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Interview   

Kadavar : l’image du son


Si Kadavar a connu une ascension relativement rapide au début de sa carrière en se faisant prendre dans la vague rock stoner/rétro/psyché, on a assez vite découvert un groupe refusant de se laisser enfermer et désireux d’évoluer et d’étendre sa palette. Ces cinq dernières années, en particulier, ont été placées sous le signe de l’expérimentation avec The Isolation Tapes et la collaboration Eldovar, mais jamais ils n’auront été aussi loin dans la liberté créative qu’avec leur nouvel album I Just Want To Be A Sound.

Certes, les changements radicaux auxquels il est associé – pochette aux couleurs vives, nouveau logo, nouveaux looks, orientation plus « pop » – en ont crispé certains avant même de vraiment d’écouter l’album et de le juger sur pièce, mais si on lui donne sa chance et le prend pour ce qu’il est, sa diversité, son travail du son, son sens de l’accroche et son inspiration ont de quoi transporter. Nous en discutons avec Christoph Lindemann, alias Lupus, de l’intégration d’un quatrième membre à la sincère envie de ne pas tourner en rond qui est au cœur de la conception de ce disque, en passant par l’idée que le groupe pourrait arrêter arrivé à son dixième album… Un échange plein d’anecdotes pour mieux comprendre le groupe berlinois, d’où il vient et où il va.

« Après For The Dead Travel Fast, nous avions le sentiment d’avoir atteint un point, en tant que trio, où tout avait été dit et où nous étions désormais condamnés à nous répéter. Quand Jascha est arrivé et a apporté ses premières démos et idées, nous avons compris qu’une nouvelle porte s’ouvrait. »

Radio Metal : Vous avez maintenant un quatrième membre dans le groupe : Jascha Kreft, qui joue du clavier et de la guitare. Est-ce venu d’un besoin qui s’est développé au fil des années, ou est-ce vraiment The Isolation Tapes, avec ses nombreux claviers et couches sonores, qui a été un déclencheur ? D’ailleurs, le plus drôle, c’est que la dernière fois, nous avions demandé à Tiger si The Isolation Tapes pouvait être un tremplin pour repenser Kadavar et inclure plus de membres à l’avenir…

Christoph Lindemann (chant & guitare) : Personnellement, j’ai toujours voulu avoir au moins un membre de plus parce que je faisais la guitariste rythmique, les solos, le chant, et j’avais l’impression d’atteindre une limite. Quand nous avons fait The Isolation Tapes, c’est le moment où je me suis dit : « Tu vois, maintenant, on en a besoin. » Nous avons fait l’album en collaboration avec le groupe Elder, sous le nom d’Eldovar, et nous avions trois ou quatre guitares en même temps, plusieurs batteurs, etc. C’est là que nous avons compris : « Voilà comment ça peut sonner, voilà comment on peut créer un son plus large. » C’est probablement là que nous avons décidé d’essayer d’intégrer un membre supplémentaire. Nous connaissions Jascha depuis les débuts de Kadavar. Il était toujours dans notre entourage et nous connaissions ses groupes. Nous avions joué plusieurs fois avec lui et, par le passé, je travaillais dans un bar où il se rendait régulièrement pour boire un coup. Je crois que c’était mon idée de lui demander de rejoindre le groupe, mais j’ai aussi pensé que nous devions quand même essayer d’autres gens. Puis il est venu au studio, nous avons commencé à jouer et nous avons réalisé qu’il n’était pas nécessaire de chercher plus loin, que c’était la bonne personne.

Vous êtes passés d’un trio à un quatuor. Comment cela a-t-il changé la dynamique du groupe, tant sur le plan créatif qu’entre les membres ?

Avant, seulement trente-trois pour cent de mes idées passaient, alors que j’avais majoritairement raison, et maintenant je dois partager encore plus… Non, je plaisante [rires]. Il avait sa propre idée de la façon dont Kadavar devait sonner et c’était très intéressant pour nous au début du processus de cet album, quand nous avons essayé de renouveler notre son ou ce que devait être le groupe en 2025. Ça nous a beaucoup aidés d’avoir quelqu’un qui n’avait pas été impliqué dans les précédents albums et qui apportait des démos et des idées de chansons, de voir ce qu’il pensait de Kadavar, sachant qu’il nous suivait depuis le début – il était à notre tout premier concert. C’était très utile. Ça nous a donné une vision plus fraiche de ce que nous voulions faire, car nous ne voulons pas nous répéter, or après For The Dead Travel Fast, nous avions le sentiment d’avoir atteint un point, en tant que trio, où tout avait été dit et où nous étions désormais condamnés à nous répéter. Quand il est arrivé et a apporté ses premières démos et idées, nous avons compris qu’une nouvelle porte s’ouvrait et que ça pourrait valoir le coup d’essayer.

On dirait effectivement que vous avez abordé cet album avec un état d’esprit encore plus libre que d’habitude. Vous avez largement dépassé l’étiquette de stoner rock psychédélique rétro qu’on vous avait précédemment attribuée. Vous êtes-vous sentis prisonniers de ça ?

Je ne crois pas que nous nous sommes sentis prisonniers, parce que nous avons toujours essayé d’avoir différents types de chansons dans les albums. Dès le premier album, nous nous sommes toujours assurés de ne pas aller dans une seule direction. Nous avions différents styles et différentes approches de façon à ne pas nous enfermer. A la fois, comme je l’ai dit, en tant que trio, nous avons atteint une limite sur ce qui était possible. Puis, avec The Isolation Tapes, qui n’était pas prévu et s’est fait un peu par hasard, nous avons réalisé que c’était aussi peut-être important de créer des sons qui soutiennent les paroles, l’idée des chansons et leur atmosphère globale, plutôt que de se contenter d’un riff. Une chanson peut être heavy mais jouée différemment. C’est quelque chose que j’ai voulu essayer sur cet album, c’est-à-dire créer des chansons qui soient heavy mais plus par leur atmosphère que par des structures rock ou stoner typiques. Avec deux guitares, ça nous a donné la liberté de créer différentes couches et d’aller plus loin dans l’exploration des sons.

Est-ce qu’il y a eu une part d’introspection et de remise en question ?

Tu remets toujours en question ce que tu fais. C’est ainsi que tu trouves de l’inspiration ou éprouve le besoin de faire un autre album. En réécoutant nos anciennes musiques, je me pose toujours des questions. Sur le moment, ça semblait être ce qu’il fallait faire, mais c’est un processus et nous n’en avons pas encore atteint la fin. J’ai toujours le sentiment qu’il y a plus à essayer et à apporter à l’image de Kadavar – pas l’image du groupe en tant que tel, mais l’image que je perçois quand j’entends la musique. C’est sûr qu’il y a déjà eu des discussions par le passé. Il a fallu pratiquement un an pour enregistrer les premières démos de cet album. Habituellement, nous composons un album complet en trois mois et ensuite nous l’enregistrons. Cette fois, nous avons délibérément voulu prendre du temps et voir où nous pouvons aller après ces cinq dernières années où il y a eu un coup d’arrêt à cause du coronavirus et où nous avons fait The Isolation Tapes et Eldovar, en prenant ça comme un nouveau départ, mais sans oublier d’où nous venons. Car la base du groupe et de nos premiers albums est toujours là dans les chansons, ça reste nous, mais ça nous donne la confiance nécessaire pour expérimenter davantage qu’avant.

« J’ai toujours le sentiment qu’il y a plus à essayer et à apporter à l’image de Kadavar – pas l’image du groupe en tant que tel, mais l’image que je perçois quand j’entends la musique. »

Chaque chanson est très différente de la précédente : la diversité de l’album vient-elle d’une diversité de processus ?

Oui, absolument, car énormément de temps est passé, il y a eu des hivers, des étés, du soleil, de la pluie, de la neige, des bons moments, des mauvais moments’ [rires]. Je pense que l’image de l’album a pris une tournure plus 60s, les chansons sont un peu plus pop, et leur structure est peut-être un peu plus facile à suivre, elles sont plus courtes, etc. J’ai l’impression que presque toutes les chansons sont des singles potentiels et j’ai toujours aimé cette idée héritée des années 60 consistant à sortir plein de singles et à les réunir ensuite pour que ça devienne un album, plutôt que de trouver un son unique pour un album. Nous l’avons fait par le passé. Nous avons des albums conceptuels, des albums comme For The Dead Travel Fast ou The Isolation Tapes où on raconte des histoires en ayant un thème et en essayant de le traduire en musique. Cette fois, j’ai pensé que chaque chanson pouvait se suffire à elle-même et que c’était plus un recueil de singles, plutôt que de suivre un fil rouge tout au long de l’album.

Ça rejoint ce que tu disais plus tôt, mais j’ai l’impression que le travail sur le son lui-même, d’un point de vue créatif, a été aussi important que l’écriture…

Oui, absolument. Jascha a porté énormément d’idées que nous n’avions pas encore essayées. De même, en travaillant avec le producteur, Max [Rieger], qui a utilisé des outils différents de ceux dont nous avions l’habitude. Nous avons quand même enregistré en studio avec notre équipement habituel, mais nous l’avons utilisé autrement et nous voulions voir où nous pouvions aller comme ça, ce qui était possible, ce que nous pouvions tirer de notre propre équipement. Comme je l’ai dit, c’était important pour nous que les chansons aient une certaine profondeur et une atmosphère qui soutienne l’idée des paroles et des chansons. Nous avons donc passé beaucoup temps sur les sons. Il nous est arrivé de passer des jours voire des semaines sur un seul son de guitare ou d’enregistrer plein de pistes pour les superposer. Nous avons parfois utilisé un ampli et parfois pas, en branchant les guitares directement sur la table de mixage, dans l’ordinateur. Parfois nous avons utilisé un ampli de basse pour la guitare ou nous avons inversé la piste en post-processing. C’était génial de voir ce que les autres apportaient. Nous avons aussi utilisé sur une chanson de l’auto-tune comme un outil – je n’en avais jamais utilisé. Nous nous sommes dit que nous allions essayer d’utiliser quelque chose d’actuel et pas seulement nous focaliser sur le côté rétro ; nous avons voulu un son rétro mais en le mélangeant avec des éléments de 2025. C’était un grand terrain de jeu qui s’est ouvert à nous. Ça nous a donné tant de possibilités et c’est quelque chose que j’avais toujours voulu essayer. Tout s’est fait naturellement, mais il a aussi fallu du temps pour nous ouvrir et nous dire que nous devions penser de manière originale si nous voulions réellement créer quelque chose de neuf – c’est ce qui a pris le plus de temps.

Vu la diversité des chansons, ça a dû être un sacré terrain de jeu pour ta voix aussi !

Oui. Je crois que sur chaque chanson, j’ai utilisé ma voix différemment. Par exemple dans la première partie de « Sunday Mornings », c’est très calme avec une voix de tête aiguë, tandis que dans d’autres parties d’autres chansons, la voix est plus forte. Comme je l’ai dit, nous avons utilisé l’auto-tune dessus pour obtenir un effet de baisse dans « Let Me Be A Shadow ». Le fait est que je n’ai jamais voulu être le chanteur du groupe, ça s’est fait un peu par hasard. Je croyais que nous trouverions quelqu’un qui serait un vrai chanteur, mais ça n’est jamais arrivé. Il m’a fallu des années pour que je me sente à l’aise et que je commence à aimer ma voix, à travailler dessus et à en tirer des choses que je ne croyais pas possibles. Il m’a fallu dix ans voire plus. Depuis The Isolation Tapes, j’ai réalisé que je pouvais faire plus que crier [rires], ce que j’aime aussi, mais je peux apporter d’autres couleurs aux chansons avec ma voix.

La phrase I Just Want To Be A Sound qui sert de titre à l’album a une histoire particulière : peux-tu nous la raconter ?

Notre bassiste Simon [Bouteloup] est le gars calme du groupe. Il n’aime pas être au centre de l’attention. Il n’aime pas non plus les réseaux sociaux. Il vit dans l’instant présent. Une fois, on lui a demandé pourquoi il n’était pas sur les réseaux sociaux et il a répondu : « J’ai juste envie d’être un son. » Il est comme une onde sonore dans la pièce, il ne fait que passer et ensuite il disparaît. Cette citation a toujours été là, nous nous moquons toujours de lui quand il disparaît ou quand on est là : « Où est passé Simon ? », nous disons : « Ah, il est probablement redevenu un son et s’est évaporé. » Il a une façon unique de vivre que nous admirons beaucoup. Nous trouvons ça cool, surtout à notre époque, où on est constamment surchargés d’informations, de réseaux sociaux, etc. Lui, c’est un gars très terre-à-terre qui reste le même, il ne change pas ; alors que le monde entier change quotidiennement, tu le revois et c’est le même mec qu’il a toujours été. Après avoir écrit la chanson « Hysteria », qui parle justement de cette surcharge d’information et de la façon dont ça nous rend fous, nous avons songé à cette citation de Simon et nous nous sommes dit que c’était parfait. Le fait que parfois ça devient trop et qu’on n’a plus envie de prendre part à tout ça peut parler à tout le monde. Tout le monde, à un moment donné, a envie de n’être plus qu’un son. Nous avons trouvé que c’était une belle phrase et une thématique sympa qui correspond bien aux chansons qui, comme nous en avons discuté, se suffisent à elles-mêmes, qui ont un sens mais, d’une certaine façon, ne vont pas forcément ensemble.

« Je n’ai jamais voulu être le chanteur du groupe. Il m’a fallu des années pour que je me sente à l’aise et que je commence à aimer ma voix, à travailler dessus et à en tirer des choses que je ne croyais pas possibles. »

Qu’est-ce que le son pour toi ? Qu’est-ce que ça représente ?

Maintenant que j’ai fait l’album et que j’ai expérimenté avec plein de sons, je ne sais toujours pas ce qu’est le son [petits rires]. Je pense que le plus grand changement, selon moi, pour Kadavar est que le son est devenu plus gros. Surtout au début, quand nous sortions des albums, les gens disaient : « J’adore l’album, il sonne super, mais ça ne sonne pas comme lors de vos concerts. Quand vous jouez live, vous sonnez beaucoup plus gros qu’ici. » Nous nous disions toujours : « C’est un concert, pas un album, c’est normal que ça sonne différent. » Mais maintenant, avec le quatrième membre, nous avons réalisé qu’il y avait une possibilité de créer un gros son, or j’ai toujours voulu faire un album avec un énorme son. Je pense que nous y sommes parvenus dans certaines chansons. C’est assurément ce qui change le plus par rapport aux précédents albums de Kadavar.

Si tu devais être, littéralement, un son, lequel serait-ce ?

Probablement une sorte de sirène, car je tape toujours sur les nerfs des autres. Les gens autour de moi me trouvent souvent agaçant, donc ce serait quelque chose d’agaçant [rires]. Quelque chose qu’on peut éteindre, comme une sirène ou l’alarme de ton réveil matin sur ton téléphone : c’est pénible, mais on peut l’arrêter et ça va.

Le communiqué de presse parle d’une « déclaration sans compromis qui n’exige rien de moins que d’être complètement absorbé par le son sans se laisser distraire par les apparences extérieures ». L’apparence est très importante dans le rock et dans le monde d’aujourd’hui en général : est-il possible pour un groupe d’exister uniquement pour son son et de mettre l’aspect image de côté ?

Je ne sais pas. C’est une bonne question. Probablement pas pour nous. Surtout au début, pour sortir du lot en tant que groupe de rock, le son et l’image vont de pair. Au cours des deux dernières années, nous avons davantage essayé de mettre l’accent sur le son et d’être plus artistiques que de passer trop de temps sur notre image, mais en tant que groupe de rock, tu vends toujours une image et les deux sont au même niveau. Si tu regardes dans le passé, peut-être qu’on se souvient plus de Pink Floyd pour leur son que pour leur image, mais d’un autre côté, ils n’avaient pas à faire de petites vidéos et à créer des contenus pour les réseaux sociaux. Et puis ils ont fait, par exemple, le concert à Pompei et pour leurs pochettes d’albums et leurs clips plus tard, ils travaillaient toujours avec le même artiste et ils ont créé une sorte d’esthétique visuelle. Reste que maintenant, on vit dans un monde où l’image est plus importante que la musique, il faut la vendre et tout le monde devient un créateur de contenu. On doit tous faire avec, je suppose.

A propos d’image, vous avez aussi radicalement changé votre apparence avec cet album, surtout toi et Tiger, ainsi que votre logo. Avez-vous pensé cet album et ce focus sur le changement en allant jusqu’à votre apparence ? La liberté d’un groupe vient-elle aussi de la façon dont il se présente ?

Comme je l’ai dit, nous avons essayé de détourner l’attention de notre apparence. En fait, le premier changement est arrivé parce que Tiger perdait ses cheveux et donc il a décidé de les couper [rires]. C’était la raison principale : l’âge. Il a dit : « Je vais décider moi-même de me raser la tête avant d’avoir l’air complètement stupide et d’être obligé de le faire ! » Le changement ne nous paraissait pas énorme, parce que nous nous disions que ça restait nous, qu’on s’en fichait. Au départ, je me suis fait pousser la barbe parce que j’étais très jeune, je travaillais dans une salle de concert, j’avais vingt ans et personne ne me prenait au sérieux. Je me disais qu’il fallait que j’aie l’air plus vieux. Puis, quand j’ai commencé à avoir vraiment l’air vieux, je me suis dit que je devais peut-être la couper [rires]. Nous ne pensions pas vraiment à l’effet que ça aurait sur les gens, au fait qu’ils ne nous voyaient pas comme des personnes mais comme l’image que nous renvoyons. Peut-être que j’ai sous-estimé ça, même si j’assume, ce n’est pas très important pour moi. Le changement s’est fait naturellement. Maintenant, que je suis plus confiant en tant qu’artiste et avec ma musique, je me suis dit que peut-être les longs cheveux et la barbe – même si j’ai encore des cheveux un peu longs et un peu de barbe – n’étaient plus aussi importants. Mais quand ils voient ça, le nouveau logo et le changement de son, les gens ont l’impression que tout est venu d’un coup, alors que ça s’est fait sur une période de cinq ou six ans, c’est-à-dire plus d’un tiers de l’histoire du groupe. C’est juste une évolution.

« Nous ne pensions pas vraiment à l’effet que [notre changement look] aurait sur les gens, au fait qu’ils ne nous voyaient pas comme des personnes mais comme l’image que nous renvoyons. Peut-être que j’ai sous-estimé ça, même si j’assume, ce n’est pas très important pour moi. »

L’artwork lui-même est très coloré. Certains artistes parlent de synesthésie : te reconnais-tu dans ce concept ? Associes-tu le son à des couleurs, par exemple ?

Non, probablement pas. Le son est un son pour moi. Je trouve que cette pochette représente bien l’album. Il y a ces différentes têtes, formes et couleurs, ce qui renvoie aux chansons et à quel point elles sont différentes les unes des autres. Je faisais toujours l’artwork des albums précédents ou je travaillais avec ceux qui les créaient en concrétisant ce que j’avais en tête. Cette fois, j’ai laissé ça tomber et, comme nous avions un peu de temps, nous avons donné l’album fini à l’artiste en disant : « Ecoute-le et crée ce que tu entends, ce à quoi ça doit ressembler selon toi. » En cédant ça à quelqu’un d’autre, ça ouvre à de nouvelles opportunités et permet de sortir des sentiers battus. Il a proposé un truc super coloré et au début, nous étions là : « Oh mon Dieu… Non, non, non, ce n’est pas Kadavar. » Mais il était là : « Ecoutez les chansons ! » et nous l’avons montré à d’autres gens qui ont dit que c’était exactement ainsi que ça sonnait pour eux. Nous avons finalement pensé que c’était peut-être ce qu’il fallait. Je n’ai qu’une règle pour les artworks : quand je suis dans un magasin de disque et que je passe en revue les vinyles, il faut que quand je vois l’artwork, il me donne envie de m’arrêter dessus. Par exemple, quand nous avons fait celui de Rough Times en 2017, à l’époque, notre maison de disque a dit que ça ressemblait à un accident de voiture : c’est moche mais on ne peut pas détourner le regard [rires]. C’était leur réaction et c’est exactement ce que nous voulions. Cette fois, c’est tellement coloré que ça agit comme une promotion pour l’album et la musique qu’il contient : quand je suis dans un magasin de disque, j’ai envie de le sortir du bac. C’est ma seule règle et quand j’ai vu le résultat, j’ai pensé que c’était assurément un disque que je voudrais sortir du bac, donc ça me va. Nous avons alors décidé d’opter pour ça, même si nous savions qu’encore une fois, c’était très différent.

Cette idée de têtes à l’intérieur d’autres têtes est intéressante. Je ne sais pas si tu l’as lu, mais tu es allemand après tout : ça m’a rappelé le roman de Hermann Hess, Le Loup Des Steppes, où le protagoniste, Harry Haller, réalise que chaque être humain n’est pas composé d’une ou deux personnalités, mais d’une multiplicité. Est-ce finalement ce que vous mettez en avant avec cet album, où chaque chanson offre une facette différente de votre son ?

Oui. Aussi, comme dans cet album, les textes sont plus personnels et que chacun de nous quatre a apporté des chansons – ce qui n’était pas le cas des albums précédents –, ça montre toutes les facettes du groupe et les différentes idées de chacun des membres. Donc oui, absolument. Je n’ai pas pensé au Loup Des Steppes, ça ne m’a pas traversé l’esprit, mais je connais le livre et, en effet, le parallèle est pertinent !

D’une certaine façon, on peut faire un lien entre cet album et un groupe comme Muse. Non seulement parce qu’« I Just Want To Be A Sound » a un côté plus rock alternatif et que « Hysteria » a un feeling qui le rappelle, mais aussi parce que Muse est un groupe qui évolue d’album en album, et parfois de chanson en chanson, tout en conservant son propre son. Cette comparaison a-t-elle un sens pour toi ?

Je vais être honnête avec toi, je connais une reprise de Muse mais je ne connais pas leur discographie. Ça fait plusieurs fois que je lis ça et je me suis dit : « D’accord… » Ce n’est pas un groupe que j’avais en tête mais peut-être que je devrais écouter tout ce qu’ils ont fait. Mais je comprends aussi ce que tu dis sur l’évolution : en tant qu’artiste, je veux m’assurer d’avoir la liberté de m’exprimer comme je le veux à l’instant présent et d’utiliser la musique comme un outil. Je comprends que nous sommes un groupe de rock et je veux aussi jouer du rock, c’est mon type de musique préféré, mais je veux essayer différentes facettes du rock pour m’exprimer. Des groupes comme Radiohead et The Smile – le nouveau groupe de Thom York – ont été une grande influence ces dernières années, surtout pour notre bassiste Simon. Je ne veux pas jouer ce type de musique, mais j’aime beaucoup la façon dont ils ont changé et essayé différentes approches.

On retrouve aussi une nouvelle fois beaucoup de Pink Floyd dans « Star », le dernier morceau « Until The End » et peut-être même dans « Sunday Mornings »…

Pink Floyd a été une grande influence pour moi, mais je pense que sur le dernier morceau, j’entends plus du Beatles que du Pink Floyd, surtout ce petit break où on n’entend que le piano et où Tiger chante une mélodie. Ça, c’est très Beatles. Quand tu vois Pink Floyd et la manière dont leur son a évolué… Pas que je veuille aller aussi loin qu’eux et je n’éprouve pas le besoin de faire le genre de concept albums qu’ils faisaient, mais j’admire beaucoup la manière dont ils utilisaient le son. C’est tellement unique que ça sort toujours du lot. Beaucoup d’autres groupes les ont copiés après, mais Pink Floyd ainsi que certains artistes de krautrock ou qui travaillaient avec ce genre de sons électroniques et psychédéliques, comme Ash Ra Tempel, Can, Neu!, Brian Eno, etc., ça a toujours été là et ils m’ont toujours donné envie que nous devenions un groupe de krautrock, et évidemment, ça a toujours été influencé par Pink Floyd aussi.

« En tant que fan, je comprends que les changements sont toujours difficiles à encaisser, car on aime le groupe pour ce qu’il est ou l’image qu’on a en tête. D’un autre côté, je suis un artiste, je ne suis pas un distributeur. »

Le communiqué de presse indique qu’I Just Want To Be A Sound n’est pas seulement une réflexion sur le changement, mais aussi une ode à Berlin. Vous avez déjà un album intitulé Berlin, qui se voulait une ode à cette ville : pensez-vous que ce nouvel album en soit encore plus représentatif ?

Oui. Certaines chansons auraient peut-être dû être sur l’album Berlin. Ce dernier avait aussi quelques chansons plus historiques sur la ville, évoquant le mur par exemple, et nous avions enregistré au vieil aéroport Tempelhof qui avait été construit par les nazis et était devenu emblématique de la séparation de la ville. Le nouvel album est plus personnel, il renvoie plus à ce qu’est notre vie et comment la ville nous a changés au cours des vingt dernières années, depuis que nous y résidons. Ce côté plus intime aurait dû être sur l’album Berlin mais il est possible que nous n’aurions pas été prêts à ce moment-là de trop en dire sur des sujets personnels. « Sunday Mornings » est probablement la chanson la plus berlinoise de l’album. C’est aussi pourquoi nous avons essayé d’utiliser des synthétiseurs dans la première partie : ça renvoie à lorsque tu sors d’une boîte de nuit ou d’un bar le dimanche matin et que toute la vielle est encore endormie, tu rentres chez toi à pied, c’est très calme. Ce son électronique représente la ville, d’une certaine façon, puis ça change pour se transformer en une ville bruyante – Berlin, c’est aussi ça. C’est un bon exemple où nous avons utilisé le son pour exprimer une image et soutenir le texte.

D’ailleurs, c’est quoi le son de Berlin, si tu devais le définir ?

Je ne sais pas. Il n’y a pas de son de Berlin. J’ai essayé de le déterminer au fil des années et je crois que tout le monde s’en fait sa propre idée. En tant que fan de rock, je me suis vraiment éclaté au cours des vingt dernières années dans cette ville. Il y a un appartement AirbnB à côté de chez moi et tous les weekends, je vois des gamins y loger pour ensuite se rendre dans des clubs de musique électronique et revenir complètement éméchés. Je vois qu’eux aussi s’éclatent. Je connais aussi plein d’artistes hip-hop et de reggae que j’ai rencontrés – il y a un grand artiste de reggae qui ne vit pas très loin de chez moi. Ils ont tous leur son et pensent tous que c’est peut-être ça le son de Berlin. Je suis content qu’il n’y ait pas qu’un seul son à Berlin.

À propos de la chanson titre, « I Just Want To Be A Sound », tu as déclaré qu’elle représentait « l’essence même de Kadavar : un désir insatiable de liberté et l’envie inébranlable de vivre à travers la musique ». Qu’est-ce qui vous pousse à vouloir vivre à travers la musique ? Est-ce de l’évasion, le fait de se créer un autre monde ?

Oui, c’est peut-être le lieu où nous pouvons être libres de faire ce que nous voulons. Tout d’abord, c’est le fait de retrouver tes meilleurs amis et de passer du bon temps dans un lieu qui nous appartient. Notre studio est notre petit espace de tranquillité, pour ainsi dire, hors de notre routine quotidienne en tant que parents et à essayer de se créer un revenu pour vivre dans une ville qui coûte cher. Ça nous permet de nous relâcher. Tout peut arriver, et même parfois rien n’arrive, et malgré tout, ça reste notre espace. Nous nous y sentons libres d’être ce que nous voulons être. Au fil des années, notre studio est devenu notre petit monde où nous pouvons être ce que nous voulons et créer la musique que nous voulons, même si nombre des chansons ne voient pas la lumière du jour – ce qui ne nous pose absolument aucun problème et est peut-être une bonne chose pour tout le monde [rires].

Une chanson s’intitule « Scar On My Guitar » : quelle est cette cicatrice sur ta guitare ?

En fait, ma guitare a plein de cicatrices. Chaque soir elle en a une nouvelle. L’idée de la chanson est que lors d’une tournée, en 2014 je crois, j’étais vraiment furieux contre notre ingé son et le son que nous avions sur scène. J’avais un larsen constant durant tout le concert. J’étais tellement énervé que j’ai jeté ma guitare dans la batterie et le manche s’est brisé. Ma guitare était donc cassée et j’ai dû m’en acheter une nouvelle pendant la tournée. Mais ça parle aussi de cette vie en tournée que nous avions surtout à l’époque, où tu n’as aucun repos, tu montes sur scène, tu sors de scène, tu ranges tes affaires, tu repars sur la route, tu conduis jusqu’à la prochaine ville et tu refais tout à nouveau. Nous essayons de faire en sorte que ce soit une soirée spéciale pour les gens et de leur donner l’impression que c’est leur soir. Sachant qu’à l’époque nous faisions aussi la fête comme si ça pouvait être notre dernière date, alors que nous savions que ce n’était pas le cas, car il y en avait une autre derrière, puis encore une autre, et encore une autre… Ça n’arrête jamais ! C’est donc mon petit hommage à la vie que nous avions en ce temps-là et à toutes les cicatrices que ma guitare s’est faites avant que je ne la vende. Elle avait trop de cicatrices, donc je l’ai vendue et j’ai repris la collection avec la nouvelle [rires].

J’allais te demander si plus ta guitare avait de cicatrices, mieux elle sonnait…

Peut-être pour certaines personnes, mais personnellement, je n’en suis pas sûr. Quand le manche se casse, généralement ça n’apporte pas grand-chose au son, au contraire [rires]. Nous l’avions rafistolée en recollant le manche et j’ai continué à jouer dessus pendant quelques années de plus, donc ça allait.

« Quand on voit des gens se baser sur vingt secondes sur Instagram avec les écouteurs de leur téléphone pour juger quelqu’un, c’est là qu’on se rend compte qu’on a peut-être un problème. Ça m’attriste un peu. »

Une autre des chansons s’intitule « Strange Thoughts » : quelle est la pensée la plus étrange que tu aies jamais eue ?

Je peux te dire la chose la plus étrange que j’ai voulu faire quand nous avons fondé le groupe. Je voulais jouer sur tous les continents et j’étais entré en contact avec un scientifique dans une base arctique. Il a beaucoup aimé notre musique, donc mon idée était de monter dans un de ces bateaux qui leur emmenaient des choses pour nous y rendre et jouer un concert dans l’Arctique. Ça ne s’est finalement jamais fait. Puis j’ai vu Metallica le faire et j’étais furieux qu’ils aient été les premiers à faire un concert dans l’Arctique ! Mais c’était en 2012 ou 2013 et j’ai vraiment essayé de nous organiser un concert quelque part dans l’Arctique. C’est l’une des idées les plus étranges que j’ai jamais eues.

Dans la chanson « Let Me Be A Shadow », tu chantes que tu te sens « comme un animal ». Est-ce ce que tu te ressens parfois comme un animal sur scène ?

[Rires] Les gens avaient tendance à comparer Tiger à Animal, le batteur fou du Puppet Show ! La chanson parle plutôt du fait d’être dans l’ombre de quelqu’un, que ce soit un partenaire, un proche, un collègue, etc. Tu t’efforces d’en sortir, de te montrer, d’obtenir la reconnaissance et d’être félicité en étant toi-même, et parfois tu te ridiculises, tu es un animal, tu ne te sens plus humain car tout ce que tu fais est absurde et stupide. C’est ça l’idée de la chanson, mais oui, il est possible qu’il y ait des situations où je suis plus proche de l’animal que de l’humain sur scène [petits rires].

Et si tu étais un animal, quel serait-il ? Quel serait ton animal totem ?

On me surnomme Lupus, c’est-à-dire le loup, donc je resterai là-dessus, autrement je ne serais plus crédible [rires]. Si je me mettais à répondre « le lapin », les gens se demanderaient pourquoi je me surnomme Lupus.

Justement, pourquoi avoir opté pour ce surnom de Lupus, et Tiger dans le cas de de Christoph Bartelt ?

C’est parce que nous avons tous les deux le même prénom et notre manageur aujourd’hui s’appelle aussi Christoph ! Tous les lundis nous avons une réunion et il y a trois Christoph qui s’appellent. C’est donc plus facile de s’appeler soit par le nom de famille, soit par un surnom, soit – dans notre cas – par des noms d’animaux. Le surnom de notre ancien bassiste était Mammut, car il ressemblait à un mammouth, et nous avons dit : « Si tu as un nom d’animal, il faut que nous en ayons un aussi. » Le loup et le tigre sont des animaux libres qui peuvent voyager des kilomètres, ils ne restent pas toujours au même endroit, ça nous semblait bien à ce moment-là.

L’album se termine sur « Until The End » : penses-tu faire Kadavar jusqu’à la fin ? Aimerais-tu mourir sur scène ou en faisant de la musique ?

Non ! [Rires] Je ne veux pas faire ça et je veux que personne n’en soit témoin ! J’ai dit que nous ferions trois autres albums et qu’après ce serait terminé, donc il en reste encore deux à faire, mais on verra bien. En fait, j’avais dit que nous ferions dix albums en tout, et nous en sommes à sept – huit en comptant celui d’Eldovar. Mais peut-être que nous aurons une conversation pour le onzième et tu me diras : « Tu m’as dit que tu arrêterais et on est encore là à discuter ! » Donc ne m’en veux pas si nous parlons d’un nouvel album à ce moment-là [rires]. Au début, quand j’ai créé le groupe, j’étais jeune et je pensais que c’était ma raison de vivre, je voulais être un artiste, je voulais voyager, rencontrer des gens. Je trouvais que c’était une bonne manière d’avoir une langue universelle pour connecter les gens partout dans le monde, et je crois toujours que c’est le cas, mais je me demande aussi ce qu’il y a d’autre à faire. Je pense qu’à un moment donné, chacun d’entre nous trouvera autre chose à faire, que nous passerons à autre chose. Arrivera un jour où nous nous regarderons et dirons : « Je pense que c’est fini. » Je suis en paix avec cette idée. Il n’y a pas énormément de groupes qui font sept albums et tout ce que nous avons fait. Ça fait quinze ans cette année que nous sommes ensemble et je suis très content que nous en soyons arrivés là, mais je pense que c’est bien aussi de, au moins, réfléchir à ce que ce serait sans le groupe. Personne ne peut nous l’enlever et ça a changé notre regard sur notre manière de vivre, mais peut-être que nous voudrons essayer autre chose un jour.

« Nous n’avons pas encore trouvé l’essence de l’album parfait, donc nous continuons d’essayer [rires]. C’est une quête sans fin. C’est ce qui te motive et te fait éprouver le besoin de créer un autre album en tant qu’artiste. Autrement, tu t’ennuierais et tu ferais autre chose. »

Le premier contact que les gens ont eu avec cet album a été la chanson titre qui est très pop, et si on ajoute à ça ce dont nous avons discuté, c’est-à-dire sa pochette colorée et le nouveau look du groupe, on a eu l’impression d’un changement radical de style, presque comme un nouveau groupe. Quelles ont été les réactions ? Ça n’a pas suscité un peu de crainte chez les fans ou penses-tu qu’ils soient habitués à vos expérimentations ?

C’était un peu calculé de sortir cette chanson en tant que premier single. Compte tenu de la quantité d’albums qui sort, c’était aussi un moyen de créer une sorte de polémique et d’attirer l’attention. Chaque chanson est différente et les gens ne comprennent toujours pas l’idée de l’album, quand ils voient qu’avant, il y avait des albums plus conceptuels. Je comprends que ça stresse certaines personnes, c’est le moins qu’on puisse dire. En tant que fan, je comprends que les changements sont toujours difficiles à encaisser, car on aime le groupe pour ce qu’il est ou l’image qu’on a en tête. D’un autre côté, je suis un artiste, je ne suis pas un distributeur. Je me suis dit que c’était le titre de l’album et que cette chanson en montrait un extrême. C’est aussi la première chanson – nous avons sorti la première et la seconde. Si les gens donnent une chance à l’album, ils pourraient commencer à l’aimer et comprendre l’idée qu’il y a derrière, mais oui, je comprends que c’est un grand changement, bien sûr. Au bout de cinq ans, nous sortons de nulle part et ceci est la première chose que nous dévoilons, c’est normal qu’ils soient là : « Qu’est-ce qui s’est passé ? » [Rires]. Je sais que notre label et notre management ne voulaient pas sortir cette chanson en premier, mais nous avons dit que nous allions assumer à fond, la laisser exploser et voir ce qui se passe. Il s’est passé exactement ce que nous pensions devoir se passer, donc ça va.

D’un autre côté, fut un temps où le rock était polémique, ça faisait partie de son essence, donc peut-être que les gens ont perdu ça de vue.

Oui, et je comprends quand les gens écoutent l’album et disent : « Je n’aime pas ou ce n’est pas comme ça qu’un groupe doit sonner selon moi, donc je vais rester sur les anciens albums. » Ça ne me pose strictement aucun problème. Là où ça me pose un problème, c’est qu’avant la sortie du single, il y avait des extraits de vingt secondes et des gens étaient là : « Cet album est nul. » Tu connais vingt secondes sur quarante-deux minutes de musique et tu sais déjà que cet album sera nul ? La manière dont on consomme les choses de nos jours est un réel problème. On ne prend plus le temps. Ouvrez le livret, écoutez l’album, lisez les paroles, essayez de plonger dedans, essayez de comprendre ce que l’artiste tente de raconter, etc., alors vous pouvez juger. Auquel cas, si vous trouvez que c’est un album merdique, d’accord, pas de souci. On ne peut plaire à tout le monde, c’est normal. Mais quand on voit des gens se baser sur vingt secondes sur Instagram avec les écouteurs de leur téléphone pour juger quelqu’un, c’est là qu’on se rend compte qu’on a peut-être un problème. Ça m’attriste un peu, quand on a travaillé et réfléchi pendant deux ans à quelque chose. En dehors de ça, tout le reste me convient.

Pousseriez-vous le changement jusqu’à abandonner vos racines rock ?

Non, pas du tout. A quoi ça ressemblerait ? Nous irions à fond dans l’électronique ou nous essaierions de faire du hip-hop ? Je n’y suis pas encore prêt [rires]. Peut-être qu’à la fin de notre carrière, le premier album représentera un extrême et le dernier un autre extrême, et tous les autres seront entre les deux. Ou alors, I Just Want To Be A Sound est plus pop, mais peut-être que le prochain album reviendra à un compromis. Nous n’avons pas encore trouvé l’essence de l’album parfait, donc nous continuons d’essayer [rires]. C’est une quête sans fin. Je vois tous tes CD et tous ces groupes qui ont sorti tant d’albums et qui pensent qu’ils n’ont eux-mêmes toujours pas trouvé l’album parfait. C’est ce qui te motive et te fait éprouver le besoin de créer un autre album en tant qu’artiste. C’est très important. Autrement, tu t’ennuierais et tu ferais autre chose.

Interview réalisée en visio le 15 avril 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Joe Dilworth.

Site officiel de Kadavar : www.kadavar.com

Acheter l’album I just Want To Be A Sound.



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