Même Pestilence peut faire acte de prudence.

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Crescent – Carving The Fires Of Akhet


Impossible de rendre compte de la scène metal africaine sans évoquer Crescent, l’un des tout premiers groupes de metal extrême égyptiens à bénéficier d’une audience conséquente. Le groupe s’est formé en 1998 sous l’impulsion du chanteur et guitariste Ismaeel Attalah. Auparavant ancré dans un black aux teintes de death-mélodique scandinave, Crescent a décidé de rebattre les cartes dix ans plus tard avec son premier EP The Retribution (2008). Le dessein du groupe était simple : incorporer des éléments de la culture musicale égyptienne au sein d’une musique sans concessions. Carving The Fires Of Akhet est le troisième opus de la formation, le premier sans le bassiste Moanis Salem et le batteur Amr Mokhtar, ce dernier étant remplacé par Julian Dietrich. Carving The Fires Of Akhet est une digression autour de la grande flamme d’Akhet, la volonté divine qui influe sur l’Histoire et le futur de l’humanité. Crescent accentue les traits les plus marquants de son identité sonore pour faire de son origine son premier atout.

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Amenra – De Doorn


On ne présente plus Amenra : emmenés par le charismatique et incandescent Colin H. Van Eeckhout, ces descendants de Neurosis venant de la scène hardcore straight edge flamande ont imposé à coups de lives particulièrement intenses leur mélange de sludge et de post-metal mélancolique et singulier. Projet à l’esthétique léchée qui dépasse les frontières de la musique pour mobiliser arts visuels et performance, Amenra a, au fil des années, acquis un statut culte rarement aussi justifié tant ses concerts, spectaculaires et cathartiques, tiennent de la communion – au point que les albums du combo sont tous intitulés Mass (messe). Mais après plus de vingt ans d’existence et six de ces monuments – le groupe les considère comme autant de cathédrales – d’obscurité et de douleur, l’heure est à la réinvention : changements de line-up, nouveau label (Relapse)… Pas de messe cette fois-ci, donc, mais une cérémonie malgré tout. Composé à l’occasion d’un rituel donné au SMAK, le musée d’art contemporain de Gand, De Doorn (L’épine) se veut aussi évocateur qu’un live tout en gardant l’intimité d’un enregistrement studio…

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Fear Factory – Aggression Continuum


Fear Factory aurait pu tout simplement s’arrêter pour les raisons les plus insipides possible : des conflits légaux sur la propriété du groupe impliquant d’anciens membres. Au terme de quatre ans de batailles juridiques acharnées, Dino Cazares a fini par obtenir la possession du nom Fear Factory suite à un rachat, permettant la survie de l’entité. Cette dernière pouvait enfin sortir en toute tranquillité son dixième opus, Aggression Continuum, déjà en grande partie enregistré en 2017. C’était sans compter sur un ultime rebondissement : le chanteur et membre fondateur Burton C. Bell qui jette l’éponge, non sans égratigner le guitariste au passage. Difficile de faire la part des choses dans ce qui ressemble à un véritable sac de nœuds relationnel et juridique, alors le mieux est encore de s’en tenir à la musique. Aggression Continuum symbolise la fin d’une ère pour Fear Factory, dernier album qui permet à Burton C. Bell de s’illustrer au sein du groupe. Il est aussi paradoxalement synonyme d’une pulsion de vie. Fear Factory redouble d’intensité pour clamer haut et fort son intention de continuer, peu importe les entraves.

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Grief Collector – En Delirium


Avec quelques années d’existence seulement et un EP derrière lui – From Dissension To Avowal, sorti en 2019 –, Grief Collector est un nouveau venu dans le monde du doom, mais ne manque pas d’expérience pour autant. Et pour cause : originaires de Minneapolis aux États-Unis, Brad Miller (batterie) et Matt Johnson (basse et guitare) n’en sont pas à leur premier projet, et ils ont été rejoints par rien de moins que l’un des chanteurs de doom épique au CV le plus spectaculaire (Tyrant, Solitude Aeturnus, Candlemass), Robert Lowe. De quoi former un power trio de poids et susciter pas mal d’attente et d’enthousiasme chez les fans du genre. From Dissension To Avowal se proposait de retracer les cinq étapes du deuil – à défaut d’être très original, on ne fait guère plus doom – et posait les bases d’un doom sobre, sombre, et relevé par un Lowe en grande forme. Après une signature sur le label Petrichor, le groupe est passé à la vitesse supérieure, et propose enfin son premier album, En Delirium, qui sort avec une réédition de l’EP en supplément. Précédé par un « Wintersick » sinistre à souhait, En Delirium semble avoir suffisamment de riffs plombants et de complaintes mélancoliques pour prolonger l’hiver pendant quelque temps…

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Helloween – Helloween


Plus on est de fous… Helloween a décidé d’entreprendre une nouvelle fois un changement majeur dans une carrière désormais longue de trente-sept ans. L’une des figures cultes du heavy-speed allemand a traversé tous les états et sa survie a parfois relevé du miracle. Le groupe, déjà mis à mal par le départ de Kai Hansen en 1989, aurait pu tout simplement cesser d’exister après celui de Michael Kiske en 1993 suite à un Chameleon mal reçu. Helloween a eu l’intelligence de se recentrer sur la musique qui a fait sa force, tout en se renouvelant plutôt qu’en imitant, profitant de l’arrivée d’Andi Deris et d’un Master Of The Rings (1994) salvateur. Helloween a traversé les années en redéfinissant constamment son orientation sonore sans oublier son essence, atteignant certains extrêmes, à l’instar de The Dark Ride (2000). Lorsque le groupe annonce en 2016 la tournée Pumpkins United et la réintégration de deux membres clés de l’ère Keeper Of The Seven Keys (1987-1988), Kai Hansen et Michael Kiske, c’est la concrétisation d’un fantasme. Celui de voir se produire un Helloween de toutes les époques, au-dessus des conflits d’ego qui ont failli le détruire. Symboliquement, la tournée a résulté en un seizième opus intitulé Helloween. Encore un nouveau départ, peut-être le plus ambitieux.

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Mammoth WVH – Mammoth WVH


Tout se joue lors de la première impression. C’est ce que se dit Wolfgang Van Halen, fils du légendaire guitariste Eddie. Un renseignement de poids concernant l’importance de son premier opus solo sous le patronyme Mammoth, le nom original du groupe Van Halen. Wolfgang Van Halen a déjà un joli CV en tant que musicien professionnel : à quinze ans, le multi-instrumentiste devient bassiste de Van Halen, quelques années plus tard on le retrouve aux côté de Mark Tremonti, et plus récemment il s’est illustré en tant que batteur et bassiste sur le premier album solo de Clint Lowery.
Mammoth WVH est la concrétisation d’un projet amorcé en 2015 et pratiquement achevé en 2018 : le véritable acte de naissance d’un musicien qui refuse d’être « le fils de » et qui prône sa polyvalence. Mammoth WVH n’est pas le second Van Halen : première réussite.

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Flotsam And Jetsam – Blood In The Water


Le label n’exagère pas totalement lorsqu’il qualifie Flotsam And Jetsam d’un des groupes « les plus sous-estimés de la planète ». Formé en 1984 en Arizona, ce vétéran du thrash n’a jamais acquis la notoriété des machines de guerre que sont Metallica, Megadeth ou Slayer. Pourtant le groupe n’a cessé de réaliser des albums depuis plus de trente-cinq ans, sans jamais vraiment lever le pied ou remettre en cause son intégrité. De quoi se constituer une audience fidèle qui sait que Flotsam And Jetsam ne les décevra jamais. Cette dernière a eu quelques sueurs froides au terme du cycle de The End Of Chaos (2019), s’inquiétant de la volonté du groupe de continuer. Les fans peuvent souffler, ce titre n’était en rien un présage et, paradoxalement, ils peuvent remercier la pandémie d’avoir relancé la créativité de Flotsam And Jetsam. Blood In The Water, leur quatorzième opus, puise son agressivité dans la situation actuelle : celle d’un « monde à genoux » où le temps se suspend et où les pertes s’accumulent. La rage comme remède au syndrome de la page blanche.

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Red Fang – Arrows


Red Fang reste facétieux malgré les temps qui courent. Le groupe originaire de Portland a décidé de démarrer son cinquième opus d’une manière qui ne « fait aucun sens » pour un album de Red Fang, selon les dires du bassiste-chanteur Aaron Beam. Red Fang veut se remémorer une époque détachée de toute écoute digitale, où le seul moyen d’apprécier la musique était de se plonger dans un album entier. Arrows a été réalisé à la fin de l’année 2019 et a vu sa sortie repoussée pour les raisons que l’on connaît. La pandémie n’a donc pas vraiment altéré la pratique de Red Fang qui a décidé de revenir à la philosophie de l’album Murder The Mountains (2011) : faire ce qu’il veut. Arrows incarne la liberté créative dont jouit le groupe aujourd’hui, désireux de ne pas répéter les recettes éculées du stoner rock.

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Paul Gilbert – Werewolves Of Portland


Lorsqu’on évoque les légendes de la guitare, impossible d’omettre Paul Gilbert. Le guitar-hero s’est principalement illustré au sein de Racer X et Mr. Big en marge de sa carrière solo amorcée en 1998. Paul Gilbert a longtemps été considéré comme l’un des guitaristes les plus rapides au monde, l’un de ceux qui rivalisent avec Yngwie Malmsteen dès qu’il s’agit de parcourir son manche sans accrocs. De quoi lui valoir une place au G3 ou sur la tournée Guitar Generation, aux côtés de John Petrucci, Joe Satriani, Richie Kotzen ou encore George Lynch, entre autres distinctions. Paul Gilbert est donc l’un de ces « super-musiciens » à la carrière longue comme le bras. Pour preuve, Werewolves Of Portland (titre inspiré de la chanson « Werewolves Of London » de Warren Zevon) constitue son seizième opus solo (en comptant les collaborations avec Jimi Kidd et Freddie Nelson). Une œuvre toutefois singulière dans la discographie du musicien, puisque pandémie oblige, il s’est attelé à jouer et enregistrer tous les instruments lui-même, batterie comprise. Paul Gilbert, ce héros.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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