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Chronique Focus   

Cattle Decapitation – Terrasite


Même plus besoin pour les groupes comme Cattle Decapitation d’imaginer un monde dépérissant, où le chaos, grandement aidé par la main de l’homme elle-même, a su infiltrer la moindre lézarde : entre le dérèglement climatique, les conflits qui pullulent et la tension qui grimpe à vue d’œil, le présent n’est plus si reluisant. Une apocalypse au ralenti, où chacun a le loisir de se débattre avant de réaliser qu’il « fait partie du problème », comme le confie le chanteur Travis Ryan. Après deux décennies et demie de carrière, Cattle Decapitation, non content de s’être fait un nom dans la durée avec une salve d’albums plutôt bien reçus, n’entend pas se reposer. Le groupe ne cherche pas refuge dans le nihilisme – Terrasite ne serait d’ailleurs peut-être pas né dans le cas contraire. Pas question non plus de brandir l’arme de culpabilisation à outrance : mettre tout un chacun face à la réalité offre souvent davantage de perspectives. Le pessimisme de cet album reste néanmoins assez appuyé, et pourrait même passer pour l’un des garants de la patte sonore de la formation.

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Jason Bieler And The Baron Von Bielski Orchestra – Postcards From The Asylum


Jason Bieler est une sorte d’hyperactif de la musique. C’était l’homme à pratiquement tout faire au sein de Saigon Kick qui a rencontré un succès important aux USA jusqu’à leur séparation en 1999. Malgré une reformation en 2012, le groupe ne s’est plus réellement manifesté. Peu importe pour Jason Bieler, ce dernier s’exprimant désormais par son projet solo, libre et indépendant. Depuis Songs For The Apocalypse (2021), l’œuvre de l’artiste se présente sous le nom de Jason Bieler And The Baron Von Bielski Orchestra. Postcards From The Asylum est sa nouvelle réalisation, sorte d’hybride entre l’album concept et la collection de titres qui cherchent à se démarquer individuellement. C’est surtout un énorme effort collaboratif avant d’être le produit d’un seul homme.

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Dødheimsgard – Black Medium Current


La confusion de l’existence et le désespoir profond qu’elle suscite en l’homme œuvre à faire de lui un être libre, qui, en se confrontant à ces états émotionnels inconfortables, existe nécessairement. Mais, « sommes-nous dans un désespoir perpétuel parce que notre identité dépend de qualificatifs qui peuvent s’effondrer à tout moment ? », c’est ainsi que Vicotnik, le chanteur et guitariste de Dødheimsgard, s’interroge sur le combat que l’esprit humain mène de front entre son libre arbitre et le déterminisme auquel il est inévitablement soumis. Leur dernier album en date, Black Medium Current, place habilement le curseur sur les fluctuations de l’humeur aussi drastiques et intempestives qu’elles soient, par une musique avant-gardiste qui allie aux ambiances sombres et glaciales un imbroglio mélodique parfaitement maîtrisé.

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Predatory Void – Seven Keys To The Discomfort Of Being


La Church Of Ra n’en finit pas d’étendre ses ramifications. On doit à ce collectif belge actif depuis une vingtaine d’années des artistes comme Amenra, Wiegedood, Dehn Sora et bien d’autres, et surtout une certaine éthique et une esthétique sobre et sombre immédiatement reconnaissable. Après Absent In Body l’année dernière où Mathieu J. Vandekerckhove et Colin H. Van Eeckhout exploraient des territoires arides et industriels, c’est au tour de Predatory Void, fondé par leur camarade Lennart Bossu, de faire ses débuts. Avec seulement un concert et une poignée de singles derrière lui, le projet sort son premier album, Seven Keys To The Discomfort Of Being, qu’il jouera dans son intégralité lors du prochain Roadburn à la fin du mois. Fondé par Bossu dont certaines des compositions étaient trop éloignées d’Amenra pour être utilisées par le groupe, Predatory Void rassemble cinq musiciens de Gand venant d’horizons aussi divers qu’Aborted ou Cross Bringer, du grindcore comme du black metal. Et si on retrouve dans ce projet des éléments récurrents dans la carrière du guitariste – membre d’Amenra donc, mais aussi d’Oathbreaker et plus récemment du groupe de death metal Living Gate – comme une prédilection à la fois pour le contraste et l’obscurité la plus épaisse, on en découvre aussi de nouveaux, plus lourds et dissonants que jamais.

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Paul Gilbert – The Dio Album


Paul Gilbert se lance des défis pour le moins… particuliers. Après être tombé complètement par hasard sur une casquette de baseball marquée « Dio », le guitar-hero se met en tête de réaliser un album hommage reprenant les grands classiques de Ronnie James Dio. Avec la singularité de réinterpréter non seulement les soli et les riffs de grands noms tels que Tony Iommi, Ritchie Blackmore et Vivian Campbell mais surtout les lignes de chant de Dio… à la guitare évidemment. Paul Gilbert est connu pour sa virtuosité et son côté intrépide à l’œuvre avec Racer X et Mr. Big. Honorer un chanteur sans chant est certes intrigant, mais c’est peut-être la formule la plus respectable finalement.

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Grave Pleasures – Plagueboys


Grave Pleasures annonce la couleur d’entrée de jeu : entre plaisirs et pierres tombales, le groupe a peaufiné au fil des années un mélange de post-punk et de death rock à la fois morbide et hédoniste. Né sur les cendres de Beastmilk qui avait fait courir un frisson cold wave dans l’underground au début des années 2010 et porté par le prolifique Mat McNerney, connu pour ses contributions à la scène black metal (Code, Dødheimsgard, The Deathtrip), son projet de folk psychédélique Hexvessel, et ses apparitions chez Carpenter Brut, Me And That Man et ailleurs, après quelques ajustements de line-up, Grave Pleasures est composé de quatre musiciens finlandais venant d’horizons variés en plus du Britannique McNerney au chant. Motherblood, sorti en 2017, était l’œuvre d’un groupe qui avait enfin trouvé son équilibre et sa formule, parfaitement à l’aise dans un son taillé pour faire danser dans les bunkers ou les caves d’un monde au bord de l’effondrement. Pour leur troisième album, Plagueboys, les musiciens continuent l’exploration de ce même univers peuplé de rêves d’annihilation, de collisions romantiques et d’échos des sonorités froides des années 1980, mais ne se contentent pas de se reposer sur leurs acquis pour autant…

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Metallica – 72 Seasons


72 Seasons, ou plus précisément les dix-huit premières années de notre existence qui seront déterminantes pour la suite. Un thème pessimiste – teinté de déterminisme – qui forme la trame de fond du onzième opus du maître de l’Olympe en matière de musique heavy. Metallica a désormais habitué le monde entier à attendre longuement avant d’obtenir un nouvel effort canon, quitte à le faire patienter à coups de nombreuses sorties annexes qui viennent compléter le catalogue des collectionneurs. 72 Seasons n’échappe pas à la règle établie depuis Reload (1997) et pas moins de sept années le séparent de son prédécesseur Hardwired… To Self-Destruct (2016). Si la sortie d’un nouvel album de Metallica va inévitablement constituer un évènement planétaire et nombre de réactions emphatiques à travers le globe, que doit-on attendre désormais de la part du quatuor ? De là découle toute l’appréhension de ce nouvel effort. L’évènement n’implique pas nécessairement l’excitation.

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Overkill – Scorched


« Passer de la violence à l’agressivité ». C’est d’une certaine manière la quête d’Overkill pendant plus de quarante années de carrière. La formation culte du New Jersey a très vite cherché à se détacher d’un thrash sans préoccupations autres que de crier sa colère à la face du monde pour une musique toujours puissante mais moins juvénile. Après vingt réalisations, Overkill n’a évidemment plus rien à prouver et ne compte pas renouer avec la fougue d’un Feel The Fire (1985). Au contraire, Scorched cherche à accentuer les évolutions récentes de sa musique en intégrant divers éléments qui l’extraient de sa labellisation thrash trop étriquée. Ce dernier effort est né dans un contexte de pandémie et de nouvelle méthode de travail, moins pressurisée. De quoi entretenir la flamme, celle-là même qui continue de brûler sur l’artwork comme en 1985.

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Mélancolia – HissThroughRottenTeeth


Mélancolia, nouveau poulain fougueux de l’écurie Nuclear Blast, s’est élancé l’année passée. Si le désespoir et la mélancolie évoqués par leur nom sont bien au rendez-vous, il ne faut pas s’attendre à une forme de doom : les quatre Australiens opèrent dans un registre pour le moins impulsif, quand il n’est pas carrément tourmenté. À cloche-pied entre le deathcore et le black metal, leurs ambiances trempent également volontiers dans l’industriel gothique – et osent même évoquer, sans complexes, le nu-metal. L’identité visuelle forte et atypique du groupe, n’hésitant pas à tirer vers un grotesque assumé, reflète cette concoction explosive. Ce paquetage se met au service d’une narration poussée : on découvre dans leur premier album, HissThroughRottenTeeth, une divinité déchue qui, sous le joug d’une punition, se trouve enfermée, sans pouvoir aucun, dans une forme humaine. Toujours doté de connaissances vertigineuses, mais soudainement inapte à en faire pleinement usage, cet être traversera un parcours alignant supplice après supplice.

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The 69 Eyes – Death Of Darkness


Les ténèbres conservent et les vampires d’Helsinki continuent de surprendre par leur éternelle jeunesse, comme le prouve un treizième album d’une incroyable fraîcheur. Death Of Darkness ne signe nullement une remise en question profonde du style caractéristique de The 69 Eyes mais fait couler un peu de sang neuf sous les crocs. Avec une vivacité renouvelée, les Finlandais puisent aux deux sources qui irriguent leur musique : le sleaze rock et un rock gothique qui garde de leurs racines glam une approche charmeuse. En témoigne le réjouissant premier morceau éponyme aux airs de classique qui nous ramène au tournant des années 2000, lorsque le groupe a entériné son passage du glam metal au rock gothique et livré ses meilleurs albums.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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