En plus de quarante ans d’existence, malgré les changements d’époques, de line-up et de styles, Swans n’a jamais mis d’eau dans son vin. Incontournable – qui n’a-t-il pas influencé ? – mais exigeant, généreux mais réservé, depuis sa reformation au début des années 2010, le groupe a échangé l’agressivité sans merci de ses débuts pour une autre forme d’intensité, faite de compositions méticuleuses et d’émotions toujours aussi brutes. Pour Birthing, son dix-septième opus, ce n’est plus de l’endurance que Swans exige, mais de la patience : près de deux heures en effet pour ce qui s’annonce selon Michael Gira comme la fin d’une époque, un dernier album « maximaliste » avant d’alléger la formule. Une manière à la fois monumentale et sobre de voir les choses en grand : à la Swans, justement.
Cette porte qui se referme s’appelle « Accouchement », et le paradoxe disparaît rapidement derrière une logique limpide, une clarté de crépuscule ou d’aube qui baigne tout l’album. Chacun des longs morceaux commence en douceur, émergeant de nappes ou de tintements océaniques, puis se déploie en longueur : c’est à leur naissance à eux qu’on a l’impression d’assister, célébrée par les imprécations de Gira, avant de les voir prendre une vie qui leur est propre, allant toujours de l’avant et reparcourant toutes les étapes de la carrière du groupe, des martèlements hypnotiques (à la fin de « Birthing ») et des sonorités abrasives (« The Merge ») de ses débuts à l’americana plus récente, en passant par les nuances goth de leur production des années 1990 (« Red Yellow ») ou des passages plus entêtants, comme le mantra « I Am A Tower » de la chanson éponyme, avant de mourir avec éclat, à l’image de « The Healers », qui se résout en bouquet final ou en averse. Du fait de sa richesse – qu’on parle de quantité, de niveau de détail, d’humeurs ou même de significations –, avec Birthing, Swans offre à ses auditeurs un retour sur sa propre carrière et ses propres obsessions, un labyrinthe riche comme la vie où ils n’ont pas fini de se perdre : un peu d’éternité, donc, avant de passer à autre chose.
































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