Toutes les bonnes choses ont une fin, et Dave Mustaine a eu la clarté d’esprit de mettre un terme à Megadeth alors que ce dernier avait atteint un nouveau sommet dans sa carrière, avant que ses problèmes physiques ne deviennent insurmontables et ne dégradent ses prestations. Ce dix-septième album, sans titre, sera donc le dernier. S’il n’a pas été conçu dès le départ avec cette idée en tête, il en a tous les marqueurs, entre un condensé de ce qui fait l’essence de la formation, confessions, point final épique avec « The Last Note » et boucle qui se referme avec la reprise du « Ride The Lightning » de Metallica.
Quelques semaines après avoir échangé avec Dirk Verbeuren au sujet de son projet grind Bent Sea, nous avons convenu d’un nouveau rendez-vous pour discuter en profondeur d’un disque qui a tout d’une sortie par la grande porte, mais aussi revenir sur les dix ans, déjà, que le batteur a passés aux côtés d’un des inventeurs du thrash (nous nous étions d’ailleurs entretenus avec lui au moment de son arrivée dans le groupe). Il nous plonge à la fois dans la conception du disque et dans le groupe lui-même, balayant certains préjugés sur un leader à la forte personnalité, revenant sur les remaniements de ces dernières années, définissant sa propre place et les rôles qu’il s’est trouvés au sein du quatuor, dérivant sur divers sujets tels que la technologie et évoquant son avenir. Un entretien long, riche et instructif à lire sans modération.
« C’était une surprise, mais à la fois, j’ai toujours su en rejoignant le groupe il y a presque dix ans que ce moment arriverait tôt ou tard. »
Radio Metal : Comment Dave Mustaine vous a annoncé sa décision de mettre fin au groupe et que le nouvel album serait le dernier ? Comment avez-vous réagi au sein du groupe ?
Dirk Verbeuren (batterie) : C’est venu un peu par surprise parce que quand nous avons attaqué la création de l’album, nous n’en avons pas du tout discuté. Je pense qu’à un moment donné, il a passé deux semaines à enregistrer intensément et il s’est rendu compte que ses douleurs dans les mains étaient en train de s’aggraver. C’est là que l’idée est née. Il a senti que, physiquement, ça n’allait pas aller en s’améliorant et qu’il préférait arrêter avant que ce soit à un niveau où nous ne jouions plus bien. Il en a donc parlé avec le management. L’album était déjà aux deux tiers terminé. J’avais déjà fait toutes mes parties et ils avaient fait une bonne partie des guitares et des basses. Je pense que le chant était encore largement à faire. C’est là qu’il nous a annoncé que son idée était de faire une tournée finale et que ce serait le dernier album studio. Il nous a expliqué pourquoi. C’était une surprise, mais à la fois, j’ai toujours su en rejoignant le groupe il y a presque dix ans que ce moment arriverait tôt ou tard. Après avoir absorbé le choc, je me suis dit : « Pourquoi ne pas finir en étant encore au top ? » Il y a des groupes qui continuent encore et encore, jusqu’au point où ils sont obligés d’annuler plein de dates parce que ça ne va plus. J’espère que nous n’en arriverons pas là, car notre tournée va durer un moment. Au final, j’ai fait la paix avec cette décision. Quelque part, c’est un peu rassurant que nous allons promouvoir cet album, que nous allons faire des dates pour célébrer toute l’histoire de Megadeth avant le point final.
Apparemment, ça faisait longtemps qu’il pensait à prendre cette décision et elle intervient surtout – comme tu l’as précisé – pour des raisons de santé, à cause de problèmes physiques avec ses mains, au niveau du cou, etc. Comment ces problèmes de santé se traduisent en tournée ? En vois-tu toi-même les effets ?
Non, parce que lorsqu’il va sur scène, il se donne toujours à cent pour cent, comme le reste du groupe. Personnellement, je ne le vois pas, mais je comprends, parce que j’ai moi-même vu ma propre évolution au niveau de la batterie. Je me rappelle quand j’avais entre vingt et trente ans, c’était facile… Enfin, non, ce n’était pas facile parce que je jouais des parties assez difficiles avec Scarve et Soilwork, mais physiquement, on sent un changement à mon âge. On se rend compte que si on ne prend pas soin de soi, ça ne va plus aussi bien qu’avant [rires]. J’ai vraiment commencé à prendre soin de moi sur le plan de la nourriture et sommeil. Je m’entraîne régulièrement à la batterie, y compris en dehors de Megadeth. C’est nécessaire parce que, sans ça, j’aurais trop de mal, surtout en début de tournée. Une fois qu’une tournée est en route depuis une semaine ou deux, ça va, on est dans le rythme et c’est un petit peu plus facile. Je comprends donc tout à fait ce qu’il doit traverser, surtout avec les problèmes qu’il a eus. Je n’ai jamais eu de galère physique – quelques petits trucs, mais rien comme lui. Il s’est fait remettre le cou en place et son problème avec la main gauche n’est pas soignable. On peut faire des choses, mais ce n’est pas sûr de réussir, ça peut même aggraver la situation. Si c’était moi, je me demande ce que je ferais, si je prendrais le risque de pouvoir encore moins jouer, sans compter la grosse pause que ça nécessiterait. Ce n’est pas un sujet facile. Mais non, ce n’est pas quelque chose que j’ai remarqué en tournée, car il est toujours à fond dedans, sans vacillement. Ça fait d’ailleurs partie de ce que j’adore dans ce groupe : je sais toujours que sur un concert, ce ne sera pas à moitié. J’ai depuis toujours cet état d’esprit : si tu veux aller sur scène, donne-toi à fond, même si tu ne te sens pas bien ou que tu es fatigué ou malade, peu importe, les gens sont là pour te voir. Lui aussi a vraiment cet esprit-là, donc ça me plaît.
Justement, tu joues de la batterie, l’instrument le plus physique qui soit. Tu dis toi-même avoir conscience de l’évolution de ton corps et de ce qu’il peut endurer. Est-ce que sa décision t’a fait d’autant plus cogiter par rapport à toi ?
Certainement. J’y pensais déjà avant parce que, comme je te dis, je sens aussi des changements et je me demande combien de temps je vais encore pouvoir faire ça. C’est dur, mentalement, de se dire qu’un jour arrivera peut-être où je ne pourrai plus jouer ci et ça. Je me suis donc mis furieusement à rebosser les morceaux de Scarve, de Soilwork, de Devin Townsend, d’Aborted, etc. que je jouais avant pour pouvoir me dire : « Ok, je sais encore le faire. » Ça fait partie de ma routine maintenant, c’est-à-dire, par exemple, jouer « Juular » de Devin Townsend régulièrement pour me prouver à moi-même que j’en suis encore capable, et si je souffre en le faisant, il faut que je continue de bosser. Être en paix avec le fait de vieillir, ce n’est pas facile ! [Rires] Cela dit, c’est cool, car techniquement, ça m’a permis de progresser à la batterie et d’introduire de nouveaux concepts, donc ça maintient intact mon intérêt pour l’instrument. Je joue beaucoup plus efficacement maintenant qu’il y a vingt ans, car j’ai appris à mettre moins d’énergie pour obtenir le même résultat. La technique s’est donc beaucoup améliorée et Megadeth en bénéficie. Nous jouons des concerts assez longs, ce n’est pas facile. Il y a une grosse différence entre jouer un concert d’une heure et un d’une heure et demie. A la batterie, tu commences à vraiment sentir les quinze dernières minutes, or améliorer ma technique m’a permis de faciliter tout ça.
« La première chose que nous avons faite, avant même de contribuer à des riffs, est d’écouter tout le catalogue de Megadeth ensemble, tous les quatre. »
Tu disais que l’album était déjà bien entamé quand Dave vous a annoncé que ce serait le dernier. Pourtant, l’album se termine de façon très théâtrale avec le discours final de « The Last Note ». Au fond, l’a-t-il quand même pensé comme son dernier ? Car ça donne vraiment l’impression d’une sortie orchestrée.
Oui. Honnêtement, je ne sais pas, parce que, souvent, nous composons les morceaux d’abord à la guitare, basse et batterie, et les textes et chants viennent ensuite. Il y a évidemment quelques exceptions, y compris sur cet album – il y a un ou deux morceaux pour lesquels il avait déjà une partie de texte ou un concept –, mais souvent, il se laisse inspirer par la musique pour écrire les textes. « The Last Note » est un morceau que nous avons composé et enregistré, et si je me rappelle bien, le texte parlait d’un sujet différent. Il s’intitulait « Jumpers » et parlait d’un mec qui se suicide en sautant du Golden Gate Bridge à San Francisco – c’était un endroit célèbre pour ça pendant de nombreuses années. Je pense qu’il avait vu ou lu quelque chose là-dessus. Ensuite, ça a changé pour devenir « The Last Note » qui est très touchant. Je trouve que pour un morceau final c’est vraiment épique.
J’imagine que, du fait que l’album était déjà en grande partie fait lorsque Dave a acté qu’il mettait un terme au groupe, ça vous a évité d’avoir une pression supplémentaire au moment de composer et d’enregistrer…
Absolument. Tu as raison, mais à la fois, nous avons tout de même essayé de faire le meilleur album possible, car c’est toujours l’approche de Dave. Au départ, c’est toujours : « Les mecs, on va s’amuser, essayons de faire les meilleurs morceaux qu’on peut, essayons de faire à fond du Megadeth. » C’est d’ailleurs pour ça que la première chose que nous avons faite, avant même de contribuer à des riffs, est d’écouter tout le catalogue de Megadeth ensemble, tous les quatre, Dave, James [LoMenzo], Teemu [Mäntysaari] et moi. Pendant trois ou quatre semaines, nous avions deux ou trois Zoom par semaine où nous écoutions entre dix et douze morceaux – il doit y en avoir deux cents en tout. C’était une question de se mettre dans le bain et de décider ce qui nous plait, ce qui nous plaît moins, quelle direction nous nous sentons tous de prendre, etc. Nous partagions nos commentaires sur les morceaux. Au final, je ne sais pas si le fait de savoir que ce serait le dernier album aurait changé énormément de choses, car nous aurions quoi qu’il arrive essayer de faire un excellent album de Megadeth [rires].
Peux-tu rentrer un peu dans les détails de la conception du disque en tant que tel ? Comment ça s’est déroulé ? Est-ce que ça a été fait de la même manière que le précédent ?
Pour moi, c’est le deuxième et le processus est un peu pareil, dans le sens où nous commençons par partager toutes idées – nous les mettons sur Dropbox dans des fichiers clarifiant bien de quoi il s’agit. Par exemple, si j’ai un riff que je sens bien être un couplet, je peux mettre : « Couplet Dirk », en mentionnant le BPM, etc. Je peux aussi parfois apporter plusieurs riffs ensemble ou des idées de morceaux, et ensuite, nous détaillons les riffs séparément. Nous commençons donc en mettant des idées et en écoutant les démos, que ce soit parfois juste une guitare ou, dans mon cas, souvent, je mets déjà de la batterie. Nous sélectionnons des choses. Dave écoute aussi et propose ses propres idées, puis nous décidons : « On met ci et ça ensemble », « Tel couplet que Dirk a écrit pourrait bien aller avec tel refrain de Dave ou telle partie solo de Teemu », etc. Nous assemblons un petit peu les parties et les rejouons ensemble. C’est ce que nous avons fait quand nous nous sommes retrouvés à Nashville en début d’année dernière : nous nous sommes assis, nous avons écouté des trucs, Dave a dit « commençons par celui-là. » Il avait un morceau qui était déjà à moitié terminé parce que nous avions commencé à bosser dessus sur l’album précédent. Nous avons fait des prises démo avec une vraie batterie et ainsi de suite. L’idée est de faire des versions studio pour pouvoir trouver une bonne structure et une bonne approche musicale qui nous plaît à tous.
As-tu pu mettre plus de toi sur cet album ?
Oui, notamment à la batterie. Quant j’ai fait The Sick, The Dying… And The Dead! c’était nouveau pour moi. J’avais évidemment déjà joué en live avec le groupe pendant quelques années, donc j’étais bien familier avec les parties de batterie des batteurs classiques du groupe, mais je me suis demandé : « Qu’est-ce que je fais pour moi ? » Je ne peux pas non plus mettre des blast-beats partout et des parties super techniques qui n’ont pas leur place dans Megadeth. J’ai donc abordé ça de façon, pas forcément conservatrice, mais quand même un petit peu prudemment, notamment sur certains morceaux moins démonstratifs. Après avoir fait ça sur The Sick, The Dying… And The Dead!, j’ai senti plus de liberté sur celui-ci pour m’exprimer. J’ai moins réfléchi et j’ai plus joué ce qui me venait naturellement, évidement en gardant toujours la trame du groupe. Par exemple, la façon dont Nick Menza abordait la batterie était très sobre, mais avec un bon drive, une bonne puissance derrière. Pour des morceaux plus mid-tempo, comme « Puppet Parade », c’est tout à fait une approche à la Nick Menza, mais en ajoutant mes proches touches, mes accents, mes roulements.
« De nos jours, Dave a plutôt une façon de composer qui amène plus souvent aux idées mid-tempo. Ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas avoir de riffs thrash, mais souvent ces idées vont venir de moi, par exemple. »
Il y a de tout dans cet album : du plus thrash au plus mélodique. On a l’impression d’un résumé de l’ADN de Megadeth, ce qui est idéal pour un dernier album. On aurait pu imaginer que c’était voulu, mais j’ai l’impression que non…
En effet, que ce soit pour celui-ci ou celui d’avant, nous ne sommes pas partis dans l’idée de faire telle ou telle chose, comme un résumé de la carrière. Il n’y a pas du tout ce genre de discussion. Nous nous mettons juste en tête de faire les meilleurs morceaux que nous pouvons. Après, ce que tu entends dans le résultat, c’est le résumé des apports des différentes personnes. Par exemple, de nos jours, Dave a plutôt une façon de composer qui amène plus souvent aux idées mid-tempo, des choses à « Symphony Of Destruction » et « Trust », car pour lui, je pense, c’est l’aboutissement de son style d’écriture. Ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas avoir de riffs thrash, mais souvent ces idées vont venir de moi, par exemple. En l’occurrence, j’ai écrit soixante pour cent des riffs de « Made To Kill », parce que je voulais vraiment faire un morceau dans le style de So Far, So Good… So What!, avec des changements de tempos et un côté speed metal old school. Ça lui a ensuite donné des idées, il a rajouté ses riffs, Teemu en a rajouté aussi et ça a donné le morceau. Ce n’est pas tant réfléchi qu’un processus naturel. Personnellement, j’ai écouté Megadeth à fond jusqu’à Youthanasia, qui est le dernier album dans lequel j’étais vraiment investi. Après ça, je n’écoutais pas vraiment. Pas par choix, mais je ne faisais pas trop attention et j’étais trop occupé avec mes propres projets. C’est donc cette période des débuts jusqu’au milieu des années 90 qui m’a le plus influencé. Mes idées viennent donc souvent de là.
En dehors de ce morceau que tu as mentionné, as-tu apporté beaucoup d’autres riffs ? On parlait la dernière fois de Bent Sea : ce projet t’a-t-il donné de l’assurance pour contribuer dans Megadeth ?
Oui, certainement. Je ne suis pas guitariste en premier lieu, je suis surtout batteur. Je joue un peu de guitare, mais mon jeu n’est pas celui de Dave, Teemu ou Kiko [Loureiro] et Marty [Friedman] avant, ce n’est pas comparable. Ma technique n’est pas du tout aussi bonne. C’est intimidant au départ. Je pense que pendant de longues années avant, dans mes groupes passés, ça m’a mis dans une position où je n’osais pas trop apporter des idées parce que je me sentais tout petit à côté des vrais guitaristes. Au final, Bent Sea m’a montré que j’ai aussi mon propre style avec cet instrument et qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur de la créativité. Après, les mecs ne s’attendent pas à ce que je joue des trucs toujours parfaitement et avec une technique excellente. Quand une idée musicale est bonne, elle est bonne. C’est vraiment un enseignement que je transmets à mes étudiants : être créatif demande qu’on se jette à l’eau, qu’on laisse tomber ses peurs de ne pas être assez bon, et de simplement créer, peu importe ce qu’il advient. Certaines idées ne vont pas passer. Tous les riffs que j’ai soumis n’ont pas été retenus, mais il y en a eu un nombre qui l’ont été et c’est ce qui compte, au final. J’ai pu apporter quelque chose à l’album, pas seulement à la batterie mais aussi musicalement. Donc oui, ça m’a certainement donné de la confiance de faire des albums entiers avec Bent Sea où j’écris et joue tout. En dehors de « Made To Kill », dans l’album, je crois qu’il y a quatre autres morceaux auxquels j’ai contribué et je pense qu’un est devenu un bonus track – je n’en suis plus sûr. Il y en a aussi pas mal auxquels j’ai contribué en bœuffant avec Teemu. Nous avons fait des sessions où il était à la guitare et moi à la batterie, et nous avons échangé des idées de cette manière.
Dave Mustaine est donc loin d’être comme il est souvent décrit, c’est-à-dire quelqu’un qui ne partage pas trop, d’assez égocentré…
Il n’est absolument pas comme ça. Après, je ne peux certainement pas dire comment c’était il y a vingt ans, car il y a peut-être eu des périodes où il était plus en contrôle de tous les riffs, mais l’impression que j’ai est que ce n’est pas le cas. Il semble très ouvert à une bonne idée. Peut-être que c’est plus démocratique maintenant, dans le sens où il demande vraiment l’opinion de tout le monde. Au final, il a ses préférences et il sera toujours le décideur de ce qui sera retenu ou pas, et c’est normal. C’est son groupe, à la base. C’est lui qui a créé Megadeth. On ne rentre pas dans Megadeth en disant : « Voilà, maintenant, on va faire les choses à ma façon. » Mais c’est vrai que ce côté dictateur, je ne le vois nulle part. Je pense que c’est tout simplement une personne qui doit être très forte ; pour tenir tout ça sur les épaules, il faut en avoir des couilles ! Ce n’est pas facile d’avoir toutes ces responsabilités et de toujours être le visage de ce grand projet qu’est Megadeth. Je pense que, des fois, il faut être dur et prendre des décisions difficiles, mais ce n’est pas du tout dictatorial. On voit toujours des ex-membres qui se plaignent et disent Dave ci et Dave ça. Je me dis que je n’ai pas du tout ces problèmes. Peut-être que je suis tout simplement meilleur à être un membre du groupe et un partenaire avec lui. Il m’a toujours traité très bien. Nous avons eu quelques problèmes, quelques engueulades, ça arrive, mais dans l’ensemble, nous nous respectons énormément et nous bossons très bien ensemble. Je suis très heureux de bosser avec lui. A-t-on des différends personnels ? Absolument, c’est normal. Dans tous les groupes dans lesquels j’ai été, c’est comme ça, mais peut-être que ceux qui se plaignent sont jaloux ou regrettent de ne plus être dans le groupe [rires].
« Être créatif demande qu’on se jette à l’eau, qu’on laisse tomber ses peurs de ne pas être assez bon, et de simplement créer, peu importe ce qu’il advient. »
« Let There Be Shred » évoque sa passion pour la guitare et le thrash, comme s’il se remémorait de ses premiers pas, pourquoi il s’était mis à faire de la musique en premier lieu. As-tu l’impression qu’il a toujours gardé un lien avec le jeune Mustaine, malgré les années, le succès, la pression, la routine ?
Oui, absolument. Evidemment, la vie l’a amené dans des endroits où il ne pensait pas du tout arriver au départ, mais je pense qu’il a toujours ce côté skate-punk. Il le dit parfois : « En grandissant, j’étais un skate-punk ! » Donc je pense que cet aspect est présent. Le texte dans « Let There Be Shred », c’est un petit peu un « Rattlehead part 2 » pour moi, ou comme « Bounded By Blood » ou « Whiplash ». C’est un hommage à cette époque où ce style de musique était nouveau et tout le monde était halluciné : « C’est quoi ce bruit ? » Certains rejetaient ça à fond, d’autres étaient passionnés. C’est cool qu’il soit toujours en rapport avec ses débuts. Au final, cette énergie est unique au thrash. Même dans le death metal, c’est différent, car c’est souvent plus oppressant et un peu glauque, alors que dans le thrash, il y a un côté presque fun et optimiste hérité du punk et de l’esprit « on fait du skate sous le soleil, on fait les cons, etc. » C’est quelque chose pour lequel j’ai toujours poussé ; même sur The Sick, The Dying… And The Dead!, je voulais que cet esprit soit présent. Je dis toujours à Dave : « Il faut des trucs qui arrachent ! » « Let There Be Shred » est un exemple : il est né de Teemu et moi qui tapions le bœuf ensemble. Et aussi du producteur Chris Rakestraw qui nous a dit : « Ce serait cool si vous jouiez un tempo à la Midnight. »
Est-ce qu’il vous parle parfois de son âge d’or – et de l’âge d’or du metal – dans les années 80 ?
Ah oui, des histoires, il en a ! [Rires] C’était cool aussi, par exemple, quand nous nous retrouvions il y a quelques années avec Gary Holt d’Exodus, qui était backstage avec nous, d’entendre Dave discuter de ces années passées. Ou lorsque nous avons fait le Budokan avec Marty Friedman : les deux se remémoraient le vieux temps, les histoires de fou, les blagues qu’ils faisaient. Dave raconte toujours qu’un jour, Marty l’avait énervé, alors il avait mis une espèce de gel chauffant pour les muscles dans ses chaussures de scène. Marty en avait plein sur les pieds qui brûlaient et tout ! Dave se marrait comme s’il avait encore dix-neuf ans à faire le con [rires]. J’aime bien lui demander : « Est-ce que tu te rappelles cette tournée-là ? Tu as des histoires ? » et parfois c’est vraiment marrant. C’est cool parce que ça me rappelle aussi mon propre vécu, mes premières tournées, mes premiers concerts, les trucs que je faisais. Ça nous garde tous jeunes !
Thématiquement, il y a un côté confrontation et offensif, dans la pure tradition de Megadeth, avec des morceaux comme « I Am War » ou « Made To Kill », mais aussi des choses plus intimes. Je pense en particulier à « Hey, God?! ». Est-ce que la fin de ce groupe qui a été sa vie le travaille ? Est-ce que ça l’a mené vers de l’introspection, vers un regard sur lui-même et son parcours, ou à en faire une forme de testament ?
Dans un certain sens, oui. Je pense aussi que le cancer de la gorge l’a quand même vraiment choqué. Il le disait encore récemment, la première fois qu’il a appris qu’il avait le cancer, il pensait qu’il allait mourir. C’était sa première réaction. Puis, dix secondes après, il s’est dit : « Mais je suis Dave Mustaine ! C’est le cancer qui va mourir ! » Il a repris un peu sa confiance, mais c’est clair que le fait de traverser tout ça et d’avoir ces doutes – « Est-ce que vais survire ? Est-ce que je vais retrouver ma santé ? Est-ce que je vais pouvoir rechanter un jour ? Est-ce que tout sera fini maintenant ? Car même si je survis, peut-être que je ne pourrai plus chanter » – c’est effrayant. Même avec les assurances de ses médecins qui lui avaient dit qu’il avait une bonne chance de s’en sortir, il y a toujours ce doute : « Est-ce que ce sera vraiment le cas ou est-ce que je serai de ceux qui n’ont pas de chance ? » Une fois qu’il s’est sorti de ça, je pense qu’il y a un côté introspectif qui s’est installé. Il est devenu grand-père à la même période, son fils a eu une fille avec sa femme, donc je pense que tout ça l’a mis dans un état d’esprit où il se posait des questions : « Qu’est-ce que je vais faire du reste de ma vie ? Combien de temps je vais continuer de faire ça ? » Il ne l’a pas forcément dit explicitement, mais j’imagine que si j’étais à sa place, j’aurais ce genre de pensée.
« Ce côté dictateur, je ne le vois nulle part. Peut-être que ceux qui se plaignent sont jaloux ou regrettent de ne plus être dans le groupe [rires]. »
On le sait croyant et ce disque est parfois un peu une forme de confessionnal. Est-ce que vous parlez par moments de sa foi et de son rapport à Dieu ?
Pas trop directement, parce qu’on est tous différents et ce n’est pas forcément un sujet nécessaire d’aborder. On entend souvent des gens qui lui posent des questions dessus en interview ou autre, et il dit toujours que son rapport est vraiment personnel. Ce n’est pas quelque chose qu’il a envie de prêcher, il ne veut pas dire aux gens qu’il faut croire en Dieu, etc. Je sais qu’à un moment, il a traversé une période où il était très religieux, mais il s’est vraiment sorti de ça. Il sait que je suis fan de black metal et que je suis pote avec beaucoup de mecs – les Emperor, Dark Funeral, etc. sont des gens que j’apprécie énormément –, et ça ne lui pose aucun problème. Je l’ai même déjà présenté à des gens comme Nergal de Behemoth. Il ne se sent pas du tout offensé par ça. Il a dû pas mal changer depuis l’époque où il faisait annuler des groupes sur des festivals à cause de leur nom, et ainsi de suite. Je pense qu’il s’est beaucoup relaxé là-dessus. Mais je comprends, le côté spirituel est personnel et il évolue au fil des ans. Personnellement, j’ai grandi dans un environnement catholique parce que quand mes parents étaient jeunes, c’était à fond là-dedans. Après, quand j’ai eu douze ou treize ans, je suis sorti de ça et depuis, je ne suis pas du tout une personne religieuse, mais je peux respecter une spiritualité qui apporte une approche positive à la vie, un calme dont on a besoin dans ce monde de fou. Pour moi, il est surtout question de ne pas dire aux autres ce qu’il faut faire, or ce n’est pas son cas. Il ne dit jamais « ne faites pas ci, ne faites pas ça ». Il nous laisse être ce que nous sommes et c’est pour cette raison que ça fonctionne en tant que groupe.
Penses-tu qu’à un moment, quand on est arrivé à un tel niveau, on est tenté de regarder ce qu’il y a au-dessus de soi, et donc de croire à Dieu, comme pour se rassurer ou se décharger de certaines pressions, en se disant que, finalement, « c’est la volonté de Dieu, ainsi soit-il » ?
[Rires] Je ne sais pas. Je ne peux pas parler pour Dave, mais je peux parler de ma propre vision. Pour moi, c’est un des grands problèmes avec la religion, notamment catholique et tout ce qui tourne autour du christianisme, le fait de se dire : « Tant que je confesse mes crimes, etc., c’est bon, je peux être pardonné. » C’est en partie ce qui m’a fait sortir de ça. Je me suis dit que c’était carte blanche pour tout et c’est, effectivement, ce qu’on voit dans le monde. Je pense que beaucoup de problèmes n’existeraient pas sans la religion. En fait, je vois toutes les religions comme des philosophies qui ont ensuite été détournées pour le pouvoir, le discours politique, etc. C’est évident. Quand ça crée des guerres et des excuses pour annihiler des peuples entiers, ce n’est pas quelque chose dont j’ai envie de faire partie. J’ai appris des bonnes choses dans la religion catholique. Quand on peut se sortir la tête de tout ça et se dire qu’on a simplement envie de traiter les autres comme on veut être traité, d’être une bonne personne, de garder l’esprit ouvert et de continuer à apprendre au fil de sa vie, ça c’est un bon message, qui est d’ailleurs répété pas seulement dans la religion catholique mais aussi dans le bouddhisme, etc. J’ai lu pas mal de bouquins sur le sujet, c’est très intéressant, mais il faut toujours garder un état d’esprit sain. Dès que le pouvoir commence à s’y interjeter, c’est fini. Bref, je respecte l’aspect personnel de la religion. En ce sens, je ne pense pas que Dave en abuse. Il cherche surtout à être en paix avec sa propre mortalité.
On retrouve en bonus une reprise de « Ride The Lightning » de Metallica. Un morceau que Dave avait coécrit et qui lui permet aujourd’hui de boucler la boucle. Qu’est-ce que ça fait de toucher un peu au mythe de Metallica ?
C’est super fun ! Ce n’est évidemment pas quelque chose auquel je m’attendais. Quand ce discours a commencé à se mettre en place, au début, j’étais un peu dubitatif. Je disais : « Tu veux vraiment qu’on parle de Metallica dans chaque interview ? Car ce sera le cas. » Au final, je comprends sa démarche maintenant et c’était super fun de faire le morceau ensemble. Quand tu écoutes ce qu’il a écrit avec Metallica, c’est un peu l’invention du thrash. Quand tu vois que sur la démo de Metallica, il a écrit quatre des sept morceaux, ça montre le poids de la créativité de Dave Mustaine dans l’histoire de cette musique, car c’était les tout débuts et il avait déjà le style et les riffs qui sont reconnaissables parmi un millier. Ça m’a vraiment ouvert les yeux quand je m’en suis rendu compte. Je me suis dit qu’il avait quand même eu une influence énorme. C’était donc super cool, pas seulement parce que j’ai grandi avec tout ça, mais aussi parce que c’est pour lui une façon de conclure et de faire la paix par rapport à cette rivalité qui a existé pendant toute sa carrière et qui a même été, en un sens, à la base de la création de Megadeth, c’était genre : « Je vais leur montrer, à ces mecs ! » C’est génial, car au bout du compte, du fait qu’il se soit fait foutre dehors, on a eu deux groupes excellents et pas seulement un. Et c’est bien de pouvoir dire : « Ça s’est passé comme ça s’est passé, mais c’est ok, on ne va pas se faire la gueule tout le reste de notre vite. » Ça me plaît de faire partie de cette démarche et de rendre hommage à Lars [Ulrich] qui est souvent dénigré, mais qui a quand même fait partie de la création de ce style de musique, que ce soit à la batterie ou à l’arrangement et à la composition – je sais qu’il en fait énormément partie dans Metallica. Beaucoup de respect pour lui.
« Dave raconte toujours qu’un jour, Marty l’avait énervé, alors il avait mis une espèce de gel chauffant pour les muscles dans ses chaussures de scène. Marty en avait plein sur les pieds qui brûlaient et tout ! Dave se marrait comme s’il avait encore dix-neuf ans à faire le con [rires]. »
La reprise a été faite avant de savoir que ce serait le dernier album ou dans un deuxième temps ?
Avant. Nous avions parlé de quelques reprises et quand j’étais en studio pour faire mes batteries ici à Los Angeles, c’est là que l’idée de faire « Ride The Lightning » s’est solidifiée. J’étais le premier à enregistrer ce morceau ; il n’y avait pas de guitares témoins pour celui-là. La décision que ce soit le dernier album est venue environ trois mois après.
Lars Ulrich est certainement l’un des batteurs les plus influents du metal, mais aussi, comme tu le précises, l’un des plus critiqués aujourd’hui. Comment perçois-tu et analyses-tu son jeu ?
Selon moi, ça n’a jamais été quelqu’un qui a cherché à être le batteur le plus impressionnant techniquement. C’est quelqu’un qui, maintenant, connaît ses limites et est plus intéressé par l’écriture d’un bon morceau que d’épater la galerie. Est-ce que j’approcherais les choses comme lui ? Je ne sais pas. Je ne suis pas dans sa peau, donc c’est très facile de le critiquer et dire « il est nul, Dave Lombardo est vachement meilleur » – comme on entend souvent les gens dire – quand il a un mauvais concert ou qu’il passe une mauvaise journée. Ce n’est pas le seul élément qui compte. Metallica, c’est quand même le plus grand groupe de metal dans le monde, c’est indiscutable. Apparemment, tu n’as pas besoin d’être Pete Sandoval ou Gene Hoglan pour être dans le plus grand groupe du monde. Ce sont les morceaux et la musique dans son ensemble qui comptent, et peut-être que ce que Lars apporte à ce niveau, c’est exactement ce qu’il faut pour cette musique. Mon point de vue là-dessus aussi est que quand j’étais plus jeune, j’en foutais toujours partout, c’était le style dans Scarve et les autres groupes dans lesquels je jouais à l’époque. Depuis, j’ai appris que, parfois, c’est bien de jouer un petit peu plus sobre, comme dans certains morceaux sur les deux albums de Megadeth que j’ai faits, où la batterie joue plus un rôle de soutient, à conduire le morceau, plutôt qu’à faire des roulements de partout et des plans super techniques. C’est un peu ainsi que je perçois l’approche de Lars. Après, chacun a ses forces et ses faiblesses, mais on ne peut pas sous-estimer tout ce qu’il a apporté au metal, car c’est énorme.
Tu es connu pour être un batteur très technique, et même l’un des plus techniques de la scène metal. Sur les albums de Megadeth, tu joues largement en dessous de tes capacités. Est-ce toi qui t’es adapté naturellement à la musique et au style du groupe, ou bien il y a eu des fois où Dave a dû te refreiner ?
Il y a évidemment eu des moments où j’ai essayé des choses et il a dit que ça ne collait pas. Je m’y attends tout à fait, parce que, souvent, en studio, je prends une approche un peu d’improvisation. J’ai une trame de base et ensuite, j’essaye des trucs, et il y en a certains pour lesquels même moi je me dis que ça ne colle pas. Par exemple, sur The Sick, The Dying… And The Dead!, je me rappelle qu’il y avait un morceau sur lequel nous nous étions dit que nous allions mettre un blast beat pour voir ce que ça donne. J’en ai donc mis un et que ce soit Dave ou moi, nous avons trouvé que ça ne collait pas, ça ne sonnait pas Megadeth. C’était cool, il y avait un blast, et tout monde était là : « Ouais, Dirk est dans Megadeth, il va y avoir des blasts ! », mais ça sonnait forcé et pas naturel, car il n’y a jamais eu ça dans Megadeth. Ça résume tout à fait mon approche : il y a une histoire, un style qui s’est développé, et je ne vais pas trop en dévier parce que sinon, ça ne sonnera plus comme le groupe. C’est important pour moi de garder l’identité profonde du groupe, ne serait-ce qu’en tant que fan car c’est aussi ce que je veux entendre. Je n’ai pas envie de voir un mec sur scène qui fait des solos de batterie dans chaque morceau, car ça n’a jamais été Megadeth. Peut-être un petit peu sur le premier album – nous jouons encore des morceaux de ce dernier, donc c’est cool, et ce que faisait Gar Samuelson fait tout à fait partie de mon langage dans ce que j’apporte au groupe. En dehors de ça, les morceaux dictent un petit peu ce que la batterie doit être, et comme Megadeth, c’est largement écrit à la guitare, je me laisse inspirer par ce qu’elle fait. Je pourrais évidemment essayer de faire des plans beaucoup plus techniques, mais la musique est plus importante, je n’ai rien besoin de prouver à qui que ce soit. Il y a Bent Sea ou d’autres projets que je fais pour ça. Dans Megadeth, je veux juste faire de la bonne musique de Megadeth.
« La première fois qu’il a appris qu’il avait le cancer, il pensait qu’il allait mourir. C’était sa première réaction. Puis, dix secondes après, il s’est dit : ‘Mais je suis Dave Mustaine ! C’est le cancer qui va mourir !' »
A l’époque où tu venais juste d’intégrer Megadeth, nous avions fait le parallèle avec Robert Trujillo quand il a rejoint Metallica : ses fans étaient déçus de ne plus voir le Robert ultra technique avec son slap de folie. As-tu le sentiment que ta situation est comparable à la sienne quand il est arrivé dans Metallica ?
Oui, et je comprends. J’essaye toujours d’approcher ce genre de situation en me demandant : « Si j’étais moi-même fan, qu’est-ce que je ressentirais ? » Certaines personnes qui m’ont connu pour mon travail dans Soilwork ou Scarve et qui connaissent Megadeth vont se dire : « Dirk ne va pas pouvoir faire les plans super techniques qu’il faisait dans ces groupes. Ça sera naze. Ce ne sera pas impressionnant. » Je pense que c’est une question de préférence musicale. J’ai toujours écouté – et j’écoute toujours – énormément de choses différentes et, pour moi, tout a une place. J’ai eu ma période à dix-huit ou vingt ans où si ce n’était pas à deux cents à l’heure avec de la gueulante partout, c’était nul. Ensuite, je me suis sorti la tête de ça et maintenant, j’écoute autant de jazz que de musique électronique, que de pop, que de punk, que de death metal, que de grind, que de thrash, etc. Si tu n’es pas fan de Megadeth, ce n’est pas grave. Tu peux aller écouter Bent Sea, Cadaver ou les nombreux autres projets auxquels je prends part. Quand je fais des cliniques de batterie, j’essaye toujours de jouer des morceaux de Scarve, de Soilwork, en plus de ceux de Megadeth. C’est quelque chose que je perpétue. Je ne perds pas mon style.
Cela étant, pour être un bon batteur ou un bon musicien de session, il faut connaître sa place. Dans le cas de Megadeth, il faut reconnaître l’histoire et le langage musical et trouver sa place là-dedans, sans non plus complètement perdre sa personnalité. Je pense que ma personnalité est quand même apparente dans le jeu de Megadeth. Ce n’est pas du tout un pas en arrière pour moi. Savoir en faire moins parfois, c’est plutôt grandir. Par exemple, Mario Duplantier est l’un des meilleurs batteurs de notre génération, or ce n’est pas quelqu’un qui est tout le temps super démonstratif. Il est plus technique et il en met plus au moment où il le faut, mais il sait aussi vraiment se retenir. C’est, en partie, ce qui fait la puissance de Gojira : par moments, il fait juste un groove super efficace et puissant pendant cinq minutes, car c’est ce qu’il faut pour le morceau. Ça m’inspire énormément. Même quand Gojira n’était pas au niveau où ils sont maintenant, j’écoutais déjà Mario et je me disais : « Putain, des fois, il faut que j’en foute moins ! », parce que j’aime bien ses grooves épurés. Je me rappelle quand fait l’album de Warrel Dane, c’était la première fois où j’étais en studio et où on m’a dit : « Il faut que tu joues plus simple. Tu ne peux pas en mettre partout. » C’était une grande leçon. Par la suite, j’ai joué quelques concerts avec Satyricon, pareil. J’ai appris que Frost est un batteur très talentueux dans de multiples sens, pas seulement pour jouer super vite et technique, il sait aussi jouer des grooves épurés. J’ai donc appris au fur et à mesure, et quelques années plus tard, le fait d’intégrer Megadeth a été une énorme leçon pour moi. Tout dépend comment on regarde les choses.
D’un autre côté, tu contribues largement au show, autant que les autres membres, en te levant et en encourageant le public. Est-ce que, justement, selon toi, c’est important pour un musicien, surtout dans ce style de musique, de jouer en dessous de son niveau pour offrir plus que de la musique, mais une vraie énergie, un vrai show ?
Oui. Je ne pense même pas que c’est jouer en dessous de son niveau, parce que c’est très difficile de faire un concert de Megadeth de A à Z ! C’est juste jouer différemment. Quand on joue plus épuré ou plus simple, on joue plus fort. Tu imagines bien que sur des scènes énormes comme celles sur lesquelles nous jouons avec Megadeth, il faut taper, il faut y aller. Je tape donc beaucoup plus fort que je tapais dans le passé. Ce n’est simplement pas possible de taper aussi fort quand on joue du Scarve ou une partie des morceaux de Soilwork. Et comme tu le dis, je fais le show parce que si je ne le fais pas, personne ne va me voir et j’ai envie de contribuer au spectacle. Nous mettons vraiment un spectacle en place, ce n’est pas juste quatre mecs sur scène qui jouent des morceaux. En plus, il y a l’idée de savoir ce qui se traduit sur des scènes comme ça. C’est difficile de traduire sur une grosse scène une musique comme celle de Scarve, par exemple – et ce n’est pas du tout pour en dire du mal, car j’adore ce que nous avons fait. Il se passe tellement de choses en même temps et à grande vitesse que beaucoup de détails vont se perdre physiquement. C’est plus une musique qui fonctionne bien dans des clubs ou des scènes de festivals.
« Quand tu écoutes ce qu’il a écrit avec Metallica, c’est un peu l’invention du thrash. Quand tu vois que sur la démo de Metallica, il a écrit quatre des sept morceaux, ça montre le poids de la créativité de Dave Mustaine dans l’histoire de cette musique. »
C’est pour cette raison, à mon avis, qu’on voit beaucoup de grands groupes qui jouent des choses un peu plus compréhensibles, car c’est ce qui va se traduire sur les grosses scènes, jusqu’au jour où les gens auront tous des casques ou des earbuds. Peut-être qu’à ce moment-là, ça changera, car ce sera tout à fait faisable de faire un mix pour ça. Je l’imagine bien pour l’avenir ; je vois déjà des choses qui tendent vers ça. Nous faisons des expériences VIP où les gens peuvent être sur le côté de la scène et écouter six morceaux au casque. Ils adorent car ils ont un mix excellent et ils sont avec nous pendant le début du concert. Avec l’avancement de la technologie, je ne serai pas du tout étonné si on voit des concerts où tout le monde porte des casques. On aura tous un mix excellent mais toujours avec les musiciens en face. Ça a du sens, quand on y pense. Qu’est-ce qui nous fait le plus chier ? Je me rappelle que j’étais allé voir Metallica sur la tournée du Black Album, je crois, à Bercy. J’étais en haut – j’étais jeune, j’avais un siège pas cher – et ça sonnait comme de la merde ! Le concert était bien mais le son était naze. Idem, je me souviens avoir vu Pantera à l’époque de Far Beyond Driven, je ne sais plus dans quelle salle. J’étais super content de les voir, mais le son était nul. Toutes ces années après, je suis encore là : « Putain, ce concert aurait pu être excellent si le mix avait été bon, si on entendait ce qu’ils jouaient ! »
Ça vaut pour d’autres styles de musique, mais notamment avec le metal, c’est problématique. C’est là que tous ces éléments entrent en jeu. Si je mets des blasts partout, tu ne vas rien comprendre. C’est aussi comme ça que se forme la musique : les mecs se mettent à tourner et ils commencent à voir ce qui fonctionne ou pas sur scène, ce qui fait bouger les gens, ce qui les laisse froids. Il y a certains morceaux qui sont bien sur album mais peut-être pas taillés pour la scène. C’est ce genre de considération qui fait évoluer beaucoup de groupes dans un certain sens. Evidemment, tu ne t’attends pas à ce que Morbid Angel joue du mid-tempo tout le temps, mais ça implique une certaine limite et il faut en être conscient. Ce n’est pas du tout pour dire que l’un est meilleur que l’autre, car je suis super fan. C’est plus pour dire que selon la direction que tu veux prendre, ça dictera jusqu’où tu pourras aller avec.
Aujourd’hui, dans le metal, beaucoup de gens déplorent l’évolution technologique, que ce soit le streaming, l’IA, les hologrammes… mais toi, tu y vois quand même du positif.
Nécessairement. C’est toujours comme ça. L’IA, notamment, c’est une grosse discussion. C’est comme avec le streaming, il y a beaucoup de problèmes avec ça : nous, les musiciens, on s’est vraiment fait niquer là-dessus. Mais il est clair qu’il y a aussi énormément de positif dans les technologies. Est-ce que des gens vont en abuser ou mal l’employer ? Oui, bien sûr. Il y a toujours des PDG, comme celui qui de Spotify, qui vont se pointer et se mettre des milliards dans les poches sur le dos des musiciens. A la fois, on ne peut pas nier le fait que la musique est plus démocratisée et accessible que jamais. La nouvelle grosse discussion – je viens de lire un article dessus – ce sont des choses comme Suno. Tu dis : « Je veux un morceau jazz qui parle de mes bottines », et hop, tu en as un. C’est la nouvelle peur : est-ce que ça va complètement remplacer la musique humaine ? A mon avis, pas du tout.
Je pense que jamais rien ne remplacera le fait d’être dans une salle ou un festival et de voir des mecs sur scène en face de toi, à jouer des trucs qui te font halluciner ou bouger. Même la meilleure IA, même le meilleur morceau du monde écrit par des ordinateurs, ne remplacera jamais ce sentiment de : « Putain, tu vois ce que font ces mecs, tous les cinq ensemble ?! C’est incroyable ! » Ça ne remplacera jamais non plus des personnalités uniques, que tu ne peux pas inventer, car il n’y en aura qu’une dans l’histoire, comme Lemmy, David Bowie, Prince, etc. C’est un contact humain, c’est irremplaçable. C’est pour ça que la meilleure chose qu’on a maintenant, en tant que musiciens, c’est le fait d’être en tournée, de montrer aux gens qu’on n’est pas de l’IA, qu’on joue nos morceaux. Avec Megadeth, nous n’avons même pas de backing track pour les chœurs ou quoi que ce soit. Nous jouons au click car pendant de longues années, nous avions des écrans vidéo et tout était lié, mais en dehors de ça et des bandes d’intro – comme celle de « Symphony Of Destruction » –, il n’y a rien du tout sur bande, je peux te le confirmer à cent pour cent. Tout ce que vous entendez, c’est nous quatre qui le faisons. C’est un testament à la création et à la puissance des musiciens. Les gens seront toujours plus impressionnés par ça que par un ordinateur. Je suis un fan des jeux vidéo, j’ai grandi avec ça depuis tout jeune, mais il n’y a quand même rien qui remplace la réalité.
« Il faut reconnaître l’histoire et le langage musical et trouver sa place là-dedans, sans non plus complètement perdre sa personnalité. Je pense que ma personnalité est quand même apparente dans le jeu de Megadeth. Ce n’est pas du tout un pas un arrière pour moi. Savoir en faire moins parfois, c’est plutôt grandir. »
Tu dis qu’il y a toujours du positif dans les technologies. Justement, quel positif vois-tu dans l’IA par rapport à la musique ? Vois-tu des applications intéressantes ?
Je ne connais pas trop le côté technique, mais je vois un peu en studio ce qui est faisable. Je ne sais pas du tout faire des vocaux death metal, mais je peux prendre un micro et faire sonner ça comme George Corpsegrinder en deux minutes. C’est impressionnant. Après, ai-je envie de le faire ? Non. Ça peut être bien pour une démo et donner une idée de ce que je veux faire. C’est là que ça devient utile. Tu peux esquisser des choses beaucoup plus facilement. Même avec des trucs comme Suno, j’imagine, tu peux te donner une idée de départ, si tu n’en as pas et ensuite la transformer à ta guise. Après, il y a évidemment tout le débat sur les origines et le fait que ce soit une assimilation de choses qui ont été faites par des musiciens réels, mais ce serait mentir de dire que ce n’est pas déjà comme ça, de toute façon. Quand j’écris des morceaux, c’est souvent inspiré par quelque chose que je viens d’écouter ou dans lequel je suis à fond sur le moment. Par exemple, j’écoutais beaucoup de Dodecahedron et Ævangelist quand j’étais en train d’écrire certains morceaux de l’album de Bent Sea. Même si d’autres ne l’entendront pas forcément, moi j’entends les riffs qui sont inspirés par ça, je sais que j’étais à fond là-dedans et que c’est ce qui m’a inspiré. Est-ce que l’IA, c’est si différent finalement ?
Evidemment, quand on crée un faux groupe et qu’on le met sur Spotify, qu’on prétend être quelque chose qu’on n’est pas et que c’est complètement basé sur un autre groupe en particulier, oui, c’est nul. Mais c’est aussi pour cette raison qu’on voit tout le monde le décrier et dire que c’est inacceptable, qu’on n’en veut pas, et Bandcamp refuser d’en avoir sur leur plateforme. Là, c’est exagéré et ridicule. Mais si on utilise l’IA de façon plus modérée, bien sûr que c’est un avantage et que les gens vont le faire. On a tous envie de passer moins de temps à essayer de trouver des idées, par exemple. Je ne l’ai pas encore fait, je fais tout de façon assez traditionnelle, je n’ai jamais utilisé Spotify dans ma vie et j’en suis assez fier – je refuse complètement ce truc ! Je trouve que Bandcamp est beaucoup mieux. Mais je vois aussi que Spotify est utile pour les playlists et que dans certaines situations, c’est beaucoup mieux que Bandcamp. Reste que je veux soutenir les artistes, mais c’est mon approche personnelle. Bref, il y a du bien dans tout. Tout dépend comment c’est utilisé. C’est un peu comme ce que nous disions sur la religion qui a deux mille voire cinq mille ans. Tu peux en abuser complètement, mais il y a aussi du bien dedans.
Tu es arrivé lors d’une période dorée pour Megadeth avec un retour à l’essence thrash, payant compte tenu du regain d’intérêt et des réactions quasi unanimes. A l’époque de ton arrivée dans le groupe, tu nous avais dit que c’était Chris Adler qui avait poussé pour ça avant que tu arrives. Dave a-t-il été galvanisé et conforté dans ce retour aux sources par le succès de Dystopia ?
Je pense, oui. Il y a eu une période un peu difficile dans les années 2000, quand le groupe est revenu. C’était aussi une période où la musique avait beaucoup changé et où le metal n’était pas forcément aussi bien vu par le grand public. Il a eu un peu de mal à retrouver sa place là-dedans. Il y a eu quelques albums qui ont été plus ou moins bien reçus, mais la popularité du groupe est un peu descendue – comme pour beaucoup de groupes, ce n’est pas arrivé qu’à Megadeth. Je pense qu’avec Dystopia, ça a vraiment changé les choses. Pour une raison ou une autre, les gens ont ressenti quelque chose là-dedans, il y a eu un regain d’intérêt, les concerts ont gagné en ampleur, la tournée a été plus longue, etc. J’ai fait partie de ça pratiquement depuis le début. Ils ont commencé à tourner fin 2015, un petit peu avant la sortie de l’album début 2016, et moi, j’ai commencé avec le groupe en mai 2016. Il y a juste eu six ou sept mois de tournée avant que je fasse partie de celle de Dystopia, qui a duré plus de trois ans. J’en ai donc fait la majeure partie, et oui, je suis vraiment arrivé à un moment idéal. Depuis, ça n’a cessé de monter, jusqu’au point où, maintenant, le statut légendaire et classique de Megadeth est de nouveau pleinement en place. Evidemment, encore plus avec l’annonce du dernier album et de la derrière tournée, mais même sans ça. Je pense que tous les groupes – enfin, peut-être pas Metallica – passent par une période de creux. J’ai vu la même chose avec Napalm Death, qui est l’un de mes groupes préférés et qui a eu une période au milieu des années 90, début des années 2000, où l’intérêt n’était pas aussi fort et ils n’étaient pas aussi populaires. Puis il y a eu un regain d’intérêt, avec un retour aux sources, plus de blast et des influences de grind classique, et maintenant, c’est un groupe légendaire. Tu dis Napalm Death aux gens, tout le monde respecte.
« Avec l’avancement de la technologie, je ne serai pas du tout étonné si on voit des concerts où tout le monde porte des casques. On aura tous un mix excellent mais toujours avec les musiciens en face. »
Quand Megadeth fait des albums purement thrash, comme les trois derniers, il est largement applaudi, alors que quand il expérimente un peu plus, comme sur Supercharger ou Risk, c’est tout de suite controversé. Je ne sais pas si vous en parlez, mais j’imagine qu’il doit y avoir un peu de frustration quand tu es un créatif de ne pas pouvoir aller là où tu as envie…
C’est marrant parce que j’écoute énormément de musique et, en tant que fan, souvent, on découvre un groupe avec un album particulier. Par exemple, j’ai découvert Napalm Death avec les premiers albums, Scum et From Enslavement To Obliteration. Pour moi, c’est toujours ça l’essence de Napalm Death. Tu as donc toujours envie que ces éléments fassent partie du groupe. Après, je suis tellement fan de ce groupe que j’adore tout ce qu’ils ont fait, même ce qui est carrément différent de ça. J’ai appris à l’apprécier parce qu’au fil du temps, à force d’écouter et de me mettre dedans, j’ai compris ce qu’ils ont cherché à faire avec ça. Mais au départ, je me rappelle, quand Fear, Emptiness, Despair est sorti, j’étais déçu. Ensuite, j’achetais et j’écoutais les albums comme Diatribes, mais j’étais là : « Ah, ce n’est pas comme avant ! » Donc je comprends : tu as toujours envie que le groupe te donne ce sentiment que tu avais dans ton cœur et dans ta tête au moment où tu l’as découvert. C’est l’idée de revivre ces moments magiques, quand on était plus jeune, que c’était nouveau et qu’on s’est pris une baffe : « Putain, je n’ai jamais entendu un truc comme ça ! » Donc quand un album sort et que tu n’as pas ce sentiment, tu es déçu, tu dis que ce n’est pas vraiment du Megadeth comme avant, etc., même s’il est excellent et dix mille fois plus créatif, c’est tout à fait possible.
Après, en tant que groupe, on peut s’en foutre complètement, comme Devin Townsend ou Ulver, et dire qu’on fait ce qu’on veut. Ulver est un bon exemple : ils sont partis dans le black metal et ensuite ils ont fait un peu tous les styles de musique, en excellant dans tout. Pendant longtemps, ce groupe est parti dans tous les sens. J’adore et je respecte énormément, mais ce n’est pas la carrière la plus facile. Tu vas avoir des fans hardcore qui vont aimer tout ce que tu fais, comme dans le cas de Devin Townsend, mais tu ne seras pas forcément au top du monde, même si ta musique est excellente. Pour un groupe comme Megadeth, vu qu’ils ont connu un énorme succès avec des albums comme Rust In Peace, Countdown To Extinction ou Youthanasia, tu te dis bien que Dave se rend compte que c’est là l’essence de ce qui fait que le groupe perdure et que les gens adorent. Alors pourquoi ne pas explorer ces régions-là plutôt que d’essayer de faire des choses différentes ? La question est de savoir si tu veux juste être un créatif pour toi-même, être complètement sincère et te dire « je n’écoute plus ça, c’était il y a dix ans, je fais autre chose maintenant », ou si tu veux honorer ce que tu as fait et continuer dans ce sens-là. Personnellement, je me dis que c’est pour cette raison que les différents projets existent.
Si un jour nous devions revenir avec Scarve, ce ne serait pas pour faire de la musique complètement différente. Evidemment, nous créerions de façon naturelle. Je le sais parce que la façon dont nous avons toujours créé avec Scarve, c’était Sylvain [Coudret], Pat [Martin] et moi qui enregistrions des idées dans un local, et nous continuions à bosser et à élaborer les idées que nous trouvions tous les trois excellentes. Je suis sûr que nous ferions toujours exactement pareil si un jour ça devait se faire, mais nous serions aussi conscients de ce que Scarve était avant. Ce serait en partie là du fait de nos personnalités en tant que musiciens et de notre façon jouer et d’approcher la musique, mais, personnellement, si nous faisions quelque chose qui ne rappelle pas du tout le Scarve du passé, je ne sais pas si je le garderais ou si ça aurait sa place. C’est un choix : est-ce qu’on satisfait les attentes des gens ou pas ? Mon point de vue est que, quand je fais quelque chose qui n’a pas sa place, c’est le moment de créer un nouveau projet. Par exemple, je n’avais jamais fait de grind et il s’est trouvé que Bent Sea, c’est du grind comme je t’avais raconté dans notre interview précédente.
Justement, tu as continué à faire plein de projets en parallèle de Megadeth. Ces dernières années, tu as sorti des albums avec Cadaver, Kill Division, Savage Lands, The Project Hate MCMXCIX, Bent Sea, etc. Cette pluralité est-elle importante pour toi ? Aurais-tu été malheureux à te concentrer uniquement sur Megadeth ?
Dans un sens, non, parce que j’adore être consacré à Megadeth. C’est génial. C’est une apothéose dans ma vie musicale qui va sûrement être très difficile à surpasser quand le groupe s’arrêtera. Dans un autre sens, oui, parce que je me sens très pluraliste en tant que musicien. J’ai grandi avec la musique classique, la pop et plein d’autres choses, et ça a toujours fait partie de mon univers musical d’écouter plein de musiques différentes. Ce que tu décris, c’est une expression de ça. Evidemment, je peux jouer avec Megadeth toute la journée, mais si j’ai l’occasion de faire du grind, du thrash, du death metal, de bosser avec des gens que j’adore sur différents projets, pourquoi pas. Tant que ça n’empiète pas sur le planning et la trajectoire de Megadeth et que ce n’est pas un problème pour eux, je fais ce que je dois faire.
« Il faut une rock star, il faut un Dave Mustaine, parce que c’est ce qui fait rêver les gens. A la fois, Dave a aussi besoin de gens humbles qui sont là pour bosser avec lui, pour s’assurer que ce soit solide derrière lui, et j’ai la personnalité parfaite pour ça. »
C’est aussi une question de survivre en tant que musicien parce que vivre ici à Los Angeles, ce n’est pas toujours facile, même si nous nous sommes bien établis maintenant avec ma femme. C’est aussi une façon de payer les factures quand Megadeth a des années moins actives, notamment lors de la pandémie, mais aussi en 2025, par exemple, nous n’avons fait qu’une tournée pour bosser sur l’album, donc il y avait moins de revenus. C’était un moyen pour moi de survivre, de faire de la session, de garder mes qualités techniques et de performance en tant que musicien. Encore une fois, la batterie est un instrument très physique et si je m’arrête complètement de jouer quand Megadeth s’arrête, ça va être mal barré pour moi des mois plus tard quand je vais reprendre les baguettes [petits rires]. Ça me permet de rester en forme et de me pousser un peu. Comme je te disais, récemment, j’ai passé beaucoup de temps à rejouer les anciens morceaux de Scarve et de Soilwork, parce qu’ils sont difficiles à jouer et j’adore. Je renoue avec mon jeu d’avant et je me rafraîchis la mémoire. Megadeth c’est quand même très différent. Il s’agit surtout de respecter une histoire qui a déjà été bien établie et de jouer des parties de batteurs comme Nick Menza et Gar Samuelson, ce que j’adore faire, mais c’est autre chose, c’est une autre mission.
Malgré la mise en lumière avec Megadeth, tu as gardé un pied dans l’underground. Est-ce une boussole pour toi ? Est-ce que ça te permet de garder les pieds sur terre ?
Oui, absolument. Je pense que tu as raison, c’est une boussole. Ça a toujours tellement fait partie intégrante de ma vie et de ma personnalité que je ne peux pas lâcher ça. Peu importe ce que je fais, ce sera toujours là. Même si mon boulot était différent, je pense que je serais toujours là-dedans. Ça me permet de garder les pieds sur terre, parce que je me rappelle d’où je viens. Pour moi, l’humilité est très importante. Je sais qu’après, il faut une rock star, il faut un Dave Mustaine, parce que c’est ce qui fait rêver les gens. Cette inaccessibilité, ce côté « je suis plus grand que tout », est très important si tu veux réussir à ce point-là dans une carrière artistique, mais à la fois, Dave a aussi besoin de gens humbles qui sont là pour bosser avec lui, pour s’assurer que ce soit solide derrière lui, et j’ai la personnalité parfaite pour ça, car ça ne m’intéresse pas trop d’être une rock star. Je me sens toujours comme faisant partie des gens avec qui j’ai commencé toutes ces aventures. Je ne me sens pas mieux que mes compères de Scarve ou Mortuary. Ce sont toujours tous mes potes. J’ai tout simplement eu la chance d’avoir une carrière un peu extraordinaire à côté, mais ce n’est pas pour ça que je suis meilleur qu’eux dans quel que sens que ce soit. Nous sommes toujours tous fans de metal et nous adorons la musique.
Dave Mustaine a loué ta personnalité solaire et ta capacité à constamment sourire. D’où tires-tu cette positivité permanente, ce sourire ?
Je pense que ce sont mes parents, notamment ma maman qui avait un sourire assez légendaire et une attitude toujours positive envers la vie. Même quand sa vie était en train de se terminer, elle avait très souvent le sourire, cette énergie positive et cette attitude optimiste. Quand j’étais plus jeune, c’était plus difficile, j’étais plutôt sombre. Je trouvais refuge dans la noirceur et, parfois, dans la déprime. Le style musical que j’écoutais renvoyait un peu à ça, mais en grandissant, en devenant un peu plus sage, je me suis rendu compte que tout ça, c’était peut-être bien quand j’avais vingt ans, mais que ce n’était pas très sain de continuer sur cette trajectoire. J’ai donc commencé à me permettre aussi d’être solaire. Le fait de vivre en Californie où il y a le soleil trois cent trente jours par an, ça m’a montré qu’en fait, j’adore ça, que je n’ai pas besoin de noirceur tout le temps. Je peux toujours écouter Katatonia ou Godflesh, mais je peux aussi être une personne heureuse. J’ai donc vraiment changé mon approche de la vie. Je laisse la noirceur et la négativité pour la musique. Je sais que Dave a une pression énorme sur lui, parce que tout est centré autour de lui, avec énormément de demandes à chaque instant de chaque journée, donc je pense que c’est bien d’apporter un petit peu de bonne humeur et de légèreté quand parfois c’est difficile pour lui. C’est un de mes rôles que j’ai trouvé un peu par hasard dans Megadeth et je crois qu’il apprécie beaucoup, car je peux te dire que ce n’est pas facile d’être Dave Mustaine ! Je ne l’envie pas du tout à ce niveau-là. Quand tu as tout ce poids de l’entreprise sur tes épaules… Heureusement que je ne suis que le batteur dans le groupe ! [Rires]
« Je peux te dire que ce n’est pas facile d’être Dave Mustaine ! Je ne l’envie pas du tout à ce niveau-là. Quand tu as tout ce poids de l’entreprise sur tes épaules… Heureusement que je ne suis que le batteur dans le groupe ! [Rires] »
Ça peut paraître cliché comme question, mais est-ce que jouer de la musique agressive voire brutale crée un équilibre et te permet d’être plus positif et calme dans la vie ?
Oui, absolument. Je pense que c’est un équilibre qui s’est établi naturellement. Surtout avec les années, l’expérience, etc., tout trouve une place. C’est très sain pour moi de pouvoir aller taper comme un malade derrière ma batterie ou de pouvoir faire une tournée avec Megadeth, où on est à fond dedans, où on se met quand même dans l’esprit rock star, dans l’énergie de donner aux gens le meilleur show qu’on peut, de les faire rêver, de leur faire oublier leurs soucis. Après, je rentre chez moi et je peux être complètement calme, écouter John Coltrane et Miles Davis, être très relax. C’est super !
En dix ans, il y a eu deux changements de line-up dans Megadeth : comment as-tu vécu les départs de David Ellefson et Kiko Loureiro ? Qui se sont faits dans des circonstances très différentes…
C’est toujours difficile car on s’habitue à être avec ces personnes, on passe beaucoup de temps ensemble – nous avons énormément tourné ces dix dernières années. Au final, dans les deux cas, je comprends pourquoi ces choix ont été faits. On ne peut qu’aller de l’avant, notamment concernant Kiko qui avait des histoires familiales que nous avons tous très bien comprises. Ce n’est pas à nous d’en parler, mais il fallait qu’il soit plus souvent à la maison. La passation avec Teemu s’est faite progressivement, de manière très organique et naturelle. Ce dernier est venu assister à des concerts, il a commencé à jouer un petit peu avec nous, Kiko l’a bien mis dans le bain. Teemu s’est révélé être non seulement un excellent guitariste, mais aussi une personne super cool avec qui passer du temps. Il n’y avait donc pas de mauvais sentiments là-dedans. Ça fait partie de la vie d’un groupe. J’ai aussi vu plein de changements avec Soilwork. Parfois, c’est nécessaire, ça ne colle plus avec certaines personnes ou pour d’autres il est tout simplement temps de raccrocher. Quand on ne le sent plus et qu’on n’est plus dedans et que ça ne fonctionne plus, pourquoi continuer ?
J’imagine que le psychodrame avec David Ellefson a été un peu plus compliqué à vivre au sein du groupe. L’atmosphère devait être un peu plus lourde à ce moment-là…
Oui. C’était décevant. Honnêtement, je ne m’attendais pas à ce qu’un truc comme ça arrive. Je ne vais pas trop rentrer dans les détails, mais je comprends tout à fait pourquoi la décision a été prise. Il y a quand même l’image du groupe qui commence à faire partie du discours. Moi, je ne suis pas du tout comme ça. Tout le monde a fait des conneries, c’est normal, j’en ai fait aussi dans ma vie. Je ne suis pas du tout en train de dire que je suis une personne parfaite et que je ne commets jamais d’erreur, mais là, ça atteignait un niveau… Qu’est-ce qu’on fait avec ça ? Ensuite, Dave a assez vite tranché et je ne peux que le soutenir là-dedans. De toute façon, il y avait aussi une rivalité entre ces deux personnes qui n’était pas forcément bonne pour l’ambiance dans le groupe. Encore une fois, il y a une histoire depuis le tout début que je peux respecter et comprendre, donc ce n’est pas à moi de juger pourquoi telle personne se sent comme elle se sent et a un problème avec telle autre personne. Je n’étais pas là, donc je ne peux que me positionner comme spectateur et constater que c’est parfois difficile, mais c’est vrai que depuis que James est arrivé, c’est beaucoup plus paisible dans le groupe parce qu’il n’y a pas tout ce poids de l’histoire, même si James a déjà été dans Megadeth entre 2006 et 2010, et que ça ne s’est pas forcément bien terminé. James a su complètement laisser ça de côté, ce qui fait qu’il n’y a pas du tout de mauvais sentiments de part et d’autre. Ça fait que l’ambiance du groupe est désormais excellente. Elle l’était aussi avec Kiko, mais je pense que lui est un esprit libre qui a besoin de faire son propre projet. Je pense que c’est mieux pour lui de poursuivre sa propre carrière, car c’est un leader.
« Il y avait une rivalité entre Dave Mustaine et David Ellefson qui n’était pas forcément bonne pour l’ambiance dans le groupe. Depuis que James LoMenzo est arrivé, c’est beaucoup plus paisible. »
C’est ce que nous avions pu comprendre lorsque nous avions longuement échangé avec lui…
Ce besoin de liberté se voyait. Je l’ai côtoyé pendant de longues années, c’est une personne extrêmement intelligente et cultivée, avec beaucoup d’idées. C’est souvent très inspirant d’avoir des conversations avec lui. Au bout d’un moment, je me disais : « Je ne sais pas si c’est bien pour lui d’être dans ce contexte où c’est Megadeth et c’est comme ça. » Il faut être prêt à faire ça, et c’est ce que j’ai appris en tant que musicien de sessions. La première chose que je demande maintenant quand je fais de la session, c’est : « Qu’est-ce que vous attendez de moi ? » Parfois, on s’attend à ce que je reproduise les démos à la lettre. Parfois, il n’y a pas du tout de batterie sur les démos et on me dit : « Joue exactement ce que tu veux et on sera content, car on veut Dirk, ta créativité. » Il y a les deux extrêmes et tous les scénarios intermédiaires, genre : « Oui, ça c’est bien, mais est-ce que tu peux le faire un petit peu plus comme la démo ? » Ça s’apprend, car au départ, quand tu commences et que tu ne sais pas comment ça se passe, tu peux te sentir insulté : « Comment ça, tu n’aimes pas mon idée ?! » J’ai appris au fil des années, à force de faire beaucoup de session, à trouver ma place. C’est très important. Ça m’a énormément servi en arrivant dans Megadeth. La première chose que je me suis demandée, c’est : « Qu’est-ce que Dave va attendre de moi ? » Et la seconde : « Qu’est-ce que je voudrais, moi, si j’étais fan et que je voyais un nouveau batteur arriver dans Megadeth ? » En tant que fan, je voudrais voir « Wake Up Dead » ou « Symphony Of Destruction » joué au plus proche possible de l’album, c’est ce qui me ferait plaisir. D’accord, Nick Menza et Gar Samuelson ne sont plus parmi nous, c’est vraiment dommage et triste, mais c’est la réalité, donc j’aimerais bien un batteur qui comprenne ce que ces mecs essayaient d’exprimer à la batterie et ce que Dave recherchait là-dedans musicalement. Ça a été mon approche, mais c’est venu avec les années d’expérience et une certaine maturité, en mettant mon ego de côté et en disant : « Voilà, c’est de ça qu’on a besoin ici. C’est ce qu’il faut pour ce groupe. »
On a tendance un peu à découper la carrière de Megadeth en fonction du guitariste soliste. Tu en as vu passer deux : vois-tu une différence ? Le guitariste soliste influe-t-il beaucoup, selon toi, sur le son ou l’orientation du groupe ?
Oui, parce que Megadeth est un groupe basé sur la guitare, le riff et le côté solo. Ce n’est pas pour minimiser l’apport des autres instruments, mais à la base, Dave est guitariste et il se considère plus comme tel que comme chanteur. Je pense que l’identité de Megadeth est beaucoup fondée sur la qualité des solos et leur nombre dans les albums. C’est pour cette raison qu’un album comme Rust In Peace est tellement légendaire : il y a des solos de partout et ils sont excellents ! Marty Friedman – sans vouloir minimiser Chris Poland et même Jeff Young – a vraiment a mis la barre très haut avec son style mélodique et, à la fois, épatant et unique. Ce n’est pas pour rien que c’est au début des années 90 que Megadeth était le plus populaire et qu’ils ont explosé dans le monde. C’est donc un élément super important et peu importe qui arrive dans le groupe, que ce soit Kiko ou maintenant Teemu, la première question qu’on se pose, c’est : « Est-ce qu’il saura jouer comme ça et rendre justice à ces solos épiques que les gens attendent ? » Les gens s’attendent à ce que « Tornado Of Souls » sonne comme Marty. Ça sonnera forcément un petit peu comme Kiko ou Teemu, parce que chaque personne, comme moi à la batterie, a sa propre touche et ne répliquera jamais l’interprétation à cent pour cent jusque dans les moindres détails. C’est inévitable et c’est aussi ce qui donne sa valeur à chaque personne en tant que membre du groupe. Mais c’est la barre : si tu sais jouer le solo de « Tornado Of Souls » parfaitement, c’est un bon départ [rires].
Vous avez joué une première date il y a quelques jours. Vous y avez joué pour la première fois le morceau « I Don’t Care ». Plus largement, dans quel état d’esprit est le groupe pour le démarrage de cette longue tournée d’adieu ?
Nous sommes super contents parce que nous avons vraiment envie de jouer ces nouveaux morceaux sur scène. Je pense que « Let There Be Shred » fera aussi certainement partie des morceaux live bientôt et peut-être d’autres. Nous sommes contents car nous avons de supers affiches. Nous partons au Canada avec Anthrax et Exodus, ce sera excellent. C’est presque un Clash Of The Titans. C’est super cool pour moi personnellement et je pense aussi pour les autres membres du groupe. Dave lui-même est content d’avoir une belle affiche qui représente ce style de musique qu’il a cofondé. Au final, c’est sur la route que notre musique vit. Les albums, c’est bien, mais maintenant on sait tous qu’on sort un album pour promouvoir une tournée et pas l’inverse [rires]. C’est la réalité de la musique maintenant. Nous avons besoin d’être là, d’être près de nos fans et de partager une dernière fois notre musique avec eux. Même si elle sera longue, une fois que la tournée sera finie, ce sera fini. Comme je le disais avant, le fait de savoir maintenant qu’une fin va arriver, ça change complètement ma façon d’approcher ça dans ma tête. Avant, j’avais parfois un peu l’impression d’être prisonnier d’un cycle qui se répète sans cesse, album-tournée-album-tournée, en me disant : « Quand est-ce que je vais pouvoir appuyer sur pause ? »
« Le solo de ‘Tornado Of Souls’, c’est la barre : si tu sais le jouer parfaitement, c’est un bon départ [rires]. »
Je pense notamment au Covid-19, on a tous ressenti : « Putain, c’est excellent de ne pas être en tournée pendant un an et demi ! C’est cool d’être à la maison », même si c’était difficile et que c’était un période que je ne souhaite à personne de revivre. Vu tout le malheur que ça engendré, ça me fait presque honte de dire du bien de la période Covid-19, mais c’est vrai que pour des musiciens qui passent leur vie à tourner, c’était un changement qui a ouvert les yeux à pas mal de personnes qui se sont dit que ce serait bien d’avoir un peu plus d’équilibre dans la vie. Je l’ai moi-même ressenti. J’adore jouer live, mais passer ma vie sur la route, ça a ses limites. Au bout d’un moment, c’est cool mais… [Rires] Les concerts sont toujours excellents, mais les heures passées dans les aéroports, les bus, etc., je n’ai pas forcément envie de le refaire les trois quarts de l’année pour le reste ma vie. Donc le fait d’avoir une fin à l’horizon pour Megadeth, quelque part, ça me donne plus envie maintenant de me donner à fond pendant les années à venir, pour pouvoir dire après que j’ai mérité au moins une pause où je peux me consacrer un peu plus à ma famille et faire des choses « normales », même si je me remets à tourner plus tard – c’est fort possible, la réalité financière est ce qu’elle est maintenant : c’est sur la route qu’on peut vivre. Tu te doutes bien, comme je le disais avant, que ce n’est pas forcément les ventes d’albums ou les streamings qui paient nos factures.
Justement, quand la tournée d’adieu de Megadeth sera terminée, quels sont tes plans ? As-tu déjà pensé à l’après ?
Un petit peu mais ce n’est pas encore déterminé, parce que ça fera quelques années où nous seront en tournée. Dave a dit que ça sera entre trois et cinq ans… [Rires] Des fois, j’y pense, et d’autres fois, je me demande à quoi ça sert de penser à ce qui va se passer dans potentiellement cinq ans. Ça ne sert à rien, car qui sait où on en sera ? Qui sait ce qui se passera ? J’essaye de ne pas trop me tracasser là-dessus. Ma femme me dit : « Fais confiance au fait que tu es quelqu’un qui a un nom établi dans ce monde et quelque chose se passera. » Après, j’ai certains désirs. J’aimerais bien tourner un peu moins, si c’est faisable. Je vais essayer d’établir ma présence en ligne un petit peu plus activement quand je le pourrai, car je trouve que pas mal de gens font ça bien et ça pourrait peut-être être une façon pour moi de pouvoir tourner plus quand j’en ai envie et moins par obligation. On verra. A la fois, encore une fois, c’est tellement difficile de dire ce qui va se passer que j’essaye de ne pas trop y penser pour l’instant. Je me focalise sur l’année prochaine où nous serons en tournée non-stop et sur la sortie du prochain Bent Sea. Encore une avant-première pour toi, car je ne l’ai dit à personne : il y aura un EP de remix, à l’ancienne façon Earache, dont fera partie celui de « Stifled And Dreaming » [par Justin Brodrick]. Puis il y aura le prochain album sur lequel la musique est déjà terminée depuis longtemps – nous avons enregistré les chants et les basses en 2026 si tout va bien. C’est déjà partiellement mixé, donc une fois que les chants et les basses seront là, je pense que ça sortira assez rapidement.
Pourrait-on t’imaginer revenir dans Soilwork si l’occasion se présentait ou voir Scarve renaître ?
On ne dit jamais jamais. C’est difficile à imaginer maintenant avec Soilwork qui a un batteur, Bastian [Thusgaard], qui fait un super boulot, et qui ont leur propre carrière. Bien sûr, j’aimerais bien rejouer avec Sylvain, que ce soit dans Soilwork ou Scarve. Même les mecs de Soilwork, ce sont toujours des potes. On ne sait jamais. Cela dit, je ne suis pas du genre à trop regarder en arrière. Autant faire revenir Scarve serait génial, autant c’était une époque complètement différente dans ma vie. Je ne sais pas si c’est faisable. C’est difficile d’imaginer de faire ça sans Guillaume (Bideau, chanteur décédé en 2022, NDLR), parce qu’il faisait quand même partie intégrante du groupe depuis le premier album, même si Lawrence [Mackrory] avait fait un bon boulot sur The Undercurrent et que c’est aussi un bon pote. Je sais que Sylvain n’a pas trop envie de le refaire, or c’est aussi un personnage clé dans Scarve. Lui, Patrick [Martin] et moi étions un peu le centre du groupe, nous composions tout ensemble, etc., donc je ne sais pas si c’est réaliste.
Interview réalisée en visio le 19 décembre 2025 & 20 janvier 2026 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Ross Halfin & Nicolas Gricourt (live).
Site officiel de Megadeth : www.megadeth.com.
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