ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Myrath n’a plus peur


L’an dernier Myrath sortait Reflections, une compilation, un best of, un point sur une œuvre du passé, pour mieux envisager l’avenir avec clarté. Et l’avenir démarre avec Wilderness Of Mirrors. Un disque d’un groupe qui revient, à certains égards, avec un nouvel état d’esprit où toute crainte du jugement du public, et celle d’aborder des sujets intimes, s’est effacée. Un disque plus introspectif que jamais où à l’aspect obscur de certaines thématiques répondent à une musique et une philosophie solaires. Un disque plus que jamais fruit d’un laboratoire d’étude et d’expérimentation musicale qui voit les musiciens grandir et étendre, y compris géographiquement, leur moisson d’influences.

Une fois de plus, c’est en longueur et en détail que nous en avons discuté avec le claviériste multi-casquettes Kévin Codfert. C’est avec la justesse des mots et la sincérité qu’on lui connaît qu’il évoque avec nous non seulement la conception de l’album, mais aussi la psychologie du groupe – notamment les problèmes de dépression du chanteur Zaher Zorgati qui en a fait une chanson. Il répond également avec franchise et transparence à des questions plus épineuses, en particulier concernant la polémique autour d’une pochette que certains, sur internet, prétendent avoir été générée par IA. De quoi approfondir, par la même occasion, un sujet que nous avions commencé à aborder la dernière fois.

Lire l’interview…



Chronique   

Miserere Luminis – Sidera


Fruit de la fusion entre Sombres Forêts et Gris, Miserere Luminis a longtemps ressemblé à un one-shot. Le projet prend pourtant aujourd’hui un rythme de croisière respectable, tandis que ses composantes initiales restent au placard. Suite directe d’Ordalie, Sidera amène le groupe au sommet de son art torturé. Se trouver en bonne compagnie aurait-il rendu ces lurons plus gais ? L’œuvre baigne dès l’introduction dans une paradoxale lumière – celle du feu que Miserere Luminis entretient et dont se parent les pochettes. Leur hargne amène au rejet de la fatalité, à un soulèvement de l’âme ; le groupe revendique « une volonté féroce d’exister ». Cette fois-ci moins intelligible, la voix reste indubitablement humaine. Déterminée à faire entendre sa peine, elle part vers le ciel comme les cendres nées de ce feu. Dommage que les tentatives franches de lier plusieurs voix soient rares : on sent là un fort potentiel.

Fort d’une instrumentation cohérente, l’ensemble déchire la réalité. Lorsqu’on croit être au sommet, des paliers sont encore franchis (la fin de « Aux Bras Des Vagues Et Des Vomissures » est, sans mauvais jeu de mots, proprement sidérante). Pour autant, cette intensité n’est ni gratuite ni brouillonne, et des soli ajoutent une dose d’ambiguïté émotionnelle. La batterie de Sidera constitue une agréable surprise. Elle ne cesse de vaciller, désorientant l’auditeur. Aidée par la production (loin de celle du premier opus), elle s’improvise architecte. Ajoutez à cela riffs abstraits et rythmes aux détours inattendus, et vous obtenez des mesures qui se fondent les unes dans les autres. La longueur des morceaux contribue à effacer les repères, et il faut avoir le cœur bien accroché pour ne pas y voir une voie sans issue. Annatar, Neptune et Icare sont assurément des musiciens accomplis, aux talents complémentaires. Pourrait-on les qualifier de « Gaerea francophone » ? Serait-ce réducteur, ou un compliment ? On retrouve sensiblement le même attrait pour des sonorités plus « post- », et cette volonté de transcender par la noirceur toute émotion connue en ce bas monde.

Ecouter des extraits…



Interview   

Existance a toujours le feu


Avec Wildfire, Existance continue sa marche en avant. Après un Wolf Attack très réussi, ils placent le curseur encore plus haut avec ce nouvel album. Naviguant toujours entre le heavy metal et le hard rock, et dans la continuité de leur précédent effort, cette nouvelle livrée n’apporte en soi pas de révolution, mais une démarche de maximisation de l’impact et de l’efficacité, et des nouveautés bienvenues comme le morceau final « Angel Of Farkness » au format allongé et épique. Les fans du groupe ne devraient pas être dépaysés et retrouver l’essence de ce que propose Existance dans ces nouvelles compositions.

Nous avons pu échanger longuement avec Antoine et Géry, respectivement guitariste et batteur, afin de savoir comment ce nouvel album a été conçu, de discuter entre autres du rôle de l’IA dans la musique, mais également de leur signature avec Verycords.

Lire l’interview…



Chronique   

Corrosion Of Conformity – Good God / Baad Man


Si au fil des décennies, le parcours de Corrosion Of Conformity a toujours été émaillé de pauses et de reconfigurations, le cœur du groupe est toujours resté inchangé. Mais c’est à des difficultés d’un tout autre ordre que les Américains ont dû faire face en 2020, lors du décès de leur batteur et membre fondateur Reed Mullin puis du départ de leur bassiste historique Mike Dean. Ces vétérans ne se sont pas laissé abattre pour autant, et avec le soutien d’un nouveau line-up, Pepper Keenan et Woody Weatherman se proposent de faire ce qu’ils font le mieux, c’est-à-dire du bon vieux stoner brut et classique à la fois, et dans les grandes largeurs, avec un double album intitulé Good God / Baad Man. Tout un programme…

Depuis 1982, Corrosion Of Conformity a eu le temps de s’imposer comme valeur sûre, et malgré les changements imposés par les circonstances, c’est comme tel qu’on le retrouve : production organique qui laisse toute la place à la chaleur du son et du studio (« You Or Me »), riffs lourds et rocailleux et approche résolument roots et rock’n roll. Avec soixante-dix minutes au compteur, ce double album laisse la place aux musiciens de se faire plaisir et d’explorer toutes les facettes de leur son, souvent heavy et punk aux entournures sur les premiers morceaux (Good God) et plus bluesy sur les derniers (Baad Man) ; de quoi récompenser des fans qui attendent depuis 2018 et pleurent toujours Mullin. C’est d’ailleurs comme un hommage à ce musicien qu’a été conçu l’album, et plus largement, à cet esprit rock qu’il incarnait : Good God / Baad Man s’écoute aussi comme une histoire du rock de ses racines à son âge d’or. Pepper Keenan revendique l’influence de Discharge, ZZ Top, Motörhead, Neil Young et Black Sabbath, et c’est en effet un peu de tout ça que l’on entend au fil des chansons, de l’enlevé « Gimme Some Moore » avec Al Jourgensen en guest au très ZZ Top, justement, « Handcuff County ». Foin de modernité ou d’innovation : avec Good God / Baad Man, Corrosion Of Conformity se réfugie dans son univers – celui d’un rock authentique – pour reprendre forme, et y invite ses auditeurs avec la générosité qu’on lui connaît.

Ecouter des extraits…



Interview   

Exodus : « nous sommes au sommet de notre art »


A l’heure où les groupes de thrash historiques semblent tirer leur révérence les uns après les autres, il y en a un qui ne semble pas encore près d’arrêter : Exodus. A vrai dire, si son leader Gary Holt reconnaît que ça devient physiquement de plus en plus difficile avec le temps, force est de constater qu’ils reviennent en grande forme avec Goliath, un disque qui expose tout le savoir-faire de ce vétéran du genre, tout en évitant l’écueil du réchauffé : Exodus a plus d’une corde à son arc et prouve qu’il sait surprendre, à l’image du revenant Rob Dukes qui fait usage de toute sa palette vocale. Un album pour lequel tous les musiciens ont mis la main à la pâte créative, si bien qu’ils se retrouvent pratiquement aujourd’hui avec un second album sous le coude. De quoi préparer l’avenir sereinement, et peut-être prendre quelques vacances…

Nous en discutons en détail avec Gary qui revient sur cette conception collaborative et la diversité d’un disque qui ouvre une nouvelle ère et qu’il considère déjà, sincèrement, comme son meilleur depuis… Bonded By Blood. Celui qui a récemment publié ses mémoires évoque également avec une certaine honnêteté le départ de Steve « Zetro » Souza, le contexte dans lequel le groupe évolue, qu’il soit lié à leur âge ou à l’industrie, et des textes qui reflètent un monde de plus en plus violent.

Lire l’interview…



Interview    Radio Metal   

Nature Morte : peinture musicale en clair-obscur


nature morte still life interview radio metal

Depuis une dizaine d’années, Nature Morte s’amuse à brouiller les pistes musicales avec son projet. Puisant aussi bien son énergie dans l’obscurité du black metal que dans la lumière des scènes rock indé, le trio est un véritable hybride. Cette liberté artistique, qui rappelle forcément celle de Deafheaven ou d’Alcest, a forgé la singularité du groupe. Ajouté à cela, Nature Morte propose un jeu de lumières très spécifique, qui apporte une dimension introspective supplémentaire à sa musique. Sa réputation l’a amené à se produire au Hellfest ou encore au Tyrant Fest 2023, devant un public systématiquement saisi par la performance. Aujourd’hui, le groupe présente son album Still Life, un disque qui joue toujours avec des registres musicaux différents, mais aux tonalités plus froides. L’intention reste la même : toucher l’auditeur au plus profond de sa cage thoracique.

Nous avions rencontré le trio au 9-9 bis d’Oignies dans le cadre d’un entretien spontané, où le groupe avait brièvement présenté sa démarche et sa façon de faire. À l’aube de la parution de ce nouvel album chez Frozen Records, nous retrouverons à nouveau le combo, qui s’étendra davantage sur ce disque appelé à faire parler de lui. Alors que le groupe s’apprête à arpenter les routes pour se produire sur différentes scènes en France, il répondra à nos questions depuis son studio de répétition. L’occasion de revenir sur les thématiques et le concept développés par Still Life, ainsi que sur la trajectoire artistique empruntée par le groupe. Nature Morte sera en direct ce lundi soir sur notre antenne dans l’émission Repas de Corbeaux.

Écouter l’émission…



Chronique   

Moodring – Death Fetish


Death Fetish est un disque de survie pour Hunter Young. S’il a déversé toute sa haine avec l’album des deathcoreux épileptiques de Psycho-Frame, le musicien a été contraint pour raisons médicales de laisser ses camarades en assurer la promotion et la tournée. Recroquevillé par la force des choses sur lui-même et ses émotions, il aura de fait remodelé seul les contours de son projet initial Moodring. Désormais accompagné par SharpTone Records, il livre dans la douleur un recueil de morceaux sombres et tiraillés.

Moodring cultive désormais un certain mystère autour d’un possible line-up. Il est certain que Young en tient désormais pleinement la direction artistique tant Death Fetish exhale ses frustrations personnelles. Il ne renie jamais l’approche metal alternatif du précédent opus, mais laisse définitivement une noirceur vénéneuse s’immiscer dans tous les recoins. L’album s’avère nettement plus suffocant que son prédécesseur, les passages éthérés aux teintes shoegaze ne perçant qu’occasionnellement – l’électro-rock de « Ketamine », « Coldmetalkiss » – un magma bouillonnant de metalcore désespéré. Le disque se parcourt presque comme un testament regorgeant de passages émotionnellement surchargés, l’ensemble poussant si loin dans l’introspection qu’il en devient presque incommodant. Young est littéralement à nu, vulnérable, au bord de l’abîme. Il exorcise ses démons et névroses à cœur ouvert, positionnant l’auditeur dans un rôle de voyeur. Death Fetish affiche une intensité de tous les instants, navigue constamment entre décharges de pure agressivité et mélodies ultra accrocheuses, traite sans faux-semblant de sexualité trouble, d’addictions et de difficultés mentales. Young y fait preuve d’une versatilité totale et laisse rejaillir ses influences nu-metal sans jamais sombrer dans le revival un peu vain – le riff de « Stfa » aurait pu être écrit par le Korn de la grande époque. Musicalement comme vocalement, Death Fetish est un album d’une puissance pénétrante. Un disque tourmenté aux refrains hautement aliénants.

Ecouter des extraits…



Interview   

Black Label Society et sa « nouvelle boîte de donuts »


Il a tout fait, tout vu, tout joué, Zakk Wylde est un musicien à part. Depuis la fin des années 80, son jeu massif, nourri aux riffs monolithiques et aux harmoniques hurlantes, traverse les époques sans jamais se diluer. Révélé au monde en devenant le bras droit d’Ozzy Osbourne alors qu’il n’était encore qu’un jeune musicien, il n’a pas seulement intégré l’histoire du heavy metal, il en est devenu l’un des visages permanents. De Black Label Society à Pantera, de Zack Sabbath aux célébrations d’Experience Hendrix, Wylde occupe simultanément plusieurs territoires. Frontman, guitar hero, sideman, gardien d’héritage. Peu d’artistes peuvent se targuer d’avoir accompagné une légende, construit leur propre empire sonore, puis contribué à maintenir vivante la mémoire d’autres icônes du genre.

Mais derrière l’imagerie viking, les guitares bullseye et les hymnes taillés pour l’arène, il y a une fidélité indéfectible. Une loyauté presque archaïque. Celle qu’il vouait à Ozzy. La disparition du Prince des Ténèbres a marqué une fracture intime. Plus qu’un employeur. Plus qu’une idole d’enfance, Ozzy était devenu un mentor, un ami, le parrain de son fils. Et lorsque Wylde évoque la chanson écrite après sa mort, on comprend que, pour une fois, le riff n’était plus seulement moteur – il devenait catharsis. À l’heure où son nouvel album voit le jour, fruit d’un processus étalé sur plusieurs années et d’une quarantaine de compositions filtrées jusqu’à l’essentiel, Zakk Wylde ne parle ni stratégie ni carrière. Il parle gratitude. Discipline. Café. Steak and eggs. Et cette philosophie simple : faire ce que l’on aime, ignorer le bruit ambiant, avancer coûte que coûte.

Rencontre avec un musicien qui, malgré des décennies au sommet, continue de considérer chaque jour comme un cadeau – et chaque disque comme une nouvelle boîte de donuts à partager.

Lire l’interview…



Live Report   

Luicidal / Locomuerte : aller-retour entre Venice Beach et le Mexique


Ce récit commence un mardi soir printanier dans un petit quartier de Pessac, non loin de la rocade bordelaise. Le soleil se fade peu à peu, les oiseaux chantent tout bas et l’univers se fait de plus en plus paisible, laissant tranquillement place à une nuit douce dotée d’un ciel dégagé, dans le calme et le repos. Tout semble s’endormir… sauf peut-être une salle remplie d’irréductibles Girondins, de son doux nom fort pratique Sortie 13, présentant une intimiste capacité de cent cinquante personnes affichant complet, et ce, depuis belle lurette. Car bien qu’il ne soit plus rare désormais de croiser la route de ces locos de Locomuerte dans l’Hexagone, il est moins courant d’avoir la chance de rencontrer des membres originels de Suicidal Tendencies, groupe phare connu pour ses énormes turnovers de line up et reconnu par un public dont la fidélité ne trompe jamais.

Ce soir, si on souhaite rencontrer Louichi Mayorga ou encore Mike Clark (Rocky George étant absent de cette tournée pour raison de santé), il faut « officiellement » doubler le prix du billet afin d’accéder à un meet and greet officiel, ou sinon profiter de la grande soif du guitariste et simplement se présenter au bar en même temps que lui, puisqu’il s’agira de son point de ralliement pré- et post-concert. Le public remplissant Sortie 13 ressemble à des mecs ayant oublié (ou refusé, qui sait) de grandir : vans, chaussettes hautes, short baggy, maillot type basketball, casquette vissée sur la tête, couvrant elle-même un foulard noir et blanc, pour un dépaysement ricain de la tête aux pieds. Des chevelus semblant s’être rassemblés autour d’une même cause : redorer le blason du thrash punk.

Lire la suite…



Chronique   

Black Label Society – Engines Of Demolition


Quatre ans, c’est le temps qu’il aura fallu à Zakk Wylde pour façonner Engines Of Demolition. Un processus inhabituellement long pour Black Label Society, habitué aux albums écrits d’un seul jet. Ici, les idées se sont accumulées par vagues successives avec pas loin de quarante morceaux, avant d’être réduites à une sélection resserrée. Ce temps se ressent, le disque est plus nuancé, plus contrasté, sans pour autant trop dériver du style du groupe. Dès « The Gallows », Wylde pose ses bases : riffs massifs, groove épais, tension constante. « Lord Humungus » pousse encore plus loin cette approche avec un tempo écrasant, presque poisseux, où chaque note semble peser son propre poids. À l’inverse, « Broken And Blind » ouvre une brèche plus mélodique, laissant respirer les arrangements et mettant en avant une voix moins rugueuse, plus habitée. Mais c’est « Name In Blood » qui synthétise le mieux cette dualité. Derrière la lourdeur des guitares, une vraie fragilité affleure, comme si Wylde cherchait moins à impressionner qu’à transmettre. Une évolution subtile mais réelle dans son écriture. Black Label Society touche juste quand le heavy se fissure légèrement pour laisser passer le blues, et avec lui, quelque chose de plus humain.

L’album trouve réellement son point culminant avec « Ozzy’s Song », placé en clôture. Écrit avant la disparition de Ozzy Osbourne mais retravaillé pour l’occasion, le morceau tranche avec le reste par sa retenue. Une atmosphère aérienne et lumineuse qui laisse la voix de Wylde transmettre son amour pour l’artiste. C’est plaisant de sentir un peu de lâcher-prise et de vulnérabilité chez lui. Les paroles sonnent comme un hymne universel sur le manque, la mémoire, et ce lien qui ne disparaît pas vraiment. Même dans le solo, il n’y a pas de trace de démonstration, juste l’envie de rendre hommage. Sans révolutionner sa formule, Black Label Society livre ici un album plus étiré, presque introspectif. Engines Of Demolition s’impose par sa densité et par ce qu’il laisse transparaître derrière la saturation, le temps qui passe, et ce qu’il emporte avec lui.

Ecouter des extraits…



  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
    previous arrow
    next arrow
     
  • 1/3