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Chronique Focus   

Jinjer – Wallflowers


Ce que Jinjer est parvenu à réaliser en à peine plus de dix ans est louable. Le groupe ukrainien a su se tailler une place de choix parmi les formations dites de « metal moderne » (pour ce que ça peut signifier), jusqu’à devenir l’une des figures les plus excitantes de la scène de ces dernières années en se distinguant par le charisme et la voix schizophrène de Tatiana Shmailyuk. Une réputation qui s’est traduite par des millions d’écoutes et des milliers de téléchargements sur les diverses plateformes, de quoi considérer Jinjer aujourd’hui comme l’une des têtes d’affiche en devenir. La pandémie a évidemment altéré la dynamique du groupe qui a dû stopper son rythme frénétique de tournée. De quoi prendre le temps de finaliser Wallflowers qui a la lourde tâche de succéder au plébiscité Macro (2019). Wallflowers s’inscrit évidemment dans la lignée de ce dernier, tout en prétendant esquiver la redite. Le fameux petit jeu délicat de « l’album de la confirmation »…

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Danko Jones – Power Trio


Danko Jones n’avait certainement pas prévu un tel chambardement pour son dixième opus et ses vingt-cinq ans d’existence. La pandémie a laissé le trio complètement désarmé, habitué qu’il est à parcourir les scènes, sa seule raison d’exister. Danko Jones est un groupe de live, le studio n’étant qu’un prétexte. Le groupe a été forcé d’arrêter sa marche en avant en février 2020 et il a fallu l’entrain du bassiste John Calabrese pour que Danko Jones se retrousse les manches. Power Trio correspond ainsi à la vision de Danko Jones à propos de cette dixième étape : tout doit être simple, de la musique à la pochette. Un trio ne peut pas tricher, impossible pour un musicien de se cacher derrière un autre instrument. Quelque part, le contexte singulier de ce Power Trio en fait un opus encore plus évocateur de la force et de la permanence du rock‘n’roll.

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Wolves In The Throne Room – Primordial Arcana


En près de vingt ans d’existence, Wolves In The Throne Room, l’une des têtes de proue du black metal atmosphérique à l’américaine avec Agalloch, non seulement a créé un son unique – un black épique et animiste qui puise ses sources dans les forêts du Pacific North West – mais a fait école, posant les fondations de ce qu’on appelle parfois le Cascadian black metal, pour la chaîne de montagnes des Cascades où elle a émergé. Hommages à la nature et à ses mythes, les six albums du groupe ont proposé plusieurs variations sur ses thèmes de prédilection, du classique Diadem Of 12 Stars à l’album complètement atmosphérique Celestite en passant par la triade Two Hunters/Black Cascade/Celestial Lineage. Alors qu’en 2017, Thrice Woven marquait un retour au black metal après Celestite, Primordial Arcana semble poursuivre dans la même direction. Les deux frères qui portent le projet depuis ses débuts, Aaron et Nathan Weaver, y sont accompagnés du guitariste Kody Keyworth, avec qui ils jouent en live depuis 2010, et qui avait commencé à s’impliquer dans le processus créatif du groupe pour Thrice Woven. Vu le passif du personnage – il a notamment joué dans le projet funeral doom Aldebaran –, on peut donc s’attendre à encore plus de profondeur et de majesté. Et en effet, de la profondeur et de la majesté, Primordial Arcana en a à revendre…

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Thy Catafalque – Vadak


Certains artistes parviennent à modeler un imaginaire aux contours pourtant si indéfinissables et abscons que la possibilité même de le transcrire musicalement étonne. Tamás Kátai fait définitivement partie de ceux-là mêmes qui, par la force de leur musique, savent restituer une forme aux souvenirs. Car, comme pour chacun des albums proposés par Thy Catafalque, c’est une véritable œuvre picturale qui se dessine par des ondes et dont la versatilité unique transporte toujours vers des univers lointains. Après le tableau d’art naïf révélé dans Naiv (janvier 2020), Tamas Katai revient tout aussi puissant, déconcertant et imprévisible qu’à son habitude pour son nouvel album Vadak, avec tout autant de sincérité, d’originalité et d’inventivité. Ce n’est d’ailleurs pas moins d’une quinzaine d’artistes, chanteurs et instrumentistes, qui vont participer à donner vie aux compositions du génie créatif derrière Thy Catafalque.

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Between The Buried And Me – Colors II


Between The Buried And Me devait célébrer son vingtième anniversaire en 2020 par le biais d’une tournée en Amérique du Nord. Un show planifié depuis longtemps en deux parties : la première illustrant des chansons retraçant l’entièreté de la carrière du groupe, suivie de The Great Misdirect (2009) joué en intégralité. Évidemment, la pandémie a rebattu les cartes. BTBAM s’est retrouvé immobilisé comme la quasi-totalité des groupes de la planète et a profité de ce « temps libre » pour réfléchir à sa carrière. Colors II est une réaction à une année maudite, l’album d’un groupe qui a plus que jamais l’envie d’en découdre. Il fait logiquement suite à Colors réalisé en 2007 au sortir d’un Ozzfest où BTBAM s’interrogeait sur sa place au sein de la scène musicale. Colors II a donc des enjeux de la plus haute importance : il s’agit pour le groupe de « créer ou mourir » dans un contexte où la musique s’est arrêtée. Colors II doit tout simplement réussir à définir qui est réellement Between The Buried And Me.

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Dirty Black Summer – Great Deception


Si le « revival » du rock des années 70 se porte bien, c’est évidemment parce qu’il mise sur la fibre nostalgique. Quitte à la transformer en outil marketing et à créer des fac-similés de formations légendaires plutôt que de laisser libre cours à une identité artistique. Une preuve supplémentaire que la musique véhicule des fantasmes extrêmement puissants, transformant ces années en époque bénie pour la liberté et les expérimentations sauvages. Dirty Black Summer n’est pas vraiment de cette trempe. Il délaisse les fleurs et les pattes d’éph’ et se complaît davantage dans la noirceur des nineties où le rock est venu en finir avec les paillettes et le cuir moulant du glam. Le projet de cinq musiciens français impliqués dans des formations telles que Svart Crown, In Other Climes ou Wormsand a pour dessein de s’inspirer d’une période de grande transformation musicale en phase avec une génération désenchantée : Nirvana, Pearl Jam, Alice In Chains et consorts ont nourri ce Great Deception. Surtout, Dirty Black Summer ne se contente pas d’être un renvoi facile ou une copie sans libido. Il a sa propre conception de l’hommage.

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Agrypnie – Metamorphosis


Alors qu’il s’était un temps ouvert aux participations extérieures, le projet Agrypnie semble se redéfinir comme un exercice solo tant son géniteur, Torsten Hirsch, pense désormais seul ses dernières créations. Une émancipation du travail collectif, catalysée par la pandémie, qui n’est pas sans conséquence et qui réoriente le son, comme les concepts, vers des affects de plus en plus individuels et des concepts de plus en plus subjectifs. Aussi, après le massif et saisissant Grenzgænger, paru en 2018, qui portait déjà les marques de ce changement de perspective, l’attente d’un nouvel écrin tumultueux d’introspection était vive quoique non dénuée d’appréhension, le projet ayant parfois pu faire preuve d’inconstances. Et le désir avoué de faire du chapitre Metamorphosis un nouveau bond en avant, poussé dans un regain de créativité, ne pouvait que renforcer ces constats.

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Jess And The Ancient Ones – Vertigo


D’Hexvessel à Atomikylä en passant par Polymoon, Oranssi Pazuzu ou encore Dark Buddha Rising, la Finlande a du psychédélisme à revendre. Et ce n’est pas Jess And The Ancient Ones qui va prouver le contraire : formé en 2010 en pleine déferlante occult rock – Jex Thoth, The Devil’s Blood, Blood Ceremony, Ghost et consorts –, le groupe propose un rock rétro et teinté d’occultisme porté par une chanteuse à la voix spectaculaire, la fameuse Jess, Jasmin Saarela à la ville. Signé chez Svart, comme tous les groupes sus-cités, le combo revient avec un quatrième album, Vertigo, qui s’annonce aussi psychédélique et délicieusement anachronique que ses prédécesseurs. Certes, de l’eau a coulé sous les ponts depuis The Horse And Other Weird Tales sorti en 2017, mais les musiciens n’ont pas chômé : The Exploding Eyes Orchestra (quasiment le même line-up que Jess And The Ancient Ones) a sorti son deuxième album, II, et Jess, cette fois-ci sous le nom Jess By The Lake, a sorti son premier album solo. De quoi fourbir ses armes et revenir revigoré à Jess And The Ancient Ones : annoncé tambour battant par un « Summer Tripping Man » imparable, Vertigo s’annonce plus accrocheur que jamais…

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Dee Snider – Leave A Scar


Merci Jamey. Comme quoi, il suffisait de tenir tête à Dee Snider en lui donnant l’envie de réaliser un album de metal moderne pour qu’il retrouve une seconde jeunesse. Rien de bien sorcier. For The Love Of Metal (2018) tranchait avec We Are The Ones (2016) à l’inspiration débattable et honorait le statut du frontman légendaire de Twisted Sister. Jamey Jasta d’Hatebreed a eu le nez creux en percevant chez Dee Snider cette capacité à ne pas sentir le formol et proposer autre chose qu’un simulacre de sa gloire passée. Leave A Scar profite de cette dynamique en retrouvant ledit Jamey aux manettes, accompagné du batteur Nick Bellmore également au mix et au mastering. Leave A Scar prend tout de même soin de ne pas devenir une simple redite de son aîné. Dee Snider a pu placer quelques billes heavy metal plus traditionnelles, histoire d’offrir le meilleur des deux mondes.

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Los Disidentes Del Sucio Motel – Polaris


La scène musicale française peut remercier la Klonosphere de s’évertuer à promouvoir pléthore de groupes légitimes. Los Disidentes Del Sucio Motel fait partie de cette grande « famille », formation à l’œuvre depuis quinze ans. Le groupe s’échine à communier avec l’auditeur en live, n’hésitant pas à conférer une dimension cinématographique à sa musique à travers de multiples projections. Polaris, leur quatrième album, vient entériner un fait : non, LDDSM n’est pas qu’un groupe de stoner prisonnier de son vocabulaire. Polaris profite d’un changement de line-up pour apporter de nouvelles textures à sa musique, censée évoquer les « perspectives célestes logées au creux de l’humain ». Peu importe l’ambiguïté et l’opacité du dessein, Polaris brille par ce qu’il évoque d’emblée : une musique incarnée et organique qui fait la part belle à l’entrain plutôt qu’à la réflexion obsessionnelle, du moins en apparence.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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