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Interview   

Carpenter Brut : dans les ruines du futur


Carpenter Brut s’apprête à refermer la trilogie qui a façonné son univers depuis plusieurs années. Ce troisième volet, intitulé Leather Temple, ne regarde plus vers la nostalgie, mais projette l’histoire en 2077 : un futur assumé, dystopique, nourri par l’imaginaire cyberpunk et par ces grandes œuvres de science-fiction qui ont marqué toute une génération. Après avoir traversé des esthétiques ancrées dans les années 80 puis 90, il pousse ici son récit vers un horizon plus lointain, plus détaché de notre présent, avec une identité visuelle pensée comme un monde dans lequel l’auditeur peut s’immerger pleinement.

Musicalement, ce nouvel album marque un recentrage. Pas de featuring, pas de voix invitée. Un disque entièrement instrumental, conçu comme un défi personnel. Carpenter Brut y privilégie la narration par la composition, la dynamique et le détail sonore. Les morceaux évoquent des courses-poursuites, des affrontements, des paysages urbains saturés de néons.

À l’occasion de cette sortie, nous avons échangé avec Franck Hueso sur la fin d’un cycle, la construction d’un univers cohérent, la place de l’image dans son processus créatif, mais aussi sur ce que signifie créer aujourd’hui, dans une époque où tout s’accélère. Un entretien à la fois lucide, passionné et sans filtre, à l’image d’un album qui entend conclure une trilogie en ouvrant déjà la porte vers la suite.

« Après avoir traversé les années 80 puis 90 dans la trilogie, l’idée était de projeter l’histoire plus loin, au-delà des années 2000. Je refusais d’aborder ces dernières, car ce sont, pour moi, les pires années de l’humanité [petits rires]. Artistiquement parlant, ce n’est que de la merde. »

Radio Metal : Lors de ta dernière interview avec Radio Metal pour Leather Terror, tu parlais déjà du troisième volet. Tu évoquais qu’il y aurait sûrement du funk et peut-être un morceau qui s’appellerait « Entracte » au milieu…

Carpenter Brut : Ah, c’est vrai ! Eh bien, pas du tout ! Rien de tout ça ! Effectivement, j’avais dit qu’il y aurait peut-être « Entracte », parce que j’avais le « Opening Title » et le « End Titles », alors je me suis demandé ce que je ferais pour le troisième. J’ai finalement laissé tomber l’idée, mais c’est vrai que ça aurait été rigolo. En fait, l’entracte, je la fais en concert. Bref, c’était il y a trois ans, de l’eau a coulé sous les ponts. Je ne sais pas ce que j’avais dit d’autre, mais je crois que j’avais déjà dit que ça se passerait dans le futur.

Quand tu as commencé à écrire la trilogie, à quel point savais-tu où ton arc narratif allait s’arrêter ?

Au départ, je savais où allaient s’arrêter le premier et le deuxième volet. Pour le troisième, c’était beaucoup moins clair. J’avais simplement l’envie de l’orienter vers quelque chose de plus électronique, moins metal. Même si le deuxième n’est pas du metal non plus, il en garde encore certaines aspérités. Je voulais aller vers une esthétique électro et une thématique futuriste. Après avoir traversé les années 80 puis 90 dans la trilogie, l’idée était de projeter l’histoire plus loin, au-delà des années 2000. Je refusais d’aborder ces dernières, car ce sont, pour moi, les pires années de l’humanité [petits rires]. Artistiquement parlant, ce n’est que de la merde. Cite-moi dix groupes bien des années 2000 ! Sachant qu’il faut aussi que ça puisse s’adapter à ce que je fais. J’ai donc zappé et je suis parti dans le futur, à la Blade Runner, Soleil Vert ou Mad Max. Je voulais un univers vraiment détaché de notre présent, avec des voitures qui volent, etc. J’ai donc fixé l’histoire en 2077. D’abord pour le clin d’œil à Cyberpunk 2077 auquel j’ai énormément joué et qui m’a beaucoup influencé. Bret Halford est modifié et amélioré comme dans le jeu. Il y a aussi le fait que je suis né en 1977, donc en 2077, j’aurais cent ans. J’aimais en plus l’idée de faire un clin d’œil à « Anarchy Road », sur la trilogie précédente, où ça dit à un moment donné : « In 2070 or so ». J’ai donc pris ce moment-là, c’était parfait. Je me suis dit que j’étais enfin dans un univers dont je rêvais quand j’étais petit, avec mon personnage, à me balader, tirer sur des gens, etc. C’est trop bien !

Qu’est-ce que tu t’es donné comme objectif pour clore cette trilogie ?

Devenir milliardaire [rires]. Ça, je pense que je peux le faire. Que ça plaise aux gens, ce qui est lié au fait de devenir milliardaire. Non, mais en termes d’objectif personnel, c’est, déjà, d’arriver au bout, parce que quand tu commences un album, tu ne sais jamais vraiment comment tu vas t’en sortir, notamment moi qui suis tout seul. Heureusement, il y a ma femme qui est toujours là pour dire : « Ça, c’est de la merde », « Ça, c’est cool ». C’est bête, mais ça m’aide énormément. Ça m’évite de faire écouter à plein de gens. Parfois, les potes disent juste : « Ouais, ouais, c’est bien », ou alors il y a celui qui va forcément détester tout ce que tu fais. Au final, ça ne fait pas vraiment avancer. J’aime bien mes potes, mais je préfère boire un coup avec eux que leur faire écouter des démos. Ensuite, il fallait trouver une bonne histoire pour finir la trilogie, parce qu’il y a des gens qui s’en foutent mais il y en a d’autres que ça intéresse, et avoir un visuel assez cool. Je suis parti sur le même principe que l’album Somewhere In Time d’Iron Maiden. A l’époque, je l’avais en CD, je n’avais pas de vinyle, et je regardais tous les petits détails, les easter-eggs, les références, etc. sur la pochette. J’ai donc dit aux Førtifem : « Je veux un visuel dans lequel on a envie de se plonger, comme moi je le faisais à l’époque. » Sachant que Somewhere In Time, c’est aussi le futur : tout finit par se rejoindre à un moment.

Je voulais faire dix morceaux. J’en ai composé une cinquantaine. Parfois, ce sont juste des débuts, tu écoutes et tu te dis : « Ça, ça n’ira pas bien loin, ça dégage. » J’en ai gardé dix. Enfin, le dixième, je l’ai vraiment fait à la fin. J’en avais neuf et je me suis dit qu’il manquait quelque chose. Je l’ai fait assez rapidement. Il s’agit d’« Iron Sanctuary ». C’est probablement le morceau sur lequel j’ai passé le moins de temps. Ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas bien, mais il est arrivé assez naturellement. Des fois, tu essaies de trop en faire, à chercher à réinventer la musique, et puis à un moment, tu fais juste un morceau, il est cool, il sonne bien, il a un potentiel pour que les gens s’amusent dessus, c’est bon.

« Je n’aime tellement pas la société dans laquelle on vit… Actuellement, avec ce qu’on se tape, je me demande quand on arrivera au point de rupture et qu’on passera à autre chose. Il va falloir attendre jusqu’à ce que ça pète. »

Tu as évoqué les références pour ton univers. Qu’est-ce que tu as apporté aux éléments que tu connaissais déjà dans cette description de la société futuriste ?

L’histoire. C’est très basique : les gentils contre les méchants, les pauvres contre les riches. Il y a un ultra-riche qui contrôle toute la ville, un peu comme Biff Tannen dans Retour Vers Le futur. Il y a la rébellion, un peu comme dans Total Recall, qui vit dans la banlieue un peu foireuse, où ils font avec ce qu’ils ont. C’est une histoire très classique. Je n’allais pas réinventer une narration. Je réinvente déjà la musique, ça suffit comme ça [petits rires]. De toute façon, je ne fais pas un film, ni vraiment une histoire au sens strict. Ce sont surtout des éléments, des repères. Cela dit, ma femme aime bien travailler là-dessus. Elle s’est cassé la tête à faire des histoires pour chaque morceau, c’est elle qui a créé tout ça.

Est-ce grâce à elle que le personnage féminin, qui dans les deux premiers volets était plutôt un objet de désir, de fantasme, devient un personnage actif, voire pivot ?

Nous ne sommes pas du tout dans ce délire-là. Il n’y a pas un mouvement en particulier là-dedans. J’ai toujours vu plein de films avec des « final girls » et nous avons imaginé Lita Connor, parce que c’est le mélange de Lita Ford et Sarah Connor. C’est exactement le même principe de création que Bret Halford. En fait, c’est l’arrière-arrière-arrière-petite-fille de Kendra (la cheerleader du second volet, NDLR). Ça me semblait rigolo qu’elle ait prévenu toute sa descendance qu’il fallait se méfier de Bret Halford, parce qu’elle considérait que c’était un démon et qu’il pourrait revenir d’entre les morts. C’est pour ça qu’elle l’a congelé à la fin du second volet. Lita le décongèle dans le troisième, parce qu’elle en a besoin pour en faire une arme contre le méchant dans sa tour. Nous faisons des histoires sans chercher à envoyer des messages particuliers, même s’il y en a toujours deux ou trois de cachés.

Ce qui est intéressant dans ce personnage de Bret, qui décongèle et devient une arme, est qu’il garde une mémoire sensorielle. Il y a quand même des traces d’humanité qui restent. Qu’est-ce qu’est la part d’humanité ? Qu’est-ce qu’est la part de cyborgs, de robots, déshumanisée ?

On part sur une question un peu plus philosophique. Qu’est-ce qu’il nous reste d’humain ? Par exemple, dans l’art, qu’est-ce qu’il nous reste d’humain quand tout est numérisé ? Tu prends le CD : avant, dans les radios, la presse, etc., ils voulaient qu’on leur envoie le disque. Puis nous avons commencé à dire : « Non, parce que, déjà, ça ne nous assure pas que tu nous fasses une interview. Ensuite, on commence, donc on va plutôt vendre les CD. » Bref, c’était pour ma part à moi, mais maintenant, vous recevez sûrement des clés, des codes ou des machins téléchargés. Est-ce que l’album est moins bien parce qu’il n’est pas physique ? Qu’est-ce qu’il reste d’humain, finalement ? Est-ce que ce que le musicien a voulu transmettre passe toujours même une fois que c’est numérisé ? Je ne sais pas.

La musique que je kiffais, c’était une musique qui avait été faite pour les bonnes raisons, pas avec des algos de YouTube qui te mettent en avant ou pas, pas avec le principe que le refrain doit arriver au bout de vingt secondes, parce que sinon les gens zappent. J’écoutais des disques. Les gens standards, classiques, qui ne sont pas comme nous, c’est-à-dire dont ce n’est pas leur métier, ils écoutent quoi ? Comment perçoivent-ils la musique ? Comment perçoivent-ils aussi les films ? Les livres ? Comment regardent-ils les séries de télé ? « Tiens, il ne s’est rien passé qui m’intéressait au bout de dix minutes, donc je zappe. » Si tu fais ça, tu ne regardes jamais The Wire ou Succession. Il y a des séries qui sont exceptionnelles et que personne ne regarde parce qu’ils se font chier, mais ils se font chier parce qu’ils ne prennent pas le temps de rentrer dedans. On dévie un peu de la question, mais elle amène un peu ça. Qu’est-ce qu’il reste de Bret Halford ? Je n’en sais rien. Sûrement de la haine. Je ne sais pas ce qui tient entre la haine et l’amour. Je pense que tu peux en vouloir à quelqu’un toute ta vie. On va dire que Bret Halford est encore une machine à tuer. C’est bien pour ça, d’ailleurs, que Lita le réveille, pour avoir quelqu’un sans foi ni loi, mais qui ne peut pas se retourner contre elle.

« Ce que je n’ai pas pu réaliser en tant que dessinateur, je le fais maintenant en tant que musicien. »

De toute façon, globalement, on est prisonnier de l’époque dans laquelle on vit. On peut fantasmer ce qu’on veut, on est quand même obligé de faire avec les outils qu’on a pour les gens d’aujourd’hui. Il y a une avalanche de groupes qui existent grâce aux technologies, aux ordinateurs, etc., ce qui fait que j’en ai profité à une époque. Je ne peux donc pas chier sur ce qui m’a mené là où je suis. C’est vrai que la concurrence est rude, pas forcément qualitativement mais en termes de nombre. Les sorties, c’est le vendredi. Si tout le monde sort le vendredi, comment tu fais ? Mon album Leather Terror est sorti en même temps que Meshuggah, qui est mon groupe préféré avec Pink Floyd, Iron Maiden et Type O Negative. Comment je fais ? En plus, sur leur pochette il y avait un gars qui tenait un couteau. C’est comme les films, ils sortent le mercredi. Si tu as Titanic qui sort en même temps, personne ne va voir autre chose, tout le monde va voir Titanic. C’est dur. Alors que s’il n’y avait pas toutes ces conneries et que tu sortais ça quand tu veux… Mais c’est bien de sortir ce jour-là parce que tu vas être playlisté sur Spotify, tu as plus de chances de faire des écoutes, et ainsi de suite. C’est comme ça, on en profite tous, mais je n’aime pas ça. Je préfèrerais essayer de me démerder autrement, comme les autres faisaient avant. Peut-être que, sans ça, personne ne m’écouterait, mais je n’aime tellement pas la société dans laquelle on vit… Ce n’est pas pour ça que je n’aime pas les gens, le monde ou la vie, mais actuellement, avec ce qu’on se tape, je me demande quand on arrivera au point de rupture et qu’on passera à autre chose. Il va falloir attendre jusqu’à ce que ça pète.

Justement, à la fin de ton histoire, ça pète. On ne sait pas ce que ça amène. Est-ce que pour toi, il n’y a que ça de possible, tout remettre à plat et faire un reset ?

Je sais qu’il y a la théorie de la grande réinitialisation. Honnêtement, je n’en sais rien. Penser à tout ça me ferait perdre beaucoup trop de temps que je pourrais passer à faire des choses plus cool. Je n’ai pas trop envie de réfléchir à ce qu’on va devenir ou pourquoi on en est arrivés là. Je m’en fous, c’est comme ça. Il faut faire avec. Et puis, ce n’est pas moi qui vais avoir la réponse. Je ne sais pas où ça va nous mener. Tout accélère, tout devient très désagréable et haineux. Le moindre désaccord devient un conflit. Ce n’est même plus une discussion. Si je ne suis pas d’accord, c’est tout de suite : « Va te faire enculer ! » On passe directement dans l’agression. Quelle est l’étape d’après ? Une guerre civile ? C’est quoi votre délire ? Personne ne va mettre un holà. Les gens eux-mêmes ne peuvent pas se contrôler. La question est de savoir où aller habiter pour en prendre le moins sur la gueule quand ça va chier.

Dans ce dernier opus, tu as fait le choix de ne pas mettre de mots…

Non, pas de chanson, pas de petit featuring vocal. On va direct à l’essentiel. Déjà, en termes de fabrication, c’est compliqué de faire des featurings, surtout avec des chanteurs ou chanteuses qui ne sont pas dans la même ville ou le même pays que toi, qui ont aussi leur vie à faire, etc. Quand tu leur demandes un featuring, tu peux attendre trois mois que le gars t’envoie le résultat. Tu espères que ça va te plaire, puis tu écoutes et tu fais : « Ah oui, c’est bien, mais… » Puis t’as le : « Attends, salut, je suis le manager. » Tu ne vas donc pas faire n’importe quoi et ça ralentit encore. Deuxièmement, il y avait un petit défi que je voulais me lancer – comme si je n’en avais pas déjà assez [petits rires]. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait un disque full instrumental, où j’étais tout seul, dans mon bordel, à essayer de trouver des mélodies que les gens pourraient chanter façon « la la la », comme je faisais avant. Je pense que j’ai réussi le contrat. Après, les gens, ils aiment les « la la la » ou ils ne les aiment pas, mais en tout cas, il y en a. Ça impliquait qu’il n’y avait pas de chanteurs. Je ne voulais pas trop me prendre la tête et stresser, parce que c’est surtout ça qui est stressant : quand tu envoies, tu reçois, on refait, la deadline approche, etc. Je ne fais pas ça pour être stressé. Je ne suis pas venu pour me faire du mal ou souffrir. J’essaye donc de me sentir bien, et me sentir bien, pour moi, sur cet album, c’était de ne pas faire de featuring.

Tu disais que « Iron Sanctuary » était le morceau qui t’est venu le plus rapidement. Inversement, lequel a été le plus compliqué ?

Tous les autres [rires]. Par exemple, « Leather Temple », que nous avons sorti en single, était à l’origine un morceau que j’avais composé pendant mes vacances à Montréal avec mon ordinateur sur les genoux. Finalement, je n’en ai rien gardé sauf les sons. La genèse a pris beaucoup de temps, mais le morceau en lui-même a été fait assez rapidement. Une fois que j’avais tous les sons qui me plaisaient, il ne me restait plus qu’à refaire la mélodie. Il a été compliqué à faire le temps de trouver le bon riff. « Start Your Engines » a également été difficile parce qu’il ne sonnait pas – si ça se trouve tu vas me dire qu’il ne sonne toujours pas [rires]. Ça ne s’imbriquait pas bien, il y avait toujours quelque chose qui bloquait, je ne comprenais pas. Quand Thibault Chaumont a mixé le morceau, il a suggéré des ajustements. Parfois, c’est juste une question de production. Fondamentalement, tout est compliqué. Même si la composition d’un morceau ne prend pas beaucoup de temps, il y a toujours une phase préparatoire qui peut être très longue. Contrairement à un guitariste qui a déjà son son et peut simplement ajouter ou retirer une pédale, j’allume mon ordinateur et je me retrouve avec cent mille sons. Je prends lequel en premier ?

« Dans les films d’action aujourd’hui, ils prennent les gens pour des débiles, donc après, ils les rendent débiles – il ne faut pas non plus rêver, quand tu ne donnes que de la merde aux gens, ils finissent par aimer ça, parce qu’il n’y a plus que ça, donc ensuite, tu leur fais bouffer tout ce que tu veux. »

Quand tu composes, j’imagine que tout est très visuel. Tu sens tes personnages évoluer ? Tu vis avec eux ?

Oui. Ce que je n’ai pas pu réaliser en tant que dessinateur, je le fais maintenant en tant que musicien. Le morceau me permet de visualiser mon personnage : il fait ceci, il part, il monte sur une moto, il trace à fond dans la ville, il est poursuivi. Les clips reflètent les idées que j’avais. Par exemple, « Start Your Engines », c’est typiquement une course-poursuite. En regardant l’album, je me suis rendu compte que je ne faisais que des courses-poursuites. Les personnages ne font que courir tout le temps. C’est un peu comme dans Running Man, Speed ou Rollerball.

Ça crée une urgence, un côté très nerveux et tendu, jusqu’à la fin où ça explose, sans qu’on l’entende vraiment.

En effet, on ne sait pas quand ça pète. Un pote m’a dit que le dernier morceau ne va pas assez loin, qu’il aurait être plus poussé, mais pour moi, l’explosion se produit juste avant qu’on entende les bruits de la rue. En réalité, l’explosion n’a pas besoin d’être visible. Tu peux très bien considérer que le morceau commence après l’explosion, et c’est la fin.

Si on sort de la science-fiction et qu’on prend une autre œuvre fondamentale comme Le Seigneur Des Anneaux, tout n’explose pas quand le pic arrive. Quand l’anneau est dissous dans la lave, ça tient sur deux lignes, parce qu’au final on s’en fiche un peu. Ce n’est pas le plus important dans l’histoire.

Oui, c’est toute l’aventure qui importe. D’ailleurs, c’est pour ça qu’on n’en a rien à foutre des films d’action d’aujourd’hui. Je me souviens, j’ai commencé à regarder un Avengers, je savais que ça allait durer trois heures, et je te jure, j’ai mis lecture, j’ai regardé une minute et je me suis dit : « En fait, je n’en ai rien à foutre. Je n’en ai rien à foutre de ce qui leur arrive », puis j’ai arrêté. C’est de l’action pour l’action, ils prennent les gens pour des débiles, donc après, ils les rendent débiles – il ne faut pas non plus rêver, quand tu ne donnes que de la merde aux gens, ils finissent par aimer ça, parce qu’il n’y a plus que ça, donc ensuite, tu leur fais bouffer tout ce que tu veux. Comme nous, nous sommes un peu des vieux rebelles, nous avons goûté à ce qui était bien avant et nous arrivons quand même à voir la différence. C’est pour ça que quand t’as des gamins, tu les élèves en leur faisant voir des vrais films. Je ne dis pas que c’est extraordinaire, mais mon fils a vu À Toute Epreuve de John Woo, Seven, Mad Max, etc. Il a même vu Street Trash qui est quand même un univers bien délire. Tout ça pour dire qu’on n’en a plus rien à foutre des films actuels, à part Nolan qui fait encore du cinéma ou Scorsese qui n’est pas éternel et arrêtera de filmer à un moment donné. Les derniers films de John Woo ne sont quand même pas ouf. Même quand il refait un film qui est ouf, il prend des acteurs qui ne le sont pas. Pourtant je suis ultra fan de John Woo, mais maintenant, je ne prends même pas le temps parce que je sais que c’est nul. Bref, ils ont réussi à nous dégoûter de l’action pure. La dernière vraie bonne scène d’action que j’ai vue, ça devait être Tenet, avec la course-poursuite à l’envers sur autoroute. Je ne sais même pas comment le mec l’anticipe ; même à raconter, c’est dur. Faut le voir pour capter. Je trouve ça génial. Mais dans la plupart des autres films, on sait qu’ils vont se faire exploser. Tu veux voir l’explosion au ralenti, sous vingt-cinq mille angles différents ? Non. On sait juste qu’à la fin, ils ont réussi à faire ce qu’ils voulaient. Ils se sont sacrifiés pour leur cause, c’est très beau, tout ça, bravo. On applaudit.

On n’a pas du tout de background sur qui sont vraiment les personnages, pourquoi ils font ça, ce qu’ils ressentent.

Et même, on s’en fout des personnages. Pour reprendre l’exemple d’Avenders, ils m’énervent à nous prendre pour des débiles. ’’est chiant. Même dans le business musical, Bring Me The Horizon, j’adore, parce que c’est hyper bien fait. Jordan Fish s’est barré chez Architects qui est l’éternel second. Ce qu’il a fait dans le dernier Architects, c’est très bien. Sauf que je trouve que Bring Me a pris un step d’avance. Au début, quand j’ai écouté le dernier Bring Me, je me suis dit : « Qu’est-ce qu’ils ont fait, c’est chelou, ils sont allés trop loin. » Finalement, non, ils sont encore en avance ! Je crois que c’est celui que je préfère dans tout ce qu’ils ont fait, et ils ont réussi à faire ça sans l’autre. Et l’autre a été faire ce qu’il savait faire chez Architects, donc c’est très bien. Il y a zéro surprise, mais je trouve que ce qu’il a fait avec Architects est mieux que ce qu’il a fait avec Bring Me. C’est mon super regard de professionnel de nul. En plus, j’ai vu que le chanteur avait liké un de mes posts pour la tournée américaine. Il y avait Health aussi, donc je me suis demandé : « Est-ce qu’il connaît les mecs de Health ? » Je suis allé voir, mais non, il ne les suit pas. Pourquoi il a liké ça ? Qu’est-ce qu’il veut ? Il veut quoi de moi ? Il veut un remix ? [Rires]

« J’ai toujours bien aimé la pop, Tears For Fears, des groupes comme ça. Je vais être grossier, mais je m’en fous : c’est l’art de t’enculer avec quatre accords. Qu’est-ce que c’est plaisant ! »

Ça marcherait bien !

Je sais, mais là, j’attends de voir quand ils vont tous tomber sur l’album, parce que, de toute façon, comme tout le monde, ils écoutent ce qui sort. Je sais bien que mon nom tourne un peu quand même. Après, je n’attends rien de spécial. Si le gars veut que nous bossions ensemble, c’est oui. S’il ne veut pas, tant pis. J’ai toujours bien aimé la pop, Tears For Fears, des groupes comme ça. Je vais être grossier, mais je m’en fous : c’est l’art de t’enculer avec quatre accords. Qu’est-ce que c’est plaisant ! Pour ça, les Anglais sont les meilleurs du monde. Cette science-là consistant à avoir trois gros accords qu’on connaît et le dernier qui surprend, c’est ce qui fait toute la différence. Je trouve ce format pop intéressant quand ils essayent de le mettre dans le metal. Evidemment, ça commence à devenir un peu redondant, parce que la pop, c’est toujours quatre accords, une structure simple, tu as vite fait le tour, mais globalement, je trouve ça intéressant de voir comment Jordan Fish, dans tous les groupes avec lesquels il bosse – y compris Poppy –, arrive à transposer ce côté assez simple de la pop avec des voix qui hurlent, des grosses guitares saturées, des batteries qui tapent fort. Je ne suis pas un spécialiste de la pop, mais ça m’intéresse.

Tu aimerais bosser avec des groupes comme ça ?

Oui. Il y a parfois des groupes qui viennent me voir, comme Landmvrks. Je suis souvent chaud, parce que ça me fait sortir de ma zone de confort. Je n’ai pas forcément besoin d’aimer le groupe – je ne dis pas ça pour Landmvrks. Le seul truc que je me demande, c’est si je peux amener quelque chose. Si je n’amène rien, ça ne sert à rien. Si les mecs sont ultra sûrs que ce que je peux faire, c’est cool pour eux, mais si moi, je ne le sens pas, je ne le fais pas. Je dis : « Non, les gars, je pense que vous vous enflammez, vous imaginez trop de trucs. Je ne suis pas si bon que ça. » Je suis incapable de faire ce que fait un Jordan Fish, il est trop fort pour moi. Par contre, si je pense que ce que je sais faire peut donner un morceau qui sort de ce que le groupe fait d’habitude et change la couleur, je suis ok. Mais je fais plus les remixes. J’ai passé beaucoup de temps à en faire qui ne sortent pas, Korn, Rammstein, etc. Ce n’est pas grave, je comprends. Soit mon remix pue à la merde, soit le truc n’est juste pas sorti, mais ça me fait perdre du temps. Et puis t’es toujours là à te dire que ça serait bien que ça sorte, tu as bossé dessus. Après, je n’en ai pas tant que ça. J’en ai aussi fait un pour Dragonforce et un autre avec la chanteuse d’Amarante.

Quand tu fais des collaborations ou des remixes, c’est facile de rentrer dans un autre univers ou tu te dis juste que vous allez créer quelque chose à part qui n’est ni ton univers ni le leur ?

Par exemple, j’ai remixé le morceau « Dance Macabre » de Ghost. J’adore ce groupe. Enfin, j’adorais, car ce qu’il fait maintenant me plaît moins. C’est même moi qui ai eu l’idée du visualiser sur YouTube. Le mec disait : « Je ne sais pas trop quoi faire… » J’ai dit : « T’as qu’à faire une boule disco. » J’utilise souvent cette boule disco en fluo. J’ai dit : « T’as qu’à faire ça, mais version pape avec la fumée. » J’avais donc repris le morceau en version disco, car pour moi, Ghost, c’est du ABBA, or ABBA c’est disco. L’histoire avec ce truc, c’est que je lui ai vraiment cassé les pieds pour que nous bossions ensemble. Il ne voulait pas, mais il m’a proposé un mix, puis il m’a invité sur sa tournée. Nous avons fait quelques dates ensemble. Je ne pouvais pas en faire trop, parce que j’avais déjà toute la tournée européenne qui était déjà calée – j’étais vert ! Nous lui avons dit que nous étions dispo sur six dates sur une tournée de deux mille. Ça aurait pu me faire une pub de ouf, car il y a beaucoup de gens qui m’ont découvert en allant voir Ghost. Par contre, nous en avons chié. Nous avons tout fait en van. Comme j’étais le chef, j’étais assis devant. Je n’avais pas mal au dos, mais les autres étaient là : « J’en peux plus ! », douze heures par jour. C’était dur.

Est-ce que beaucoup de gens t’ont découvert en te voyant au Hellfest aussi ?

Je pense, oui. Après, je ne sais pas. Je sais qu’il y en a plein qui disent que c’est de la merde, ce n’est pas du metal, ça n’a rien à foutre là. Il y a peut-être des gens qui ont été déçus, qui m’ont déjà vu ailleurs et qui n’ont pas aimé au Hellfest. Franchement, il y a tellement de degrés de satisfaction. Je pense quand même que j’ai gagné des points.

En commençant avec les Backstreet Boys ?

Avant, nous faisions Toto aussi. C’est ma femme qui m’a dit : « Tiens, t’as qu’à mettre ça, c’est trop bien. » C’est souvent elle qui a des bonnes idées. Comme elle a le recul sur tout ce que je crée, c’est plus facile pour elle. Elle pense à des trucs auxquels je ne pense pas. C’est même souvent elle qui trouve les titres, pendant que je suis encore à chercher la bonne note. Elle m’a fait une liste de cinq cents noms, titres, etc. En fait, elle fait un peu partie du groupe. Que ferais-je sans elle ? Je ne sais pas. En fait, j’essaie toujours de trouver des petites conneries. Je voulais changer pour les prochaines dates. J’ai un petit concept que j’ai mis au point. Vous verrez sur les futurs concerts.

« Avec les TikTok, je ne sais pas quand les jeunes vont comprendre à côté de quoi ils passent. Quand est-ce que les gens vont réapprendre à apprécier le beau, l’intelligent, et ne pas être gavés au bout de vingt secondes ? »

Côté visuel, il y a les grands écrans qui apportent une autre dimension, on entre encore plus dans ton univers.

Le problème des écrans, c’est que ça coûte cher, et parfois, les gens ne nous payent pas assez pour que nous les ayons. Franchement, 2022 a été très chaotique niveau concerts, c’était très compliqué. Avec la fin du Covid-19, tout le monde se remet à sortir. Les loueurs de matériel savent qu’ils vont tout louer. Indochine repart sur la route, ils prennent tout, Mylène Farmer aussi, et il ne reste plus grand-chose pour les copains. Les mecs te louent leur matériel à prix d’or. Aux États-Unis, c’est pareil. Taylor Swift, Foo Fighters, tout le monde repart après le Covid-19. Le prix du matériel augmente. Pour le même prix qu’il y a quatre ans, tu n’as plus droit qu’à une bougie. Les gens ne savent pas et disent : « Oui, mais c’est mieux quand il y a des écrans. » Tu m’étonnes, mais ce n’est pas si simple financièrement. Malgré tout, j’ai dit que, maintenant, si nous les avons, c’est tout le temps. Ils ne seront pas forcément sous la même forme, mais normalement, si tout se passe bien, chaque fois que nous jouerons, il y aura un écran.

Il y aura des images faites avec Førtifem ?

Non, il n’y aura peut-être pas de Førtifem dans les images, mais il y aura Dehn Sora, parce que c’est lui qui me fait la majeure partie de mes visuels. Pendant un temps, je voulais mettre les clips et je me suis ravisé, ça allait être des changements de couleurs, etc. Je suis allé voir Gojira à Bercy. Des fois, c’est beau, puis des fois, c’est laid. Ce qui me gêne, c’est quand ils ont des visuels raccords avec les lights. Par exemple, quand ils font « Ah ! ça ira » et qu’ils nous mettent une pauvre photo Google de la Conciergerie. Des fois, ils sont capables de faire un truc mortel, comme les baleines, et après, t’as des images, genre « Another World » avec le clip, c’est laid. Bon, je n’ai pas payé ma place, je suis un parvenu, mais je vais voir les meilleurs pour analyser ce qu’ils font. Je suis allé voir Nine Inch Nails et là, par contre… C’est comme du théâtre. Il y a une mise en scène, il y a un savoir-faire. Mon concert préféré – pas juste de Nine Inch Nails, mais en général –, c’est celui de 2013 qui est sur YouTube. Après, en second, tu as Pulse de Pink Floyd. Même la première partie de NIN, c’était Boys Noize, ce n’est pas n’importe qui. Pendant l’heure où il fait son truc, ça remplit toute la salle de fumée. C’était génial !

Ce sont ces groupes-là qui me font rêver en tant que musicien. Avec les TikTok, je ne sais pas quand les jeunes vont être réceptifs à ça. Quand est-ce qu’ils vont comprendre à côté de quoi ils passent ? Plutôt que de liker des teubés qui nous font des recettes de merde et qui nous racontent leur vie dont tout le monde se branle. On a quand même réussi à rendre connus des gens inintéressants. Sans ça, ce sont des mecs qui – comme disait Fabrice Éboué – seraient au PMU. Ce sont des nobody. Ça fait débat sur les réseaux sociaux : ce sont ces gens-là qui font la pluie et le beau temps de la culture ? Vous vous foutez de ma gueule ou quoi ? Quand est-ce qu’ils vont capter ce que c’est qu’un concert de Nine Inch Nail ou je ne sais qui dans un autre domaine ? Quand est-ce que les gens vont réapprendre à apprécier le beau, l’intelligent, et ne pas être gavés au bout de vingt secondes ?

Il y a des groupes qui proposent un show immersif, qui est vraiment pensé comme une expérience pour celui qui vient au concert, pour justement qu’il ne soit pas sur son téléphone.

Tu te rends compte que si tu veux que les gens regardent ton concert, tu es obligé de les forcer à mettre leur téléphone dans un sac ! A part Nine Inch Nails, parce que j’ai pris des notes, ces dernières semaines je suis allé voir Jamiroquai, Hans Zimmer, Gojira, le Requiem de Mozart à Versailles et Rise Of The North Star : je n’ai pas une photo ! Je regarde. Je n’ai pas besoin de prendre une photo pour me souvenir que j’y étais, ou d’aller poster sur Instagram en espérant récolter vingt likes. C’est quoi ces conneries ? Tu regardes, t’apprécies. Il y en a qui veulent garder des souvenirs, je comprends, mais des mecs qui restent tout le concert comme ça [bras tendu], pour le mettre sur YouTube dès le lendemain… Vous êtes des teubés ! Cela dit, c’est bien, parce que comme ça, on peut regarder comment c’était, car on ne peut pas faire tous les concerts. Je pense quand même qu’il y a un vrai problème là-dedans. Tu parles d’immersion : moi aussi, j’ai des petites idées pour les prochains concerts, pour justement mettre les gens dans l’ambiance assez tôt, plutôt qu’ils se fassent chier à attendre le show avec une musique random qui passe. J’en discutais avec Olivier [Garnier, de Replica Promotion] tout à l’heure, qui me disait : « Machin fait comme ci, bidule fait comme ça. » Je me disais : « Merde, ils ont déjà eu des idées comme les miennes, fait chier. »

« Je ne suis pas Dave Gahan, on ne va pas se mentir. Je n’ai pas son petit coup de rein magnifique. Donc je passe par les artifices, comme n’importe quel mec qui fait de l’électro. »

C’est compliqué d’avoir une idée que personne n’a eue.

Disons que, déjà, si tu en as une, il faut bien fermer ta gueule pour ne pas te la faire tirer. Ensuite, il ne faut pas que ça traîne trop parce que ça peut être aussi un truc qui est dans l’air du temps. Toi, tu ne t’en rends pas forcément compte, mais c’est peut-être quelque chose que t’as vu, qu’un gars fait, et que les autres ont vu aussi, donc ils peuvent avoir les mêmes idées. D’un autre côté, on perd le côté musical du concert. C’est-à-dire que maintenant, on s’attend tellement à ce qu’on se fasse casser la gueule par les lights ou les trucs comme ça, qu’on oublie la musique. En plus, quand tu passes le concert à le filmer ou à prendre des photos, tu sors complètement de la musicalité qui t’a amené à voir ça. Globalement, je pense qu’on va quand même voir des concerts pour écouter des morceaux.

Ou pour ressentir des choses, et ça peut passer par le visuel.

Je suis d’accord, mais j’ai l’impression que c’est un peu ce qui est en train de passer devant. Quand tu regardes un concert filmé dans les années 80-90, Queen à Wembley, par exemple. C’est un stade, tu vois que c’est énorme, mais c’est filmé quasi qu’en gros plan. T’as l’impression qu’ils jouent dans un club. Les caméras ne prennent pas en large comme maintenant. Et tu regardes des lights, c’est une ribambelle de spots. C’est ce que fait Ghost maintenant. Ils ont repris le concept des concerts des années 80. Il n’y a pas de show. Le show, c’est le mec avec son micro qui le fait. Je suis allé voir Depeche Mode – nous sommes ultra fans avec ma femme. La scéno de Depeche Mode pue la merde, mais pourquoi ? Il n’y a pas besoin d’avoir quoi que ce soit : tu as Dave Gahan. Tu ne regardes que lui. Il défonce ! C’est encore un groupe où ce sont les gars qui font le show.

Moi, je ne suis pas Dave Gahan, on ne va pas se mentir. Je n’ai pas son petit coup de rein magnifique. Donc je passe par les artifices, comme n’importe quel mec qui fait de l’électro. Le dernier show de Justice, par exemple, est exceptionnel, parce que les mecs sont des merdes sur scène, ils sont nuls, comme moi ! Je n’en fais pas plus. Ce n’est pas mieux ni pire que moi. Nous le savons. Nous sommes des geeks avec notre souris, nos claviers, nous faisons bip bip. Nous ne sommes pas intéressants à voir. Nous ne sommes même peut-être pas intéressants à écouter, si on va par là. C’est pour ça que nous ne chantons pas. Donc si tu nous découvres, il faut que t’en prennes dans la gueule autrement que par la musique, si jamais celle-ci ne te plaît pas. Si je reviens à Justice, la setlist qu’ils ont, les remixes qu’ils font, ce n’est pas bien – ce n’est pas bien Justice maintenant – mais le show est exceptionnel. Les projos, je crois qu’il n’y a qu’eux qui les ont. Ils font une espèce d’effet de prisme, ça recasse le faisceau de blanc en bleu, rouge, etc. Ça tue ! Tu les mets sur un Rock En Scène sans tout ça, juste deux mecs qui mixent, tu vas vite te faire chier. Il y a des festivals d’électro ou de techno où la scéno, c’est n’importe quoi. Il y a des flammes toutes les trois secondes, il y a des lasers dans tous les sens… Parce que le gars ou la fille qui envoie le son, il est minuscule tellement ce sont des festivals énormes, ce ne sont pas eux qui font le show. Tout dépend donc de ce qu’on va voir. Si c’est du rock… Par exemple, je suis ultra fan de Comeback Kid, je connais bien le chanteur, c’est un pote, je peux dire que ça avoine et tout, mais là, quand tu vas les voir, concrètement, c’est trop grand pour eux. Donc à moins qu’ils aient des baleines qui volent… Bref, c’est comme ça. Ce n’est ni toi ni moi qui allons changer quoi que ce soit, et puis tout le monde a une concurrence dans tout ce qu’il fait. Quand tu vois ce que vont les autres, tu essayes de te dire : « Si on est dans la même catégorie, il faut que je fasse mieux que toi. »

Tu te compares aux autres projets électro-metal ?

Avec Perturbator, oui. Nous avons tourné ensemble. Depuis le début, c’est un peu Metallica et Megadeth. A savoir qui est qui, je ne sais pas. Je t’avouerais que j’aimerais bien être Megadeth. J’aime bien Metallica, mais chez Megadeth, il y a un petit côté « va te faire foutre » que j’aime bien. Cela dit, j’étais content de voir Metallica, ce sont les darons.

Pour finir en revenant au sujet initial, comment te sens-tu maintenant que tu as fini une trilogie, après toutes ces années passées dessus ? Est-ce qu’il y a un deuil à faire ?

Non, pas du tout. Je vais la jouer en concert pendant deux ans, donc pour moi, il n’y a pas de pause, ça enchaîne. Je n’ai pas vraiment le temps d’y réfléchir. C’est de la musique, il n’y a pas vraiment de deuil. Et puis après, il faudra que je fasse un nouvel album, et ainsi de suite. Ça va s’enchaîner ad vitam. J’ai une idée visuelle pour la suite. Je vais placer ça dans des images du début du siècle, quand les premières photos arrivaient, et qu’ils se prenaient en photo avec leurs défunts, que tu as l’impression qu’il y avait un fantôme derrière eux, un peu gothique. C’est le délire victorien. Mais à partir de là, je ne sais même pas comment je vais faire musicalement.

Interview réalisée en face à face le 9 décembre 2025 par Marion Dupont.
Transcription : Marion Dupont.
Illustrations : Førtifem.
Photos : Aurore Angelique Art.

Site officiel de Carpenter Brut : carpenterbrut.com.

Acheter l’album Leather Temple.



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  • Merçi d’avoir pris le temps de faire l’interview. Ce fût un régal de voir le « personnage » derrière autant de super inspiration synth-wave!

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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