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Chronique Focus   

Leprous – Melodies Of Atonement


Changement de cap chez Leprous, qui vogue depuis plus de vingt ans entre progressif et alternatif : les éléments orchestraux ont été mis à la porte sans grand ménagement. Ce virage a été amorcé lors de l’émergence du projet solo du chanteur-claviériste Einar Solberg, asile luxuriant pour ses envies d’expansion. En résulte ce Melodies Of Atonement, aux trajectoires plus rectilignes, et qui se déleste d’une partie de ses ornements pour laisser ressortir les qualités des membres. Une preuve, s’il en est, qu’on peut faire dire beaucoup de choses même à une configuration plus traditionnelle.

Cette cuvée présente des saveurs nouvelles mais conserve moult aspects familiers et rassurants. Melodies Of Atonement ne tente rien de très risqué en soi, surtout pour les habitués. Ses compositions, peaufinées à l’extrême, sont autant de plans qui se déroulent sans anicroche, laissant à peine des miettes au hasard ; tout élément sait où se placer et s’y rend sans discuter. Les musiciens jouent véritablement de concert plutôt que simplement en la présence les uns des autres, et même un chaos apparent a sa raison d’être et ses règles propres. Guitares et basse, parfois pointillistes, enchaînent pirouettes et glissades, ou tirent de retentissants coups de canon. D’astucieux décalages créent de brèves mais intenses attentes. On assiste à des chorégraphies constituées de gestes lents et maîtrisés, sous une lumière tamisée, mais les artistes peuvent à tout instant se trouver ensevelis sous le feu de projecteurs rugissants, qui s’éclairent subitement, toutes griffes dehors.

Certaines caractéristiques typiquement progressives sont quasi absentes. Le groupe assume, par exemple, la prédominance de signatures rythmiques simplistes. Fort de sa cohésion, Leprous fait beaucoup avec peu : les refrains font preuve d’efficacité, même lorsqu’ils se contentent d’une poignée de notes (« Silently Walking Alone »). La lourdeur metal, certes de retour, reste plus insidieuse que franche, comme lorsque Baard décoche des volées de subtiles touches tout juste audibles mais à l’impact décisif. Les éléments électroniques, à l’inverse assez présents, restent des ajouts plutôt que des colonnes fondamentales, préservant le caractère organique d’un son pourtant résolument moderne. La reprise de Massive Attack présente en bonus dans Pitfalls (et depuis incorporée avec goût aux concerts) était, en somme, une brèche vers le futur. Beaucoup associent immédiatement le nom de Leprous et le chant de son frontman, et ce n’est pas près de changer : éminemment expressif, il est autant capable de défiance (on entendrait presque Einar froncer les sourcils, pour ainsi dire, sur certaines sections) que de sincères et touchantes confessions. On s’approche de la démesure ravageuse du récent live acoustique ; c’est un spectacle mais, compte tenu de la pertinence des acrobaties, on ne peut pas accuser Einar de se donner en spectacle.

Melodies Of Atonement est un animal nocturne, à la manière de Coal (2013). Einar, s’il se défend d’être aussi mélancolique qu’on pourrait le croire, écrit de la musique qui, elle, l’est assurément. « My Specter » fait poindre des images marécageuses, avec des cadavres remontant à la surface comme un passé que l’on croyait oublié. Même la lointaine douceur de « I Hear The Sirens » abrite quelque chose de terrible. La rengaine de « Like A Sunken Ship » invite d’abord à se balancer insouciamment, mais se fait alors hargneuse, avec une brève séquence growlée (la seule de l’album, mais non des moindres). L’audace et l’ingéniosité sont directement importées des deux premiers albums, mais avec une sensible dilution qui permet de toucher juste et de ne jamais brasser d’air. « Faceless », titre à la force difficilement contestable, contient un nombre affolant de choses : une basse vaguement jazzy accompagnée par un Baard discipliné, d’énergiques chœurs finaux, un bon vieux piano… Son point d’orgue est une déclamation fougueuse aux forts appuis rythmiques et aux lignes mélodiques incisives. Arrivé au discret « Starlight », on transitionne vers la douce aube qui achèvera l’album. Le neigeux « Self-Satisfied Lullaby » accueille des percussions sourdes et lointaines et rappelle la chanson-titre de Malina (2017), excepté que sérénité et espoir s’y substituent à l’accablement, de même que l’électronique aux cordes. « Unfree My Soul », épilogue relativement posé, rempile, quitte à faire un peu doublon.

Melodies Of Atonement voit Leprous concilier l’héritage de multiples époques, même là où cela semblait improbable. De cette émulsion peut venir un léger flou après la première écoute, mais la majeure partie se laisse volontiers assimiler, et le reste ne tarde pas à suivre dès lors qu’on y retourne. Il subsiste assurément quelques menus réglages à effectuer pour que la recette prenne complètement – d’autant que cette formation n’a plus grand-chose en commun avec celle des débuts – mais il serait malvenu de bouder notre plaisir.

Clip vidéo de la chanson « Silently Walking Alone » :

Clip vidéo de la chanson « Atonement » :

Album Melodies Of Atonement, sortie le 30 août 2024 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



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  • La critique est bien écrite et donne envi de découvrir la prochain galette de Leprous. Hâte de voir ça

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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  • 1/3