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Chronique Focus   

Grorr – Ddulden’s Last Flight


Au-delà du nom qui intrigue, Grorr entend bien se démarquer par son approche singulière de la musique. Le groupe originaire de Pau et formé en 2005 compose sa musique à partir de storyboards élaborés en amont, désireux d’accentuer le cachet cinématographique de sa musique. À cela s’ajoute la versatilité des musiciens, aussi à l’aise avec des instruments traditionnels que des sonorités plus « modernes ». Ses deux précédentes créations, Anthill (2012) et The Unknown Citizens (2014), ont eu le succès critique qu’elles méritaient, de quoi permettre à Grorr d’arpenter les scènes et de donner vie à son concept : une « musique visuelle », accompagnée de clips en stop-motion. La formation a survécu à un changement de chanteur en 2016 et a redonné signe de vie en novembre dernier avec l’EP II, une mise en condition avant l’imminence de Ddulden’s Last Flight. Par ce biais, Grorr veut rendre hommage aux bandes originales de films d’aventures classiques, un terreau fertile pour les orchestrations ambitieuses.

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Evergrey – Escape Of The Phoenix


Depuis le classique In Search Of Truth sorti il y a déjà vingt ans, Evergrey est progressivement devenu l’une des figures les plus importantes du metal progressif avec toute la science mélodique que l’on connaît des formations scandinaves, et cette couleur gothique propre au combo de Tom S. Englund. Hymns For The Broken (2014) inaugurait un nouvel élan avec le retour du guitariste Henrik Danhage, mais aussi une trilogie, en précédant The Storm Within (2016) et The Atlantic (2019). Un projet ambitieux et très personnel que le fondateur du groupe Tom S. Englund a mené à bien comme une véritable thérapie, symbolisant les frustrations d’une période de sa vie et la nécessiter de changement, avec le doute et la peur qui vont avec. Le frontman étant arrivé à sa finalité, le douzième opus d’Evergrey, Escape Of The Phoenix, entend se libérer de ces contraintes conceptuelles en embrassant une approche plus directe, mettant l’accent sur l’énergie avant tout. Escape Of The Phoenix est aussi l’occasion pour Tom S. Englund de se vider l’esprit, une autre forme de thérapie, en somme.

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Anneke Van Giersbergen – The Darkest Skies Are The Brightest


La cabane au fond des bois. C’est littéralement dans ce contexte qu’Anneke Van Giersbergen a décidé d’écrire et de réaliser ce nouvel album solo. Un opus méditatif qui doit permettre à la chanteuse de régler des questionnements intimes liés à une période difficile de sa vie. La réception mitigée de son projet metal Vuur n’a pas donné justice à l’investissement économique de l’artiste, engendrant un questionnement sur l’avenir de la formation et ses risques financiers. Si l’on y ajoute quelques déboires personnels tels qu’un mariage fragilisé, Anneke est légitime quant à son désir de se recentrer et d’échapper à toute forme de pression. The Darkest Skies Are The Brightest a donc été réalisé dans une modeste demeure isolée aux alentours d’Eindhoven. Inspiré par l’art du kintsugi (l’art japonais de réparer des objets en porcelaine ou en céramique en soulignant leurs lignes de faille avec de l’or), il clame haut et fort qu’on doit trouver les solutions en soi-même et se servir de ses fêlures pour se sublimer.

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Psykup – Hello Karma!


Psykup, né en 1995, a désormais vingt-six ans d’existence, dont neuf années de pause, et cinq albums studio à son actif. Peu de groupes de metal français actuels peuvent se targuer d’une longévité similaire. Malgré son grand âge, Psykup est une entité adolescente qui se cherche, qui s’est trouvée parfois, mais qui doute, ne se lasse jamais de se remettre en question et d’expérimenter. Avec son approche musicale radicale et convulsée basée sur la technicité instrumentale chargée d’une autodérision ostentatoire, Psykup s’est imposé comme une formation pointue sur la scène française, créant ainsi son propre mythe. Si l’explosion de la multiplicité des genres et des groupes de metal en France a valu à Psykup un statut à la fois culte et intime, il fait partie des meubles de la culture metal et bien malavisé serait l’auditoire qui refuserait de reconnaître le caractère fondateur de son « autruche-core ».

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Moonspell – Hermitage


Moonspell approche doucement de ses trente années d’existence. Le groupe portugais est depuis devenu une référence incontournable dès lors qu’il s’agit d’évoquer le metal gothique. L’étiquette se veut pourtant trop restrictive, Moonspell a prouvé à de maintes reprises sa capacité à s’illustrer dans de nombreux registres, du death au progressif, en passant par l’industriel. Aujourd’hui, la seule et unique chose qui lui importe est la sincérité de son rapport à la musique, loin de la danse des catégories et du besoin de combler les attentes. Moonspell compte sur l’investissement et l’ouverture d’esprit de l’auditeur avant de se plier à ses desiderata. Hermitage, son douzième opus, a été conçu avec cette philosophie qui avait réussi à l’album conceptuel 1755 (2017) autant qu’elle avait fait de The Butterfly Effect (1999) un album décrié en son temps. Hermitage se veut volontairement moins monolithique que son aîné, non soumis à une contrainte thématique bien définie. Il est aussi le premier album de la formation sans le batteur et membre fondateur Mike Gaspar, remplacé par Hugo Ribeiro. Rien qui ne dévie Moonspell de sa trajectoire, cette volonté de s’évader pour trouver une meilleure place au sein d’un monde sans lumière.

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Alice Cooper – Detroit Stories


Devenir « Capitaine Crochet ». C’est en ces termes que Vincent Furnier définissait ce qui l’a poussé à devenir Alice Cooper. Il s’agissait de devenir le pendant agressif, presque répulsif, des héros du rock d’alors. Alice Cooper a choqué par son image et son art, jusqu’à devenir une figure emblématique et fondatrice d’une philosophie rock différente. Un rock désenchanté, moins orné et plus subversif en apparence. Detroit Stories s’inscrit dans la droite lignée de l’EP Breadcrumbs (2019) qui cherchait à rendre hommage à la scène musicale d’une ville mythique, berceau du hard rock et de Vincent Furnier lui-même. Detroit Stories a été produit par Bob Ezrin, à l’origine du cachet sonore d’Alice Cooper il y a cinquante ans sur son premier succès Love It To Death (1971). Detroit Stories s’apprécie comme un temps de réflexion sur une époque où « percer » signifiait arpenter toutes les salles de concerts – aussi miteuses soient-elles – avec la volonté d’en découdre avec la concurrence. De quoi entretenir le fantasme d’une époque révolue.

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Epica – Omega


Au milieu de l’année 2018, Epica décidait de marquer un temps d’arrêt. Éprouvé par la tournée de The Holographic Principle (2016), le groupe hollandais avait simplement besoin de rester chez lui et de réfléchir sereinement à son autobiographie intitulée The Essence Of Epica parue en 2019. Surtout, ce répit nécessaire devait profiter à l’écriture d’un nouveau projet en fuyant ce rythme de course effrénée. Epica a révisé sa méthodologie et s’est réuni dans une villa dans la campagne hollandaise afin de passer du temps ensemble tel un jeune groupe vivant ses premières heures. Une première pour le groupe depuis Consigned To Oblivion (2005). Un choix qui s’assimile à une renaissance du collectif Epica, déterminé à réaliser un nouvel opus sous l’égide d’une véritable collaboration. En résulte Omega, un album qui célèbre la cohésion des têtes pensantes d’Epica depuis 2002 et la stabilité d’un line-up inchangé depuis plus de huit ans.

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Lizzard – Eroded


Lizzard survivra à la pandémie parce que la musique est une passion avant d’être une obligation. Comme beaucoup de formations, le volet artistique survivra aux assauts économiques : amoindri et non occis. Shift (2018) avait confirmé la progression d’un groupe qui s’était affranchi d’influences explicites pour forger une identité sonore aux multiples facettes : de quoi tourner avec des formations aux profils variés telles que The Pineapple Thief ou encore High On Fire. Eroded ne remettra pas en cause la démarche du trio : pas de plan d’attaque, simplement de l’intuition et une attention maternelle pour sa musique. Shift nous faisait miroiter un changement des mentalités progressif en lien avec les problématiques majeures de notre temps. Eroded apporte quant à lui un terrible constat. Pour changer, il faut tutoyer le pire. De quoi faire froid dans le dos lorsqu’on sait que l’opus a été composé en 2019, un an avant l’irruption de la maladie dans nos vies et de la « réalité dystopique » qui s’en nourrit. Il faut surtout s’efforcer de garder un semblant d’espérance. Eroded incite ainsi à chérir tout ce qui permet de supporter le délitement de tout ce qui nous environne.

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Emptiness – Vide


La trajectoire des Belges d’Emptiness ne ressemble à aucune autre. Après s’être fait connaître avec un black death relativement conventionnel, ils ont commencé à délaisser les sentiers battus pour tracer leur propre route avec Nothing But The Whole en 2014. Album qui conservait des fondations metal extrême mais les soumettait à des expérimentations dissonantes et tortueuses, il prouvait que le groupe n’avait pas peur de bousculer son public, voire qu’il cherchait activement à le faire, et ce avec un talent certain. Le disque leur a valu de nombreux nouveaux fans, un succès d’estime mérité, une signature sur Season Of Mist, et Jeordie White – Twiggy Ramirez sur scène – en renfort à la production de son successeur, Not For Music (2017). Continuation logique des expérimentations de Nothing But The Whole, l’album mobilisait des éléments de black voire de death metal, mais s’écartait du genre dans les grandes largeurs pour explorer le monde angoissé et gelé de la dark wave. Les revirements sont donc pratiquement attendus de la part des Belges, qui semblent plus fidèles à une certaine manière d’instiller le malaise qu’à un son, et l’effet de surprise pourrait s’émousser. Pourtant, Vide, son sixième opus, parvient à désarçonner, aliéner et fasciner : la reconnaissance n’a pas érodé la créativité du combo, loin de là…

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Harakiri For The Sky – Maere


A travers la brume épaisse d’une année de réclusion, l’album Maere des Autrichiens d’Harakiri For The Sky apparaît comme un éclat de lumière pour briser cette opacité. Non sans brutalité, ce dernier opus offre tant un écueil rassurant qu’il confronte l’homme à ses tourments existentiels par un savant mélange de black metal, de post-rock atmosphérique et de nostalgie. Par sa mélancolie déroutante et captivante, le duo offre là une suite logique à ses œuvres précédentes, tissant continuellement les liens entre elles via cette énergie étincelante propre à Harakiri For The Sky.

Bien qu’il soit difficile de véritablement cerner ce qui fait d’Harakiri For The Sky un groupe si complet et unique, une chose est sûre : la rage qui anime chacune de ses œuvres ne se tarit jamais mais se renouvelle continuellement, par nuances. Sans faire exception, Maere bouscule par la vitalité crue qui émane de la voix si caractéristique de J.J. (Michael Kogler). La robustesse qu’elle dégage sert le propos pour s’ériger en porte-parole d’une souffrance intérieure criant sa douleur au monde. Sa tessiture si particulière semble presque déchirer les mots avant même qu’ils ne trouvent leur sens auprès de l’auditeur, et témoigne en cela de l’usure du temps passé, à jamais écoulé.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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