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Chronique Focus   

Nadja – Luminous Rot


« Ambient doom », « metalgaze », « dreamsludge », « slowcore » : le style des Canadiens de Nadja n’est pas facile à décrire et s’accompagne toujours d’une flopée de néologismes taillés sur mesure, mais il est toujours reconnaissable, ce qui, tout au long de près de vingt ans d’une carrière aussi foisonnante que la leur – le duo est suffisamment productif pour qu’une « discographie sélective » soit fournie avec le dossier de presse –, est une gageure. Changeante mais toujours fondée sur une quantité de vrombissements et de bourdonnements à faire douter de ses enceintes, à la fois expérimentale voire absconse et dotée d’une chaleur assez rare dans le drone, la musique de l’ultra-prolifique Aidan Baker et de Leah Buckareff fusionne extrême lourdeur et ambiance souvent vaporeuse en de longs titres méditatifs voire hypnotiques. Pour leur vingt-septième (!) album, les Berlinois d’adoption ont décidé de lorgner plus franchement que par le passé vers le tournant des années 80-90, l’époque où shoegaze, indus et noise altéraient durablement le paysage musical. Intitulé Luminous Rot (« pourriture lumineuse »), orné d’un rouge éclatant (« rot » en allemand), bien installé dans les paradoxes qui font l’intérêt du groupe et annoncé par un extrait éponyme presque entraînant, ce nouvel effort a de quoi piquer la curiosité au-delà du cercle des aficionados du groupe…

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Chronique Focus   

Yngwie Malmsteen – Parabellum


On ne présente plus Yngwie Malmsteen, l’un des guitar-heroes aussi prolifique que clivant. Si l’on omet l’exubérance qui va de pair avec son talent, Yngwie Malmsteen a réussi la prouesse de marier deux univers à une ère où l’opposition était vivace et leur perméabilité moindre : le rock et la musique classique (Ritchie Blackmore avait tout de même commencé à déblayer le terrain). Malmsteen a toujours su se présenter en virtuose à l’instar des musiciens classiques légendaires, quitte à ne jamais vouloir dévier de sa trajectoire. Son dernier opus intitulé Parabellum n’y changera rien : Yngwie Malmsteen suit la même voie et s’efforce d’aller toujours plus loin. Pour le meilleur et le reste.

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Michael League – So Many Me


Le bassiste Michael League peut se targuer d’être l’un de ces artistes parvenus au succès sans jamais vraiment jouer pleinement le jeu de l’industrie musicale. Rien qui ne l’a empêché d’obtenir quatre grammys, de faire de Snarky Puppy – dont il est le leader – l’un des groupes de jazz-fusion les plus excitants de ces dernières années et de démontrer sa polyvalence et son engagement via le groupe Bokanté à la croisée du blues et de la musique africaine. Si l’on ajoute les multiples collaborations dont celle avec la légende David Crosby, Michael League a tout d’un grand. Il ne lui manquait finalement qu’une œuvre solo, une passerelle plus immédiate avec l’étendue de sa personnalité musicale. La pandémie lui a donné l’occasion de se concentrer sur un projet envisagé depuis l’adolescence : So Many Me est un titre à propos. Michael League s’illustre par une musique moins débridée et plus contemplative, puisant dans les sonorités pop gracieuses des années 80 et 90, Tears For Fears, Talking Heads et Peter Gabriel en tête.

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Powerwolf – Call Of The Wild


Powerwolf marche sur l’eau. Indéniablement l’un des mastodontes de la scène metal européenne, les Allemands se paient en outre le luxe de pouvoir « élargir » leur horizon musical sans crainte : le succès retentissant de The Sacrament Of Sin n’a fait que conforter Powerwolf dans la dévotion infaillible de ses fidèles malgré quelques « explorations » sonores. Powerwolf a très vite décidé de lui emboîter le pas – comblant l’année 2020 par un best of dont l’intérêt repose surtout sur les réenregistrements d’anciens morceaux – en s’attelant à l’écriture de Call Of The Wild. Un album réalisé dans le contexte de la pandémie, qui se nourrit justement de cette détermination à ne pas cesser de créer, peu importe les obstacles. Call Of The Wild est ainsi la réalisation d’un groupe parfaitement conscient de ses atouts, serein quant aux idées qu’il peut avoir.

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Mare Cognitum – Solar Paroxysm


Le one man band qui crée des monuments de mélancolie et d’obscurité est un grand classique du black metal. S’il existe depuis ses prémisses norvégiennes, il s’est particulièrement épanoui au sein de la vaste scène black atmosphérique américaine. Il faut dire que le dispositif colle plutôt bien à la misanthropie du genre, et surtout à sa prédilection pour l’introspection et une perception intime du monde. Mare Cognitum, projet solo du multi-instrumentiste Jacob Buczarski, en est un exemple de choix : depuis 2011, le musicien de Portland explore les profondeurs du cosmos et (donc ?) de sa psyché dans de longues chansons à la fois intenses et paradoxalement éthérées. Alors qu’il sortait il y a un an seulement Wanderers: Astrology Of The Nine, un split fascinant et ambitieux (avec ses presque deux heures, c’est pratiquement un double album), avec son homologue grec Spectral Lore, Buczarski, qui manifestement a de l’inspiration à revendre, livre cette fois-ci un cinquième album. Intitulé Solar Paroxysm, son nom est cohérent avec l’esthétique cosmique du projet (Mare Cognitum, ou mer de la connaissance, est l’une des mers de la Lune) et laisse présager un opus particulièrement flamboyant…

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Mayhem – Atavistic Black Disorder / Kommando


Lorsque la pandémie de Covid-19 a forcé toutes les salles de concert à fermer leurs portes, les vétérans du black metal de Mayhem étaient en pleine tournée pour défendre leur dernier album en date, Daemon, sorti fin 2019. Coup d’autant plus dur que de l’aveu même des musiciens, l’album était taillé pour le live, retour à l’efficacité diabolique de leurs débuts après les explorations plus complexes de la dernière décennie. Mais s’ils ne se sont pas, comme d’autres, précipités en studio malgré la déconvenue, ils ont décidé d’offrir de quoi patienter à leurs fans, en l’occurrence l’EP Atavistic Black Disorder / Kommando. Si ses titres datent tous des sessions de Daemon, pas question de les voir comme des chutes de studio, rassure le groupe : le fait qu’ils dormaient dans des cartons n’était pas dû à leur qualité mais au format – resserré, le plus cohérent possible – du dernier album. Avec une face A constituée de ces titres recalés et une face B composée de reprises de groupes de punk séminaux, Mayhem poursuit l’exploration de son passé…

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Nanowar Of Steel – Italian Folk Metal


Composer et jouer de la musique sérieusement nécessite un investissement où la discipline est de mise, du petit groupe amateur au grand professionnel. Dans les deux cas, on peut être amené à décompresser en réalisant « n’importe quoi » et en s’amusant des clichés musicaux le temps d’un instant. Nanowar Of Steel ne s’occupe pas de choses sérieuses. Il est resté bloqué à cet instant de la répétition où la fatigue a pris le pas, reléguant la réflexion et l’application au placard. Tournant en dérision toute forme de musique jusqu’à se moquer effrontément de certaines « pointures », Nanowar Of Steel se laisse aller au gré de ses envies, aussi loufoques soient-elles. Italian Folk Metal est la dernière en date : Nanowar Of Steel s’est mis en tête d’associer « musique folk italienne » et heavy metal avec toute la dextérité, le talent d’écriture et l’idiotie qu’on lui connaît. La botte comme vous ne l’avez jamais connue.

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At The Gates – The Nightmare Of Being


On pourrait presque avancer que le Roadburn Festival 2019 a permis à At The Gates d’oser. Tomas Lindberg a profité de son rôle de curateur de l’édition 2019 pour permettre aux Suédois d’imaginer un set différent, laissant transparaître des influences autrement plus discrètes dans leur discographie. At The Gates veut clamer haut et fort son amour pour la musique progressive, ainsi que le jazz et le classique dans une certaine mesure, et possède désormais la confiance et le savoir-faire pour se faire entendre. The Nightmare Of Being fera indéniablement date dans la carrière d’At The Gates tant il s’apparente à une deuxième naissance, peut-être plus marquante et cruciale que le retour acté par At War With Reality (2014).

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Buckcherry – Hellbound


La trajectoire de Buckcherry est imperturbable, grâce à la détermination sans faille de son leader Josh Todd et en dépit des péripéties courantes pour une formation de hard rock. Les Californiens ont été propulsés sur le devant de la scène dès leur premier méfait en 1999 en s’appuyant sur le tube « Lit Up ». Un premier fait d’armes qui leur a permis de précéder AC/DC sur les planches. Pourtant, Buckcherry a dû encaisser le départ de trois de ses membres peu de temps après Time Bomb (2001), ce qui a provoqué un hiatus de près de quatre ans. Buckcherry s’en est remis et enchaîne les sorties avec constance jusqu’à nous faire parvenir ce Hellbound, neuvième opus de sa discographie, à peine deux ans après Warpaint (2019). Hellbound a les prétentions d’un groupe sûr de son fait : celles de devenir un album référence pour les fidèles de longue date. Une musique qui permettrait à ces derniers de clamer haut et fort que Buckcherry est l’un des derniers groupes de rock « à l’ancienne » qui ne se laisse pas voguer sur des acquis d’un autre temps.

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Light The Torch – You Will Be The Death Of Me


Light The Torch revient de loin. Anciennement nommé Devil You Know, devenu Light The Torch en 2017 suite à des conflits légaux avec son ancien batteur John Sankey, le groupe originaire de Los Angeles a bien failli ne pas être en mesure de proposer le successeur de Revival (2018). Le guitariste Francesco Artusato a dû se remettre d’un accident de voiture, ce qui a fait de l’écriture de You Will Be The Death Of Me une véritable épreuve à bien des égards. Lorsqu’on ajoute les inconvénients d’une pandémie mondiale, Light The Torch a dû redoubler de détermination. You Will Be The Death Of Me est ainsi le résultat d’une fraternité éprouvée entre les membres du groupe, censé entériner la force de leurs liens et augurer un futur radieux.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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