ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Deftones – Private Music


Trente ans après la sortie de son premier album, Deftones a le vent en poupe. Contrairement à beaucoup de groupes de sa génération, celle de l’explosion du nu metal, il s’en est rapidement émancipé pour devenir un groupe à part, singulier au niveau du son comme du ton, à la fois résolument de son temps et constamment en avance sur lui. Un mélange d’ultra-contemporanéité et de nostalgie 90-00 qui explique sans doute pourquoi il semble plus influent que jamais, des nombreux groupes à succès actuels qui se réclament de lui au renouvellement perpétuel de sa fanbase, viralité sur TikTok incluse, et que Private Music, son dixième opus en date, élève au rang d’art…

D’où peut-être la note conquérante sur laquelle « My Mind Is A Mountain » ouvre l’album : morceau éminemment Deftones avec ses riffs vrombissants et les mélopées de Chino Moreno, il propulse immédiatement l’auditeur en terrain connu. Et on n’en sortira jamais vraiment, sans pour autant avoir un sentiment de redite : c’est que Private Music a un grain, une sorte d’épaisseur plus perceptible à certains moments (les bien-nommés « Souvenir » et « Departing The Body ») qu’à d’autres et qui donne l’impression d’entendre ces dix morceaux depuis une sorte de faille spatio-temporelle, un rêve, un souvenir, en tout cas de l’intérieur de soi plus que du dehors (d’où son titre ?). La clarté et la richesse de la production nourrissent paradoxalement cette atmosphère vaporeuse : véritable « hantologie » de la carrière du groupe, on y retrouve des échos de tous leurs albums passés (ainsi la transition entre la fin ultra heavy de « Cut Hand » et le début presque funky de « Metal Dream » a des allures de rencontre entre Diamond Eyes et Adrenaline), d’une époque, aussi, celle d’Ultra de Depeche Mode (au début d’« Ecdysis ») et des Smashing Pumpkins, celle où The Cure et My Bloody Valentine ressemblaient déjà à des souvenirs d’enfance, filtrée par les années, l’expérience et un rapport très contemporain au passé. Si Private Music n’a pas la personnalité marquée du ténébreux Deftones, du nocturne Saturday Night Wrist ou même de l’hypnagogique Gore, il partage avec la trajectoire du groupe un côté slow burn redoutable. On revient encore et encore à ses mélodies et ses interludes fantomatiques, intoxiqués par le poison que les Américains distillent avec plus de doigté que jamais : celui du temps qui passe.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Slow Crush – Thirst


Slow Crush se taille progressivement sa place dans le cœur des adeptes de sonorités cotonneuses et exigeantes. Originaire de la petite ville de Louvain en Belgique flamande, le quatuor s’est construit sur la route, notamment aux côtés de grands noms – tout récemment, sur une série de dates avec Cult Of Luna. Le groupe y déroule un jeu d’équilibriste artistique, entre beauté hypnotique et puissance ravageuse. Une formule délicate qu’il affine à chaque album, Thirst accentuant encore l’aspect sensitif de son univers.

Slow Crush invoque les fantômes du passé et danse avec les esprits du présent. Leur son revêt une patine anglo-saxonne typiquement 80’s, héritage direct des expérimentations de My Bloody Valentine. Une filiation presque naturelle au vu de la nationalité de la chanteuse-bassiste Isa Holliday, originaire de Manchester. Ses lignes vocales douces-amères transpirent la mélancolie dreampop. Elles planent loin, haut, en écho. Il peut, à ce titre, s’avérer déroutant d’entendre le chant retranché dans le mix, presque camouflé derrière des instrumentations souvent chargées. Car s’il sait se profiler en alchimiste des harmonies éthérées, Slow Crush lâche parallèlement sans ménagement une saturation donnant corps à un magma incandescent de shoegaze / post-rock moderne et foisonnant. Les mélodies soignées constituent une colonne vertébrale, un fil rouge autour duquel les Belges multiplient les superpositions, greffent des couches de décibels en cascade et injectent des nappes synthétiques glaciales. Thirst résonne comme une invitation, un appel à un abandon serein. Slow Crush empile et expérimente pour bâtir son monde stratosphérique, multiplie les effets fuzz, les grattes lancinantes et les réverbérations profondes. Les morceaux de ce troisième album sont à ce titre encore moins évidents et directs que ceux de Hush ou Aurora, mais témoignent en contrepartie d’une épaisseur qui surprend encore passé plusieurs écoutes. Dans le noir ou à la lueur d’une bougie, Thirst joue avec les sens et laisse libre cours à la divagation. Un disque qui se ressent.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Helloween – Giants & Monsters


Quarante ans de carrière et toujours affamé : Helloween s’impose avec Giants & Monsters. Maintenant sûr de sa formation à sept têtes, c’est une déclaration de force que le groupe veut présenter dès l’artwork, une nouvelle fois signé Eliran Kantor. Le titre, d’ailleurs, reflète l’ampleur du projet : massif, détaillé, presque cinématographique. Dès l’ouverture, « Giants On The Run » marque les esprits par son ton fantasque et dramatique : Andi Deris et Kai Hansen s’y répondent, mélodieux ou bien hargneux, le tout sur fond de riffs acérés, refrains épiques et structure progressive. « Saviour Of The World » enchaîne sans répit. Ce dernier rend à Michael Kiske toute sa gloire dans un style soutenu rappelant l’ère Keeper Of The Seven Keys. « We Can Be Gods » réunit les trois chanteurs dans un power metal frontal et fulgurant, tandis que « A Little Is A Little Too Much » et « This Is Tokyo » reposent plutôt sur la fibre hard rock catchy de Deris – dont le côté « pop » divisera sans doute les cœurs. L’album multiplie les visages : clins d’œil aux racines du groupe, sonorités modernes et séquence émotion avec la ballade « Into The Sun », duo vocal, avec piano et cordes à l’appui, qui culmine sur un solo de guitare poignant. Quelle que soit la typologie des chansons, ceux dont on n’entend pas la voix abattent un travail monstre, surtout quand on ose imaginer l’organisation nécessaire au bon déroulé, souvent technique, de celles-ci, à l’image d’un « Majestic » final qui porte bien son nom…

Servi par une production claire, Giants & Monsters marie tout ce qu’on recherche chez Helloween : speed metal, chant surpuissant, fresques ambitieuses et ballades aériennes, sans jamais (vraiment) perdre sa cohérence. Certes, le tout manque peut-être de surprises voire d’étincelles, et la diversité des registres sera autant un atout qu’un inconvénient suivant ce que chacun y cherchera, mais libéré des tensions passées, Helloween n’en signe pas moins un disque abouti. La citrouille n’a rien perdu de sa flamme. Après le miraculeux album sans titre de 2021, elle confirme son élan et affirme une fois de plus sa place de géant.

Ecouter des extraits…



Chronique   

We Came As Romans – All Is Beautiful… Because We’re Doomed


We Came As Romans est condamné à porter le poids de la disparition de son chanteur clair Kyle Pavone, emporté trop tôt par ses addictions. Le groupe américain a pris le temps de panser ses plaies, refermer partiellement la faille béante, resserrer ses liens et trouver la beauté dans la tragédie. Alors que Darkbloom se profilait il y a trois ans comme le disque de la guérison, All Is Beautiful… Because We’re Doomed témoigne aujourd’hui de la montée en puissance d’un combo désormais plus solide que jamais.

We Came As Romans a longtemps fonctionné sur une certaine forme de dichotomie vocale. Si David Stephens se montrait occasionnellement capable d’intervenir en soutien mélodique, le registre chanté restait majoritairement assuré par Pivone, dont le timbre se voulait assez éloigné de celui de son comparse. Stephens n’affichera probablement jamais la même amplitude, mais contrebalance par une voix plus rugueuse, criarde. Peut-être également moins générique. Le groupe a souffert de l’intérieur, et cela s’en ressent inévitablement dans une approche de l’écriture plus noire et chargée. We Came As Romans n’a pas revu sa formule en profondeur. Il tape dans le metalcore costaud et reste un artisan convaincu de l’impact des mélodies noueuses, des émotions exacerbées et des hymnes fédérateurs. Il trouve cependant avec ce second album post-Pivone une orientation plus centrée sur le riffing, moins prompte à laisser les ambiances électroniques prendre le dessus sur la saturation, même si le travail autour des machines reste une composante essentielle de sa signature – « Red Smoke », véritable missile aux enluminures trance-indus. Le passage à un unique chanteur n’offre certes plus les mêmes possibilités en matière de superpositions et d’harmonies, mais We Came As Romans insuffle dans ce septième disque un besoin d’urgence haletant, une hargne mordante et profonde. Une orientation qui ne l’empêche pas de ralentir au besoin le tempo, sans perdre en intensité poignante. Dans le sillon direct d’un Architects, le quintette signe un retour ultra-efficace.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Julien-K – Drk|Mode


Julien-K est mené par deux musiciens incontournables de la scène alternative américaine. Ryan Shuck est notamment l’auteur du fameux riff de « Blind », morceau phare de Korn. Amir Derakh a pour sa part produit le premier disque de Coal Chamber. Ensemble, ils ont mené la barque Orgy – qui fera par la suite naufrage sur le plan créatif – et signé l’album de Dead By Sunrise avec Chester Bennington. Julien-K est leur laboratoire artistique, une entité qui mue au gré des envies et expérimentations. Avec Drk|Mode, le binôme amorce un virage radical en expurgeant totalement sa musique des guitares.

L’identité musicale de Julien-K s’est construite à la croisée des chemins et influences. Derakh et Shuck sont d’insatiables nerds touche-à-tout, férus de technologie et de bidouillages sonores. Sortis du cycle d’Harmonic Disruptor, œuvre marquée au fer rouge de sonorités industrielles et de guitares hurlantes, les deux musiciens s’engagent dans l’écriture d’un sixième disque en forme d’antithèse. Ils déroulent avec Drk|Mode une ambiance nocturne envoûtante et intégralement électronique, sans jamais trahir l’esprit originel de leur musique. Ses morceaux restent d’une sensualité ouvertement sexuelle, Shuck profitant de l’absence de saturation pour jouer avec les contrastes de son chant langoureux, suave, parfois susurré. L’ensemble exhale la synthpop gothique et la dark wave allemande des 80’s, l’aspect dancefloor sombre et froid étant poussé à son paroxysme. Le groupe superpose les samples, boîtes à rythmes robotiques, bruits mécaniques et basses vrombissantes pour piéger sa proie dans un brouillard glacial, pénétrant, strié de lumières stroboscopiques. On s’y abandonne sous l’hypnose de mélodies sophistiquées et puissamment attractives, en transe, avalé dans une atmosphère rétro quasi décadente proche d’un Depeche Mode (« I Dream Of Violence », un appel au déhanché). Julien-K se réinvente une nouvelle fois avec un album d’une richesse fascinante, aussi audacieux qu’hallucinatoire.

Ecouter des extraits…



Chronique   

We Lost The Sea – A Single Flower


We Lost The Sea, grand nom du post-rock, crée un petit événement avec la sortie d’A Single Flower, après de longues années d’attente. Si même cette formation n’échappe pas au poncif du « ça monte, ça pète, ça retombe », ces lames de fond sont négociées avec un style tel qu’on ne se voit pas tellement formuler de reproches. L’amplitude sonore et lumineuse propulse les morceaux à travers la noirceur éphémère de Russian Circles, les chatoiements solaires d’Ef, ou encore la tension dramatique d’un Der Weg Einer Freiheit. La palette d’outils est employée en de belles déclinaisons grâce à la maîtrise instrumentale, ce qui écarte tout besoin de l’étirer artificiellement. Derrière l’apparente simplicité – les bonnes vieilles mesures à huit temps et autres atours confortables – s’épanouissent le raffinement et le sens de la destination.

Les guitares s’expriment avec naturel et transparence, laissant le destin maître des distorsions et éventuels artefacts. Malgré les boucles, effets et nappes, tout semble réel, présent – concret, en somme. De quoi favoriser une immersion et une identification dignes d’un live : on partage le bonheur comme la panique. La qualité des textures et la richesse des motifs font mieux tolérer les répétitions inhérentes à la mise en place de l’agenda du groupe. « Bloom (Murmurations At First Light) » montrera ses crocs après d’aveuglants silences et un vacillement sur la bordure de l’ambiant, dans un gain d’assurance qui voit naître l’espoir. La batterie mène une danse papillonnante et pousse graduellement la personnalité des titres à se montrer au grand jour. « The Gloaming » apporte une bouffée d’air avant « Blood Will Have Blood » : le récital final qui pourrait presque passer pour un EP bonus. Ce mastodonte comporte ses moments d’euphorie à la Saor, mais aussi une lourdeur appuyée par une basse pas farouche. On notera néanmoins que certains liens de cause à effet entre ses parties sont discutables ; l’ambiance y change fréquemment, de manière radicale par instants.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Auri – Candles & Beginnings


Dans un paysage musical souvent dominé par l’immédiateté et le spectaculaire, Auri revient comme un souffle rare. Le trio finno-britannique, composé de deux figures de proue de Nightwish, Tuomas Holopainen et Troy Donockley, et de la chanteuse Johanna Kurkela, signe avec III: Candles & Beginnings un album d’une beauté feutrée, à la croisée du folk atmosphérique et de la musique de chambre onirique. Exploration sensible de l’enfance, de l’imagination et des mondes invisibles qui nous habitent, ce troisième opus poursuit la quête d’évasion sonore entamée avec les précédents, explorant des territoires encore plus introspectifs, riches en textures subtiles et en harmonies cristallines.

Loin de la virtuosité presque tapageuse des derniers albums de Nightwish, Auri privilégie la narration et l’émotion. Chaque morceau semble ouvrir une porte sur un paysage intérieur, du délicatement mélancolique « Museum Of Childhood » au très enlevé « Blakey Ridge », avec son ambiance de taverne de fantasy et ses accents de reel irlandais. Narratrice éthérée de ce recueil de contes musicaux, Johanna Kurkela tisse ses plus beaux sortilèges lorsque les paroles disparaissent au profit des vocalises. Paradoxalement, c’est peut-être dans l’introduction de « The Invisible Gossamer Bridge » ou le véritable chœur à une voix de « I Will Have Language » que la fée finlandaise exprime le mieux toute l’âme d’Auri, faite de magie poétique et de sincérité. L’écriture n’est pas le fruit d’un compromis entre trois artistes, mais un équilibre mystérieux, presque alchimique, et le disque le prouve peut-être encore davantage que ses prédécesseurs. Chaque membre du trio sait exactement quand se mettre en retrait pour laisser les deux autres prendre leur envol, et chaque composition offre au groupe comme à ses invités l’espace nécessaire pour que la magie opère. Auri est une entité, une conversation d’âmes, où personne n’est là pour briller seul. Avec Candles & Beginnings, Auri affirme un peu plus sa singularité : celle d’un groupe qui ose la lenteur, le mystère et l’authenticité, dans un monde où tout hurle pour exister. Une œuvre précieuse, à écouter les yeux fermés – et le cœur ouvert.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Halestorm – Everest


Depuis ses débuts en 1997, le quatuor mené par la charismatique Lzzy Hale ne cesse de faire vibrer les scènes du monde entier – jusqu’à près de deux cent cinquante concerts en une année ! – avec son rock énergique. Avec Everest, son sixième opus studio, il se veut franchir un nouveau cap, le qualifiant de « plus Halestorm » qu’il ait jamais fait. Entre déferlante rock et sensibilité maîtrisée, on y retrouve l’ADN du quatuor : des riffs tranchants, une section rythmique lourde et précise, et surtout une voix incandescente, capable de passer de la rage la plus pure à une vulnérabilité touchante. L’ouverture avec « Fallen Star » frappe fort d’emblée avec des sonorités très metal et des prouesses vocales survoltées. Le morceau éponyme enchaîne avec une rythmique rampante et un refrain plaintif. « Shiver » ralentit encore le tempo sans perdre en intensité, mêlant émotion et force brute, tandis que « Like A Woman Can » nous emporte avec ses notes de piano sombres, ses envolées presque soul et un solo flamboyant. A l’autre bout du spectre, « Watch Out » et « K-I-L-L-I-N-G » sont parmi ce que les Américains ont fait de plus agressif, avec une Lzzy Hale qui libère toute sa fureur – catharsis ou écueil récurrent d’une voix criarde, à chacun de se faire son avis.

Everest ne se contente pas de faire du bruit. Il raconte, il frappe, il enlace. L’album explore une vaste palette d’émotions, avec des compositions tantôt explosives, tantôt plus intimes. On sent le travail, la sueur et l’envie de repousser les limites. Les influences sont digérées, le style affirmé, et la production naturelle, légèrement rugueuse, signée Dave Cobb offre un écrin solide à cette avalanche sonore, valorisant l’esprit live, viscéral et authentique d’Halestorm. Ce dernier ne cherche pas à plaire, mais à imposer. Le résultat ? Un album féroce, dense et fédérateur, qui confirme que le groupe est plus vivant que jamais – et prêt à gravir tous les sommets.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Lord Of The Lost – Opvs Noir Vol. 1


Lord Of The Lost est un nom plutôt courant dans nos colonnes dernièrement. Infatigable, le groupe de Chris Harms ne cesse en effet de repousser ses limites. Entre chaos industriel, glam à paillettes, orchestrations grandioses et noirceur gothique, il a réussi à bâtir son identité sur l’exploration. Mais avec Opvs Noir Vol. 1, les Allemands ne se contentent pas de se renouveler : ils creusent plus profond, dans leurs racines émotionnelles. Premier volet d’un triptyque de trente-trois titres, ce volume sombre s’impose comme une plongée dans l’âme humaine, là où résident les blessures les plus intimes.

Premier titre, première frappe : « Bazaar Bizarre » happe l’auditeur. Riffs massifs, rythmiques black metal lourdes et orchestrations imposantes ouvrent l’album sur un morceau cinématographique et viscéral. « My Sanctuary » calme le jeu et appuie sur la fibre mélodique, afin de mieux replonger dans la mélancolie. On y remarque le duo fraîchement formé de guitaristes Pi Stoffers et Benjamin Mundigler qui se renvoie la balle, chacun son style mais travaillant à l’unisson, et un Gared Dirge prenant toute sa puissance derrière son synthé. La richesse de l’album repose aussi sur ses collaborations : de nombreux invités apportent relief et profondeur à cette œuvre ambitieuse, allant de Sharon Del Adel (Within Temptation) sur la contrastée « Light Can Only Shine In The Darkness », à Whiplasher Bernadotte (Deathstars) sur la bien plus dansante et indus « Damage », ou encore Tina Guo qui vient accompagner Chris Harms avec son violoncelle ensorcelant sur « Ghosts ». Des échos de vieux albums (Thornstar par exemple) subsistent, mais Opvs Noir Vol. 1 est clairement une bête à part. Le dossier presse disait vrai : il ne s’agit pas là d’un retour aux sources, mais d’une redéfinition. Plus raffiné, plus symphonique, plus habité que jamais, le groupe livre un disque dense et cohérent. Les morceaux s’élèvent entre eux, portés par une production qualitative et une intention claire : nous faire accepter notre part d’obscurité en nous enveloppant d’un plaid en velours. Aucune fioriture, seulement onze titres taillés pour les grandes scènes ou les cathédrales silencieuses.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Alice Cooper – The Revenge Of Alice Cooper


Voilà un événement qui a fait grand bruit auprès des fans de rock : plus cinquante ans après leurs débuts, les membres originaux du Alice Cooper Band sont de retour avec un nouvel opus (y compris le regretté Glen Buxton sur le rock n’ roll « What Happened To You » qui profite d’enregistrements inédits du guitariste). Intitulé The Revenge Of Alice Cooper, celui-ci est présenté comme le digne successeur des albums légendaires Love It To Death (1971), Killer (1971), School’s Out (1972) et Billion Dollar Babies (1973). Entre amitié et nostalgie, que vaut réellement ce nouvel album ? La fougue du début est-elle toujours là ? Surprenant ou non, la réponse est oui. Ici, les musiciens se refont une jeunesse monstrueuse !

L’entrée en matière se fait avec « Black Mamba », une intro sombre, oppressante, sur laquelle Alice Cooper se transforme en conteur de mots sinistres et glauques, réveillant les frissons chez son auditeur. Une basse profonde, des accords de guitare un brin psychédéliques mais très groovy, avec en prime la participation de Robby Krieger (The Doors)… Le ton est donné, on plonge directement dans une bande-son horrifique des 70’s. Le disque réveille les fantômes du passé, d’une époque où les délires les plus obscurs étaient légion dans le rock, une époque où le Alice Cooper Band était au sommet de sa gloire et ses membres les « wild ones ». Ce qui a d’ailleurs donné le titre du second morceau, dynamique, comme un cri du cœur pour tous les esprits rebelles. On reste dans le clin d’œil et l’hommage avec « Kill The Flies », titre sur lequel Alice reprend son rôle du dérangé Renfield, l’assistant de Dracula, dans une suite de « Ballad Of Dwight Fry ». C’est lugubre dans le texte et c’est tout ce que qu’on aime. Le reste baigne dans cette même sauce bien cooperienne old-school. Que ce soit « One Night Stand », « Blood On The Sun » ou encore « Famous Face » (chanté par Michael Bruce) et sa walking bass appuyée, chaque chanson est un hymne rock énergique, aux racines blues marquées, qui entraîne ou fait frissonner, avec une production à la fois claire et organique signée Bob Ezrin où chaque musicien est valorisé. On n’en attendait pas moins d’une telle réunion. Le Alice Cooper Band avait promis de nous faire traverser les époques pour revenir cinquante ans plus tôt, c’est chose faite. Et qu’est-ce que c’est bon ! Comme quoi, les vieilles recettes sont toujours les meilleures.

Ecouter des extraits…



  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
    previous arrow
    next arrow
     
  • 1/3