ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Thornhill – Bodies


Si Thornhill s’est taillé une solide réputation sur ses terres d’origine, il peine encore à s’imposer franchement en dehors de l’Australie. Le quatuor dispose pourtant d’un début de discographie plus que solide. Étiquetée un peu rapidement metalcore, la formation a su digérer des influences variées pour proposer une musique solide, créative et moderne. Alors que le spectre de Deftones semble plus que jamais inscrit en filigrane de ce troisième album, Thornhill fait le choix de légèrement épurer son écriture et ses aspirations progressives pour se recentrer sur l’efficacité.

« The Viper Room » aurait pu définir une nouvelle ligne directrice. Dévoilé en amont des premiers singles de Bodies, ce morceau typé alt-rock n’a finalement pas été retenu au track-listing final. Un choix judicieux. Là ou ses précédents travaux pouvaient présenter une versatilité assumée, Thornhill accouche ici de son album le plus « metal » et direct. Les Australiens y gomment plus franchement leurs influences rock pour privilégier un mur de son et la cohérence d’ensemble. Leur musique y perd inévitablement en richesse, mais ne cède jamais aux sirènes d’un metalcore bas de gamme. Bodies est un disque nocturne, aussi planant et glaçant qu’oppressant par son avalanche de saturation. Malgré une approche « bigger than ever » appliquée à bon nombre de compos baignées dans une atmosphère commune – « Diesel », « Tongues » ou « Obsession » –, Thornhill n’a rien perdu de sa science du contraste et des mélodies. Il s’autorise de multiples respirations atmo, patine ses instrumentations d’apports électroniques et compte plus que jamais sur la polyvalence vocale de Jacob Charlton pour insuffler l’émotion nécessaire. On pourra lui reprocher l’emprunt de nombreux gimmicks à Chino Moreno, parfois jusqu’à un mimétisme flagrant, mais le frontman assure un numéro de voltige maîtrisé et harmonieux. Sans redéfinir complètement son univers, Thornhill assume son virage avec un disque au potentiel commercial plus marqué mais à la force de frappe décuplée.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Scowl – Are We All Angels


Scowl a tout pour devenir la nouvelle coqueluche punk. Issu de la scène californienne, le groupe officiait à l’origine dans un hardcore très codifié, efficace mais sans grande originalité. Depuis la sortie de leur premier album – How Flowers Grow en 2021 –, les Américains ont pris le temps de laisser mûrir leur son afin d’envisager leur musique sous une forme plus construite. S’il conserve l’énergie de leurs débuts, Are We All Angels est un disque d’un tout autre niveau.

Déroulant une certaine forme d’urgence adolescente sur des structures d’à peine une minute trente, leurs premiers enregistrements transpiraient d’une envie de décharger sans prendre le temps d’y mettre les formes. L’approche musicale avait de quoi séduire – onze morceaux en quinze minutes ! –, mais Scowl ne pouvait se contenter de répéter la formule ad vitam æternam sous peine de rapidement tourner en rond. Are We All Angels est probablement la suite la plus intelligente à donner à ses débuts tonitruants. Dans le sillon d’un Turnstile, Scowl accouche d’un disque réfléchi, contrasté et forcément plus mélodique. La troupe menée par la pétillante Kat Moss aligne de véritables morceaux, et non de simples bastos sans formats clairs. Le disque achève définitivement la transformation amorcée avec l’EP Psychic Dance Routine en 2023 : les compos affichent une science affûtée des refrains accrocheurs, des variations et notamment des breaks bien sentis. Pourtant, Scowl ne perd à aucun moment en légitimité. Son second album présente même tous les ingrédients punk hardcore à l’esprit typiquement 90’s : un shoot de riffs énergiques, bardé d’un chant entêtant et emballé dans une production claire mais jamais lisse. En véritable Aimee Echo (Human Waste Project, TheStart) des années 2020, Kat Moss y fait état d’une polyvalence vocale désormais pleinement maîtrisée. Moins prompte à forcer sur les vociférations, elle n’hésite plus à lorgner vers des envies plus popisantes et catchy sans pour autant y perdre sa touche rugueuse. Les puristes y trouveront peut-être à redire, mais Scowl franchit une sacrée marche.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Saor – Amidst The Ruins


L’œuvre de Saor a des allures de brochure touristique pour l’Écosse et de livre d’histoire, mais la réduire à ces comparaisons serait sous-estimer Andy Marshall. Un prélude au désordre de nos vies modernes filtre à travers ces légendes et récits écossais ; pour Andy, nous avons laissé la léthargie s’emparer de nous, et il convient de nous en extirper. Voilà à quoi Amidst The Ruins nous invite. Avec ses morceaux qui reprennent une longueur standard pour Saor (cinq grands titres), l’album s’adresse aux férus d’atmosphères. Quelques briques sont réutilisées, mais davantage pour assurer une cohérence que pour la facilité apportée par ces répétitions. La production permet de prendre la mesure des espaces auxquels ces pistes offrent corps et âme. Les fûts profitent de cette résonance presque exagérée qui leur convient si bien. Les instruments plus atypiques se démènent en des points spécifiques et poussent l’imagination vers des contrées nouvelles.

Les chœurs mixtes deviennent quasiment une norme ; les voix parfois étranges d’Origins sont poussées vers la sortie au profit d’interventions plus cadrées, en phase avec leur environnement. « Echoes Of The Ancient Land » trouve ainsi un équilibre entre pacifisme et instinct guerrier. « The Sylvan Embrace » s’appuie grandement sur des chuchotements et des bruitages à la Agalloch, exhalant une délicate odeur montagnarde. Hélas, même le respectable chant clair qui prend le relais peine à donner une consistance à ce morceau, sorte de vallée avant le périple qu’est « Rebirth ». Ce dernier s’épanouit dans l’exercice consistant à mimer une cornemuse à la guitare, sur une mélodie qui pourrait passer pour l’hymne national d’une légendaire contrée. Amidst The Ruins, adulte et serein même dans sa rage, ne rend pourtant pas caducs les premiers albums, qui conservent pour eux leur fougue et leurs envoûtements. On trouverait là assez de place pour pousser plus loin certaines apothéoses, mais peut-être cela aurait-il semblé artificiel et rompu le charme de ces décors verdoyants.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Deafheaven – Lonely People With Power


Infinite Granite avait divisé les fans de Deafheaven – un groupe qui, en lui-même, a déjà tendance à diviser en panachant les extrêmes. Avec Lonely People With Power, on découvre bouche bée que, si le groupe s’est terré un moment dans ces bois aux allures de Shelter d’Alcest, ce n’était que pour mieux en surgir, les crocs découverts. Un chant furibond écume le disque ; c’est même, en somme, la ligne de vie entre les titres.

Deafheaven va ici à l’essentiel, là où un Sunbather, si culte soit-il (surtout après avoir soufflé dix bougies), accordait une confiance sans bornes à certaines de ses bizarreries. Si cela pourrait faire craindre l’annihilation de toute diversité, loin s’en faut. Le riffing et les effets de guitares partent constamment en vadrouille, et les motifs de batterie ne sont pas en reste (« The Garden Route »). « Heathen » plonge les deux mains dans le post-punk ; « Amethyst » met en avant des côtés post-rock, avant de se lâcher totalement. C’est d’ailleurs une caractéristique récurrente de cet album : à peine l’auditeur a-t-il le temps de songer « ça y est, ça va être tout mou » que la musique lui blaste la figure comme un cadeau du Schtroumpf Farceur et lui hurle dessus de plus belle. « Incidental II », avec l’invitée Jae Matthews et son air de Lingua Ignota, éveille un appétit pour une éventuelle collaboration entre Chelsea Wolfe et The Body. Des notes de « Revelator » tirent sur le death metal, et « Body Behavior » tente le black ’n’ roll, quoique pas trop ouvertement. Une poignée de mots prononcés par Paul Banks (Interpol) accompagne les synthétiseurs d’« Incidental III », qui nous lance sur un « Winona » reprenant cette base pour mieux la noyer. L’ultime titre recadre les choses en se focalisant sur le post-black metal. On peut d’ailleurs déceler des similitudes stratégiques avec le dernier Gaerea, mais l’exécution et le son demeurent distinctifs. Lonely People With Power a beaucoup à exposer. Plus énergivore qu’il n’y paraît, loin d’une catharsis aveugle, il nécessite par instants une attention plutôt poussée.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Memphis May Fire – Shapeshifter


En livrant son album en pièces détachées, Memphis May Fire a presque fait de sa sortie un non-événement. Les tendances marketing actuelles encouragent les groupes a en dévoiler trop, mais les Américains ont de leur côté poussé la pratique à l’extrême. Il ne reste donc plus rien – ou si peu – à découvrir de ce Shapeshifter, dont le contenu a été étalé au cours des douze derniers mois. Doit-on considérer l’ensemble comme une compilation plutôt que sous la forme d’un véritable album ? Oui et non. Les singles fonctionnent bien individuellement, mais témoignent par ailleurs d’une cohérence appréciable lorsqu’ils s’enchaînent dans le tracklisting final.

Memphis May Fire fait partie de ces groupes qui s’épanchent dans tous les excès du metalcore. Du moins depuis Broken, publié en 2018, qui marquait une franche rupture avec leurs débuts. Délaissant désormais toute tentative de technicité au profit d’ambitions mainstream, la formation vise le single simple et efficace. Leurs morceaux sonnent de ce fait assez uniformisés, surproduits et conformes aux standards modernes. Memphis May Fire cherche clairement sa place au soleil – noir –, et gonfle bien souvent des constructions très génériques avec des artifices pas toujours très fins. Des titres comme « Overdose » ou « Chaotic » débordent de bidouillages et d’enluminures numériques pour camoufler un mono-riff certes efficace mais répété à l’extrême. Cette tendance à lorgner vers le rock alternatif easy-listening en lieu et place du post-hardcore originel pourrait avoir de quoi exaspérer. Et pourtant, les Texans parviennent à convaincre avec une formule pop-corn dont on ne connaît que trop bien les ficelles, mais qui équilibre judicieusement puissance et mélodies. Tout repose littéralement sur les épaules du frontman Matty Mullins et sa capacité à pondre du refrain catchy à la chaîne, ce dont il s’acquitte avec aisance, en abusant d’un chant clair qui ne laisse plus beaucoup d’espace aux screams. A condition de ne pas être trop exigeant et d’en accepter les poncifs, ce huitième album s’ingurgite sans déplaisir.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Arch Enemy – Blood Dynasty


Changer la voix d’un groupe n’est jamais chose aisée. Arch Enemy a été confronté à cet exercice périlleux à deux reprises mais a su opérer des choix judicieux. L’arrivée d’Alissa White-Gluz, il y a maintenant dix ans, avait notamment offert au groupe un souffle nouveau, alors même qu’il commençait à sévèrement tourner en rond. Pourtant, les Suédois se sont toujours montrés timorés lorsqu’il s’agit de lâcher la bride de leur frontwoman, dont la dualité vocale a été utilisée à bon escient au sein de The Agonist. Avec Blood Dynasty, le quintet ose légèrement repousser les limites de sa formule.

Michael Amott reste la tête pensante d’Arch Enemy, et les guitares sont l’élément clé du groupe. White-Gluz l’avait martelé à son arrivée, acceptant de fait d’abandonner son chant clair, jugé hors de propos dans le cadre d’un death mélodique à la recette immuable. Blood Dynasty aligne comme toujours un beau chapelet de constructions regorgeant de riffs efficaces, passages en tapping et leads de haute voltige. Amott est un artisan chevronné des envolées mélodiques ciselées, mais reste vigilant à ne jamais verser dans le démonstratif et à conserver l’aspect direct de ses morceaux. Des compositions labellisées Arch Enemy pur premium comme « Dream Stealer » ou « Liars & Thieves » tapent juste, sans décontenancer. Parallèlement à ses travaux codifiés et traditionnels, qui occupent une majorité du track-listing, Arch Enemy s’autorise ici à déborder d’un doigt hors du cadre. Le galopant « Paper Tigre » affiche un feeling heavy old-school assez irrésistible, les cordes s’invitent sur l’interlude « Presage » et White-Gluz opte pour un refrain clair haut perché avec « Illuminate The Path ». Mais la principale surprise réside dans la cover de « Vivre Libre », ballade issue du répertoire de la formation power metal française Blasphème. Si Arch Enemy ne se réapproprie pas véritablement le morceau, le choix a le mérite d’offrir une respiration bienvenue à un douzième album de grande qualité. Une évolution par petites touches qui permet à Arch Enemy de poursuivre son chemin sans perdre en intérêt.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Cradle Of Filth – The Screaming Of The Valkyries


L’apogée commerciale de Cradle Of Filth appartient probablement au passé. Pourtant, le groupe mené par l’infatigable Dani Filth a su résister aux affres du temps et aux remaniements de line-up. La formation a même été revigorée par l’arrivée de nouveaux guitaristes en 2015, alors même que le départ de Paul Allender laissait planer le doute sur son avenir. Avec The Screaming Of The Valkyries, Cradle Of Filth (dont les rangs comprennent désormais deux Américains) poursuit sur sa récente lancée, tout en expurgeant sa composition de quelques éléments qui rendaient l’écoute de son précédent disque légèrement laborieuse.

S’il affiche désormais plus de trente années de carrière, Cradle Of Filth sait vivre avec son époque. Le maquillage et l’imagerie macabre lui confèrent une touche kitsch, mais la formation a su faire évoluer son écriture sans jamais trahir l’esprit originel. Les Anglais restent les artisans d’un black metal mélodique et théâtral, forcément décrié pour son aspect accrocheur. Le disque prouve une fois de plus qu’il est possible de concilier accessibilité et richesse d’écriture. La technique est affûtée, redoutable et précise, mise en relief par la production bien équilibrée de l’indéboulonnable Scott Atkins. Les claviers et le chant féminin marquent un retour au premier plan, et imposent des touches goth qui habillent harmonieusement les riffs black, thrash voire heavy typiquement britannique. Des influences larges qui prouvent qu’au-delà du visuel et du chant atypique de Dani Filth, entre envolées suraiguës et hurlements graves, Cradle doit sa longévité à sa capacité à s’aventurer plus loin que les codes restrictifs de son style initial. Le groupe s’est cependant ici recentré sur l’efficacité, possiblement conscient de la densité d’Existence Is Futile – l’album faisant une heure dix, bonus tracks compris. The Screaming Of The Valkyries s’articule autour de neuf morceaux moins chargés et plus directs, point. Pas d’introduction, interludes, outro et morceaux complémentaires. Une façon de recentrer l’attention sur l’essentiel. Un très bon cru.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Decline Of The I – Wilhelm


Après la trilogie Inhibition/Rebellion/Escape sortie dans les années 2010, en 2021, Decline Of The I en a entamé une seconde avec Johannes. Inspirée par les écrits de Søren Kierkegaard comme la première était inspirée par ceux d’Henri Laborit, musicalement, elle reprend le même canevas : black metal bilieux, post-metal torturé, samples et éléments electro ou indus, reflétant les multiples facettes de sa tête pensante, AK, qui est ou a été impliqué dans des projets aussi différents que Vorkreist, Merrimack, Neo Inferno 262, Malhkebre, Diapsiquir ou Éros Nécropsique. On devine des fragments de ces projets parallèles dans les titres de Wilhelm, le deuxième volet de cette trilogie, on y croise aussi les rats de Laborit : cet album transitoire, à la fois synthèse et intensification, se révèle aussi maîtrisé que tourmenté.

Là où Johannes, comme Inhibition, était une exploration du nihilisme et de la dépression, Wilhelm, comme Rebellion, est placé sous le signe des tensions, du conflit, internes cette fois-ci. De cette nécessité conceptuelle (Wilhelm, personnage de juge, incarne pour Kierkegaard le passage du stade esthétique au stade éthique, celui de la responsabilité, du choix) émergent cinq longs morceaux cyclothymiques et complexes, où un black metal féroce, presque épique (« L’Alliance Des Rats », « Éros N »), est émaillé de moments plus méditatifs mais pas nécessairement plus apaisés (« Entwined Conundrum », l’introduction de « Diapsalmata » et son long sample sur l’angoisse, pratiquement un intermède, comme son nom l’indique). C’est peut-être la multiplication des voix qui démarque le plus nettement cet album de ses prédécesseurs : sous la forme de samples, donc, mais aussi de chœurs féminins ou masculins, de guests (T.C. de Regarde Les Hommes Tomber et Vestal de Merrimack), de spoken word ou de hurlements à glacer le sang, à la fois fil rouge, dialogue intérieur et chant des sirènes, elles incarnent viscéralement un propos qui, tout métaphysique qu’il soit, n’est jamais abstrait. Il y a une sorte d’urgence dans Wilhelm : peut-être celle des dernières tergiversations avant de choisir son camp pour de bon.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Himmelkraft – Himmelkraft


Alors que les oiseaux se font de nouveau entendre et que les premières fleurs refont surface en ce début de mars, la société souterraine secrète d’Himmelkraft continue, elle, de creuser pour survivre à la menace hostile qu’est devenue la Terre. Le quatuor O’Four s’est formé pour avancer en ce monde pour lequel l’avenir est incertain. L’album, sorti il y a un an au Japon, profite d’une belle créativité, mêlant faits historiques et imagination.

L’introduction porte toujours une lourde responsabilité et, ici, elle est semblable à une annonce de guerre à la radio, véhiculant une sorte de message codé. Le mot d’ordre avec Himmelkraft est de ne pas se reposer sur ses acquis, d’où une alternance entre titres sombres, teintés négativement, et d’autres plus chaleureux, offrant une lueur d’espoir. Ainsi, la lenteur et la lourdeur de l’inquiétant « Full Steam Ahead » font face à la vivacité quasi dansante d’« Uranium ». Tony Kakko s’amuse dans ce projet ; il joue avec sa voix, les rythmes, les cassures et endosse parfaitement son rôle de conteur (jusqu’à employer le français…). L’album est riche en instrumentation et samples ambiants formant une atmosphère curieuse, à la fois cyberpunk apocalyptique et organique, presque rétro. Inutile de chercher à rapprocher le projet de Sonata Arctica, on en est loin, si ce n’est, par exemple, pour les teintes mélodiques de « Paika ». Le spectre musical est vaste, avec quelques excentricités, à l’instar de la courte intervention de cuivres sur l’intro de « Fat American Lies » ou du cirque qui s’incruste dans « Crystal Cave » ; chaque chanson possède sa propre ambiance, comme un nouveau chapitre de l’histoire. On finit sur ce qui semble être une ouverture vers la suite. « Deeper » invite à creuser plus profond, peut-être pour traverser la terre et voir à nouveau la lumière du jour. Tony Kakko a su créer un nouveau monde, détaché de l’étiquette power/speed metal qui lui colle à la peau – détaché de toute étiquette à vrai dire. En ressort un univers aux multiples facettes qui, si l’on n’est pas lassé par le tempo global plutôt traînant, appelle à y retourner pour en saisir tous les détails.

Ecouter des extraits…



Chronique   

Spiritbox – Tsunami Sea


Formé sur les cendres du groupe Iwrestledabearonce, Spiritbox s’est rapidement imposé comme une locomotive du metal moderne. Le couple Mike Stringer et Courtney LaPlante – guitare et chant – a travaillé les contours du projet avec soin, qu’il s’agisse de son esthétique sonore ou visuelle, construisant à chaque sortie un univers autour de couleurs. Pensé en noir et blanc, Tsunami Sea est une œuvre mature et puissamment addictive.

Spiritbox n’a jamais caché ses ambitions. En misant sur une production massive, une alternance de chant hurlé et de vocaux clairs ainsi qu’en travaillant à l’extrême l’image, les Canadiens s’inscrivent dans les tendances du moment. Le groupe cultive cependant sa personnalité. Sur une ligne directrice semblable à Periphery, le quatuor ne s’impose aucune barrière et insuffle de-ci de-là des influences électroniques, djent, indus voire prog. Tsunami Sea pousse à ce titre leurs envies d’expérimentation vers des horizons sombres, suffocants et tourmentés, le quatuor renforçant avec cet album l’aspect écrasant de sa musique. Courtney LaPlante apparaît ici plus bestiale et versatile que jamais, notamment lorsqu’il s’agit de donner corps aux compositions les plus expurgées de chant clair. Mais chez Spiritbox, tout est toujours question d’équilibre, de contrastes. La noirceur est parfois plus sous-jacente que véritablement matérialisée sous la forme d’un maelstrom de saturation, le groupe construisant des ambiances plus éthérées grâce à la faculté de sa frontwoman à virevolter vocalement – le refrain de « Perfect Soul », fabuleux. Un travail d’orfèvrerie est apporté aux structures, aventureuses mais jamais complexes, riches en mélodies et en samples. La progression à travers l’album est également soigneusement réfléchie. Le run final laisse enfin la lumière pénétrer totalement à travers trois morceaux électro-popisants, comme pour conclure le voyage vers un lever de soleil rassurant… Avant que l’on ne réenclenche le bouton « play » pour s’abandonner de nouveau à la fureur des premiers titres.

Ecouter des extraits…



  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
    previous arrow
    next arrow
     
  • 1/3