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Chronique Focus   

Bruce Dickinson – The Mandrake Project


Voilà dix ans qu’il se faisait attendre, et il est enfin là ! The Mandrake Project, premier album solo de Bruce Dickinson depuis Tyranny Of Souls (2005), a fini par sortir du stade de projet pour arriver à nos oreilles. Certaines des dix compositions auront même mis vingt-cinq ans à voir le jour ! Il faut dire qu’entre les tournées et les albums avec Iron Maiden, la pandémie de Covid-19 et les soucis de santé du chanteur, la création de cet opus n’a pas été de tout repos. Disons-le d’emblée, le résultat, comme un bon vin ayant mûri avec l’âge, n’en est pas moins exquis.

Dickinson a misé sur l’ambiance avec des riffs et arrangements qui jouent avec les crescendos. On notera également que sa voix se fait moins criarde, vraisemblablement marquée par les usages du temps, tout en appuyant sa fibre théâtrale. Le ton est donné dès l’introduction d’« Afterglow Of Ragnarok », avec un riffing ténébreux et lourd qui se répète en boucle, comme une ritournelle qui s’ancre dans les esprits. Avec une vraie diversité dans les mélodies, Dickinson, près de cinquante ans de carrière, arrive encore à marquer grâce à des titres coups de poing et terriblement accrocheurs. La seconde chanson le confirme : « Many Doors To Hell » – et son intro qui rappelle le « Rock You Like A Hurricane » des Scorpions – est un bon rock entraînant ; un pont ralentissant le rythme et parcouru par un trémolo de guitare vient apporter un peu de sensualité et de dynamique au morceau : l’art de varier les plaisirs.

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Chronique Focus   

Ihsahn – Ihsahn


Dire qu’un projet était le plus complexe et éprouvant qu’un artiste ait jamais entrepris est un grossier lieu commun, mais, une fois n’est pas coutume, on croira volontiers Ihsahn. Le Norvégien, de son vrai nom Vegard Tveitan, a consacré trois ans à la composition de son huitième album, qu’il a baptisé par son nom d’artiste. Ce qui a démarré comme de simples ébauches au piano a pris des proportions dantesques, le confrontant à ses propres limites.

L’album se présente en premier lieu comme une œuvre de black metal orchestrale, à ceci près que lesdites parties orchestrales ont été conçues de manière à pouvoir se défendre d’elles-mêmes, y compris présentées seules. Une sorte de bande-son dans une bande-son, en somme. C’est exactement ce qu’un second disque présente : une vision épurée, dépourvue (notamment mais pas exclusivement) des éléments metal. Il n’est donc pas sujet d’une réinterprétation, mais plutôt de l’extraction d’un sous-ensemble. Quiconque espère des pistes complètement réimaginées (à la manière du dernier Swallow The Sun) s’écriera peut-être qu’il y a tromperie sur la marchandise. Ce côté dépouillé est illustré par les deux pochettes, que l’on pourrait croire identiques mais dont la mouture orchestrale, moins chargée, est comme rongée par un flou artistique.

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The Pineapple Thief – It Leads To This


Le credo de The Pineapple Thief n’a pas subi de réel bouleversement ces dernières années. Il n’empêche qu’après un quart de siècle aux commandes, Bruce Soord est encore et toujours en lutte contre son propre seuil de satisfaction. C’est à ce prix que la formation conserve sa place de pilier de la sphère « post-prog ». Le frontman observe inlassablement le monde et tente d’en démêler le sens. Ce besoin s’est fait d’autant plus pressant ces dernières années, parasité par la peur de laisser un monde ravagé en héritage à sa descendance. Ces chansons sont autant de visions mêlant optimisme et déchéance, qu’il nourrit avec un intérêt prononcé pour la littérature et la Rome antique.

Le renommé batteur Gavin Harrison, accueilli en grande pompe en 2017, a eu son heure de gloire avec Give It Back, où il fut encouragé à démanteler les fondements d’anciens titres pour les reconstruire – une dynamique qui allait perdurer et impacter la composition d’It Leads To This, concocté au cours de trois années.

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Earthside – Let The Truth Speak


Les attentes longues et fébriles ne sont pas l’apanage des formations bien établies. Earthside, projet aux airs de vrai-faux supergroupe, n’en est qu’à son second album – autant dire ses balbutiements – et occupe pourtant une place particulière dans la scène progressive. A Dream In Static (2015) n’a peut-être pas eu le retentissement qu’il méritait, mais a séjourné, ces années durant, sous le coude d’auditeurs conquis. L’état d’esprit des membres n’est plus celui d’il y a huit ans. Si le premier album était à interpréter à la première personne du singulier, celui-ci rend ses lettres de noblesse au « nous » : les secousses d’échelle mondiale ont pris le pas sur les rêves personnels. Let The Truth Speak traite de l’opposition paradoxale entre la sacralisation de la vérité et notre tendance à la dissimuler dès lors qu’elle nous met mal à l’aise. Conséquence ou coïncidence ? Le claviériste Frank Sacramone avoue que cet album a bien failli « détruire la vie et l’amitié » des membres.

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Angra – Cycles Of Pain


C’est alors qu’Angra célèbre les trente ans de son premier album Angels Cry que sort Cycles Of Pain, dixième disque des Brésiliens. Cette longévité est un exploit de taille pour un groupe dont le pays, certes, est reconnu pour ses amateurs de musiques extrêmes, mais offre également un environnement peu propice à une carrière qualitative de longue durée : « Nous sommes géographiquement excentrés. Notre économie fait qu’il est difficile d’investir dans du matériel et dans d’autres ressources, qu’il est compliqué de durer, et ainsi de suite », constate le guitariste Rafael Bittencourt. Cependant, rien n’a jamais découragé le quintet, qui a tiré profit de ses atouts culturels et musicaux pour élaborer son nouvel opus. La pochette de celui-ci, réalisée par l’artiste brésilien Erick Pasqua, est un sujet de discussion à part entière : on y voit une sorte d’ange de la mort avec des ailes lumineuses, entouré d’une combinaison de symboles religieux et païens, le tout sur fond de nature brésilienne en flammes ; ces détails, au-delà de leur esthétisme, ne manquent pas de rappeler les pochettes de certains des albums précédents du groupe, comme pour établir un lien temporel et artistique entre toutes ces années. De quoi bien implanter visuellement le thème parolier et musical.

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Steven Wilson – The Harmony Codex


Après plus de trente ans passés à composer inlassablement, on ne peut même plus dire de Steven Wilson qu’il s’aventure là où on ne l’attend pas – il devient naïf de l’attendre à un endroit précis. Pour ne rien arranger, il se plaît à laisser planer le flou sur ses intentions, l’ultime exemple étant celui de Porcupine Tree qui a refait surface alors que beaucoup n’y croyaient plus. Le travail sur The Harmony Codex a débuté sous confinement, il y a environ trois ans. Le mot d’ordre ? Ne pas en avoir : Steven, qui avoue volontiers aimer les albums imprévisibles, s’est autorisé à inclure tout ce qui l’attirait. On aura vite fait d’en déduire que ce disque est radicalement différent de son prédécesseur, The Future Bites, dont l’essence électro-pop avait fait fuir certains admirateurs de longue date, mais des traces de cet épisode subsistent.

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Tesseract – War Of Being


Il aura fallu cinq ans à Tesseract pour donner un successeur à Sonder, soit le double du délai habituel. Et quelles années ! Il s’en est passé des choses, aussi bien pour la formation que dans le monde. Le groupe a notamment diffusé la performance live Portals, entrecoupée de saynètes d’inspiration SF. War Of Being est décrit comme une conséquence naturelle de cette expérience : cet avant-goût de concept album a donné à Tesseract l’élan nécessaire pour pousser une telle idée aussi loin que possible. Synopsis : « ex » et « el » (présentés sur la pochette) atterrissent en urgence à bord de leur embarcation « The Dream » et se réveillent dans « The Strangeland », monde reflétant l’état socio-économique de celui que nous connaissons. Les morceaux introduisent par la suite des personnages aussi étranges que ce nom le laisse entendre, comme « Fear », principal antagoniste de l’histoire.

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Soen – Memorial


Cela fait plus de dix ans que Soen s’est fait connaître du public à travers Cognitive, son premier album. Longtemps poursuivis – un peu malgré eux – par d’insistantes comparaisons avec Tool, les membres se sont progressivement extirpés de ce carcan (flatteur mais réducteur à sa manière), traversant des inspirations plus floydiennes, sans oublier la touche d’Opeth indissociable du batteur Martin Lopez, directement importé de cette dernière formation dès l’avènement du groupe. Soen laisse derrière lui cet aspect « cérébral » et technique, et assume. L’objectif n’en reste pas moins sensiblement le même : remettre en question notre façon de percevoir la vie et l’humanité. Sous ce microscope, Soen laisse transparaître les douleurs, la colère et la frustration des membres eux-mêmes, mais vise par la même occasion à donner corps aux soucis et émotions qui voguent tempêtueusement autour de nous tous.

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Entropia – Total


Bien que les albums des Polonais d’Entropia ne soient pas toujours classés dans le psychédélique, les états altérés de la perception constituent une part primordiale de la démarche du groupe. Avec comme point de départ un sludge expérimental teinté de black metal, les membres s’efforcent, année après année, de se forger un style unique, tout en étant conscients de s’être lancés dans une quête sans fin. Cinq pistes, dont les titres comptent autant de lettres – Total est comme un carré parfait, ciselé avec soin, visant à être exposé et examiné sous ses étranges coutures. Le groupe l’a voulu entier, se suffisant à lui-même – une véritable « totalité ».

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Ov Sulfur – The Burden Ov Faith


Ov Sulfur représente à la fois un départ fulgurant et un grand retour. Après un EP, Oblivion, sorti en 2021, le quintet (parfois décrit comme un collectif, peut-être du fait de la profusion d’invités) a pu se greffer sur de nombreuses tournées, et n’a pas manqué d’attirer l’attention avec un blackened deathcore puissant et attractif. Et pourtant, ce projet aurait bien pu ne jamais voir le jour. Le chanteur Ricky Hoover a passé dix ans loin de la scène, s’étant reconverti en barbier à Las Vegas après avoir laissé le groupe Suffokate derrière lui. Ce n’est que lorsque le Covid-19 a interrompu cette activité que ce dernier a décidé de remettre le couvert, pour échapper à une immobilité qui mettait à mal sa santé mentale.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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