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Chronique Focus   

Hypno5e – Sheol


Les enjeux de Sheol sont conséquents pour Hypno5e. Lorsqu’une notoriété a été légitimement acquise par une approche musicale singulière, l’annonce d’un changement de line-up implique de conserver la même exigence. La dernière création de la formation emmenée par Emmanuel Jessua a désormais intégré le nouveau bassiste Charles Villanueva et le batteur Pierre Rettien. Sheol est une référence directe à A Distant (Dark) Source (2019). Dans la Bible hébraïque, « Sheol » est le lieu où toutes les âmes se retrouvent après leur mort pour redevenir poussière. C’est, selon les dires du frontman, cette source lointaine décrite dans le précédent opus. Sheol nous ramène près du lac paléolithique Tauca pour se confronter à sa mémoire. Sheol s’appréhende ainsi sous le signe de la continuité – plus précisément un cycle – entretenue avec A Distant (Dark) Source. Il est une nouvelle amélioration de la formule établie par Shores Of The Abstract Line (2016), davantage intéressée par l’exploration narrative et conceptuelle que l’innovation musicale.

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Host – IX


Host est un nom familier pour les fans de Paradise Lost : l’album qui porte ce nom a fait couler de l’encre et a divisé le public à la fin des années 1990. Il faut dire qu’en prenant le parti de proposer une musique sombre et mélancolique mais pop, électronique, plus proche de Depeche Mode et à vrai dire largement dépourvue de metal, les Anglais n’avaient pas fait les choses à moitié. Clivant à l’époque, réhabilité aujourd’hui, finalement suite presque logique de One Second (1997) plus qu’un écart de conduite, il était l’aboutissement d’une évolution pour le groupe, qui allait ensuite petit à petit revenir sur ses pas, jusqu’à réembrasser depuis The Plague Within (2015) certains penchants plus extrêmes. En choisissant d’intituler son nouveau projet Host, le guitariste Greg Mackintosh se place explicitement dans la lignée ouverte par l’album de 1999, d’autant plus qu’il est accompagné par nul autre que son comparse Nick Holmes au chant. En plus de Paradise Lost, les deux musiciens ont eu ces dernières années l’occasion d’explorer leurs racines death avec Vallenfyre et Strigoi pour Mackintosh et Bloodbath pour Holmes : restait donc à donner corps à la facette la plus synthétique, la plus désaturée de leur palette. C’est ce que se propose d’accomplir IX, le premier album de ce groupe, fruit en partie de la pause imposée par la pandémie de Covid-19, et de la créativité décidément prolifique de ses deux membres.

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Godsmack – Lighting Up The Sky


Lightning Up The Sky devrait être le chant du cygne pour Godsmack si l’on en croit les dires du frontman Sully Erna. Pour être plus précis, le groupe arrêtera simplement de travailler en studio, pas de se produire sur scène. Le nouvel opus nous parvient cinq années après When Legends Rise (2018), soit le temps d’attente le plus long entre deux albums des Américains. L’effort a la lourde tâche de conclure dignement la carrière créative du groupe, s’il s’en tient à ce qu’il prétend. Lightning Up The Sky multiplie les accroches, les grands refrains heavy rock et les soli comme s’il ne voulait rien oublier avant de s’en aller. Des adieux en grande pompe en somme.

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Insomnium – Anno 1696


Insomnium incarne depuis plus de vingt ans le versant proprement finlandais du death mélodique : imbibé de mélancolie, atmosphérique, agrémenté de touches folk. Une sensibilité que l’EP Argent Moon sorti en 2021 avait accentuée par une expression plus mélodique et plus douce encore qu’habituellement. Il aurait cependant été erroné de voir dans cet EP un avant-goût de l’album à venir, de même que le premier single de celui-ci, « Lilian », composé par Ville Friman dans le style purement traditionnel du groupe, n’était qu’un extrait trompeur. Puisant son inspiration dans un fonds historique et légendaire des plus sombres, Anno 1696 s’y imprègne en effet d’une noirceur et d’une dureté plus fortes qu’à l’accoutumée. Une tendance à laquelle Markus Vanhala, à qui l’on doit l’essentiel de la composition sur cet album, n’est peut-être pas étranger, mais que l’on doit surtout au fait la musique a été abordée comme une BO du récit.

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Steel Panther – On The Prowl


Une trace de fun dans un univers de coincés tristes. C’est ce que s’efforce d’être Steel Panther depuis 2009 et la sortie de Feel The Steel. S’ils ont entériné un changement de bassiste, avec l’officialisation en septembre de Spyder en lieu et place du fantasque Lexxi Foxx (qui œuvrait et manœuvrait son inséparable miroir depuis l’ère Metal Shop), au moment de sortir leur sixième album, les Californiens ont choisi de rester fidèles à leur orientation musicale : du glam rock et du sexe, mais aussi du sexe et du glam rock. Une recette qui a fait ses preuves et qui a aidé le groupe à s’imposer au fil du temps comme une figure majeure du style.

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Avatar – Dance Devil Dance


« Sauver le heavy metal ». C’est en ces termes qu’Avatar décrit le dessein qui a motivé son nouvel effort intitulé Dance Devil Dance. Une volonté à prendre au second degré évidemment, une coutume pour Avatar. Si Hunter Gatherer avait la tâche d’amorcer l’après-Avatar Country et s’est démarqué par son approche plus violente et sombre, Dance Devil Dance est le témoin d’un autre virage emprunté par les Suédois. Il s’agit cette fois de « dé-cérébraliser » le heavy qui a perdu une grande partie de son âme d’antan dans les productions contemporaines. En gros, Avatar veut à nouveau faire bouger des nuques et des fessiers au premier degré.

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Klone – Meanwhile


Le Grand Voyage est l’album de Klone qui s’est le mieux vendu, lui permettant de toucher les fidèles de la sphère progressive toujours prompts à guetter ce que le prestigieux label Kscope propose. C’était presque une évolution naturelle pour la formation d’origine poitevine, un processus amorcé par Here Comes The Sun (2015) où la distorsion laissait place à des atmosphères plus éthérées et résonnantes. La discographie de Klone ne peut pas être taxée d’immobilisme. Si ce n’est une progression linéaire, elle est au moins cyclique : la violence d’un Black Days a laissé petit à petit place à l’élégance aérienne du Grand Voyage avant d’en revenir à Meanwhile. Le dernier opus de la formation accueille de nouveau le batteur Morgan Berthet (Kadinja, Myrath), aussi à l’aise dans les plans subtils que dans les performances plus physiques, et pour la première fois Enzo Alfano à la basse, autant capable de lester les rythmiques que de dessiner des mélodies feutrées. Meanwhile peut être – à raison – perçu comme une synthèse. Un constat néanmoins trop réducteur.

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Delain – Dark Waters


Né comme un projet de Martijn Westerholt suite à son départ de Within Temptation puis devenu un véritable groupe, Delain est revenu à sa forme initiale il y a deux ans, lorsque tous ses membres à l’exception de son fondateur, incapables de s’accorder sur son fonctionnement futur, ont quitté ses rangs. Celui-ci a alors initialement décidé de poursuivre l’aventure en tant que projet solo, en faisant appel à des musiciens invités. C’est pourtant finalement un nouveau groupe à part entière qui a réalisé le septième album de Delain. Rapidement mis sur pied, le line up réunit nouvelles recrues et anciens membres du groupe comme Ronald Landa, qui fut son guitariste jusqu’à April Rain, et Sander Zoer, son batteur jusqu’à The Human Contradiction. De multiples changements de personnel ayant déjà émaillé la carrière du groupe et ce nouveau line up comprenant certaines de ses figures historiques, rien n’indiquait un revirement stylistique majeur de la part des Néerlandais. On pouvait cependant s’en douter : le virage plus lourd pris par le précédent Apocalypse & Chill, en partie dû à la participation du guitariste Timo Sommers à la composition, ne serait pas forcément poursuivi.

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Memoriam – Rise To Power


Rappeler que Memoriam est né des cendres de Bolt Thrower (le groupe a été fondé par Karl Willetts et Andy Whale, chanteur et batteur de ce grand nom du death metal, avec Frank Healy et Scott Fairfax des groupes Benediction et Cerebral Fix) devient de moins en moins pertinent, tant le groupe a depuis 2016 forgé sa propre identité. Créé dans une période de chagrin et, comme le souligne son nom même, pour rendre hommage à Martin Kearns, batteur décédé de Bolt Thrower, le groupe a désormais dépassé son statut initial et démontre même, avec un cinquième album en seulement six ans, une vigueur certaine. À cinquante-cinq ans de moyenne d’âge, les quatre musiciens sont non seulement productifs, mais toujours suffisamment inspirés pour créer plus qu’une resucée de Bolt Thrower et Memoriam a même tendance à se bonifier d’album en album. L’inspiration semble même encore suffisamment vive pour que soit remisée l’idée initiale de faire de Memoriam un groupe de reprises d’anciens groupes de crustcore et de grindcore, idée que Karl Willetts prévoyait de concrétiser après le triptyque des trois premiers albums.

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In Flames – Foregone


Avec le très bon Days Of The Lost (2022), The Halo Effect a rappelé à tous les valeurs du death-mélodique made in Sweden, et ce sans complexes, en comptant cinq ex-membres de diverses périodes d’In Flames. De quoi contester la suprématie et surtout la pertinence de ce dernier, qui s’est attelé ces dernières années à varier ses approches – démarche louable – avec un résultat artistique mitigé (qui n’a pas entravé son succès commercial). Il est assez plaisant d’imaginer que la réussite de The Halo Effect ait redonné du poil de la bête à In Flames pour son dernier-né Foregone, même si en réalité les compositions ont dû être échafaudées bien avant. Reste que le storytelling en profite grandement. Foregone en revient largement à un In Flames tranchant, concentré sur ce qui a fait sa renommée auparavant : des riffs accrocheurs blindés de cosmétiques avec une vraie agressivité. Il sonne presque comme une injonction : finie la récréation et retour aux affaires.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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