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Chronique   

Les Tambours du Bronx – The Wild Pack


Les Tambours du Bronx sont un collectif unique. Un groupe à géométrie variable qui a su se réinventer afin de sortir du carcan restrictif de simple « phénomène à base de percussions massives » pour explorer les tendances musicales. Teintés indus depuis le remarquable MMIX, les Tambours opèrent en formation metal sous l’étiquette W.O.M.P. – pour Weapons Of Mass Percussions. Une itération récente qui a donné naissance à deux albums, dont le récent Evilution. The Wild Pack se profile en petit « add-on », complément court mais loin d’être anecdotique.

Évoluer, ou disparaître. Le projet des Tambours aurait pu rapidement tourner en rond, le concept percus de base affichant inévitablement un côté redondant. En intégrant ces quinze dernières années des musiciens et chanteurs, le groupe s’est offert une seconde carrière. Les morceaux proposés sur ce format EP frappent fort, aussi bien en matière d’ampleur que de musicalité. Les roulements et enchaînements rythmiques sont redoutables, le métronomique Franky Costanza doublant l’armée de frappeurs de bidons de sa précision chirurgicale. La production assure une mise en valeur aux petits oignons de ces battements industriels et mécaniques, tout en installant un équilibre judicieux avec les éléments « classiques » d’une formation metal. Les chanteurs – dont le polyvalent Renato Di Falco – enregistrent des lignes vocales rugueuses à souhait, quasi punk, qui fusionnent à merveille avec les ambiances tribales et puissantes des nouvelles compos. L’apport de l’électronique est par ailleurs indéniable, les samples apportant tout leur sel aux horizons apocalyptiques de « We Need Godz » ou la version edit de « Evilution », véritable invitation à danser sur les ruines d’un monde à l’agonie. Les Tambours prouvent une nouvelle fois qu’ils sont maîtres d’une formule étonnante : faire des percus en y injectant un fond metal, et non jouer du metal avec un renfort rythmique. Si les guitares et la basse permettent aujourd’hui aux Tambours de proposer de véritables morceaux, la rythmique reste plus que jamais le cœur du projet.

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Nine Inch Nails – Tron: Ares


Si Nine Inch Nails se fait rare, Reznor et Ross n’ont jamais été aussi actifs. Les deux musiciens signent des bandes originales en série avec des résultats souvent inspirés, parfois plus anecdotiques lorsqu’il s’agit d’œuvres de commande. Le chant de Reznor se fait cependant rare et convoité, puisque seule la pièce maîtresse « Compress / Repress » sur l’OST de Challengers en avait bénéficié ces dernières années. La musique du film Tron : Ares change légèrement la donne en osant une hybridation entre le son typique du combo et ses récents travaux pour le cinéma.

Nine Inch Nails n’avait pas associé son nom à une BO depuis les compositions grinçantes du jeu vidéo Quake. L’association entre l’ambiance du chef-d’œuvre de John Romero et l’orientation artistique du NIN de l’époque rentrait parfaitement en résonance. L’aspect futuriste et synthétique de Tron, franchise culte de SF avant-gardiste, s’accorde avec la même évidence aux inspirations désormais très expérimentales des Américains. Disney l’a bien compris, et déroule avec cette soundtrack un argument massue pour son blockbuster dopé aux néons rouges et aux teintes obscures. Nine Inch Nails en capture l’identité visuelle avec maestria. L’immersion est rapide, totale. En à peine quelques pièces instrumentales, le duo impose ses images épileptiques et saturées, dépeignant un univers hypnotique et menaçant dominé par une technologie sans pitié. L’ensemble est particulièrement dense – près de soixante-dix minutes –, labyrinthique et à dominante électronique. Proche dans sa construction des volumes Ghosts, l’OST regorge de samples, de loops et de motifs mélodiques en écho mais ne sombre que sporadiquement dans les teintes indus d’antan. Les horizons se saturent et vrombissent occasionnellement, notamment lorsqu’il s’agit d’introduire la voix de Reznor, fantôme dans la machine qui signe ici quatre compositions magistrales. Soit quinze minutes de pur NIN hantées par un chant aussi gracieux qu’insidieux. Quinze minutes qui justifient à elles seules le sceau « Nine Inch Nails » sur cette bande originale de haute volée.

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Der Märtyrer – Der Märtyrer


On ne sait pas grand-chose du collectif Der Märtyrer, qui a sorti un premier EP sur End All Life cet été, mais peu importe : plus que les musiciens impliqués, ce sont les forces convoquées qui font de ce projet – black metal avant tout malgré sa pochette très power electronics – ce qu’il est. En l’occurrence, selon le communiqué laconique qui l’accompagne, une poignée d’influences revendiquées (Mysticum et Antaeus d’un côté, The Prodigy et In Slaugther Natives de l’autre), certains états de conscience (transe, intoxication, insomnie), et des maux « ancestraux et modernes ». De quoi allécher les amateurs du black indus à la française qui faisait florès au début de ce troisième millénaire…

Car on entend en effet un peu de tout ça – du Blacklodge, du Neo Inferno, du Diapsiquir – au fil de ces dix-huit minutes pleines à craquer, mais Der Märtyrer ne s’arrête pas là. Ce n’est pas de nostalgie qu’il est question, mais plutôt de reprendre une voie délaissée pour avancer plus loin, que ce soit en termes d’intensité, d’hybridation, de raffinement ou de nausée. Fort de sa brièveté, l’EP est un véritable assaut, à l’image du larsen en ouverture qui donne le ton : il multiplie les sonorités et les couches de son, les idées et les langages (anglais, français et allemand ; black metal, noise et musique électronique) jusqu’à donner le tournis. Que ce soit à coups d’agressivité et de basse gargouillante (« I ») ou d’intermède presque tribal et de crescendo (« II »), l’intensité ne faiblit jamais, et on perd pied pour de bon avec un troisième morceau cauchemardesque, empli de voix distordues et de samples éreintants (Irréversible ?), au point qu’après ça, « IV », qui referme le disque avec son riff et ses motifs obsédants, semble presque bénin – c’est dire. À la fois chirurgical et crasseux, totalitaire et bâtard, maîtrisé et chaotique, ce premier EP ultra-noir et apocalyptique est suffisamment dense pour être écouté en boucle, mais donne aussi envie de voir ce dont le collectif serait capable sur un plus long format…

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Paradise Lost – Ascension


En plus de trois décennies, Paradise Lost a aligné quelques albums fondateurs de doom gothique. Il a également expérimenté bien au-delà des frontières de son registre originel sans jamais y sacrifier son intégrité artistique. Le champ des possibles leur est si grand ouvert qu’il ne semble plus incongru de positionner côte à côte un concentré de noirceur cauchemardesque (Medusa, 2017) et un disque de darkwave 80’s comme le récent IX, parenthèse certes publiée sous l’alias de Host mais conçue en écho à l’un des monuments de leur discographie. Ascension marque pour sa part le retour de Paradise Lost sous une forme plus « classique ».

Paradise Lost évolue, puise parfois de nouveaux éléments de-ci de-là mais conserve sa patte, son identité. Le groupe s’est au cours de la dernière décennie pleinement abandonné à ses envies doom-death, avant de laisser doucement le clair-obscur et les inspirations gothiques regagner du terrain sur Obsidian. Ascension affiche la même science de l’équilibre, entre lourdeur écrasante et envolées mélodiques grandioses. Une forme de disque synthèse qui se construit avec habilité en empruntant aux différentes grandes phases de la carrière du groupe, et s’installe quelque part entre l’ombre et les ténèbres. L’ensemble fait preuve d’une formidable richesse d’écriture, déborde d’atmosphères captivantes et raffinées, d’émotions palpables. Paradise Lost y reste fidèle à ses racines sans paraître figé dans une époque, touché d’une grâce intemporelle. Les compositions regorgent de détails et d’enluminures sombres, les broderies instrumentales de Gregor Mackintosh se déroulant avec une limpidité virtuose malgré toute leur complexité. Le chant versatile de Nick Holmes est en harmonie avec les ambiances contrastées dépeintes par son groupe. Il vieillit comme un grand cru classé, sans rien perde de son arôme puissant et viscéral. Aussi caverneux dans ses growls qu’intense dans ses tirades claires, Holmes est habité, en pleine maîtrise. Ascension est un voyage sublime et désespéré, une invitation à une lente et profonde introspection. Un disque essentiel.

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Jesus On Extasy – Between Despair And Disbelief


Quatorze ans après The Clock, disque passé inaperçu pour lequel le guitariste Chai Deveraux avait recruté la chanteuse Manja Kaletka, Jesus On Extasy revient dans sa forme originelle. Ou du moins partiellement. Si Dorian Deveraux reprend son poste de frontman, les frangins n’auront convoqué aucun autre ancien membre à ce JOE 3.0. Une version du groupe qui évolue de plus désormais sur des terrains nouveaux, Between Despair And Disbelief marquant une rupture claire par rapport à leurs anciens travaux.

Les premiers albums de Jesus On Extasy s’inscrivaient dans une mouvance goth-rock aux samples appuyés. Une touche possiblement imputable à la présence au sein du line-up d’Ophelia « Leandra » Dax, qui se lancera par la suite dans une discrète mais intéressante carrière solo. Resserré sous la forme d’un duo, le projet allemand poursuit aujourd’hui son chemin dans une veine dure et directe. Between Despair And Disbelief déroule avec surprise une cascade des riffs indus à la Nine Inch Nails, une saturation tranchante qui s’accorde parfaitement à des lignes vocales amples et diversifiées (la décharge « Soul Crusher »). Jesus On Extasy affiche ici des envies plus naturelles et moins surproduites au service d’une mise en valeur brute d’émotions tiraillées. Le groupe ne tourne pas le dos à ses aspirations électroniques, mais utilise davantage les machines comme des enluminures que pour imposer de vrais motifs omniprésents ou bidouiller sa musique à outrance. Les compos gagnent de fait en agressivité, en intensité. Ce cinquième album affiche un ton résolument noir et désespéré, pur concentré de rock industriel au son imposant, qui n’en oublie cependant jamais la beauté des mélodies ténébreuses. Jesus On Extasy reste un habile artisan des contrastes, et marche constamment en équilibriste entre ambiances apocalyptiques éthérées et explosions surchargées d’électricité. S’il a pu faire le choix à ses débuts de gimmicks dansants un peu superficiels, Jesus On Extasy signe ici un disque solide, cohérent et authentique. Retour gagnant.

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Nevertel – Start Again


La musique mainstream peut-elle être anticonformiste ? Il serait tentant de répondre que les schémas « commerciaux » ne peuvent que délicatement s’aventurer hors cadre. Et pourtant. Des artistes pop comme Charli XCX ou Poppy ont prouvé qu’il était possible d’expérimenter dans un registre que l’on pensait étriqué. Naviguant entre les mélodies accessibles et des horizons plus musclés, Nevertel affiche la même malice à brouiller les frontières, à jouer avec les influences. Leur premier album, Start Again, est un melting-pot difficilement étiquetable mais résolument moderne.

Les musiciens de Nevertel avouent avoir connu des difficultés à matérialiser leurs émotions en musique. Start Again peut en ce sens dérouter, tant le trio se montre ici capable d’exprimer des envies différentes. Probablement biberonné aux playlists Spotify random, le groupe se range dans un registre rock alternatif presque par défaut, comme incapable de véritablement trancher entre ses velléités hyperpop, rap, électro ou nu-metal. Sa musique déborde, lorgne à droite comme à gauche, se risque à des bidouillages multiples. Le côté popisant y est particulièrement marqué, notamment dans les lignes vocales qui virevoltent dans les hauteurs. Mais les riffs simples et efficaces ne tardent jamais à s’imposer, les titres les plus saturés de l’album évoquant la version 2.0 d’un Bring Me The Horizon (« Losing Faith » ou « ICON »). Nevertel use et abuse de certains gimmicks mais assume pleinement. Son album déroule tous les artifices numériques actuels, des voix malaxées à la sauce vocoder aux sonorités trap vrombissantes. Il transpire pourtant de l’ensemble une vulnérabilité touchante, un beau sens du dialogue vocal entre les deux chanteurs ainsi qu’une vraie aisance à coucher sur bandes des refrains fédérateurs. Start Again interroge sur son identité artistique tout en restant cohérent, préférant miser sur une authenticité à fleur de peau plutôt que sur des codes préétablis. Pas forcément metal ni totalement pop, mais assurément personnel.

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Ashen – Chimera


Ashen voit les choses en grand. La musique est son moteur, son exutoire. Mais l’univers – le fameux « lore » – tient une place prépondérante dans sa vision artistique. Son premier album, Chimera, s’articule de fait autour d’un narrateur étrange qui se transforme progressivement. Un voyage intérieur qui permet au groupe de conférer à ce premier disque une variété d’émotions vertigineuses au service d’une odyssée metalcore soignée.

La direction artistique est claire et établie depuis les fondements du groupe. S’ils inscrivent leur musique dans une mouvance -core accessible, les Parisiens cultivent un flou mystérieux, une certaine porosité entre les genres et s’autorisent à mixer les inspirations pour construire leur chaos maîtrisé. Tout comme il se plaît à jouer d’une androgynie malicieuse sur le plan vestimentaire, Ashen navigue entre rêves et cauchemars, angoisses et désillusions. Son horizon est sombre et dur, rythmé par des machines parfois assommantes, mais l’espoir y reste tressé en fil rouge. Les riffs massifs côtoient l’électronique avec harmonie, les hurlements arrachés et le phrasé rapcore s’imbriquent à un chant clair à fleur de peau avec justesse. Ashen n’hésite pas à déborder, à se laisser aller dans sa composition, quitte à s’abandonner vers des étendues cinématographiques – l’aérien « Altering », qui convoque les cordes, samples et synthétiseurs. Chimera est un disque extrêmement produit, débordant de bidouillages numériques et de mélodies percutantes. L’album transpire parallèlement la sincérité. Le chanteur Clément Richard y ouvre son cœur sans fard ni détours, ses lignes vocales témoignant de ses questionnements, errements voire erreurs. Les refrains sont catchy à souhait mais ne sacrifient jamais la vulnérabilité au profit d’un lissage trop radiophonique. Ashen s’inscrit certes dans le metal moderne efficace, mais évite avec brio l’aspect désincarné de certains représentants américains. Chimera est un disque nécessaire, probablement thérapeutique pour le groupe. Une démonstration brillante que le metalcore peut faire preuve de personnalité.

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Lorna Shore – I Feel The Everblack Festering Within Me


Les graines de la destruction ont été lentement semées au cours des premières années. Patiemment, la bête a attendu son heure. L’arrivée du frontman Will Ramos en 2021 a brutalement accéléré sa mue définitive, lui offrant une certaine forme de domination. Avec I Feel The Everblack Festering Within Me, Lorna Shore accouche d’un cinquième album complexe et terrassant. Une pépite de noirceur qui pourrait être amenée à faire date dans son registre.

Le son de Lorna Shore reste extrêmement chargé et déroule sans faiblir son flot de technicité hallucinante autour de structures parfois alambiquées. Le groupe ne fait à ce titre aucune concession et densifie même sa formule, preuve qu’il en avait encore sous la pédale. Les Américains parviennent cependant à équilibrer de façon plus limpide les multiples éléments qui composent leur identité. A mi-chemin entre le deathcore, le black et le metal sympho, les morceaux sont aussi exigeants instrumentalement que vocalement. Les gratteux tricotent, multiplient les envolées grandioses et habillent jusqu’à plus soif le tapis rythmique de double-pédale frénétique du virtuose Austin Archey. Le disque s’épanche dans une brutalité hors norme, mais il est parallèlement beau, tortueux et étrangement envoûtant. Lorna Shore impose des fils conducteurs plus aisément décelables dans ses morceaux, aussi labyrinthiques soient-ils (l’imposant « Oblivion »). Les compos respirent davantage que par le passé, notamment via une mise en exergue notable de parties mélodiques soignées ainsi que par le travail de Will Ramos, qui pousse dans les recoins les plus extrêmes son registre vocal. Sans jamais s’abandonner au chant clair, ce dernier affiche une amplitude phénoménale et une intensité vibrante au service de refrains arrachés et fédérateurs (l’hymne « Unbreakable »). Lorna Shore construit son univers d’apocalypse à base de breaks démentiels et de riffs mitraillette, avec un feeling très personnel, sans se soucier de ce qui se fait chez les voisins ni trébucher dans le démonstratif pur et dur. Il est plus que jamais l’un des leaders de la meute.

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ten56. – IO


ten56. a le core sombre. Né du chaos mental d’Aaron Matts, ex-frontman de Betraying The Martyrs, le groupe rampe dans l’ombre. Sournois, pernicieux, il persiste et signe. Les deux EP Downer – réunis en 2023 sous la forme d’un album – ont posé les bases. IO vient fracasser la gueule de ceux qui se plongent dans son écoute contre les fondations établies, sans qu’elles bougent ou se fissurent d’un millimètre. Bienvenue dans le nouveau cauchemar de ten56.

IO est de ces disques qui peuvent faire perdre l’esprit. Le groupe franco-britannique y déroule un futuro-deathcore d’une noirceur absolue, visqueux et insidieux. Le son écrase, littéralement. Il broie les os et la raison. Matts y est déchaîné, sous l’emprise d’une machine grinçante, dysfonctionnelle et éreintante. Chaque riff perce violemment le lobe frontal, pénètre au plus profond du cervelet. L’ambiance est surchargée de violence, étouffante et de prime abord hermétique. Ce IO peut en effet laisser planer l’image d’un groupe hors de contrôle, capable de superposer des lignes rapcore sur-vénères sur un sample trap dérangeant, d’enchaîner la seconde d’après sur une avalanche de riffs et de growl ou de caser le plus de bidouillages indus possible à la minute. Il happe finalement et inévitablement sa proie dans son univers dystopique expérimental, ne la relâchant qu’à l’occasion d’un morceau final moins pesant mais tout aussi teinté de désespoir. Le disque se traverse comme une plongée dans une dimension miroir sauvage, dirigée par une technologie maîtresse et tyrannique. Le peu de chant clair ou de mélodies samplées qui trouvent tant bien que mal un chemin au travers de cette avalanche de hurlements schizophréniques et de guitares distordues résonnent comme des râles d’agonie (« Snapped Neck », « ICU »). Absolument tout est pensé, découpé, construit pour renforcer l’immersion dans un abîme de folie, jusqu’à l’interlude « LIFEISACHORE.MOV » en forme de fausse publicité invasive. Douloureux mais pourtant thérapeutique, tant on en ressort libéré de ses frustrations.

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Treponem Pal – World Citizens


Treponem Pal disparaît, mute et renaît. L’entité semble indestructible, à l’épreuve du temps. Le groupe est mouvant autour de l’infatigable Marcos Neves, frontman qui n’a plus grand-chose à prouver mais qui poursuit inlassablement son odyssée artistique. Comme sur chaque cycle d’album, le projet se restructure. Œuvre collective, World Citizens convoque anciens et nouveaux collaborateurs – le groupe passe à sept membres ! – pour un résultat qui synthétise près de trente ans de recherche musicale.

Treponem Pal est-il toujours légitime dans le paysage musical actuel ? Le groupe deviendra prochainement l’un des derniers piliers de la scène indus des glorieuses 80’s avec la mise à mort programmée du leader Ministry, dont il est proche artistiquement et personnellement. Treponem Pal a toujours été un extraterrestre sur la scène française, un trublion indomptable. Il l’est plus que jamais par son approche old-school et rugueuse, en décalage avec les mouvances metal modernes. Neves & Co. conçoivent leur indus à l’ancienne, avec soucis de lourdeur plus que velléités frénétiques. Leur musique grince, suinte, évoque autant le post-punk qu’un groove dansant et implacable. Il demeure chez Treponem Pal une certaine vision du crossover musical, une malice à jouer des oppositions de styles, d’ambiances ou d’époques. World Citizens érige ses brûlots metal burinés sans oublier le feeling noise-rock, les expérimentations heavy-dub ou les rythmiques skank (« A Long Road », qui s’articule autour d’une basse ronde à souhait et de beats appuyés). Les vieux briscards conservent leur gouaille, brouillent les frontières et évitent le piège d’un disque à la naphtaline. Ce neuvième album semble partiellement exhumé d’un autre temps, mais résonne pourtant parfaitement dans le monde présent. Une pertinence à mettre au crédit de Marcos Neves, dont la voix vieillit tout en conservant une colère juste et d’actualité, ainsi qu’à celui d’une production rutilante. La flamme brûle toujours, mais la mèche ne se consume pas.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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