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Mantar – Post Apocalyptic Depression


Larsen, « check, check! », riff. Mantar revient aux fondamentaux et instaure une proximité avec l’auditeur qui se retrouve catapulté entre les vociférations envenimées d’Hanno Klänhardt et la frappe assourdissante d’Erinç Sakarya. Un leitmotiv : « primitif ». Ils n’ont même pas pris la peine d’amener leurs propres instruments en studio, utilisant le matériel trouvé sur place. Et pourtant, Mantar n’a jamais autant sonné comme lui-même, preuve qu’un son se fait avant tout avec son corps et une intention.

Post Apocalyptic Depression, c’est un peu ce groupe qui se réunit et fait de la musique pour la première fois en mettant ses tripes sur la table sans réfléchir. Groove, punk attitude, guitare baveuse à la limite du sludge : on est tenté de faire le parallèle (que fait déjà la pochette) avec le premier album Death By Burning (2014), si ce n’est pour des formats plus explosifs et expéditifs. La tonalité générale, rugueuse, sauvage, désabusée, sonne comme un hommage aux années 90. Il y a du « Sweet Dreams » version Marilyn Manson ou du « Bleed The Freak » d’Alice In Chains dans l’arpège qui démarre « Halsgericht », avant que le duo ne lâche les chevaux en empruntant des dissonances au black metal d’époque. Le furibard « Axe Death Scenario » s’accorde même quelques blast-beats. C’est sombre et jouissif comme un bon vieux film d’horreur – « Morbid Vocation » ou « Face Of Torture » : tout est dans le titre. L’efficacité prime, avec du riff à gogo. Il faut dire qu’avec seulement une guitare et une batterie, ils ne peuvent que se concentrer sur l’essentiel, mais, surtout, en n’écoutant que leur instinct, ils retrouvent un niveau d’accroche qu’on n’avait pas entendu depuis le fameux « Era Borealis ». « Cosmic Abortion », dans un entrain entre « Orgasmatron » et « Roots Bloody Roots », saccage nos tympans et éteint nos neurones à coup de « kill, destroy, fuck shit up » bestial ; un appel, aussi outrancier qu’irrésistible, à tout mettre sens dessus dessous. Un sain défouloir comme seules les musiques extrêmes savent en offrir.

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Bleeding Through – Nine


Emporté un peu malgré lui dans le sillon de la vague metalcore du début des années 2000, Bleeding Through avait tenté avec The Truth de se conformer aux standards de l’époque. Peine perdue. A l’instar du frère jumeau Eighteen Visions – le frontman Brandan Schieppati a un temps officié dans les deux groupes –, les natifs du côté d’Orange ont rapidement fait reculer le chant clair, sans l’exfolier totalement, pour revenir à une formule plus frontale. Si Love Will Kill All, qui marquait la résurrection du groupe après un hiatus de quatre années, était là pour rassurer, Nine amorce pour sa part quelques légères évolutions.

Bleeding Through vient du hardcore. A ce titre, son écriture recherche l’efficacité. Muscles saillants, visages crispés, les Californiens empilent les parpaings avec pour principal objectif de briser des nuques par paquets de douze. La production est assommante, le son de guitare acéré au possible et le batteur enchaîne blast-beats et breakdowns avec la subtilité d’un épileptique sous Red Bull. Bleeding Through coche sans problème ni honte tous les clichés du genre, mais cultive pourtant sa singularité par l’intermédiaire de sa claviériste Marta Demmel – anciennement connue sous le nom de Marta Peterson. Cette dernière tapisse le riffing marteau-piqueur de ses comparses de claviers macabres typiquement black. Ce n’est pas une nouveauté, mais sa contribution a clairement été renforcée, tout comme sa place dans le mix final. L’importance des nappes mélodiques est à double tranchant : Nine pourra autant intriguer les curieux que paraître kitsch aux oreilles des coreux pur jus. Bleeding Through fait par ailleurs le choix de laisser au chant de Marta une véritable place, et notamment des refrains clairs accrocheurs désormais partagés avec Schieppati – « Lost in Isolation », « Emery ». Le sextet met ainsi un peu d’eau dans un vin bien corsé mais casse également une monotonie que l’on pouvait reprocher à certains de ses précédents disques, sans perdre au passage son agressivité viscérale. Ou si peu.

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Lacuna Coil – Sleepless Empire


Lacuna Coil doit probablement sa longévité à sa capacité d’adaptation. Les Italiens ont su rester attentifs aux tendances et faire doucement évoluer leur approche musicale, sans trahir le cahier des charges initial. Certains choix ont rebuté les puristes, mais le groupe a toujours réussi à équilibrer sa balance entre envies mainstream et intégrité. Avec ses deux derniers albums – Comalies XX restant une parenthèse –, Lacuna Coil s’est engagé vers des terrains plus sombres. Sleepless Empire se profile à ce titre comme le dernier volet de la trilogie amorcée avec Delirium en 2016.

L’incarnation actuelle de Lacuna Coil est celle de la puissance et de la noirceur, marquée par un Andrea Ferro à la bestialité décomplexée. Longtemps relégué au second plan derrière une Cristina Scabbia plus virtuose, le frontman a fait le choix de laisser de côté son chant clair, d’une justesse parfois contestable, pour se concentrer sur les growls. Une orientation qui a clairement impulsé une dynamique nouvelle. S’il sait pouvoir compter sur une véritable férocité du chant masculin, le compositeur-bassiste Marco Coti Zelati ne pousse pas pour autant l’agressivité aussi loin que sur Black Anima. Les différences sont minimes, mais ses compositions respirent davantage, notamment en intégrant des teintes gothiques plus prégnantes. Le groupe ne revient pas aux claviers mélancoliques des premières heures, mais quelques chœurs incantatoires et samples discrets s’entremêlent sans heurts aux riffs acérés ainsi qu’à une basse toujours très ronde – « Oxygen », « In Nomine Patris ». Les Italiens avancent malgré tout sur un terrain ultra-connu et balisé. Lacuna Coil a su trouver sa place, modulant son registre initial vers des influences alternatives voire pop, Cristina Scabbia atteignant des hauteurs stratosphériques, aussi bien dans le spectre vocal que dans la dimension catchy de ses refrains. Sans révolution, Sleepless Empire prolonge efficacement l’expérience des derniers opus. Dans l’immédiat, c’est suffisant. A l’avenir, il semble indispensable que le groupe amorce une nouvelle mue.

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Hangman’s Chair – Saddiction


En une vingtaine d’années d’activité, les Parisiens d’Hangman’s Chair ont fait du chemin, de leurs débuts dans la scène hardcore au sludge et au doom, teinté peu à peu de grunge à la Alice In Chains et de post-punk. Avec A Loner, sorti en 2022, ils ont amorcé une trilogie placée sous le signe de la dissolution voire de la désintégration, plus sombre et urbaine que jamais. Son second volet annonce la couleur dès son titre, Saddiction : entre solitude, regrets et apathie, cette addiction à la tristesse a tout de l’univers familier pour le quatuor, qui, une fois de plus, le retranscrit comme personne…

Le premier titre, « To Know The Night », nous replonge immédiatement dans l’ambiance de A Loner : lourdeur distillée en volutes narcotiques, sensation glaçante d’espace où se perdent des arpèges à la The Cure et une batterie à la caisse claire qui claque, vocalises mélancoliques, introspection écorchée vive. La fin hante le disque dès ses premières minutes (« I am thinking of ending things », chante Cédric Toufouti) et ne lâche jamais son emprise, que le groupe soit à son plus éthéré (« In Disguise », « 44 YOD » et son atmosphère presque Deftones) ou à son plus plombant (l’ouverture laminante de « The Worst Is Yet To Come », la basse à la fin de « Kowloon Lights »). Pas uniformément sombre mais éclairé d’une lumière de lune ou de chimie, Saddiction, version citadine et ultracontemporaine du Pornography de The Cure, a quelque chose de l’engourdissement du milieu de la nuit, celui qui, qu’il soit causé par les psychotropes ou l’insomnie, le poids du passé ou l’absence d’avenir, fait redouter le lever du soleil. « Écrire des chansons tristes, c’est un peu ce que nous savons faire le mieux », nous disait Medhi Thepegnier il y a quelques années, et c’est en effet ce que fait avec brio Hangman’s Chair tout au long de ces neuf titres. Avec, pour la première fois, l’embryon d’une lueur au bout du tunnel ?

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Dream Theater – Parasomnia


Beaucoup l’espéraient toujours, peu y croyaient encore : Mike Portnoy, batteur emblématique, fondateur de la formation reine du metal prog, est de retour au bercail. Si jamais on avait douté que changer rien qu’un membre pouvait changer toute une alchimie, on en a ici la confirmation. Mike Mangini, sous-mixé sur A Dramatic Turn Of Events (2011), sur-mixé sur l’album sans titre (2013), comme les symboles d’une place difficilement trouvée, malgré un indéniable talent, n’avait jamais vraiment réussi à faire oublier son prédécesseur. On retrouve donc ce groove mat, chaud, épais, ces roulements et plans signatures, cette symbiose avec la guitare de John Petrucci. Un certain réconfort, une familiarité retrouvée se dégage, comme si on revenait directement après Black Clouds & Silver Linings (2009).

Le démarrage inquiétant et la huit-cordes de l’instrumental d’ouverture « In The Arms Of Morpheus » donnent le ton. Dans l’ensemble plutôt sombre, l’album établit une proximité musicale immersive bienvenue avec le thème de la parasomnie. Mais là où on l’avait connu avec des partis pris artistiques apportant une part de surprise à ses sorties, ici, Dream Theater fait surtout dans le classique – pour ce que ce terme peut avoir à la fois de péjoratif et de noble. Au point de faire souvent écho à son œuvre passée : à « A Nightmare To Remember » pour l’atmosphère cauchemardesque de « Night Terror » (même le riff principal semble lui avoir été emprunté, dans une déclinaison aigüe et accélérée) ou à « The Great Debate » pour les passages Toolesques de « A Broken Man », par exemple. Tout l’arsenal est déployé, de la grosse rythmique qui fait headbanguer (« Midnight Messiah ») à la ballade qui dégouline (« Bend The Clock »), en passant par la virée épique et son développement instrumental délicieusement foufou (« The Shadow Man Incident », pavé qui avoisine les vingt minutes). Peut-être que si Parasomnia était sorti il y a quinze ans, on aurait été plus sévère, on aurait déploré un groupe trop prévisible qui ne se renouvelle plus, que les lignes vocales et mélodies ne marquent plus autant l’esprit qu’aux grandes heures, que la virtuosité ne suffit pas, mais là, on est simplement heureux de retrouver le Dream Theater qu’on a tant aimé, dans sa complétude.

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Majestica – Power Train


Originellement nommé ReinXeed avant d’être rebaptisé en 2019, Majestica est le bébé de Tommy Johansson, qui a fraîchement quitté la grosse machine heavy metal qu’est Sabaton. Un départ (dont les raisons sont justifiées plus en détail dans son interview à venir) majoritairement dû à sa volonté de se consacrer à cent pour cent à son groupe et à ses autres projets. En résulte Power Train, un album haut en couleur et débordant d’énergie.

C’est avec une explosion de puissance qu’est entamé le titre éponyme. Les quatre membres y donnent de la voix, appuyant l’aspect storytelling. Il semble évident que le morceau a été travaillé comme un tube destiné à être chanté en chœur lors des concerts. Rapidement, on retrouve les éléments classiques voire stéréotypés et clichés (il suffit de lire les titres) du genre, mais également une diversité de tons et de tempos légèrement plus marquée, la formation ayant synthétisé ses expériences passées, entre le power metal d’Above The Sky (2019) et la dimension hautement symphonique d’A Christmas Carol (2020). On a affaire à un mélange parcimonieux d’éléments orchestraux (« Alliance Anthem » et « Battle Cry »), de puissance ou même de lourdeur (« Megatrue ») et de vitesse de jeu (« A Story In The Night »). « Battle Cry » ou « No Pain, No Gain » arborent les marqueurs plus ou moins subtils des influences du groupe : Rhapsody Of Fire et la BO de Pirates Des Caraïbes pour la première, Sonata Arctica pour la seconde. « My Epic Dragon », aux mélodies Disney-esques, saura satisfaire quant à elle les fans de chant aigu ; Tommy lui-même qualifie cette chanson d’une des plus hautes qu’il ait jamais enregistrées. Power Train est un condensé de bonne humeur, plus finement travaillé que ses prédécesseurs, mais pas moins grandiloquent – au contraire. La question est surtout de savoir si, dans une scène surpeuplée où il devient difficile de faire sa place, ce disque saura sortir du lot. Une chose est sûre, le voyage épique dans lequel on embarque laisse un arrière-goût de reviens-y une fois arrivé au terminus. C’est en soi, déjà, un élément de réponse.

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Jonathan Hultén – Eyes Of The Living Night


Depuis la sortie de son premier album solo, Chants From Another Place, en 2018, Jonathan Hultén a décidé de voler de ses propres ailes et de quitter le groupe dans lequel il était depuis son adolescence, Tribulation. Une façon de rediriger ses forces et sa créativité vers la folk atmosphérique et intimiste qu’il avait commencé à dessiner dans ce premier opus, puis dans The Forest Session, qui en 2022 reprenait des morceaux plus anciens de façon minimaliste et bucolique. Si la genèse de Chants From Another Place avait pu se déployer dans le temps, le deuxième album de l’artiste, Eyes Of The Living Night, a été réalisé de manière beaucoup plus ramassée, pour un résultat paradoxalement plus vaste et toujours aussi éthéré…

Car si avec « The Saga And The Storm », on retrouve l’univers onirique et la voix unique d’Hultén, dès ce premier titre, sa musique s’étoffe : nappes de clavier et touches de guitare saturée s’invitent et culminent en un solo habité et un crescendo qui rappelle le travail du musicien dans Tribulation. L’album est conçu comme un voyage de l’obscurité à la lumière, explorant paysages intérieurs et atmosphères tout en nuances, comme peintes à l’aquarelle, qui peuvent faire penser tantôt à Alcest, tantôt à Chelsea Wolfe. Au fil de celui-ci, on rencontre des quasi-berceuses (« Falling Mirage »), des morceaux minimalistes au clavier (« Riverflame », où la voix d’Hultén brille particulièrement, l’instrumental et expressif « Through The Fog, Into The Sky ») et même une valse (« Song Of Transience »), le tout menant à un final solaire, « Starbather », teinté de rock retro à la Beatles. « The Dream Was The Cure » (« le rêve était le remède ») suggère le titre d’une chanson : avec Eyes Of The Living Night, Jonathan Hultén invoque et célèbre les ressources de la contemplation et de l’inconscient, et se montre à la fois fidèle à sa vision et particulièrement doué pour les métamorphoses…

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The Night Flight Orchestra – Give Us The Moon


Une nouvelle ère s’ouvre pour The Night Flight Orchestra après le « départ » de son cofondateur et copilote David Andersson pour son ultime voyage. Give Us The Moon, c’était une absence à surmonter ; un défi à relever. Ce septième album doit maintenant répondre à une question : la compagnie est-elle viable sans celui qui, aux côtés de Björn Strid, en a donné la direction, par son son, son sens mélodique, ses thématiques et son exubérance musicale parfaitement contrôlée ?

Après un passage par la salle d’embarquement (l’intro « Final Call »), le décollage vers les « Stratus » se fait en douceur et le vol prend des allures réconfortantes. Tout y est : le classic rock, les rythmes entraînants, les mélodies ultra catchy, les riffs guitare-clavier sans vergogne, les chœurs pétillants, les couleurs flashy… Pas de doute, voilà The Night Flight Orchestra tel qu’on l’aime et l’a aimé, comme si rien ne s’était passé. On passe de la pop naïvement enjouée et sautillante de « Shooting Velvet » au disco-funk dansant et entêtant de « A Paris Point Of View », en finissant sur la virée épique de « Stewardess, Empress, Hot Mess (And The Captain Of Pain) » qui, par divers détours, fluides, sans jamais perdre le fil, nous emmène vers le soleil couchant. Les refrains sont à faire pâlir les plus gros producteurs de tubes eighties (« Like The Beating Of A Heart », « Runaways »). Quelques sonorités prog rétro, des cris suraigus (la fin de « Cosmic Tide ») et une pointe de mélancolie typiquement suédoise viennent étoffer une partition légère, feel-good, fun, mais certainement pas superficielle. Avec The Night Flight Orchestra, le kitch devient, par un incroyable tour de passe-passe – et la force du talent, surtout –, le summum du bon goût. Give Us The Moon est une évasion dans un autre espace-temps, un autre plan, presque décalé, de la réalité, où tout est insouciant, grisant et lumineux. Il y a deux ans et demi, l’avenir de l’équipage pouvait sembler incertain. Aujourd’hui, il est radieux. Mr. Andersson, où qu’il soit, peut être fier.

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Cave In – Jupiter (25th Anniversary Reissue)


Cave In aura connu d’impressionnantes évolutions au cours de sa longue carrière. Sa transformation la plus marquante est opérée à l’occasion de Jupiter, un album devenu culte mais qui ne manque pas de désarçonner la petite fan-base du groupe à sa sortie. Catalogué hardcore mais témoignant dès ses premiers travaux d’une certaine complexité d’écriture, le quatuor pousse sans prévenir ses envies d’expérimentations en opérant un virage à cent quatre-vingts degrés. A l’occasion de ses vingt-cinq ans, le groupe offre à son disque charnière un petit lifting de circonstance et une réédition accompagnée de quelques raretés.

Cave In s’inscrivait à ses débuts dans le sillon de Converge, qui avait émergé quelques années plus tôt. Stephen Brodsky a d’ailleurs joué dans les deux formations, avant de faire de Cave In sa priorité. Avec Jupiter, le quatuor repart presque de zéro. Jupiter est un disque lumineux, cosmique, aux antipodes de la rage décomplexée et chaotique de son prédécesseur. S’orientant vers un space rock alternatif, les musiciens s’abandonnent dans un délire teinté de psychédélisme, d’arpèges et d’effets de réverb hypnotisants. Le sens du riffing est toujours là, mais il s’exprime au service de constructions lumineuses, contrastées et épurées. La formation triture les sons, se laisse porter vers la lumière, étire ses instrumentations mais n’est pas pour autant en roue libre. La section rythmique a conservé sa puissance de frappe et cadre rigoureusement l’ensemble, pendant que les guitares virevoltent en apesanteur. On sent les mélodies finement et longuement réfléchies, à l’instar des vocaux de Brodsky. Les hurlements se font rares mais judicieux, laissant place à un chant clair planant et léché, qu’il peaufinera encore davantage sur l’opus suivant, Antenna. L’album est sublime : le coup de polish apporté sur le master n’était en ce sens pas indispensable mais reste bon à prendre. Tout comme les titres bonus ajoutés au tracklisting : un live de bonne facture, des démos et une reprise du fameux « Dazed And Confused » du Zep. Un choix de cover qui sonne comme une évidence.

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Stick To Your Guns – Keep Planting Flowers


Stick To Your Guns reste fidèle à lui-même. Un peu comme ce vieux pote qui, à l’approche de la quarantaine, se satisfait de sa vie d’éternel adolescent et que l’on prend plaisir à recroiser pour partager une pinte. Les Américains connaissent leurs gammes, les appliquent avec sérieux et font preuve d’une belle régularité. Ils enchaînent les sorties et tournent inlassablement. La philosophie punk hardcore. Rien de plus, rien de moins.

Le quartet a grandi au cours de ces six premières années, marquées par trois LP efficaces et une certaine valse des musiciens. Si le frontman Jesse Barnett est désormais le seul membre historique, Stick To Your Guns a trouvé sa stabilité depuis Diamond en 2012. Un disque qui, en plus de fidéliser son effectif, définissait l’équilibre musical de leur musique. Les envies metalcore ne sont jamais loin, mais le combo d’Orange Country a su conserver son feeling punk. Keep Planting Flowers déroule dix morceaux pour un timing général d’à peine vingt-quatre minutes. Pas de circonvolutions inutiles : la formation est attachée à ses tempos rapides, aux riffs simples et aux gimmicks hardcore pur jus. Ce huitième album transpire à ce titre l’urgence du live et le sable californien, enquille breakdowns propices aux déhanchements 2-step, chœurs « wow wow » et autres refrains bardés de backing-vocals scandés poing en l’air. Il ne réinvente pas la roue, mais la laisse tourner tambour battant en affichant une dynamique ultra-mélodique sans (trop) sacrifier son agressivité sur l’autel de l’accessibilité. Le morceau éponyme parvient même à convaincre malgré une distorsion épurée, le chant arraché de Barnett lui offrant une tension émotionnelle vibrante sans user du piège d’un refrain clair. A condition d’accepter les poncifs du genre et le relatif surplace du groupe, Keep Planting Flowers est un bon défouloir emballé dans une production bodybuildée. On pourra voir le disque comme un simple prétexte à reprendre la route, mais après tout, c’est bien sur scène que le genre prend tout son sens.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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