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Chronique   

Within Temptation – Bleed Out


Pour son huitième album studio, le groupe néerlandais ne passe pas par quatre chemins. Bleed Out est un album dénonciateur et franc dans ses propos. Sa différence commence par la manière dont le groupe a décidé de le présenter, en laissant planer le doute sur sa sortie éventuelle grâce à l’expérimentation du système de singles depuis maintenant trois ans. Dès l’annonce de la tracklist, la couleur est donnée : onze titres, dont le thème principal semble être sombre, percutant et à la fois catastrophiste. Bien que « Bleed Out », « The Purge », « Shed My Skin » ou encore « Don’t Pray For Me » soient déjà connus des auditeurs, le premier titre de l’album ne laisse plus aucun doute : « We Go To War » est un hymne aux batailles menées par et pour le monde actuel. En effet, le groupe ne cache pas s’être inspiré de divers sujets polémiques lors de l’écriture des chansons, comme la guerre en Ukraine, le meurtre de Mahsa Amini en Iran – évoquant le sujet de la lutte pour les droits des femmes – dans le titre éponyme « Bleed Out » – dont la pesanteur des guitares fait écho à la gravité de la thématique – ou encore, d’un point de vue plus culturel, le film iconique Une Nuit En Enfer qui est assimilé à la prise de pouvoir du parti faible et au retournement de situation.

Malgré cette omniprésence du sombre, les titres présentent des riffs de guitare percutants, parfois profonds et mélodieux, rappelant les origines symphoniques du groupe. Ainsi, les refrains lourds de sens restent en tête, peut-être pour compléter leur rôle d’hymnes passionnés. L’aspect épique de l’album n’est pas à mettre de côté, comme dans les chansons « Wireless » et « Shed My Skin » (avec la participation des deux chanteurs du groupe de metalcore Annisokay, lui donnant une teinte entre ombre et lumière), qui tendent à redonner espoir et confiance en l’avenir via des dénonciations subtiles et un message empreint de conseils. Le groupe ne reste pas bloqué sur le négatif : utilisant de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle pour la création du clip de « Bleed Out », et à l’instar de la modernité manifeste, quasi électronique, du son et des arrangements, le septet prouve qu’il est ouvert aux propositions issues de ce monde en évolution. Ainsi, en entamant ce nouveau chapitre, Within Temptation repousse encore les limites de son évolution artistique, en combinant sans artifices ses convictions morales à son approche ambitieuse de la musique.

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Corey Taylor – CMF2


Une nouvelle fois Corey Taylor tombe le masque. Le chanteur de Slipknot est sur tous les fronts et vient de sortir son deuxième album solo. L’occasion pour lui de nous montrer son vrai visage et de nous dévoiler une nouvelle fois sa face pop pas propre. Parce que dans sa tête, c’est un peu le chantier et que sa créativité ne connaît pratiquement aucune limite, le garçon a besoin de s’exprimer à sa façon. Et on s’en aperçoit dès les premières notes de CMF2. « The Box » est une intro acoustique déroutante qui débouche sur « Post Traumatic Blues », un titre furibard aux guitares très hard rock. Et ce n’est qu’un début car, en fait, tout l’album défile comme un véritable roller-coaster émotionnel.

Corey n’a pas son pareil pour mettre la tête de l’auditeur à l’envers. Il passe sans prévenir du morceau à ambiance et rebondissements (« Midnight ») au metal pied au plancher que n’aurait pas renié Slipknot (« All I Want Is Hate », une teinte rock n’ roll en plus, et le final de « Punchline »). Et puis sur un coup de tête, il nous rappelle que le blues fait également partie de ses influences via un « Breath Of Fresh Smoke » plutôt convaincant pour un non-spécialiste. Sa capacité à écrire des tubes est elle aussi évidente. Si « We Are The Rest » aux accents punk gentil se révèle le digne successeur de « CMFT Must Be Stopped », principal single de son premier album solo, « Beyond » au refrain percutant devrait à son tour faire le bonheur des radios US. Et puisque le monsieur semble avoir plongé Stone Sour, son autre groupe, dans un sommeil peut-être définitif, il trouve avec « Sorry Me » et « Someday I’ll Change Your Mind » un autre moyen d’exprimer sa mélancolie et sa fibre pop mainstream. Oui, il y a de tout dans CMF2 et on ressort de cette écoute un peu à l’image de celui qui l’a conçu : secoué mais content.

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Hexvessel – Polar Veil


La dernière fois qu’on avait entendu Hexvessel – sur Kindred, en 2020 – la folk sylvestre du groupe se faisait plus solaire que jamais, presque jazz parfois, et comme toujours, hantée. C’est que depuis 2009, la musique des Finlandais menés par le prolifique et protéiforme Mat « Kvohst » McNerney se fait exploration spirituelle avant tout, entre shamanisme et vénération des dieux anciens, esprits de la forêt et psychédélisme, le tout résumé en une punchline : « Plant trees and worship Sagan ! » [« Plantez des arbres et vénérez (Carl) Sagan ! »] Et c’est au nom de cette exploration spirituelle justement que pour son sixième album, Polar Veil, la troupe a décidé de s’exposer aux frimas…

Au point que « The Tundra Is Awake » ouvre l’album sur un riff purement black metal, façon Norvège enneigée. Ce vent glacial et cristallin souffle tout au long du disque, où on croise la voix d’Okoi (Bølzer) sur « Older Than The Gods » et un solo de Nameless Void (Negative Plane) sur « Ring ». Mais sous la couche de givre, ce qui fait Hexvessel est toujours là : la voix ouatée de McNerney enjôle, la folk se teinte de doom (« Crepuscular Creatures »), et les arrangements – guitare acoustique, violon, piano, avec Ben Chisholm (Chelsea Wolfe) en renfort sur « Listen To The River » – restent résolument lumineux. Car l’hiver septentrional que célèbre Polar Veil, c’est les ténèbres, certes, mais aussi la neige éclatante et les aurores boréales, et l’album tient plus du feu de camp ou de la fourrure protectrice que du conflit avec les éléments. La façon dont Hexvessel s’approprie l’héritage du black metal traditionnel se fait avec une fluidité et un naturel désarmants, mais après tout, avec leur obsession pour les forêts enneigées et la sauvagerie, Burzum, Darkthrone et consorts faisaient déjà, à leur façon, une sorte de folk : l’enchanteur Polar Veil n’avait plus qu’à boucler la boucle.

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Bonfire – Point Blank MMXXIII


Groupe de heavy rock allemand, Bonfire s’est fait un nom en surfant dans la seconde moitié des années 80 sur la vague américaine grandiloquente du hair metal/MTV. Après deux premiers albums, Point Blank (1989), produit par Michael Wagener, est un coffre aux trésors qui, avec ses hymnes énergiques, ses titres mélodiques et ses power ballads, résonne comme une pépite à travers les âges. Le fondateur du groupe, Hans Ziller, avait alors été congédié. Il n’en demeurait pas moins co-compositeur de dix chansons. Tous les ingrédients musicaux avaient été utilisés pour pondre du hit, avec l’aide d’auteurs extérieurs (Jack Ponti, Desmond Child…), mais le succès escompté ne sera malheureusement pas au rendez-vous. Après de multiples changements de line up, Bonfire en est venu aujourd’hui à réenregistrer ses trois premiers albums en quatorze jours. Le chanteur grec Dyan Mair, trentenaire, recruté en 2022 – au timbre moins chaleureux que celui de Claus Lessman, mais au grain plus marqué – et Ziller en chef d’orchestre revisitent nos souvenirs.

Quinze chansons agencées différemment mais qui n’ont pas perdu de leur magie riffistique et mélodique. La tracklist gagne en punch de façon exponentielle. « Tony’s Roulette », « Youth Patrol », « You’re Back » ou « Waste No Time », qui clôt désormais l’album, en sont de parfaits exemples, et le retrait des deux interludes vocaux, dispensables, y contribue sans doute. La ballade à la Scorpions « Who’s Foolin’ You », maintenant électrisée, gagne une touche émotionnelle singulière avec sa flûte de Pan et s’éloigne du stéréotype acoustique permanenté. Les arrangements originaux sont conservés, avec seulement quelques variations mineures : des chœurs introductifs s’adjoignent aux lignes mélodiques de guitares sur « Hard On Me » et « Freedom Is My Belief » prend des teintes heavy-bluesy. Réenregistrer cette madeleine de Proust pour heavy boomers avec une production moderne sans perdre le cachet des années 1980 était un défi. Celui-ci est relevé grâce à un fin équilibre entre conservation de l’architecture musicale originale et remise au goût du jour.

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Roger Waters – The Dark Side Of The Moon Redux


Pour oser réenregistrer The Dark Side Of The Moon, l’un des trois albums les plus vendus de tous les temps et référence ultime en matière de son et de production, il fallait avoir un énorme… égo, bien sûr. Ça tombe bien, c’est justement l’une des caractéristiques principales de Roger Waters. Sa version 2023 du chef d’œuvre de son ancien groupe est-elle à la hauteur de sa légende ?

En fait on aurait plus vite fait de répondre à la question : comment aurait-elle pu l’être ? Pour franchir ce mur insurmontable, Waters a choisi la personnalisation à outrance. En gommant les nappes de clavier aériennes de Rick Wright, la frappe énorme de Nick Mason et bien entendu les guitares tantôt saturées mais le plus souvent planantes de David Gilmour, le bassiste-chanteur s’est totalement approprié le concept album. D’une voix sépulcrale et monocorde, sans même essayer la plupart du temps de chanter, il se contente de réciter littéralement ces morceaux dont beaucoup sont devenus des tubes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils perdent tout leur potentiel commercial dans cette resucée. Si on reconnait aisément la trame musicale (avec pourtant quelques nouveautés comme des chants d’oiseaux samplés ou un violon discret), celle-ci est nettement mise en retrait voire même en sourdine par rapport au récit. Du coup l’ambiance est sombre, étouffante, et n’offre à l’auditeur aucune occasion de se dégager. L’idée est certainement de mettre en avant les textes qui traitent de l’aliénation générée par la société moderne sur les individus (il faut dire que de ce côté-là, ça ne s’est pas franchement arrangé depuis 1973), mais le faire via une voix qui semble sortir d’un pot de yaourt n’est pas forcément la meilleure des idées. Toute la brillance de l’album originel a disparu, et c’est sans doute normal : Waters a désormais quatre-vingts ans. Cet album, c’est donc un peu papy qui raconte avec conviction son Dark Side Of The Moon à ses petits-enfants… et ils s’endorment.

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Maggot Heart – Hunger


Si avec Hunger, Maggot Heart fête ses cinq ans d’existence, Linnéa Olsson, sa tête pensante, est loin d’en être à son coup d’essai. Après avoir fait ses classes en tant que journaliste musicale, on l’a entendue au sein de Sonic Ritual et surtout du bref mais remarqué The Oath. Après un passage dans Beastmilk/Grave Pleasures, on la retrouve cette fois seule maîtresse à bord avec Maggot Heart. Épaulée par Uno Bruniusson (In Solitude, Procession, Grave Pleasures…) à la batterie et Olivia Airey à la basse, elle continue sur la lancée ouverte par Dusk To Dusk et Mercy Machine : au-delà de l’urgence punk et du bon vieux rock’n’roll, Hunger se révèle au fil des écoutes particulièrement roboratif.

Dès « Scandinavian Hunger », on y retrouve ce qui fait la marque de fabrique du groupe : une forme de sincérité et de simplicité percutantes, des accroches qui restent en tête (« You are what you eat » – « Tu es ce que tu manges », tout un programme pour un album intitulé « Faim ») et des musiciens en pleine possession de leurs moyens, le tout amené avec une conviction et une confiance en soi plus affirmées que jamais. Pour la première fois sur la pochette du disque, Olsson prend la place qu’elle mérite : sa voix est de plus en plus assurée et c’est tant mieux, car ses paroles font mouche. Si la musique de Maggot Heart, qui mélange au post-punk de Killing Joke une bonne dose de hard rock et quelque chose de discordant qui évoque tantôt Voivod, tantôt Sonic Youth, semble résolument enracinée dans les années 80, le groupe fait feu de tout bois : il emprunte la crudité et l’atmosphère nocturne du metal extrême, ajoute des cuivres et du piano le temps de quelques titres (la ballade « Archer »), et zigzague entre sensibilité parfois presque pop et solos résolument rock (l’irrésistible « Looking Back At You »). De quoi satisfaire tous les appétits…

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Alkaloid – Numen


L’espace, l’apparition de la vie, les créatures Lovecraftienne omnipotentes… Autant de sujets qui fascinent les acteurs du metal. Pourquoi choisir ? Alkaloid touille le tout à coups de death progressivo-technique. Si les thématiques font penser à une collision fortuite entre The Ocean et The Great Old Ones, le ton s’aligne davantage avec les récents délires de Charlie Griffiths (Haken). Les membres, ayant touché à Triptykon, Obscura, Dark Fortress et Obsidious, n’ont coutume de ménager ni leurs instruments ni notre cerveau, mais Alkaloid se veut accessible.

Lorsque le chanteur-guitariste Morean expose son concept, on cligne des yeux, incapable de déterminer s’il est important ou même possible de comprendre. L’espace, sous forme divine, s’exprime à travers les chansons, tandis que des êtres micellaires panspermique sèment le chaos. On trouve aussi sur Numen trois chapitres de la série transverse « Dyson », avec ses éternels céphalopodes. Peu de frontières résistent : thrash (le refrain de « Shades Of Shub-Niggurath »), stoner (« A Fool’s Desire »)… « Recursion » a quelque chose de primitif, sans parler du « The Folding » façon Nile ou des incantations de « Numen ». Le chant, souvent mi-clair mi-growlé, sans peur du grotesque, s’éloigne souvent des canons du genre. Quelques foyers de chaleur brûlent : des élans latinos (l’interlude « The Black Siren ») et des éclats de flamenco cimentent les parties brutales (« The Cambrian Explosion »), et des airs enjoués propulsent le tout (« Clusterfuck »). Alkaloid sait faire preuve de classe entre les pulsions destructrices (« Alpha Aur ») et ne se prive pas de solos de basse ou d’inspirations jazz. On ne sait pas trop par quel bout prendre Numen, mais, heureusement, tous les bouts sont bons, pour peu qu’on s’accroche avant d’ingérer ces soixante-dix minutes débridées.

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Black Stone Cherry – Screamin’ At The Sky


Guitares éhontément lourdes, potards poussés à fond et refrains imparables : chez Black Stone Cherry, c’est l’efficacité façon bulldozer sinon rien. Véritables maîtres dans l’art de la superproduction à l’américaine, le quatuor du Kentucky ne fait donc pas dans la dentelle et continue de s’attacher à soigner sa marque de fabrique qui a fait son succès jusqu’ici. Pour leur huitième album, les américains hissent une fois de plus haut et fort un hard rock lisse et étincelant qui, s’il déplaira forcément aux antis du genre, saura séduire à coups sûr un plus grand public. Car force est d’admettre que le son sudiste à la sauce moderne et ô combien FM est redoutable et drôlement bien façonné.

Définitivement taillés pour le live, les douze nouveaux titres du groupe ont d’ailleurs été enregistrés à domicile au Plaza Theater de Glasgow (Kentucky), salle de concert mythique louée pour l’occasion et investie de matériel d’enregistrement le temps des sessions. S’il y a bien quelques effusions de sentiments (la power-ballade « Here’s To The Hopeless »), c’est l’énergie faisant écho à leurs prestations live sur-vitaminées qui prévaut, avec son lot de « good vibes » que l’on ressentira sans détours à l’écoute des « bangers » que sont l’entêtant « Nervous », le solaire « Smile, World » ou « The Mess You Made » avec sa ligne de basse claquante, sans oublier « When The Pain Comes », à la rythmique plombée pour mieux lancer le refrain sur orbite, et « Out Of Pocket », premier single de l’album qui annonçait déjà la couleur rugissante. Après avoir partagé l’affiche avec une poignée de légendes du heavy metal, de Mötorhead à Def Leppard, en passant par ZZ Top, les Guns ‘N’ Roses ou encore Whitesnake, les Black Stone Cherry n’ont pas fini de rappeler qu’ils restent suffisamment féroces après plus de vingt ans d’existence, quitte à le crier toujours plus fort… vers le ciel !

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Baroness – Stone


Baroness abandonne le nuancier chromatique pour la matière à l’occasion d’un sixième album qui évoque les caractéristiques de la pierre : la solidité, la permanence. La rupture lexicale indique une rupture musicale, suivant l’habitude d’un groupe qui fuit toute installation dans une formule. Quatre ans après l’ambitieux, profus et parfois confus Gold & Grey, les cartes sont de nouveau rebattues, moins pour ébranler encore les fondations que pour trouver au contraire une stabilité nouvelle. Après l’accident, après le Covid-19, Stone se pose à la fois comme pierre tombale des tragédies passées et comme pierre angulaire d’un futur apaisé. La sortie du tumulte et de son obscurcissant brouillard s’incarne dans une production cette fois limpide et dans une tournure musicale plus directe.

Album du calme après la tempête, Stone n’est cependant pas d’une morne égalité d’humeur. La douceur folk qui affleure çà et là (l’ouverture pastorale « Embers », tout en arpèges acoustiques et harmonies vocales, l’intro à la Midlake de « Magnolia », l’apaisant « Bloom » final) côtoie de denses et lourds moments (« Anodyne », entre heavy et stoner, « Last Word », avec son chant en étendard, sa section rythmique bondissante et son solo sous énergisant) et des détours plus singuliers (l’inquiétant et psyché « Choir », le sombre « Beneath the Rose » qui associe prog massif à la Mastodon et spoken word, le progressif et émotionnel « Magnolia », la beauté sinueuse aux faux airs de Deftones d’« Under The Wheel », dont la douceur sous tension éclate en une effusion post-hardcore). Ces nuances se fondent dans une masse cohérente, comme les minéraux s’agglomèrent dans une roche. Une cohésion qui renvoie aussi à celle du groupe, l’album étant porté par une dynamique collective palpable. Beaucoup plus accessible que son prédécesseur sans être simple, Stone est une pierre riche, composite et parsemée d’éclats précieux.

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Urfaust – Untergang


Vingt ans : c’est ce qu’aura duré l’aventure Urfaust. Fondé en 2003 par IX (guitare, claviers, voix) rapidement rejoint par VRDRBR (batterie), le groupe, qui a su se faire une place dans l’underground en reprenant les principes fondateurs d’Isengard – pour le black metal lo-fi, éthylique, rudimentairement folk – et y ajoutant une bonne dose de Burzum – pour l’ambiant et l’esthétique – a en effet décidé de retourner à l’obscurité d’où il avait émergé après un septième et dernier album, Untergang, sorti cet été. Entre temps, le duo hollandais aura égrené les sorties – splits, live, EPs – et créé un univers singulier, sombre et mélancolique, où l’ivresse et l’errance sont à l’honneur.

Au fil des années, les deux musiciens se sont à l’occasion éloignés du black metal pour traîner leurs guêtres du côté du néo-classique ou de la musique psychédélique : Untergang retrace tout ce parcours, des premiers pas du groupe dont on entend des échos tout au long de l’album jusqu’au très Geist ist Teufel « Abgrund » à ses expérimentations ritualisantes plus tardives (« Atomtod »), le tout sans lambiner. Les morceaux sont relativement courts et permettent aux musiciens d’explorer les différentes nuances d’Urfaust, qui sait se faire lourd et hypnotique (« Untergang » et « Leere »), bourdonnant et méditatif (« Höllenkosmos »), et proprement funèbre à l’occasion (« Reliquienstaub »). On ne sait jamais vraiment ce que disent les déclamations et les hurlements de IX, mais on suppose qu’il s’agit de disparaître en beauté : après deux décennies à arpenter les ténèbres, les clochards ont en effet bien mérité leur repos, et laissent avec Untergang non seulement la bande-son de leur propre cérémonie funéraire, mais aussi une version distillée de leur art derrière eux. Un concentré d’Urfaust qui est paradoxalement une porte d’entrée idéale dans l’univers du groupe.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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