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Chronique Focus   

Charlotte Wessels – Tales From Six Feet Under


Ce n’est « pas un album à proprement parler ». C’est ainsi que Charlotte Wessels présente ce qui constitue pourtant sa première œuvre en solitaire depuis son départ de Delain. La chanteuse avait déjà commencé à plancher auparavant sur ce qui devait justement constituer un projet alternatif à Delain et donc fondamentalement différent. La dissolution du groupe et l’arrivée de la pandémie ont accéléré les choses et Charlotte s’est attelée à sortir une chanson par mois, profitant d’une excellente réception sur une plateforme de crowfunding. Quoi qu’on en dise, Tales From Six Feet Under assemble les dix premières étapes de la carrière solo de Charlotte et a la consistance nécessaire pour incarner cet « après-Delain ».

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Carcass – Torn Arteries


Carcass se plaît à donner des sueurs froides. Surgical Steel (2013) avait marqué le grand retour de la formation culte sur le devant de la scène en profitant du secret de son développement. Après plusieurs tournées conséquentes, Carcass envisageait même de donner vie à son successeur aux alentours de 2017 et puis… Plus rien. Carcass a peut-être surestimé sa capacité à intégrer la conception d’un nouvel effort dans son emploi du temps, selon ses dires. Quoi qu’il en soit, le single « Under The Scalpel Blade » voit le jour en 2019 et précède l’EP Despicable (2020), ce qui rassure les fidèles. De quoi préparer l’arrivée de Torn Arteries, septième opus des Britanniques. Carcass n’a que faire des huit années qui le séparent de Surgical Steel et de la possible pression qui en découle. Torn Arteries respecte scrupuleusement la ligne de conduite du groupe : ne pas sombrer dans la redite en dépit de l’étroitesse d’un genre musical qu’il a lui-même contribué à codifier.

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Brainstorm – Wall Of Skulls


Brainstorm profite de l’engouement retrouvé pour le heavy/power metal à l’ancienne, pratiquant une musique grandiloquente, inspirée par une mélancolie et un héroïsme au premier degré. Pourtant, malgré plus de trente ans de carrière, Brainstorm n’a pas toujours affiché la même conviction quant à sa musique. Après un relatif passage à vide, il a lentement remonté la pente jusqu’à un Midnight Ghost (2018) qui est alors apparu comme salvateur. Succès critique et commercial, l’opus renouait avec un Brainstorm confiant et déterminé à ne pas s’écarter de ce que les fidèles attendent : un heavy sans compromis et puissant qui respecte scrupuleusement ses codes. Le treizième opus, Wall Of Skulls, est de cette trempe, peut-être plus encore. Brainstorm a subi une cure d’amaigrissement et en revient à des compositions plus directes pour encore moins d’ambivalence.

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Iron Maiden – Senjutsu


Jamais Iron Maiden n’avait pris autant de temps entre deux sorties. L’homérique Book Of Souls fête déjà ses six années d’existence et les Britanniques étaient pressentis pour enregistrer une nouvelle œuvre en « profitant » du confinement. En réalité Iron Maiden s’était déjà attelé à la tâche en 2019 pour ciseler son dix-septième album studio sans compromettre son ambition. Senjutsu – grossièrement « tactique et stratégie » en japonais (le terme revêt d’autres significations comme la magie dans certains contextes) – est le deuxième double album de la formation d’une durée excédant les quatre-vingts minutes. Iron Maiden persiste et signe : son principal moyen de progression est la recherche méticuleuse de l’épique et de la grandiloquence. Comme s’il essayait de se battre à son propre jeu à chaque nouvelle création.

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Lingua Ignota – Sinner Get Ready


Depuis 2017, Lingua Ignota, le projet de la Californienne Kristin Hayter, fait souffler un vent de terreur aux frontières du metal, de l’indus, de la noise et de la musique néoclassique. Ses deux premiers albums, All Bitches Die et Caligula, mélange de brutalité et de raffinement, font en effet entendre une colère fulgurante et une souffrance harassante qui prennent toute leur ampleur lors de performances live captivantes, douloureuses et cathartiques. C’est que Hayter, chanteuse et pianiste classique de formation, musicienne, compositrice, artiste diplômée de l’école d’art de Chicago, avait beaucoup à dire, et était bien déterminée à utiliser toutes les ressources de différentes « extrémités » musicales pour faire passer son message. Aux fantasmes gore carton-pâte du death metal ou du grindcore, elle oppose une envie de vengeance bien réelle – motivée autant par des années de relations abusives que par les faiblesses de la justice humaine – qui enfle jusqu’à prendre des proportions existentielles voire cosmiques. Mais pour son troisième album, plus de déflagrations sonores ni de hurlements apocalyptiques : la musicienne change de label (elle quitte l’écurie très metal de Profound Lore pour celle, plus expérimentale, de Sargent House), de palette, mais pas de registre pour autant. Que le délicat piano-voix du premier extrait, « Pennsylvania Furnace », ne trompe pas : avec un titre comme « Sinner, get ready » (« Pécheur, prépare-toi »), on ne pourra pas dire qu’on n’a pas été prévenus…

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Ex Deo – The Thirteen Years Of Nero


Après s’être judicieusement emparé du créneau de la Rome antique, étonnamment peu exploité dans le metal, Ex Deo a su, au fil des ans, étendre son empire dans un genre taillé pour en traiter les histoires et les mythes. Poursuivant son ambition d’offrir une représentation sonore la plus juste de ces derniers, le groupe n’avait cessé de se développer au-delà de sa première condition de projet parallèle à Kataklysm. Un développement auquel l’adjonction de Clemens Wijers (Carach Angren, Lindemann) avait donné un nouvel élan et qui avait délivré The Immortal Wars (2017), magistral et porteur de potentialités notables. Une dynamique que le groupe entend bien poursuivre avec le sinistre The Thirteen Years Of Nero.

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The Night Flight Orchestra – Aeromantic II


The Night Flight Orchestra avait tout prévu à la sortie d’Aeromantic. Le side-project d’ampleur des membres de Soilwork, Arch Enemy ou Mean Streak leur vaut désormais une reconnaissance tout aussi importante, comme si la nostalgie de la pop rock des eighties était presque unanime. The Night Flight Orchestra avait tout juste embrayé sur une tournée qui ne faisait que confirmer l’importance croissante de la formation sur les scènes d’Europe avant que la pandémie ne s’en mêle, une triste ritournelle désormais bien connue. Les membres ont dû composer avec la maladie à des degrés divers avant de prendre conscience qu’elle allait s’inscrire dans le temps. De quoi inciter Björn Strid et consorts à remettre le pied à l’étrier et écrire la suite d’Aeromantic, sobrement intitulée Aeromantic II. Un retour à la cour de récréation en pratiquant les mêmes jeux, comme un enfant réfractaire à tout ce qui dévierait de son programme.

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Auri – II – Those We Don’t Speak Of


Le rythme effréné d’une formation majeure telle que Nightwish ne laisse que peu de place aux entreprises annexes. Pourtant, Tuomas Holopainen et Troy Donockley ont réussi à donner vie à Auri en 2018, accompagnés de la chanteuse Johanna Kurkela. Les quelques plages de repos que s’accordait Nightwish ont servi aux musiciens à élaborer une musique différente, plus expérimentale et contemplative. Le coup d’arrêt immédiat et sans conditions de la pandémie a accéléré l’évolution d’Auri qui livre aujourd’hui son deuxième effort intitulé II – Those We Don’t Speak Of. Auri conserve son approche singulière, sorte de musique cinématographique où l’évocation est au centre de toutes les instrumentations. Those We Don’t Speak Of est un récit qui se nourrit des interprétations libres de l’auditeur, rendues possibles par les contours d’un univers aussi enchanteur et mélancolique qui a le souci de ne jamais brusquer.

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White Stones – Dancing Into Oblivion


White Stones – lui aussi – puise dans le contexte singulier d’une pandémie mondiale pour créer à nouveau, à défaut de pouvoir s’exprimer sur scène. Le projet parallèle du bassiste d’Opeth Martin Méndez s’était fait remarquer par Kuarahy (2020), renouant partiellement avec le death metal chiadé que pratiquait Opeth avant le virage amorcé par Heritage (2011). White Stones se permettait surtout de croiser les genres musicaux et de laisser libre cours aux fantasmes du musicien, quitte à se laisser porter par quelques envolées jazz. Dancing Into Oblivion est la conséquence de l’état d’esprit de Martin pendant le confinement : peur, confusion, incertitudes et frustration mêlées aux moments de reconnaissance d’être en présence de sa famille. Dancing Into Oblivion a l’ambition de communiquer autant de sentiments dans sa musique. Martin Méndez s’est ainsi exercé à nouveau au jeu délicat de la croisée des genres sans trembler et pousse un peu plus loin les curseurs artistiques.

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Leprous – Aphelion


S’adapter. C’est précisément ce qui interroge Leprous aujourd’hui. Non pas pour sa propre musique, les Norvégiens n’en ressentent aucunement le besoin et ne s’interrogent que très peu sur leur orientation musicale. C’est l’état du monde en temps de pandémie qui oriente leur pensée : comment tirer le meilleur parti d’une situation vicieuse pour conserver ce qui est précieux. Aphelion renvoie précisément à cette idée : lorsqu’on se trouve le plus éloigné possible de la lumière, il faut trouver les ressources pour s’en approcher. Leprous n’avait pas pour projet de sortir un album aussi rapidement après Pitfalls (2019), la pandémie en a décidé autrement. Si Pitfalls – un album sur l’anxiété et la dépression – pouvait surprendre par les accents pop développés par Leprous, Aphelion n’introduit pas un changement de la même envergure en raison de sa proximité avec son prédécesseur. Le groupe opère toutefois différemment et évite de faire d’Aphelion une simple extension de Pitfalls. Au contraire, Aphelion met en exergue l’une des forces sous-estimées de Leprous jusqu’alors.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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