En livrant son album en pièces détachées, Memphis May Fire a presque fait de sa sortie un non-événement. Les tendances marketing actuelles encouragent les groupes a en dévoiler trop, mais les Américains ont de leur côté poussé la pratique à l’extrême. Il ne reste donc plus rien – ou si peu – à découvrir de ce Shapeshifter, dont le contenu a été étalé au cours des douze derniers mois. Doit-on considérer l’ensemble comme une compilation plutôt que sous la forme d’un véritable album ? Oui et non. Les singles fonctionnent bien individuellement, mais témoignent par ailleurs d’une cohérence appréciable lorsqu’ils s’enchaînent dans le tracklisting final.
Memphis May Fire fait partie de ces groupes qui s’épanchent dans tous les excès du metalcore. Du moins depuis Broken, publié en 2018, qui marquait une franche rupture avec leurs débuts. Délaissant désormais toute tentative de technicité au profit d’ambitions mainstream, la formation vise le single simple et efficace. Leurs morceaux sonnent de ce fait assez uniformisés, surproduits et conformes aux standards modernes. Memphis May Fire cherche clairement sa place au soleil – noir –, et gonfle bien souvent des constructions très génériques avec des artifices pas toujours très fins. Des titres comme « Overdose » ou « Chaotic » débordent de bidouillages et d’enluminures numériques pour camoufler un mono-riff certes efficace mais répété à l’extrême. Cette tendance à lorgner vers le rock alternatif easy-listening en lieu et place du post-hardcore originel pourrait avoir de quoi exaspérer. Et pourtant, les Texans parviennent à convaincre avec une formule pop-corn dont on ne connaît que trop bien les ficelles, mais qui équilibre judicieusement puissance et mélodies. Tout repose littéralement sur les épaules du frontman Matty Mullins et sa capacité à pondre du refrain catchy à la chaîne, ce dont il s’acquitte avec aisance, en abusant d’un chant clair qui ne laisse plus beaucoup d’espace aux screams. A condition de ne pas être trop exigeant et d’en accepter les poncifs, ce huitième album s’ingurgite sans déplaisir.
Clip vidéo de la chanson « Overdose » (feat. Blindside) :
Clip vidéo de la chanson « Chaotic » :
Clip vidéo de la chanson « Necessary Evil » :
Clip vidéo de la chanson « Hell is Empty » :
Album Shapeshifter, sortie le 28 mars 2025 via Rise Records. Disponible à l’achat ici




























