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H.E.A.T. – Welcome To The Future


Trois ans après Force Majeure qui marquait le retour de Kenny Leckremo, H.E.A.T. débarque avec Welcome To The Future, son huitième album. Si le titre seul semble promettre une révolution musicale, il s’agit plutôt, à l’instar de la pochette rétrofuturiste, d’un ancrage dans une tradition old school : celle du hard rock mélodique des années 80, agrémenté d’une production moderne qui le rend accessible et actuel. On rentre d’emblée dans le vif du sujet avec le single « Disaster » qui impose immédiatement son caractère. Un synthé accrocheur (et kitsch), un riff percutant, combo gagnant d’une énergie débordante, le tout porté par la voix pleine de conviction d’un chanteur qui semble avoir encore gagné en maturité et en maîtrise, bien qu’on le sente un peu sur la retenue. H.E.A.T. allie légèreté et puissance, avec des guitares qui ne ménagent pas leur effort. S’enchaîne alors une série de titres percutants, tels que « Running To You », « Rock Bottom » et « Tear It Down » (qui semble jouer sur un ton plus épique), qui déploie des refrains fédérateurs et une ambiance que l’on pourrait qualifier de nostalgique sur les bords. Aucune ballade ou morceau à tempo vraiment plus lent à l’horizon. « In Disguise » pourrait quant à elle sans problème se faire une place sur Wings Of Tomorrow de leurs compatriotes d’Europe.

Le disque a une capacité à maintenir un niveau d’énergie élevé du début à la fin, même s’il se trouve être à la limite du redondant parfois. La voix de Leckremo apporte d’ailleurs ce supplément d’âme qui donne à chaque chanson un impact immédiat. Welcome To The Future a un fort goût de déjà-vu voire de réchauffé, mais son efficacité fait que le cliché fonctionne très bien. Un album qui, malgré – ou grâce à – sa simplicité, a de quoi s’imposer lors des road trips de la saison estivale.

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Eluveitie – Ànv


Le moins qu’on puisse dire est qu’Eluveitie a pris son temps, mais six ans après leur dernier album, Chrigel Glanzmann et sa horde reviennent en force avec Ànv, neuvième opus d’un groupe toujours prêt à repousser les limites du mariage entre folk celtique et metal. L’album accueille l’auditeur avec la bien nommée « Emerge », une introduction mystérieuse qui laisse la musique lentement monter en intensité, menant à « Taranoías », le premier morceau où l’on se rend compte d’une chose : le son est très lourd ! Les influences death mélodique prennent une tout autre dimension, sans pour autant éclipser les éléments traditionnels ou le chant clair occasionnel, qui revient dans le mix dès un « The Prodigal Ones » au refrain catchy contrebalancé par un couplet massif et un embrasement dévastateur. « Awen » renforce ce goût du contraste, incrustant un pont quasi néo-metal au milieu d’une douceur pop-folk-rock.

De douceur il est question avec l’éponyme « Ànv », mené par Fabienne entourée de quelques chœurs aériens, les pauses acoustiques « Anamcara » et « Memories Of Innocence » aux percussions festives, ou « All Is One » qui joue la carte émotionnelle d’une power ballade. A l’autre bout du spectre, « The Harvest » prend une teinte tragique, tandis que « Aeon Of The Crescent Moon » oscille entre noirceur et groove inquiétant. Dernier titre du recueil, « The Prophecy » s’ouvre sur des sons mystiques et un mélange de voix tribales et fantomatiques, mais s’achève sur un final cathartique porté par les deux vocalistes habités. L’édition Digibook ajoute « Aidvs » et « Exile Of The Gods », déjà connus pour leur puissance, ainsi qu’une version metal d’Epona (originellement présent sur Evocation II: Pantheon, 2017) qui n’a pas perdu ses accents dansants. A noter une petite surprise : « Venez Danser » de Stephan Eicher, chantée par ce dernier. Une association à l’initiative de l’artiste suisse (dont Tommy Vetterli, producteur du combo et membre de Coroner, a été le guitariste) pour un projet futur et présent sur notre promo… par erreur. Dommage, car la collaboration, toute en clair-obscur, est plutôt savoureuse. Dans tous les cas, avec Ànv, Eluveitie revient plus fort, plus sombre, mais toujours aussi captivant.

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Landmvrks – The Darkest Place I’ve Ever Been


Les Marseillais de Landmvrks ont désormais un boulevard bien dégagé devant eux. En pleine ascension, le groupe est de fait confronté à une phase décisive de sa carrière avec son quatrième album, qui pourrait lui ouvrir plus largement les portes de l’international. Avec The Darkest Place I’ve Ever Been, Landmvrks gagne sur tous les tableaux : il confirme tous les espoirs placés en lui et parvient à faire preuve d’évolutions notables dans son écriture.

Tout musicien est confronté au dilemme : répliquer une formule établie ou faire maturer sa musique vers de nouveaux horizons. Le groupe opte pour un entre-deux. Lost In The Waves a installé des bases solides, une personnalité, un son. Landmvrks joue un metalcore très « urbain » caractérisé par de multiples influences, du néo au hardcore en passant par le hip-hop. Une marque de fabrique que l’on retrouve sur les compos de The Darkest Place I’ve Ever Been, avec lequel les Marseillais opèrent cependant un grand écart plus acrobatique que par le passé. L’album transpire la sincérité d’un groupe qui fait désormais abstraction des barrières. Il reste le solide artisan d’un metalcore gonflé aux amphétamines, à la fois agressif et mélodique, habillé par le chant caméléon de Florent Salfati (« Deep Inferno », « Requiem » et son refrain deathcore). Mais il sait également s’engager dans l’inconnu, quitte à dérouter. Landmvrks allonge certaines structures afin d’installer des contrastes étonnants, tire occasionnellement vers une mélancolie nostalgique (« Funeral »), multiplie les tirades samplées / rapcore et impose plus franchement le chant en français. La formation passe avec habilité d’un extrême à un autre sans y perdre en identité. Elle y gagne en richesse, évitant par certains choix audacieux le piège d’un metalcore impersonnel. On pourra éventuellement tiquer sur « The Great Unknown », dont le riff évoque d’un peu trop près « From The Inside » de Linkin Park. Ce serait chipoter, tant l’ensemble s’avère excellent et émotionnellement puissant.

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Machine Head – Unatøned


Machine Head a toujours souffert du modèle imposé par son premier album. Burn My Eyes était le reflet de la hargne d’une époque, d’un état d’esprit. Le groupe a très tôt fait le choix de ne pas chercher à répliquer cette œuvre séminale et s’est occasionnellement égaré, accouchant de presque autant de monuments que de disques décriés, pour certains réhabilités bien des années plus tard. Avec Unatøned, Machine Head s’engage à nouveau vers des terrains qu’il sait glissants, quitte à rester clivant.

Les Américains auraient pu rester dans la lignée d’Øf Kingdom And Crøwn, leur précédent opus, qui avait été bien accueilli. Ce serait mal connaître Robb Flynn. Le frontman aime expérimenter et se laisser guider par ses inspirations. Unatøned ne renie à aucun moment l’histoire ni la marque de fabrique des Californiens : le groupe y affiche son esprit thrashisant dans le riffing, dispose des breaks / roulements de batterie dans les moindres recoins et témoigne de manière générale d’une technicité affûtée. Il fait cependant le choix d’aller à l’essentiel, oubliant au passage les circonvolutions qui caractérisaient certains anciens travaux. Le groupe n’expurge pas totalement les leads, mais resserre son écriture à l’extrême et raréfie les envolées épiques : deux compositions seulement passent la barre des quatre minutes. L’approche vocale de Flynn pourra parallèlement déclencher des réactions épidermiques, plus ou moins agréables selon le degré de sensibilité aux mélodies. Ce dernier signe des refrains ultra-accrocheurs – « Bønescraper », taillé en véritable hymne – mais s’abandonne dans l’exercice sans demi-mesure et sombre à l’occasion dans des gimmicks irritants. Si l’album est parmi les plus chargés en chant clair de la discographie des Américains, le sentiment d’urgence qui en transpire le rend malgré tout extrêmement percutant, au contraire d’un Catharsis qui jouait pourtant sur des nuances proches. Machine Head sait que son album va diviser, mais se montre comme toujours honnête dans sa direction artistique. La démarche est à saluer.

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Ghost – Skeletá


La machine à tubes Ghost est de retour. Oui, à tubes, car depuis quelque temps certains titres sont repris à foison sur un réseau social spécialisé dans les formats courts et le scroll infini. Mais le sujet est tout autre aujourd’hui. Qu’il est difficile de juger de manière objective une sortie de Ghost, tant le groupe sait à la fois faire l’unanimité et diviser ! Thématiquement, Skeletá prend le contrepied des analyses sociétales précédentes pour se lancer dans un voyage introspectif où chaque morceau représenterait une émotion humaine.

L’ouverture épique de « Peacefield », composée d’un chœur d’enfants – Les Choristes revival ? – et d’une petite guitare accrocheuse entame l’écoute avec fraîcheur, juste avant de proposer un refrain semblant fortement inspiré de « Separate Ways » de Journey. S’ensuit la plus heavy « Lachryma », frôlant les sonorités passées des premiers albums de la formation en jouant un ton en dessous, laissant pénétrer la tristesse dans cette ambiance lourde. Mais le fond est dans le contraste puisque, passé cette mélancolie, une chanson comme « Guiding Lights » ramène la joie et la lueur d’espoir pop que Ghost a adoptées depuis 2018. C’est agréable, mélodique au possible, souvent entêtant, avec un son reconnaissable entre mille, mais l’ère n’est pas au renouvellement : tout au long du disque, on est en terrain balisé, familier, recyclé. Peut-être trop. On retrouve tout de même un peu de neuf sur les deux derniers titres : « Umbra », grâce à son étonnant pont instrumental où guitare et orgue Hammond virtuoses se répondent en duel, et le planant, quasi pink-floydien, touchant dans sa contemplation de la mortalité, « Excellsis ». Il en reste que le sujet de la diversité des sentiments est partout, aussi subtil qu’exalté, exprimé dans des chansons plus légères qu’autrefois. Tobias Forge s’est certainement adouci au fil des années et il continue sur cette voie, s’imprégnant de tempos moyens sur fond d’AOR emprunté aux artistes ayant façonné sa vision de la musique passée et future.

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Caliban – Back From Hell


Caliban est l’infatigable outsider du metalcore. Originellement inscrit dans une veine hardcore, le combo s’est rapidement engouffré dans le sillon de Killswitch Engage. Si Shadow Hearts (2003) parvenait à conserver la hargne des débuts en amorçant un virage vers des envies plus mélodiques, les albums suivants se sont parfois perdus dans une américanisation du son à outrance. Le groupe a malgré tout repris du poil de la bête depuis la sortie de Gravity (2016). Avec Back From Hell, leur quatorzième album, il opère un changement bienvenu en accueillant une nouvelle voix claire.

Caliban n’a jamais eu la prétention de chambouler le sacro-saint équilibre du metalcore. Bien qu’il ne figure pas parmi les têtes de proue, le quintet est solidement ancré à cette scène depuis vingt-cinq ans et signe une nouvelle fois un pur produit du genre. Soutenus par les breaks et la double pédale frénétique de Patrick Grün, les morceaux de Back From Hell restent basés sur l’alternance couplets burinés / refrains mélodiques, mais affichent la nervosité qui a parfois fait défaut au groupe. Les Allemands restent dans leur zone de confort, si ce n’est quelques embryons de nouveautés : des samples de fond plus harmonieusement intégrés (« Infection », « Till Death Do Us Part »), une certaine propension à renforcer encore davantage la noirceur ou encore des influences qui s’élargissent progressivement, notamment vers le djent. Malgré ses poncifs, leur musique gagne en fluidité en profitant d’un dialogue entre growl et registre clair moins poussif qu’auparavant. Le second guitariste Denis Schmidt abandonne ici le chant mélodique au nouveau bassiste Kenneth Iain Duncan, qui trouve avec l’abrasif frontman Andreas Dörner une alchimie intéressante. Ce dernier place ses chorus plus naturellement que son prédécesseur, sans sentiment de rupture dans la dynamique des compositions. Back From Hell est le disque le plus viscéral des Allemands. Il est aussi parallèlement leur plus digeste, Caliban parvenant enfin à éviter les passages trop téléphonés qui parasitaient occasionnellement ses travaux.

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Drudkh – Shadow Play


Difficile d’imaginer ce que les Ukrainiens de Drudkh, si attachés à l’histoire et à la littérature, ressentent depuis l’embrasement de leurs terres. Leur riffing hypnotique offre néanmoins une lucarne poussiéreuse vers cette réalité. Si lors de la sortie d’All Belong To The Night, avec son imagerie très sombre, le conflit était relativement jeune, Shadow Play est le fruit d’années de recul. Il voit les membres gratter la terre brûlée pour « trouver de la beauté dans la désolation ». Les introductions avec prise de son extérieure font partie de la fibre Drudkh, mais « Scattering The Ashes » détonne par sa longueur. Ces bruissements reflètent un long exil, et nous laissent le temps nécessaire pour acquérir un regard nouveau. Dans Shadow Play, il est également question de « faire face à nos ombres » ; ainsi sommes-nous soudainement cueillis par « April », grinçante et triste poursuite. Il est autant difficile de retranscrire un sentiment d’urgence en musique que dans un jeu vidéo – tout pouvant sembler artificiel, mensonger –, mais ce crescendo convainc sans peine. Autre point chaud : « Fallen Blossom », avare en mots, est un marteau-piqueur au chant cauchemardesque.

L’album se passe de soli, comme si les narrateurs n’étaient tout simplement pas d’humeur. Les mélodies sont enfouies mais bien présentes ; les cris ne s’en détachent que mieux, et leurs éclipses s’imposent comme moments d’introspection. Les synthétiseurs ratissent les aigus, par longs sifflements menaçants (on se sent alors observé par un danger innommé), ou par pointes de tranquille désolation. Ceci est particulièrement marqué en fin de disque, avec le dépouillement de « The Eve », puis sur « The Thirst », plus lente et pleinement atmosphérique, qui se referme sur l’auditeur comme une cage de dépression. Shadow Play n’est pas l’album de Drudkh le plus diversifié, mais adhère à l’air de son temps : il apparaît comme à la fois terriblement humain et luttant pour préserver ce qui fait cette humanité. Se perdre dans ses boucles, c’est un peu regarder sa propre décrépitude en face.

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Epica – Aspiral


Depuis Omega (2021), Epica n’a pas chômé dans sa recherche constante de grandeur, entre l’EP collaboratif avec divers artistes The Alchemy Project, des dates en première partie de Metallica et les concerts The Symphonic Synergy à Amsterdam et Mexico. Le « monumental » reste sa ligne de conduite, une notion d’ailleurs familière chez le sculpteur Stanisław Szukalski qui aimait amalgamer les influences de cultures anciennes comme modernes. C’est justement d’une œuvre de ce dernier que dérive le titre de l’album Aspiral, posant les bases de sa prétention et symbolisant l’idée que le tout est plus grand que la somme de ses parties – une idée que le groupe applique à sa musique.

L’album allie la brillance individuelle de chaque membre tout en conservant la signature metal symphonique. Le morceau d’ouverture, « Cross The Divide », évite le poncif habituel de l’intro orchestrale au profit d’une approche énergique et directe, et s’offre un refrain qui s’ancre immédiatement en tête. D’autres apportent des éléments théâtraux (cette mélodie chantée par un enfant sur l’intro de « T.I.M.E. »), des mélodies douces au piano et des atmosphères dramatiques (« Arcana »). Epica renoue également avec sa saga A New Age Dawns avec trois titres grandioses remplis d’orchestrations, de chœur et de passages lourds (on se croirait même presque sur un disque de Therion à l’écoute de « The Grand Saga Of Existence »). Tout au long de l’album, Simone Simons joue avec sa tessiture vocale en contraste avec les growls caverneux, et les solos de guitare se font plus nombreux. « Fight To Survive », « Obsidian Heart » et « Eye Of The Storm » mettent en avant des influences diverses, que ce soit le djent ou des motifs du Moyen-Orient. « Aspiral » clôt l’ensemble sur une balade en grande partie épurée, tout en sensibilité, jusqu’à sa montée en puissance finale et à un arrêt abrupt. Dans l’ensemble, l’équilibre entre la composante symphonique et celle metal s’affinent, les Néerlandais n’hésitant pas à alléger l’une pour valoriser l’autre et vice versa. Il en résulte plus de clarté, et une musique plus lisible, et donc plus percutante, mais pas moins ambitieuse. Sans aller jusqu’à parler de réinvention, aucun marqueur historique d’Epica n’étant occulté, l’opus renforce avant tout l’engagement du groupe à aiguiser son art.

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Mark Morton – Without The Pain


Si Anesthetic, son premier album solo sorti en 2019, est une étape nécessaire dans son parcours de compositeur, Without The Pain reflète ce qui fait la colonne vertébrale, le noyau des goûts musicaux de Mark Morton. C’est en effet là, dans cette musique typiquement états-unienne, que l’on peut englober dans l’appellation rock sudiste, que résident une bonne partie de ses racines musicales. Produit par son ami Josh Wilbur, qui accompagne Lamb Of God depuis de nombreuses années, l’album s’inscrit avec clarté dans son époque : si le style et les paroles sont assez intemporels, le musicien convie au micro des noms connus et moins connus de la scène actuelle. Alors qu’Anesthetic était davantage un projet solo, sur lequel les chanteurs venaient poser leur voix, Without The Pain est le résultat de multiples séances d’écriture collaborative.

« Hell & Back » donne immédiatement le ton avec un groove ultra-efficace, sorte de modernisation du ZZ Top des années 70. S’ensuit « Brother », un rock bluesy qui suggère les vastes étendues et explore avec sensibilité les thèmes de la solitude et du déracinement. Le titre éponyme poursuit le voyage en conjuguant pesanteur, puissance et mélodie. Les chansons se suivent et ne se ressemblent pas : « Kite String » en prend le contrepied en proposant une ballade aux teintes folk portée par la voix réconfortante de Travis Denning tandis que les guitares acoustiques égrènent leurs arpèges. Arpèges toujours avec « Come December » qui remonte le temps sans complexe avec ses claviers en mode vibrato et sustain. Deux titres qui marquent une parenthèse, l’album repartant en mode rock avec « Dust » où Morton s’entoure de collaborateurs de choix : Cody Jinks et Grace Bowers, talentueuse guitariste country de vingt ans à peine. Les titres suivants convoquent notamment Tyler Bryant ou encore Troy Sanders, bassiste de Mastodon, pour le passage le plus heavy du disque. Après une reprise simple et efficace de « The Needle & The Spoon » de Lynyrd Skynyrd, avec un Neil Fallon étonnamment sage, l’album se clôt sur la soul de « Home », où la douceur d’un foyer, les enfants et une forme de rédemption sont évoqués avec sincérité. Without The Pain sent bon le soleil qui tape, la poussière et la brise légère : Mark Morton y est véritablement chez lui.

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Psykup – The Joke Of Tomorrow


Psykup aborde un moment délicat de sa carrière. Un changement de chanteur n’est jamais aisé, mais le groupe s’était voulu rassurant en publiant le morceau « Happy Sad », chargé de présenter leur nouvelle recrue Matthieu Romarin, qui reprend le flambeau de Matthieu Miegeville, covocaliste historique. Il restait cependant à entériner ce renouveau sur le long format, exercice autrement plus périlleux. The Joke Of Tomorrow, leur sixième album, est clairement une réussite. Mieux, c’est une renaissance.

Psykup a fait un choix judicieux : miser sur un chanteur qui ne cherche à aucun moment à singer son prédécesseur. Si Julien Cassarino – voix et guitare – a composé la quasi-intégralité de l’album, il aborde l’ensemble comme un nouveau départ, avec ce que cela sous-entend de possibilités inédites. Ce « Psykup 2.0 » conserve la fibre déglinguée et chaotique du combo, mais se construit autour d’une dynamique vocale upgradée. Cassarino et Romarin jouent avec les mélodies, les superpositions et les variations en trouvant d’emblée une vraie symbiose. Le nouveau venu affiche un spectre extrêment large permettant aussi bien des interventions harmonieuses en canon – « Child Interrupted » – que des refrains accrocheurs ou le traditionnel jeu de ping-pong de hurlements. The Joke Of Tomorrow est possiblement l’album le plus accessible de Psykup, qui poursuit là la quête de l’efficacité amorcée par Ctrl+Alt+Fuck en 2017. Pour autant, le groupe reste exigeant et ne fait jamais dans la simplicité. Bien au contraire. Il condense les formats mais charge ras la gueule le menu, bariolant les structures de riffs azimutés, d’éléments délirants – « Same Player » et ses sons 8 bits – et de rebondissements schizophréniques. L’album est dense et déjanté, blaste frénétiquement et berce sporadiquement le temps de douze morceaux aux couleurs bien distinctes. Le quintet teste constamment les limites, frôle volontairement la sortie de route, s’autorise absolument tout mais conserve malgré tout une vraie ligne directrice. La marque de la virtuosité.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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