ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Daron Malakian And Scars On Broadway – Addicted To The Violence


La musique de System Of A Down est désormais inscrite dans le patrimoine du rock. Difficile dès lors d’en ressusciter l’esprit, d’autant plus lorsque les artisans de son succès ne sont plus sur la même ligne artistique. S’il a un temps espéré ramener son ancienne formation vers le chemin du studio, le guitariste-chanteur Daron Malakian semble s’être résigné à tracer son futur avec Scars On Broadway. Et pourtant, son projet n’est réactivé que de façon sporadique, comme un défouloir entre deux tournées d’un SOAD figé dans une époque révolue. Addicted To The Violence aura ainsi nécessité sept longues années de gestation.

Malakian l’avait clairement annoncé : Dictator, son précédent opus sous le nom de Scars On Broadway, rassemblait des compositions initialement destinées à System Of A Down. Le temps passe, mais l’homme reste fidèle à son éthique musicale. Addicted To The Violence présente la même coloration bigarrée, un univers au chaos finement structuré ainsi qu’aux contours azimutés. Le frontman s’y autorise tous les délires, mené par une idéologie punk et anticonformiste qui l’amène à s’envoler dans les hauteurs vocales délirantes ou à s’abandonner dans les mélodies biscornues (« Your Lives Burn », brûlot speed et délicieusement décalé). Malakian reste cet animal perché, schizophrénique et indomptable, quitte à parfois en faire légèrement trop. Le disque est résolument foufou, strié d’influences orientales fusionnées à la fureur de riffs heavy, rythmé par un groove implacable. Pourtant, contrairement à certains travaux de son comparse Serj Tankian, le guitariste parvient à conserver un fil conducteur, une vraie cohérence. D’une richesse d’écriture foisonnante, Scars On Broadway parvient toujours à faire émerger du magma des refrains qui accrochent, hypnotisent et emportent ailleurs. Malakian s’amuse des ambiances, des tempos ainsi que de ses thématiques habituelles – drogue, politique, religion –, mais n’en oublie jamais l’efficacité. Une finalité de son écriture qui traduit une parfaite maîtrise de sa folie artistique.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Joe Stump’s Tower Of Babel – Days Of Thunder


Huit ans après Lake Of Fire, Joe Stump a décidé de ressusciter le projet Tower Of Babel avec Days Of Thunder, un album qui se présente d’emblée comme une lettre d’amour assumée à Rainbow, Deep Purple et la scène européenne des années 1970 et 1980. Pour cette nouvelle incarnation du projet, on retrouve Mistheria (claviers), Nic Angileri (basse) et Mark Cross (batterie), ainsi que le vocaliste français Jo Amore (ex-Nightmare, Kingcrown) à la place de Csaba Zvekan. Ce changement apporte de facto un nouveau souffle à la formation, avec un chant plus expressif qui s’accorde parfaitement à l’esprit volontairement rétro du disque.

En effet, avec des titres comme « Rules Of Silence » ou « Days Of Thunder » qui ouvrent le disque, les clins d’œil à l’âge d’or du hard rock sont clairs : riffs appuyés, envolées mélodiques, nappes d’orgue Hammond à la John Lord et une voix puissante dans la veine de Ronnie James Dio ou Joe Lynn Turner. Et si l’album aligne un certain nombre de références ici et là (« Alone In The Desert » reprend le motif de « Stargazer » de Rainbow, « Blind Are Your Eyes » évoque le Whitesnake de la grande époque, « Days Of Thunder » rappelle le « Rock Bottom » de UFO et le duel guitare-clavier de « The Princess » convoque aussi bien Rainbow que MSG), l’ensemble ne tombe pas dans la simple copie. Les morceaux sont exécutés avec rigueur et conviction, comme sur le solo improvisé de « Trust Me », inspiré par les versions live de « Mistreated » de Deep Purple. Le guitariste américain, qui reste associé au shred dans la lignée d’Yngwie Malmsteen, opte ici pour une approche plus narrative dans la construction des compositions, le tout auréolé de touches néoclassiques. Ce parti pris, guidé par l’instinct plus que la technique, illustre parfaitement sa volonté de laisser parler ses influences musicales sans les figer. Sans chercher à innover ni à surprendre, les chansons s’imposent comme un hommage sincère et maîtrisé à une esthétique que Joe Stump connaît par cœur. Moins démonstratif qu’à l’accoutumée, il privilégie l’efficacité, l’atmosphère et le respect du genre. Loin d’un simple exercice de style, Days Of Thunder témoigne d’une passion intacte pour un hard rock flamboyant qui continue à parler à ceux qui n’ont jamais cessé d’y croire.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Split Chain – motionblur


Split Chain émerge de la moiteur urbaine pour tromper l’ennui, le rock en exutoire, brandi en raison d’exister et ultime moyen de s’extirper d’un quotidien morne et répétitif. Le temps passe mais rien ne change : les Anglais semblent vivre leur musique avec la même urgence que les groupes qui ont jadis posé les jalons de la culture alternative. Leur premier LP motionblur (sans majuscule) est un disque vital, une tranche de jeunesse pétrie d’un mal-être poisseux et contagieux.

Cheveux sales, skates sous le bras et vêtements oversize, Split Chain est une pure émanation des nineties. Une époque que les cinq musiciens de Bristol n’ont probablement pas connue, mais dont ils se nourrissent pour composer un son à mi-chemin entre grunge, early-néo et shoegaze. Les inspirations sont perceptibles et le groupe ne s’en cache jamais véritablement. Leur approche rappelle fortement Deftones et partiellement Helmet dans le contraste d’un chant clair atmosphérique superposé à la lourdeur de riffs simples mais oppressants. Split Chain tire cependant son épingle du jeu en exacerbant magistralement ses émotions à travers sa musique, viscérale et authentique. motionblur se ressent au fond des tripes, les Anglais couchant sur bandes un album authentique et puissamment rock, radicalement éloigné des productions cliniques des locomotives mainstream du moment. Les mélodies y sont belles et poignantes, tantôt éthérées, souvent écrasantes. Le chant sait se montrer versatile, explosant occasionnellement dans les hurlements arrachés. Des morceaux comme « Subside » ou « I’m Not Dying To Be Here » sont presque étouffants, et pénètrent profondément l’âme comme le cœur. Derrière les torrents de mélancolie vaporeuse de ces onze déambulations musicales nocturnes brille pourtant une certaine forme d’optimisme, de résilience. motionblur est de ces disques qui, pour les artistes et l’auditeur, se profilent en soupape. On y libère ses émotions et incompréhensions, pour en ressortir avec le sentiment de pouvoir passer inaperçu un jour de plus dans le grand théâtre de la vie. Un album de haute volée.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Swans – Birthing


En plus de quarante ans d’existence, malgré les changements d’époques, de line-up et de styles, Swans n’a jamais mis d’eau dans son vin. Incontournable – qui n’a-t-il pas influencé ? – mais exigeant, généreux mais réservé, depuis sa reformation au début des années 2010, le groupe a échangé l’agressivité sans merci de ses débuts pour une autre forme d’intensité, faite de compositions méticuleuses et d’émotions toujours aussi brutes. Pour Birthing, son dix-septième opus, ce n’est plus de l’endurance que Swans exige, mais de la patience : près de deux heures en effet pour ce qui s’annonce selon Michael Gira comme la fin d’une époque, un dernier album « maximaliste » avant d’alléger la formule. Une manière à la fois monumentale et sobre de voir les choses en grand : à la Swans, justement.

Cette porte qui se referme s’appelle « Accouchement », et le paradoxe disparaît rapidement derrière une logique limpide, une clarté de crépuscule ou d’aube qui baigne tout l’album. Chacun des longs morceaux commence en douceur, émergeant de nappes ou de tintements océaniques, puis se déploie en longueur : c’est à leur naissance à eux qu’on a l’impression d’assister, célébrée par les imprécations de Gira, avant de les voir prendre une vie qui leur est propre, allant toujours de l’avant et reparcourant toutes les étapes de la carrière du groupe, des martèlements hypnotiques (à la fin de « Birthing ») et des sonorités abrasives (« The Merge ») de ses débuts à l’americana plus récente, en passant par les nuances goth de leur production des années 1990 (« Red Yellow ») ou des passages plus entêtants, comme le mantra « I Am A Tower » de la chanson éponyme, avant de mourir avec éclat, à l’image de « The Healers », qui se résout en bouquet final ou en averse. Du fait de sa richesse – qu’on parle de quantité, de niveau de détail, d’humeurs ou même de significations –, avec Birthing, Swans offre à ses auditeurs un retour sur sa propre carrière et ses propres obsessions, un labyrinthe riche comme la vie où ils n’ont pas fini de se perdre : un peu d’éternité, donc, avant de passer à autre chose.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Bury Tomorrow – Will You Haunt Me, With That Same Patience


Bury Tomorrow rebat légèrement les cartes. Confronté en 2021 au départ de son guitariste et chanteur clair Jason Cameron, le groupe britannique avait essayé de trouver une nouvelle dynamique avec The Seventh Sun. Un disque de transition qui manquait d’éclat, le nouveau vocaliste Tom Prendergast prenant encore ses marques aux côtés du screamer Daniel Winter-Bates. Une symbiose que les deux acolytes trouvent avec ce huitième album, notamment en osant intervertir leurs registres respectifs.

Le metalcore est un genre extrêmement codifié. Bury Tomorrow n’a jamais eu la prétention de bousculer les barrières, les Anglais s’étant inscrits dès leurs débuts dans une approche très américanisée en misant principalement sur la puissance de feu. Will You Haunt Me, With That Same Patience ne réinvente en ce sens pas la roue. Le sextet dispose d’un son en béton armé, ample et écrasant, pour asséner sa série de mandales. L’ensemble est surproduit à l’extrême, gonflé aux amphétamines et ultra-mainstream dans ses mélodies. On navigue à fond sur l’autoroute du plaisir coupable, lunettes de soleil vissées sur le nez et coude posé sur le rebord de la portière. L’ensemble manque inévitablement de personnalité, mais il est difficile d’en contester l’efficacité. Bury Tomorrow reste à l’aise dans son association de l’agressivité et des mélodies, le disque s’avérant extrêmement accessible sans (trop) tomber dans la guimauve irritante. Il fonctionne à ce titre mieux que son prédécesseur, notamment en misant sur une alternance des chants plus sournoise et habile que par le passé. S’ils conservent majoritairement leurs fonctions initiales, Winter-Bates et Prendergast interviennent désormais aussi bien sur les lignes hurlées qu’en chant clair. Des inversions de rôles qui offrent au combo des possibilités nouvelles. Les voix s’entremêlent, se surperposent et se répondent avec une limpidité parfaitement naturelle, voire amusante – le single « What If I Burn », calibré pour les charts. En résulte une poignée de gros hits habillés de refrains qui tapent juste et bien.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Jade – Mysteries Of A Flowery Dream


Un disque intitulé Mysteries Of A Flowery Dream (Mystères d’un rêve fleuri), ça vous évoque une esthétique 60-70s un peu hippie, légère et ensoleillée, surtout venant d’un groupe qui s’appelle Jade ? On ne pourrait pourtant pas en être plus éloigné : formé il y a une poignée d’années, ce groupe espagnol joue un death metal atmosphérique sombre et caverneux qui tient plutôt du cauchemar… Après un premier album au titre tout aussi désarçonnant, The Pacification Of Death, en 2022, qui les inscrivait dans la lignée de groupes comme Bølzer, Sulphur Aeon et surtout The Ruins Of Beverast, et un split avec leurs compatriotes de Sanctuarium, ils transforment l’essai avec un second opus ingénieux et roboratif.

En effet, en seulement une quarantaine de minutes, Mysteries Of A Flowery Dream prend le temps d’explorer tous les recoins de l’inconscient au moyen d’un mélange de metal parfois très traditionnel (notamment des leads de guitare particulièrement mélodiques et les solos, dans « Darkness In Movement » par exemple) et de touches plus inattendues (les passages à la Pink Floyd de « The Stars’ Shelter (II) »). De quoi créer une impression d’inquiétant familier qui colle parfaitement au sujet de l’album : les liens entre le conscient et l’inconscient créés par les rêves. Tantôt gutturale, tantôt claire et plaintive, la voix semble nous arriver de loin, flottant entre des guitares mises en valeur par une production spacieuse et une section rythmique solide, parfois groovy (« Light’s Blood »), souvent plutôt lente, presque doom. Avec Mysteries Of A Flowery Dream, on est loin des roses et des pâquerettes, plutôt du côté des népenthès ou de l’inquiétant aconit : jamais grandiloquent – il gagne a être écouté avec attention –, il trouve sa force dans sa capacité à se tenir dans un entre-deux liminal et fertile en combinant dans des compositions méticuleuses la nuance de ses atmosphères à la solidité chthonienne du death metal.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Sleep Theory – Afterglow


Sleep Theory compte parmi ces groupes qui se voient subitement propulsés au premier plan par la magie des algorithmes. Formé en 2019 par Cullen Moore, un ex-vétéran de l’armée US, le combo du Tennessee aura aligné deux singles – « Numb » et « Fallout » – qui parviendront à titiller des poids lourds comme Linkin Park ou Papa Roach en nombre de streams. Le quatuor ne laisse pas retomber la hype et publie avec Afterglow un premier album calibré jusque dans les moindres contours.

La musique de Sleep Theory est clairement pensée pour les arènes. L’album déroule sans complexe l’ensemble des arguments nécessaires pour s’imposer rapidement, et surtout massivement. En douze titres plus proches d’un rock alternatif FM que d’un metalcore véritablement burné, le quatuor fait état de sa maîtrise pour l’équilibre, entre puissance contenue et envolées popisantes à souhait. Rien ne dépasse ou n’ébouriffe, ou si rarement : un hurlement arraché de temps en temps, quelques breaks pour relancer la dynamique, point. Sleep Theory vise le blockbuster, usant d’une surproduction d’envergure mais impersonnelle dont l’objectif premier est la mise en relief du chant clair. Cullen Moore est d’ailleurs plutôt à l’aise en la matière. Le frontman couvre une tessiture plus large que la moyenne et grimpe dans des aigus qui peuvent se montrer aussi impressionnants qu’irritants. D’autant plus que la formation a tendance à bidouiller trop fréquemment avec l’électronique, jusqu’à passer les vocaux dans une moulinette numérique moyennement convaincante. Dommage, le groupe s’avérant très efficace lorsqu’il s’agit de s’orienter vers un metal certes easy-listening mais moins trituré (les excellents « III » et « Paralyzed »). Là où un groupe comme Linkin Park parvient à poser sur bandes un gros rock US tout en conservant sa personnalité, Sleep Theory manque de constance et rate partiellement sa cible à force de viser une certaine forme de grandiloquence. On aurait aimé trouver des émotions plus palpables et quelques aspérités dans cet Afterglow. En soi, l’essence même du rock.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Mütterlein – Amidst The Flames, May Our Organs Resound


Mütterlein, le projet de Marion Leclercq (ex-Overmas), est placé sous les auspices de la grande prêtresse Nico, à qui il a emprunté son nom, et ça s’entend : Orphans Of The Black Sun et le remarqué Bring Down The Flags déploient une noirceur massive et dépouillée qui leur est propre. Pour son troisième album, Amidst The Flames, May Our Organs Resound, Mütterlein poursuit ses explorations dans la même direction, vers les recoins sombres où les paradoxes s’abolissent, pour un résultat à la fois monumental et viscéral, comme le suggère le double sens d’« organs » (orgues/organes).

L’orgue en question, malgré la place qu’il tient sur la pochette de l’album, est surtout utilisé en renfort sur quelques chansons, mais de cet instrument, l’album a la solennité, les dimensions, et la capacité unique de faire gagner en épaisseur et en intensité les structures les plus minimalistes. Sur Amidst The Flames, May Our Organs Resound, Marion Leclercq fait ce qu’elle fait de mieux : créer des atmosphères ténébreuses en utilisant toutes les ressources du metal extrême et du versant le plus obscur de l’indus et des musiques électroniques, à l’image de la techno minimaliste et pulsante de l’instrumental « Anarcha » à la dark ambient ritualisante de « Memorial Two ». Toujours oppressant mais jamais répétitif, l’album nous mène de la colère rentrée aux explosions cathartiques, du ressassement à l’élévation, notamment sur « Ivory Claws » où une sorte d’indus inconfortable émerge de passages calmes et inquiétants, ou « Wounded Grace », où le post-metal à la Amenra laisse peu à peu place à des nappes d’orgue et à de véritables incantations. La voix unique et râpeuse de Marion Leclercq est ce qui ancre la musique dans les viscères – sans elle, certains passages ambient s’étirent un peu en longueur : c’est elle qui transmue la douleur et la colère en art, en émancipation idéalement, qui fait a minima déborder les souffrances individuelles et les transforme en force de changement. Résonances qui pourraient bien se montrer salutaires en cette période tourmentée…

Ecouter des extraits…



Chronique   

Bleed – Bleed


Rien n’est éternel, tout est cyclique. Les tendances musicales émergent et disparaissent, avant de renaître de façon impromptue. Le rock des nineties marque à ce titre une certaine forme de revival extrêmement intéressant ces dernières années. Après Oversize et quelques semaines avant l’album de Split Chain, le groupe texan Bleed, formé dans l’ombre de Narrow Head – avec qui ils partagent leur batteur et un ancien guitariste –, livre un premier disque « rétro-alternatif » qui prend puissamment aux tripes.

Bleed pose les contours de son univers en à peine quelques riffs. Une atmosphère poisseuse, nocturne, typique de fin de soirée estivale. Comme un souvenir flou et vaporeux de ce moment où l’on termine les dernières bières avec quelques potes sur fond de rock / néo / post-hardcore aux grattes épaisses et aux refrains hypnotiques, plongés dans une semi-conscience. Bleed vise l’efficacité et les formats resserrés, et déroule un trip enivrant en dix chapitres quasi indissociables. Un shoot rapide, planant, addictif. On y plonge tête première, en apnée. Les guitares sont lourdes, compactes et sous-accordées à l’excès. Elles distillent leurs effets de distorsion au gré des multiples mélodies qui jalonnent les compositions, menées par la batterie de Carson Wilcox, mise en valeur par une production brute qui lui confère une résonance live. Bleed est clair dans sa direction artistique, et n’hésite pas à ouvrir son album sur une avalanche de scratchs qui rappellent les belles heures du nü-metal. Des influences que l’on retrouve dans le timbre résolument Deftones-esque du frontman Ryan Hughes. Marquant le contraste avec l’aspect massif des instrumentations, ce dernier joue constamment sur la corde sensible. Son chant est atmosphérique, parfois fragile et vacillant, bourré d’émotion et d’intensité. Il résonne loin, s’infiltre rapidement et témoigne d’une authenticité palpable. On pourra noter l’approche très uniforme de l’écriture, ce qui n’est pas spécialement handicapant au vu du style pratiqué et de la beauté des mélodies. Captivant.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Messa – The Spin


En une dizaine d’années, les Italiens de Messa ont patiemment peaufiné leur style et leur identité au fil d’une poignée de disques, gagnant de plus en plus d’attention de la part des fans de doom. Car derrière le nébuleux « scarlet doom » que le groupe choisit parfois pour se définir, c’est bien de ça qu’il s’agit : de doom, de metal old school fermement enraciné dans les années 1970, progressif, racé et introspectif. Close, son dernier opus sorti en 2022, faisait justement la part belle aux voyages intérieurs : avec The Spin, son quatrième album, l’horizon est vaste, suggérant à la fois le retour du même et le passage à autre chose…

Et en effet, The Spin, c’est un peu ces deux aspects à la fois. Dès « Void Meridian », on découvre à Messa un visage qu’on ne lui connaissait pas, des colorations gothiques et 80s qui ouvrent l’album et laissent rapidement place à un vaste kaléidoscope, notamment un solo heavy metal particulièrement habité. Si le groupe avait toujours débordé de l’étiquette doom, c’est plus que jamais le cas cette fois-ci, de la ballade « Immolation » à l’ouverture de « Reveal » qui enchaîne guitare country et quasi blast beat, en passant par les cuivres élégants de l’intermède de « The Dress » et les nappes de clavier en ouverture de « Thicker Blood ». Mais Messa ne se perd jamais pour autant : le doom, parfois très classique (le refrain très accrocheur de « Fire On The Roof »), parfois plus vaste et méditatif (« At Races », « The Dress »), constitue le canevas sur lequel se greffent ces nouveaux éléments, la base à laquelle le groupe se ressource avant de nous mener à nouveau en territoire à la fois inconnu et étrangement familier. Sur ce The Spin plus dense que ses albums précédents, Messa ne perd jamais le fil : au contraire, les Italiens s’y montrent en pleine possession de leurs moyens, à l’image de leur chanteuse qui se montre plus vulnérable et solide que par le passé, pour un résultat touchant, raffiné, et plus assuré que jamais.

Ecouter des extraits…



  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
    previous arrow
    next arrow
     
  • 1/3