À l’heure de tirer le rideau, Megadeth n’a plus rien à prouver. Pourtant, avec cet album sans titre annoncé comme l’ultime chapitre d’une carrière entamée au début des années 80, Dave Mustaine et les siens livrent un disque flamboyant qui refuse toute posture testamentaire complaisante. Ici, pas de regard appuyé dans le rétroviseur, pas de nostalgie sucrée, ni d’autocélébration facile : Megadeth choisit de conclure sa trajectoire par la tension et l’hostilité, fidèle à une identité forgée dans le conflit et la défiance. La pochette, Vic Rattlehead en flammes, résume à elle seule cette volonté de partir sur un feu intense plutôt que sur un hommage tiède.
Musicalement, l’œuvre s’inscrit dans la continuité du regain de forme observé depuis une quinzaine d’années chez les vétérans du thrash. Tout est tranchant, sec et sans chaleur superflue à l’instar de l’opener « Tipping Point » qui annonce la couleur et rappelle que Megadeth n’a jamais vraiment renoncé à la brutalité de son architecture sonore. La production, volontairement rigide et précise, met en avant les lignes de guitare, la rythmique et la batterie avec un réalisme presque inconfortable. Chaque élément sonne comme un appui structurel : la section rythmique de Dirk Verbeuren (batterie) et James LoMenzo (basse) impose le tempo et la densité, tandis que les guitares de Dave Mustaine et Teemu Mäntysaari, qu’il s’agisse des riffs ou des soli, tracent des trajectoires anguleuses et incisives, contribuant à cette impression de tension permanente (« I Don’t Care »). La voix, elle, ne cherche aucun compromis. Nasillarde, acide, toujours clivante, elle occupe le centre du mix avec un mélange d’assurance et de provocation.
Après les épreuves traversées ces dernières années, le chanteur-guitariste ne paraît pas fragilisé, mais animé par une rage contenue, à l’image de « Hey God?! » ou « Another Bad Day » qui montrent un visage plus lourd, mélodique et contemplatif, lorgnant sur les années Youthanasia/Cryptic Writings, à la fois sombre et captivant. Qu’on ne se s’y trompe pas : Megadeth n’a rien perdu de sa technicité. Des compositions comme « Made To Kill » et « Let There Be Shred » – hommage passionné à la six-cordes et au genre – utilisent la recette d’antan pour accentuer l’intensité de l’ensemble. Pas de fan-service, mais la retranscription d’une quintessence, celle d’un thrash forgé sur quatre décennies. À ce titre, les textes s’inscrivent naturellement dans la tonalité du contexte – fin de cycle, désillusion, défi à l’autorité, résistance individuelle –, qui fait de la gravité, parfois intime (« Hey, God?! »), et de la confrontation ses thèmes principaux, sans tomber dans le pathos (« I Am War »). Le dernier morceau, « The Last Note », agit comme une épitaphe solennelle, plus résignée que nostalgique, ponctuant l’ensemble par une impression de clôture définitive. Mustaine y résume son propos avec lucidité, et un brin de dramatisme, sur une outro d’arpèges acoustiques : « I came. I ruled. Now, I disappear. »
Reste que le geste le plus chargé de sens est sans doute la reprise de « Ride The Lightning », un morceau coécrit par Mustaine lors de son passage dans Metallica. Ici, pas de relecture spectaculaire, ni même de nécessité musicale, mais plutôt une résonance mémorielle : la version Megadeth conserve la structure originelle de la composition (et reprend quasiment le solo de Kirk Hammet) tout en la teintant de la hargne et du mordant propres au groupe. Un rappel qui boucle symboliquement la boucle d’une histoire commencée il y a plus de quarante ans et qui prend la forme d’un clin d’œil au passé sans alourdir le présent.
Sans révolutionner sa formule, Megadeth choisit de disparaître en pleine possession de ses moyens, les dents serrées et le poing levé. Un recueil féroce, précis et inventif qui confirme que la flamme n’a jamais vacillé. Dave Mustaine, figure tutélaire de cette aventure initiée en 1983, s’offre une sortie par la grande porte, digne, abrasive et cohérente, à l’image d’une carrière bâtie sur la friction permanente. Onze titres qui résument le parcours d’un homme et sa vision du thrash qu’il a su imposer, sans céder aux sirènes de la complaisance, malgré ce que certains verraient comme des sorties de route ponctuelles. L’essence d’un nom qui, après le dernier concert de sa future tournée d’adieu, continuera de briller comme un jalon incontournable de l’histoire du thrash.
Clip vidéo de la nouvelle chanson « Let There Be Shred » :
Clip vidéo de la chanson « I Don’t Care » :
Clip vidéo de la chanson « Tipping Point » :
Album Megadeth, sorti le 23 janvier 2026 via BLKIIBLK. Disponible à l’achat ici





























Effectivement, l’album cartonne partout, il est n°1 de vente dans beaucoup de pays, et j’avoue que c’est bien mérité, vraiment excellent et bien mieux que le dernier Kreator à mes yeux. Allez trouver une version vinyle limitée collector, accrochez vous , heureusement j’ai commandé quelques vinyles limités à temps. Espérons que cela ne soit pas le dernier…
en tout cas carton plein pour l’album Megadeth (leur white album?), apparemment les ventes de l’album explose et c’est bien mérité pour le bad boy du Metal et son équipe d’experts. Bravo , Top.
Les retours sont quand même mitigés et la voix de Dave est rincée depuis longtemps….
Eh bé on va sagement attendre les bacs de soldes. :-D
@Botzong, perso, je trouve ‘Puppet Parade’ vraiment excellent, vintage, très NWOBHM dans l’esprit et ce riff écrasant vers la fin et son solo sublime.
Superbe au revoir sauf Puppet parade
Bon sang, cet album est un sans-faute, vraiment excellent, s’il fallait chercher la bébête, je dirais le son de la batterie, qui aurait mérité plus de clarté et de puissance, je parle du son, car Dirk est un tueur respectueux. Plus cerise sur le gâteau : ride The Lightning, sobre mais classe.
Hail to the chief !