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Chronique   

Heaven Shall Burn – Heimat


Heaven Shall Burn n’a jamais fait de concession. Contrairement à leurs compatriotes de Caliban, avec qui ils ont partagé deux splits, le groupe n’a pas cédé aux sirènes du chant clair, aux expérimentations ou au polissage de sa musique. Son évolution s’est faite par micro-touches, avec une ligne de conduite définie et inébranlable. Heaven Shall Burn reste dans la puissance brute et écrasante, et son nouvel album Heimat est un nouveau manifeste acéré de leur philosophie artistique.

Brutal un jour, brutal toujours. Après trente ans de carrière, il semble illusoire d’attendre de Heaven Shall Burn autre chose que sa traditionnelle recette de metalcore / death ultra-burnée. Les morceaux d’Heimat s’inscrivent dans la parfaite continuité des opus précédents et inévitablement, ce nouveau disque ressemble à s’y méprendre à Of Truth & Sacrifice ou Wanderer. Il serait même possible de remonter plus loin dans la discographie des Teutons sans rupture de style. Le quintette ayant principalement basé ses efforts sur l’affinage du son, chaque nouvel album donne le sentiment de résonner plus fort que le précédent. Heimat ne fait pas exception à la règle : la production est d’une redoutable efficacité, à la fois écrasante et précise. Une nécessité, car Heaven Shall Burn se montre occasionnellement capable de quelques subtilités. Le bûcheron Marcus Bischoff growle certes non-stop, mais ses comparses savent intégrer avec malice des belles lignes de grattes claires afin d’aérer les structures. Ce dixième album est même un tantinet plus poussé à ce niveau, les Allemands accompagnant parfois leurs choix mélodiques de samples ou renforts électroniques astucieux car jamais envahissants (« A Silent Guard », le très noir et envoûtant « War Is The Father Of All »). Heimat évite parallèlement l’écueil de l’interminable Of Truth & Sacrifice en resserrant son timing, ce qui permet de s’envoyer l’intégralité du disque sans (trop de) lassitude. Reste la cover de « Numbered Days » de Killswitch Engage qui, malgré la présence de Jesse Leach, n’est pas vraiment utile et aurait pu être reléguée en bonus track.

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Sodom – The Arsonist


Cinq ans après Genesis XIX, Sodom est de retour avec The Arsonist pour perpétuer sans concession l’essence de son thrash metal, fidèle à plus de quarante années de carrière. À soixante et un ans, Tom Angelripper, toujours à la tête de la formation allemande, continue de mener sa barque contre vents et marée avec la même énergie rugueuse. L’album profite d’un son organique et ample grâce à une batterie enregistrée en analogique, témoignant de la farouche volonté de se tenir loin des effets numériques modernes. Dès l’opener « Battle Of Harvest Moon », on retrouve la flamme thrash d’antan auréolée de riffs incisifs et d’un certain sens de la dynamique, à l’image de ce ralentissement central quasi doom. L’intensité est au rendez-vous au détour de titres aux mélodies bien senties (« Scavenger », « Taphephobia »). « A.W.T.F. » va même jusqu’à empiéter sur les platebandes rock n’ roll survitaminé de Motörhead, tandis que l’intro de « Twilight Void » et le riff principal de « Return To God In Parts » résonnent indéniablement comme des clins d’œil à Slayer.

Une production rentre-dedans, un disque dense, des morceaux qui s’enchaînent implacablement. Si les changements de rythmes et de tempos tendent à prévenir la monotonie (à la furie de « Witchhunter », qui rend un vibrant hommage à l’ancien batteur Chris Witchhunter, est enchaîné le mid-tempo massif « Scavenger »), ils n’empêchent pas un sentiment de redondance sur la longueur. De même, le mur sonore omniprésent de la batterie, légèrement sur-mixée, peut parfois rendre l’écoute fatigante. Reste que c’est précisément cette fidélité à la non-compromission qui fait tout le charme de The Arsnonist et lui donne son identité : un thrash brut de décoffrage, sincère, porté par les vociférations d’un Tom Angelripper s’inspirant volontairement de Tom Araya et de Cronos. Plus qu’une simple continuité, le recueil ardent prend la forme d’une déclaration de persévérance et d’authenticité, sans jamais céder aux modes et aux artifices.

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Jamie’s Elsewhere – Alchemical


Jamie’s Elsewhere ne s’était pas remis du départ de son frontman Aaron Pauley. Le groupe avait tenté un retour avec le chanteur Justin Kyle, avant de finalement imploser en pleine tournée. Devenu membre pilier d’Of Mice & Men, dont il assure désormais seul les vocaux depuis 2016, Pauley revient pourtant épisodiquement à ses premiers amours. Faisant suite au discret EP Paradise (2023), Alchemical achève la transition de Jamie’s Elsewhere vers un metalcore plus moderne.

Aaron Pauley a parcouru un sacré bout de chemin ces dix dernières années. Le musicien n’a plus grand-chose à voir avec le discret frontman qu’il était au moment de son départ. Il a gagné en assurance et en polyvalence avec Of Mice & Men, expérience qu’il met désormais au service de Jamie’s Elsewhere. Le quatuor se montre ici nettement plus adroit que par le passé dans son écriture, et taille cinq gros hits de metalcore imparables. Emballé dans une production ample et dantesque, l’EP aligne l’artillerie lourde pour se calquer sur un format standardisé misant sur la force de frappe des refrains en chant clair. Jamie’s Elsewhere en devient par la force des choses très proche d’Of Mice & Men. Voire trop. Il conserve une ligne générale encore plus mélodique et opte pour un usage extrêmement prononcé de l’électronique, mais gomme ses dernières aspérités post-hardcore, laisse reculer la technicité au profit de gros riffs compressés et assommants. Les nombreux samples et autres bidouillages apportent cependant une épaisseur non négligeable à leur musique. Le chant de Pauley s’aventure pour sa part encore occasionnellement vers des hauteurs émo (« Like Silver »), sans vraiment afficher les failles et singularités de sa jeunesse. Il serait malhonnête de chercher à dupliquer l’authenticité parfois maladroite des premières heures, et Jamie’s Elsewhere évolue assez logiquement dans une direction mainstream extrêmement efficace, à défaut d’être vraiment personnelle. Avec à peine une quinzaine de minutes au compteur, Alchemical passe comme une lettre à la poste.

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Sumac & Moor Mother – The Film


Ah, l’expérimentation ! Un jeu d’équilibriste : déconstruire ce qu’on pensait savoir de la musique tout en veillant à ce que le résultat reste considérable comme tel. L’activiste-poétesse Moor Mother et la bande à Aaron Turner ont compris qu’en la matière, l’union fait la force. Moor Mother, c’est une voix qui accapare l’attention. Des effets et échos nous assaillent comme si on perdait la raison. The Film apparaît comme un acte de survie, une fuite dans une foule dense qui, cruelle par son indifférence ou son ignorance, nous entrave. La prosodie n’adhère complètement aux standards ni du hip-hop ni du spoken word. Répétitions et variations graduelles forment un discours en spirale dont les hésitations font partie intégrante. Moor Mother égrène les mots, enchaîne les « punchlines ». Le spectre du Lulu de Metallica et Lou Reed rôde ; The Film décontenance toutefois moins, eu égard à son terreau avant-gardiste. Moor Mother proposait des harangues similaires sur le free jazz d’Irreversible Entanglements, qui apparaît aujourd’hui comme « fun » par comparaison.

Entre improvisation et drone, de grandes portions se passent de notions rythmiques évidentes, et quand un rythme se décide à sortir de la grotte, il est pachydermique. Le sludge de Sumac, avec ses growls marécageux, y contribue. La batterie s’agite tel un fauve contre les barreaux d’une cage. The Film retient d’autant plus l’attention par ses silences menaçants et quelques passages aériens. Le découpage surprend : « Scene 2: The Run » évoque ces pastilles multicolores qui gèrent quarante étapes du lavage de vaisselle. « Scene 5: Breathing Fire » se lâche momentanément, produisant une sorte de néo-post-metal, et fait regretter que ça n’ait pas été l’approche centrale – mais cela aurait été trop « facile ». Il n’y a en The Film rien d’excessivement délibéré pour le rendre inclassable, mais rien non plus qui aide à le cataloguer. Certains voudront creuser à n’en plus finir ; d’autres lâcheront au bout de trente secondes : imposée à un quidam cueilli dans la rue, « Camera » passerait pour un supplice.

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Kardashev – Alunea


Après un Liminal Rite thématiquement assez indépendant, Kardashev replonge dans ses voyages spatio-temporels et philosophiques en proposant une suite aux EP Excipio et The Almanac. Alunea sonde l’intersection entre responsabilité et devoir. Histoire, personnages et lieux y font l’objet d’un travail poussé, là où le groupe se complaisait autrefois dans l’abstraction. On retrouve par la même occasion des traces de la langue fictive dont le chanteur et parolier Mark Garrett a érigé les règles. Le groupe ne jette pas aux ordures son concept de « deathgaze », mais ouvre une phase progressive. L’influence de Fallujah, revendiquée depuis plus de dix ans, transparaît nettement, avec un mix et un mastering assurés par un ancien collaborateur de ladite formation. Le recours à une batterie électronique évite le fouillis, au prix d’un effet « crécelle » dont le tonnerre empêche, lors de quelques pics d’activité, la guitare lead de « leader » comme il conviendrait. On pourrait facétieusement qualifier des passages de brutalgaze voire goregaze.

Le groupe assume son identité ; l’auditeur n’est pas pris par la main et explore selon son bon vouloir, quitte à se retrouver face au danger. Des lignes mélodiques poétiques et puissantes ont le pedigree de refrains sans en être. Cela ne les empêchera pas d’élire domicile dans notre tête. On redécouvre une variété de chant qui place Mark parmi les incontournables de sa catégorie (et la participation inattendue du bassiste ne gâche rien). Il ne s’époumone pas continuellement, se montrant parfois fragile voire innocent. « We Could Fold The Stars » prend des éléments familiers du groupe et les envoie rapidement valser, méconnaissables, tandis que « Speak Silence », avec Erin Dawson de Genital Shame, propose un rendu extraterrestre. Alunea est riche en coups de génie localisés, sur un canevas qui n’a pas à pâlir face à la concurrence. Le groupe émet le souhait, à travers cette offrande, que l’être humain s’ouvre aux autres cultures, et tâche de les comprendre plutôt que de les percevoir comme une chose « autre ».

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Hexvessel – Nocturne


Alors que le solstice d’été et ses longues journées baignées de lumière pointent à l’horizon, Hexvessel fait le choix de l’ombre. Après un bien nommé Polar Veil placé sous le signe de l’hiver frisquet des pays nordiques, le groupe prolonge en effet son séjour dans ces contrées obscures avec Nocturne, un album constitué de la version studio de morceaux composés à l’occasion d’une commande du Roadburn. Et si l’album a des allures de simple continuation / variation sur Polar Veil, dont il reprend la pochette sur un mode plus ténébreux, il se révèle rapidement bien plus que ça…

C’est d’abord son ambition qui frappe : en une heure, Hexvessel a le temps de déployer dix morceaux et donc d’explorer toutes les nuances de la nuit, qu’elle soit rassurante ou plus anxiogène, au-delà de la palette folk et black metal de Polar Veil. « Spirit Masked Wolf » résonne des échos va-t-en-guerre de Bathory, « Concealed Descent » met en valeur la voix de Mat McNerney, la tête pensante du projet, dans un morceau dépouillé aux allures de berceuse mélancolique, et le groupe est accompagné de guests de luxe comme Vicotnik de Dødheimsgard sur le lourd et anguleux « Unworld » – l’un des morceaux les moins typiquement Hexvessel et l’une des belles surprises de l’album –, Juho Vanhanen et Aleksi Kiiskilä de Grave Pleasures, ainsi que la chanteuse Saara Nevalainen. Si McNerney revendique l’influence de la musique minimaliste, qu’on entend en effet ici et là, surtout au début de l’album, on pense surtout au maximalisme des concept albums prog : roboratif, immersif et méticuleusement composé, Nocturne donne aussi parfois l’impression de vouloir trop dire à la fois, ou pas assez. Consacré à l’entre-deux du crépuscule, il n’évite pas toujours l’écueil de la tiédeur ; les terreurs nocturnes et les inquiétudes des périodes liminales sont muselées, les riffs corrosifs à la Under A Funeral Moon ont perdu leurs crocs. Écrin idéal à la créativité d’Hexvessel, Nocturne est moins une synthèse qu’un passage vers leurs albums précédents, plus monolithiques, certes, mais où leur art de l’atmosphère a plus pleinement la place de s’exprimer.

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Gruesome – Silent Echoes


Avec Gruesome, on sait où on met les pieds : le groupe aime Death et Chuck Schuldiner par-dessus tout et le revendique. Normal pour un projet qui trouve ses origines dans Death To All, un groupe-hommage qui reprend sur scène les morceaux de ces légendes du death metal. Le concept de Gruesome est, sur le papier, simple : line-up de musiciens au pedigree impeccable et albums qui retracent la carrière de Death. En pratique, il s’agit de transcender l’exercice de style pour éviter l’écueil du pastiche, du redondant ; pour faire de ses albums plus qu’une simple excroissance du travail de leurs illustres prédécesseurs. Pas une mince affaire, donc, surtout qu’avec Silent Echoes, c’est à l’épineux Human qu’ils s’attaquent, montée en puissance technique pour Death et album crucial dans l’histoire du genre…

Dès les premières notes de l’album, le voyage dans le temps direction le tournant des années 1990 est immédiat. La production, l’atmosphère, les riffs, tout est là. Mais si les premiers albums de Gruesome étaient du death metal old school brut de décoffrage, cette fois-ci, les compositions gagnent en sophistication – comme celles de Death au même stade de leur carrière. Silent Echoes épouse parfaitement la structure et les thématiques – les complexités de l’identité, problématique qui va bien à ce groupe dont la sienne dépend complètement de celle d’un autre – d’Human, et au fil des huit titres qui le composent, donne aux quatre membres du groupe l’opportunité de faire montre de leurs talents de musicien, certes, mais aussi de métamorphose, voire de nécromancie. Au-delà de l’aspect faille spatio-temporelle de Silent Echoes, qui peut s’apprécier simplement comme un album rétro de très bonne facture, pour les fans de Death, grâce à son aspect à la fois nouveau et déjà familier, similaire mais jamais identique, c’est un vrai plaisir du détail qu’il offre. Les échos de Silent Echoes sont bruyants, on se plaît à les débusquer, tout comme le fourmillement d’anecdotes qui l’accompagne (Gus Ríos à la batterie était non seulement proche mais ancien élève de Sean Reinert, décédé en 2020 et batteur sur Human, par exemple), et font de l’album une sorte de paradis un peu geek aménagé par des passionnés, pour des passionnés.

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Turnstile – Never Enough


Turnstile s’est affranchi des codes du hardcore. Une évolution risquée mais calculée. Le groupe de Baltimore est parfaitement au fait de la frilosité d’une partie de son public, qui aura vu dans son plan de carrière une transgression de l’éthique du mouvement. Il sait également qu’il ne peut se contenter de répéter inlassablement la même formule sans y perdre en éclat. Never Enough, leur quatrième album, pousse logiquement le curseur plus loin que son prédécesseur, qui marquait déjà une rupture avec le son des débuts.

Glow On (2021) a offert à Turnstile une visibilité inédite pour un groupe étiqueté hardcore. Un succès qui divise : en ouvrant sa musique à de nouvelles sonorités, Turnstile est devenu plus hype et accessible. Il s’est surtout libéré du carcan restrictif de son style musical pour imposer sa personnalité. Des fondations larges et audacieuses sur lesquelles le groupe bâtit la suite d’un édifice complexe, biscornu et fascinant. Never Enough renforce encore leur souhait d’expérimenter, de jouer avec les changements d’ambiances et les volte-face rythmiques. Turnstile s’autorise tout, ou presque. En quatorze morceaux, le quintette passe de purs moments de riffing punk hardcore à l’ancienne (« Sole », « Sunshower ») à d’atmosphériques nappes de claviers rétro 80’s qui évoquent le duo Air. Il s’amuse à bidouiller avec les effets de réverbération, intercale un motif mélodique à grands renforts de trompettes jazzy ou construit une interlude à la flûte traversière. Malgré son côté très aventureux, quasi arty, Never Enough conserve en fil rouge l’esprit d’origine. Turnstile évolue, se transforme sans se travestir. La hargne se fait plus rare, gommée au profit d’une nostalgie solaire et envoûtante, majoritairement installée par le chant mélodique et magnétique de Brendan Yates. Mais en assumant leurs envies – et le poids des années –, les cinq du Maryland font probablement preuve d’une bien plus grande authenticité qu’en jouant un hardcore qui ne les fait plus vibrer totalement en leur for intérieur. Chapeau bas.

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Volbeat – God Of Angels Trust


Environ six semaines, dont treize jours pour l’enregistrement, c’est tout ce qu’il aura fallu aux Danois pour concevoir leur neuvième album. Un processus express né d’une volonté de ne pas trop réfléchir et de revenir à l’instinct des premières années. Autant God Of Angels Trust (G.O.A.T. en initiales) ne déroutera pas les habitués, autant il porte en lui une certaine fraîcheur grâce à quelques libertés créatives. « Devils Are Awake » envoie les premières notes, menaçantes, avant de lancer la locomotive à plein régime, suivi d’un « By A Monster’s Hand » à faire pâlir de jalousie Metallica. Mais voilà déjà que ce qui avait l’allure d’un pré-refrain trompe nos attendes. Un peu plus loin, « In The Barn Of The Goat Giving Birth To Satan’s Spawn In A Dying World Of Doom », qui démarre comme aurait pu démarrer un hit de Johnny Cash, là encore dépourvu de refrain, déroule sa partition heavy en nous faisant languir d’entendre cette longue et absurde phrase qui lui sert de titre.

Surtout, retrouver ses racines death metal avec Asinhell a manifestement fait du bien à Michael Poulsen : le véritable attrait est ici un généreux sens du riff, à l’image de « Enlightening The Disorder » qui l’associe à une atmosphère inquiétante en phase avec le thème (on poursuit l’histoire morbide du tueur en série introduit dans « By A Monster’s Hand »). Ça swingue même avec « Better Be Fueled Than Tamed », brisé par un pont aux teintes slayeriennes. S’il s’amuse à ne pas suivre les conventions, Volbeat sait aussi donner exactement ce qu’on est venu chercher, que ce soit avec les ultra-mélodiques « Acid Rain » et « Time Will Heal », la pseudo-ballade mélancolique « Loney Fields » qui prend brièvement une tournure horrifique façon Halloween de John Carpenter ou « Demonic Depression » qui déploie la panoplie complète : riffing rouleau compresseur et refrain lumineux. God Of Angels Trust est plein de malice et parvient à accrocher à chaque instant. Au vu du résultat, qui décidément ne manque de rien, il y a de quoi se demander si c’est bien pertinent de passer des mois en studio…

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Katatonia – Nightmares As Extensions Of The Waking State


Voilà plus de trente ans que Katatonia ajoute maillon sur maillon à son ADN sans trahir sa lignée. Cette nouvelle sortie entretient son caractère énigmatique et gothique, usant de ressorts majoritairement connus, quoique moins complaisants. Le riffing et les sons de guitares demeurent caractéristiques, presque à l’excès. De même, ces accalmies où le chanteur Jonas Renkse fait pratiquement cavalier seul commencent à vieillir, même si elles restent difficilement dissociables du groupe. À l’inverse, « Efter Solen », en suédois, surprend en démarrant comme une ballade au piano avant de dériver vers les bords de la synthwave, le tout pourtant parfaitement reconnaissable comme du Katatonia. On rencontre également – trop rapidement ? – des chœurs surprenants sur le cérémonieux « Wind Of No Change ».

Il est assez fréquent que Katatonia brise la glace avec un premier morceau rebelle et ténébreux. « Thrice » est aussi cauchemardesque que l’annonçait le titre de l’album : on y attend d’être cueilli par un péril aveugle. Dopé au rock progressif, Katatonia est constamment dans les starting blocks : on ignore quand le coup de feu va tonner, quand s’effondrera le glacier auquel on se mesure. Impassible sous la rythmique complexe et les coups de butoir, la voix continue son bonhomme de chemin – elle en a vu d’autres (« Lilac »). Cette déconnexion apparente entre instrumentation et chant s’impose comme une situation tout à fait normale, et même optimale. En contrepartie, « Departure Trails » apporte un peu de sérénité, quitte à manquer de cran. Chose surprenante, on déplore une carence en lignes vocales mémorables. L’inspiration est canalisée de manière différente, moins saisissable. S’inscrivant entre crépuscule et nuit, ce Nightmares est intimiste au point de souvent nous opposer sa carapace. Les titres, anguleux, cachent l’avenir comme le coin d’une rue. Les paupières sont closes, mais il se trame bien des choses sous elles et le repos leur échappe. Ce ciel de plomb si longuement ouvragé s’est finalement refermé sur nous.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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