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Interview   

Gnaw Their Tongues : leçon de ténèbres


Bien connu des amateurs de black metal atypique et/ou d’ambiances glauques, Gnaw Their Tongues repousse depuis une vingtaine d’années les limites du versant musical du malaise et de l’horreur. Situé aux confins ténébreux où se touchent raw black, dark ambient, noise et musique industrielle, In Slaughter Natives, Abruptum et Blut Aus Nord, le projet est la partie émergée de l’œuvre pléthorique de Maurice « Mories » de Jong. Figure incontournable de l’underground néerlandais où il est impliqué depuis l’émergence des scènes doom/black/death au tournant des années 1980-1990, multi-instrumentaliste touche-à-tout à la productivité vertigineuse, il s’attache autant à célébrer le black le plus fondamentaliste qu’à en repousser les limites.

Après une rare performance à Arnhem aux Pays-Bas un soir d’Halloween en compagnie de Bradung (side project exotique de membres d’Urfaust et de Lugubrum) et de Diktät (pendant « drone des bas-fonds » de Triste Saison), Mories, bien connu pour illustrer mieux que personne l’adage selon lequel la plus dérangeante est la musique, le plus aimable est le musicien, a bien voulu répondre à nos questions. S’en est suivi un échange de messages laconiques mais éclairants, qui abordent l’histoire de Gnaw Their Tongues, mais aussi plus largement le rapport à la musique de cet incessant explorateur des tréfonds de l’esprit humain…

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Live Report   

Def Leppard : Bienvenue au rayon sucreries


Trente ans que les Parisiens n’avaient pas vu l’animal tacheté de près. A en devenir hystérique, n’est-ce pas ? Le Léopard a bien été vu à l’ouest, en terres clissonnaises, mais aucune visite de la capitale. Ce 8 juillet parisien revêt donc un caractère évènementiel.

D’un point de vue discographique, Def Leppard est plutôt calme ces derniers temps entre relecture philharmonique, albums en concert et titres isolés dont « Rejoice » en janvier. D’après Joe Elliott, les Anglais sortiront un nouvel album en début d’année prochaine. Finalement, pour les fans parisiens et ceux des alentours qui n’ont pas eu l’occasion d’entendre Def Leppard depuis son passage en octobre 1996 au Zénith sur la tournée Slang, cette relative absence de nouveautés n’est pas trop gênante, ils ont quelques albums à rattraper ! Mais avant la séance de rattrapage, les Parisiens pourront apprécier une première partie de prestige avec Extreme.

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Interview   

Devildriver peint sa musique sans compromis


Si Devildriver a connu différents changements de line-up au cours de sa carrière, il a été confronté ces dernières années à un remaniement d’effectif complet. Déjà contraint de recruter massivement pour assurer la tournée de l’album Dealing With Demons Vol. II, le chanteur Dez Fafara a enregistré quelques mois plus tard la démission du guitariste et principal compositeur Mike Spreitzer. Mais Fafara n’est pas du genre à baisser les bras. Alors qu’un départ occasionne souvent un renouveau, le groupe revient avec Strike And Kill à d’anciennes méthodes. Fafara l’annonce à maintes reprises à l’occasion de l’entretien qui suit : les musiciens doivent composer pour la « marque » Devildriver. Comprenez par là, dans l’esprit du groupe. Il ne souhaite plus laisser de place à un quelconque ego, démarche aujourd’hui partagée par ses comparses, dont le bassiste Jon Miller qui avait réintégré les rangs en 2022.

En résulte un album vif et violent comme au premier jour. Particulièrement fier de Strike And Kill, Dez Fafara revient avec sincérité sur la genèse du disque, les problématiques qu’il a été amené à surmonter ainsi que sur son intransigeance en matière d’expression artistique.

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Live Report   

Testament à Toulouse : la leçon de thrash


Cette soirée du mercredi 8 juillet 2026 revêt un caractère particulier pour tous les fans de thrash à l’ancienne. La salle du Bikini accueille l’unique date française de la tournée estivale de Testament, débutée fin juin, qui se déroule principalement sur les scènes des grands festivals européens. Après une série de concerts en Espagne, les vétérans de la Bay Area font donc escale à Toulouse afin de défendre Para Bellum, son dernier album en date, paru en 2025.

Si cette affiche attire un peu moins de monde que le récent passage d’Anthrax et de Mastodon il y a quelques jours, les amateurs de riffs heavy-speed ont néanmoins répondu présent. Exploité en petite configuration, balcon fermé, le Bikini offre un cadre plus intimiste, mais l’ambiance n’en est pas moins chaleureuse. Dans la fosse, les fidèles de la première heure, parfois venus en famille, côtoient la nouvelle génération, preuve que Testament continue à fédérer après plus de quarante ans de carrière.

Comme lors des jours précédents, la canicule qui frappe une grande partie de la France rend l’atmosphère particulièrement étouffante. La température grimpe rapidement à l’intérieur de la salle, sans pour autant entamer l’enthousiasme du public déjà impatient de retrouver l’une des formations les plus emblématiques de la scène thrash américaine, dont la réputation scénique n’est plus à faire.

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Chronique   

The Plot In You – The Plot In You


Le groupe de l’Ohio a choisi depuis 2023 de publier une série de quatre EP avant de les réunir dans un même ensemble. Une approche qui permet de suivre progressivement sa mutation, entre héritage metalcore, textures électroniques et recherche mélodique. Premier extrait de cette nouvelle ère, « Divide » séduisait avec ses riffs massifs et son équilibre entre tension électronique, chant clair et explosions plus agressives. La même logique porte « Left Behind », l’un des titres les plus marquants de la collection. Le morceau évite la surenchère, place l’émotion au centre et déploie toute la palette vocale de Landon Tewers. « Forgotten » fonctionne presque davantage comme une pièce d’atmosphère, construite autour de textures synthétiques et d’une mélancolie pesante, avant de retrouver une dynamique plus lourde. The Plot In You maîtrise désormais parfaitement ces codes, même si cette efficacité rapproche parfois le groupe d’un metal alternatif plus conventionnel. C’est justement lorsque l’équilibre devient moins évident que le disque trouve ses moments les plus intéressants. « Don’t Look Away » renoue avec une tension plus oppressante et des ruptures plus marquées, tandis que « All That I Can Give » choisit au contraire de réduire l’intensité pour mettre en avant une écriture plus vulnérable. Dernier chapitre de cette série, « You Get One » fait plaisir avec une bonne dose de brutalité. Avec ses éléments électroniques glitchés, son rythme plus direct et un chant passant de murmures presque déshumanisés aux cris, le morceau retrouve une urgence plus proche des racines du groupe. Landon Tewers le présente d’ailleurs comme une réflexion sur les contradictions de la société actuelle.

Cette construction par EP laisse malgré tout quelques traces. The Plot In You ressemble parfois davantage à une compilation d’une période créative qu’à un album pensé avec une progression naturelle. Il manque peut-être un véritable fil conducteur pour transformer ces différentes facettes en une œuvre totalement cohérente. Un équilibre encore perfectible, mais qui confirme une identité devenue beaucoup plus difficile à réduire à une simple étiquette.

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Live Report   

Marilyn Manson à Nîmes : la rédemption du révérend ?


Difficile d’imaginer décor plus approprié pour accueillir Marilyn Manson que les arènes de Nîmes. Un monument chargé d’histoire pour un artiste qui a lui-même passé sa carrière à construire sa propre mythologie, entre fascination, rejet, provocation et incompréhension. Car depuis plus de trente ans, Brian Warner divise. Il fut d’abord présenté comme le grand méchant de l’Amérique puritaine, l’Antéchrist Superstar accusé de tous les maux, avant que l’on découvre derrière le maquillage une personnalité plus complexe, capable de parler avec lucidité de dépression, de mal-être, de violence dans une posture de dénonciation et non d’apologie. Puis est venu un autre chapitre, bien plus sombre. Celui d’une descente aux enfers, des excès, des accusations visant l’homme derrière le personnage et d’une image profondément abîmée. Avec Marilyn Manson, une question demeure : que se passe-t-il quand toute une carrière s’est construite sur l’idée d’aller toujours plus loin ? Quand la provocation n’a plus de limites à repousser ?

Mais la pop culture aime aussi ses arcs de rédemption, ses monstres qui redeviennent humains. Et c’est bien cette nouvelle page qui semble aujourd’hui intriguer. Sobre depuis plusieurs années, visiblement remis en forme, plus affûté physiquement et vocalement, Marilyn Manson apparaît presque comme une version régénérée de lui-même. Un retour qui, sans effacer le passé ni les controverses, donne forcément envie d’observer ce nouveau chapitre.

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Interview   

Messalina : sensualité noire


Avec Messalina, JB Le Bail et ses partenaires de jeu construisent une musique qui avance constamment sur une ligne de crête : entre post-metal, rock industriel, tension atmosphérique et sensualité presque involontaire. Un projet où les répétitions deviennent hypnotiques, où la noirceur ne bascule jamais totalement dans l’explosion, et où les cicatrices finissent par devenir une matière artistique à part entière.

Au fil de cet entretien, JB Le Bail revient sur la naissance du groupe, le travail autour du chant clair, l’importance du kintsugi dans l’imaginaire de l’EP, mais aussi sur une démarche profondément personnelle liée à la vulnérabilité, à la résilience et au besoin de transformer certaines failles en quelque chose de vivant.

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Live Report   

A Perfect Circle : La magie d’un groupe presque parfait


Quelques jours seulement après son passage remarqué au Hellfest, A Perfect Circle retrouve l’intimité relative des salles avec un arrêt au Zénith de Paris. Une configuration idéale pour découvrir toute l’ampleur du nouveau spectacle imaginé par le supergroupe mené par Maynard James Keenan et Billy Howerdel.

Fidèle à sa philosophie, la formation impose une nouvelle fois une règle devenue indissociable de son identité scénique : aucune photo, aucune vidéo. Une manière de rappeler que l’univers d’A Perfect Circle ne se capture pas à travers un écran, mais se vit dans l’instant. Un choix d’autant plus cohérent pour un groupe qui a toujours préféré travailler les atmosphères, les contrastes et les tensions plutôt que la démonstration.

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Chronique   

Blood Incantation – All Gates Open


All Gates Open est une sortie particulière pour un groupe qui ne l’est pas moins. Outre le fait qu’il s’agit de musique ambiante (un style déjà poncé sur Timewave Zero) plutôt que de death metal, elle ne sera pas nouvelle pour tout le monde : composée en 2021, elle figurait dans l’édition Deluxe du dernier album, Absolute Everywhere. Cette parution s’accompagne justement d’un documentaire sur la conception de ce dernier – un acte rétrospectif qui clôt un chapitre tout en retraçant son commencement. Derrière sa lenteur caractérisée, All Gates Open puise son fluide cosmique dans des improvisations et explorations réalisées en studio. Les synthétiseurs analogiques prédominent, mais les instrumentations acoustiques ne sont pas en reste (« Rain »). Les courtes pistes constituant Timewave Zero laissaient une impression d’obscurité ; All Gates Open, pas si éloigné d’une musique méditative, enchaîne au cours de titres-fleuves des émanations lumineuses répétées, diffuses, persistantes.

« Flight » fait presque figure d’anomalie : on y profite occasionnellement d’une vague rythmique. Même lorsqu’il ne s’agit que de notes de synthétiseurs régulièrement espacées, cette composante suffit, étrangement, à conférer une dimension presque orchestrale à ces nappes mystérieuses. La seconde moitié du titre se risque même à offrir des percussions en presque bonne et due forme ; le tout prend alors une allure à la Archive (époque Controlling Crowds – Part IV). Coup de génie multimédia immersif, ou esbroufe prétentieuse à but lucratif ? Le déluge d’opinions a fait rage dès les premiers extraits partagés. Lors de la traversée d’All Gates Open, il ne faut pas oublier l’existence d’une myriade d’interprétations intermédiaires… ou totalement alternatives. Dans le pire scénario, il restera possible d’écouter cet album en épluchant les histoires d’ovni déclassifiées juste à temps par les États-Unis, pourquoi pas en échangeant au sein de la communauté un brin ésotérique fondée par le groupe.

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Live Report   

Guns N’ Roses : des difficultés et du plaisir


Quand on pense à Guns N’ Roses, on pense évidemment à l’album culte Appetite For Destruction, aux excès de la fin des années 80 et à certains des plus grands hymnes de l’histoire du hard rock. Mais on pense aussi forcément à l’une des séparations les plus célèbres de l’histoire du genre. Pendant près de vingt ans, revoir Axl Rose, Slash et Duff McKagan partager une scène paraissait tout simplement impossible. Entre les tensions, les procès et les déclarations assassines dans la presse, difficile d’imaginer une réconciliation. Alors forcément, même dix ans après leurs retrouvailles, il y a toujours quelque chose d’un peu particulier lorsqu’on les voit débarquer ensemble sur scène.

Et le plus surprenant, finalement, ce n’est même plus de les voir jouer ensemble. C’est de voir à quel point ils semblent encore prendre du plaisir. Depuis la reformation de 2016, Guns N’ Roses enchaîne les tournées quasi sans interruption, rallonge les morceaux, improvise énormément et donne parfois l’impression d’être un groupe de copains qui répète dans un garage plutôt qu’une machine parfaitement huilée. Alors oui, les Guns ont vieilli, mais ils semblent aussi beaucoup plus heureux qu’ils ne l’ont été pendant une bonne partie de leur carrière.

Trois ans après leur dernier passage parisien à la Défense Arena, les Californiens reviennent cette fois investir l’Accor Arena pour deux concerts. Et il faut croire que le public français ne s’en lasse toujours pas puisque la salle affiche complet, jusque dans les couloirs donnant accès à la fosse. Plus de trois heures de concert, une trentaine de morceaux, pratiquement tout Appetite For Destruction, plusieurs raretés et quelques reprises… que demander de plus ?

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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