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Chronique Focus   

Thy Catafalque – XII: A Gyönyörü Álmok Ezután Jönnek


Permissif, le black metal ? Pas assez aux yeux de Tamás Kátai, qui, après y avoir planté la graine de Thy Catafalque, a trouvé ce cadre trop rigide pour contenir ses envies. Une autre barrière est plus récemment tombée, avec l’organisation de concerts pour ce qui, à l’origine, était exclusivement calibré pour le studio. Après Alföld qui tirait son nom de la gigantesque plaine hongroise native de Tamás, XII: A Gyönyörü Álmok Ezután Jönnek (que l’on pourrait vaguement traduire par « Les Beaux Rêves Restent À Venir ») poursuit cette exploration en s’intéressant au passé de Tamás Kátai, mais également à celui de son pays.

Pour la première fois, Tamás a fait appel à un producteur externe (ou presque, puisque l’intéressé a participé en tant que guitariste sur l’album live Mezolit). Si une telle mention peut parfois sembler anecdotique dans une chronique, force est de constater que ce compromis fournit ici un son clairement différent, bien que familier. Le caverneux Alföld ressemble soudainement à un tour de chauffe ; XII troque pour ainsi dire le marteau pour un hachoir, et laisse moins les fourrés le ralentir ou obstruer ses compositions, dont certaines ne font pas dans la dentelle.

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Chronique Focus   

Iotunn – Kinship


Il faut parfois un peu de temps pour trouver où ça gratte. Lorsqu’en 2009 le guitariste Jesper Gräs a ressenti le besoin de créer un groupe de space rock façon seventies, ce qu’il avait en tête n’avait vraisemblablement pas grand-chose à voir avec ce qu’est aujourd’hui Iotunn. Le son du projet n’a pu se stabiliser qu’aux alentours de 2014, après une grosse phase d’essais-erreurs, et même la sortie d’un EP n’a pas signé la fin des galères. Après quelques soucis de line-up, un facteur déterminant a été l’arrivée du chanteur Jón Aldará (qu’on a aussi pu entendre chez Hamferð cette année), juste à temps pour le premier album, Access All Worlds, suivi du bassiste Eskil Rask. Le quintet dano-féroïen a ensuite eu tout le loisir de s’atteler à ce qui le passionne : composer une musique ambitieuse et forte en émotions.

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Oceans Of Slumber – Where Gods Fear To Speak


Ah, les relations entre groupes et labels ! Toute une histoire, dont Oceans Of Slumber a eu son soûl après Starlight And Ash, qui laissait de côté une grande partie des éléments metal pour développer une esthétique gothique et spirituelle ancrée dans le sud des États-Unis. Cette exploration d’un potentiel longtemps inexploité n’était pas du goût de leur écurie de l’époque. Rebondissement presque comique : « On n’a pas dit qu’on ne ferait plus jamais quelque chose de heavy ! » note la chanteuse Cammie Beverly. Et c’est ainsi que, fraîchement accueilli chez Season Of Mist (avec une carte un peu plus blanche), le groupe embraye avec… son album le plus metal. Where Gods Fear To Speak est une potée de death-doom progressif dans laquelle les frontières stylistiques fondent à vue d’œil.

Difficile de ne pas remarquer Cammie Beverly, plutôt éloignée de certains clichés de chanteuses de metal. Son charisme, difficile à démentir, opère instantanément, porté par une voix élégante, lumineusement mélancolique. Aux côtés de cette figure de proue siège le fondateur, batteur, pianiste et principal compositeur Dobber Beverly, fervent défenseur d’un son organique malgré l’énergie déployée sur cet opus.

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Weather Systems – Ocean Without A Shore


La séparation d’Anathema, il y a quatre ans presque jour pour jour, s’apparentait pour beaucoup à un cataclysme. Alors que le travail avait débuté pour offrir un successeur à The Optimist, ce qui émergea fut un hiatus en forme de trépas qui n’ose dire son nom. S’il est clair qu’une tournée révoquée par le Covid-19 n’a rien arrangé, il subsistera toujours des zones d’ombre. Des braises allaient cependant émerger, portées par Daniel « Danny » Cavanagh (principal compositeur du défunt), Weather Systems – du nom de son album d’Anathema favori. Cette genèse comporte elle aussi des éléments dignes de légendes urbaines, comme une campagne de financement lancée par un fan qui, dévasté en voyant Danny vendre ses instruments, lui aurait acheté une guitare pour la lui retourner. En parallèle, des reprises et titres originaux étaient postés, balises d’espoir dans une longue et noire vallée.

Reprendre le flambeau, certes, mais aussi faire en sorte qu’il ne s’éteigne pas dès la première foulée. Même le label choisi est celui chez qui Anathema avait migré sur son lit de mort. Alors, « on prend les mêmes et on recommence » ? Pas vraiment… On retrouve surtout Daniel Cardoso à la batterie, et quelques artistes comme Petter Carlsen qui avaient gravité autour d’Anathema. Vincent Cavanagh a de son côté formé The Radicant, avec un EP auquel Daniel Cardoso – trait d’union ténu entre les deux frères – a participé.

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Nightwish – Yesterwynde


Ambassadeur numéro un du metal symphonique à travers le monde, Nightwish n’a eu de cesse ces trente dernières années d’embrasser autant que de combattre les clichés d’un genre parfois injustement moqué. N’en déplaise aux éternels détracteurs, son succès n’a pour autant jamais été démenti, en témoignent les ventes de disques comme les scores de billetterie sur chacune des tournées passées. Après un premier single des plus réjouissants et ô combien prometteur révélé en mai dernier (« Perfume Of The Timeless » et ses huit minutes treize !), le sextet finlandais clôt avec brio son fameux triptyque discographique, amorcé il y a alors presque dix ans avec Endless Forms Most Beautiful (2015) puis Human. :II: Nature. (2020). Pour ce dixième album, la bande à Tuomas a décidé de prendre le temps, dans tous les sens du terme, au point d’en faire le cœur de son ouvrage. Le temps dans tout ce qu’il peut revêtir de beau et émouvant comme de triste et dramatique. Dans ce qu’il a de profondément ondoyant comme de fatalement irrévocable, strict, impérieux. C’est d’ailleurs à cette ambivalence presque métaphysique que renvoie le nom de l’œuvre, à travers un terme inventé de toutes pièces pour évoquer l’étonnante et insaisissable pellicule entre le passé et le présent, entre ce qui est et ce qui fut.

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Leprous – Melodies Of Atonement


Changement de cap chez Leprous, qui vogue depuis plus de vingt ans entre progressif et alternatif : les éléments orchestraux ont été mis à la porte sans grand ménagement. Ce virage a été amorcé lors de l’émergence du projet solo du chanteur-claviériste Einar Solberg, asile luxuriant pour ses envies d’expansion. En résulte ce Melodies Of Atonement, aux trajectoires plus rectilignes, et qui se déleste d’une partie de ses ornements pour laisser ressortir les qualités des membres. Une preuve, s’il en est, qu’on peut faire dire beaucoup de choses même à une configuration plus traditionnelle.

Cette cuvée présente des saveurs nouvelles mais conserve moult aspects familiers et rassurants. Melodies Of Atonement ne tente rien de très risqué en soi, surtout pour les habitués. Ses compositions, peaufinées à l’extrême, sont autant de plans qui se déroulent sans anicroche, laissant à peine des miettes au hasard ; tout élément sait où se placer et s’y rend sans discuter. Les musiciens jouent véritablement de concert plutôt que simplement en la présence les uns des autres, et même un chaos apparent a sa raison d’être et ses règles propres. Guitares et basse, parfois pointillistes, enchaînent pirouettes et glissades, ou tirent de retentissants coups de canon. D’astucieux décalages créent de brèves mais intenses attentes. On assiste à des chorégraphies constituées de gestes lents et maîtrisés, sous une lumière tamisée, mais les artistes peuvent à tout instant se trouver ensevelis sous le feu de projecteurs rugissants, qui s’éclairent subitement, toutes griffes dehors.

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Alcest – Les Chants De L’Aurore


Alcest, c’est un peu ce monument du patrimoine français auquel nous avons tous rendu visite, que nous ayons ou non été subjugués. Son émergence, tout en lumière, a mis à mal certains codes du metal. Puis, malgré les éparses huées de puristes, avec les années et l’aide d’autres projets (Deafheaven, Myrkur, Sylvaine, Unreqvited…), les remous se sont tassés.

En dépeignant, sur Souvenirs D’Un Autre Monde (2007), un monde qui lui était apparu en songes enfant, le géniteur du projet, Neige, a, un peu comme Tolkien en son temps, ouvert les portes d’un refuge pour quiconque trouve la vie ennuyeuse ou cruelle. Le tout est exécuté avec une simplicité, une sincérité et une bienveillance qui ne nuisent nullement à la constante qualité. Afin d’apporter un peu de lumière en ces temps sombres, Neige a ressenti la nécessité de retourner en ce fameux univers intérieur où tout a commencé. Cependant, plutôt que de proposer un naïf reboot qui décevrait même les aficionados de la première heure, Les Chants De L’Aurore vient entretenir une flamme, patiemment et religieusement. Même la flûte sur la pochette, pourtant basée sur une œuvre préexistante, ressemble à un clin d’œil à Souvenirs D’Un Autre Monde. Tout ceci confère à ces chants une pesanteur digne d’un album éponyme tardif, accentuée par les cinq ans de gestation – un record pour Alcest.

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Mütiilation – Black Metal Cult


Si 2024 semble bien partie pour être un bon cru pour les amateurs de black metal, rien ne nous préparait au retour de Mütiilation. Dix-sept ans après son dernier album, alors qu’on pensait que cette fois, sa dépouille avait été enterrée pour de bon, six pieds sous terre et avec un pieu dans le cœur par précaution, le projet de Meyna’ch refait en effet surface pour la sortie de son septième opus, intitulé on ne peut plus explicitement Black Metal Cult. Le musicien, figure de proue proscrite des obscures et désormais légendaires Légions Noires, n’avait pourtant pas chômé entre-temps avec Hell Militia puis ses sorties solos et, plus récemment, Suicide Circle, dont aux dernières nouvelles les deux membres se disputent le nom. On ne sait pas quel rôle le conflit a joué dans la résurrection de Mütiilation ; toujours est-il que c’est un Vendredi saint qui a été choisi pour la sortie de l’album, dont les premiers mots sont « Sodomize the agnus dei, alight the dark flame » : de quoi laisser présager un retour en grande forme pour ce pilier du black metal français…

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Dvne – Voidkind


L’ascension de Dvne peut apparaître comme assez fulgurante compte tenu de son nombre d’albums, mais le groupe en est, mine de rien, à une douzaine d’années d’existence. Pas question de sortir des disques à la pelle ou de bâcler quoi que ce soit, voilà tout. Voidkind, troisième album complet, est officiellement présenté comme du « post-metal et prog-sludge », et il faut avouer qu’il est difficile d’être plus précis et concis. On notera l’arrivée d’un cinquième membre, en la personne de Maxime Keller, claviériste à plein temps. Ceci libérera un peu les mains du chanteur-guitariste à qui jadis incombait cette tâche – un atout dans la quête du groupe, à savoir rapprocher les sons live et studio, en permettant ainsi aux concerts de fournir un rendu similaire à celui de l’album. Il y a là un tournant non négligeable pour la formule de Dvne, qui avait été comme prophétisé par le récent EP live Cycles Of Asphodel et se concrétise par l’établissement de limites concernant le nombre de couches et de subterfuges utilisés lors de la production de Voidkind.

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Judas Priest – Invincible Shield


Nombreux sont les groupes qui rêvent de voir leur carrière s’étaler sur plusieurs décennies. Judas Priest a su cultiver la chance de faire durer la sienne sur déjà cinq de celles-ci et, à l’aube d’une tournée mondiale pour défendre son tout nouvel album, le groupe semble d’attaque pour ne pas écourter cette carrière tout de suite. La formation britannique présente Invincible Shield, son dix-neuvième album studio, successeur d’un Firepower salué quasi unanimement par les fans et la critique, mais sorti il y a déjà six ans. L’enjeu : maintenir le niveau et honorer les attentes particulièrement élevées. Le résultat : une œuvre à multi-facettes promettant un voyage à travers le temps et les albums ayant contribué à la légende du Priest, mais arrangée de manière à s’inscrire parfaitement dans la modernité.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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